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 [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie

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Phadria Red
Je suis à toi pour toujours
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Localisation : Quelque part dans les Îles de Jade

MessageSujet: [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie   Ven 25 Mar 2016 - 4:12

- Avel ! hurla Madame Red afin de couvrir les cris du vent glacial tourbillonnant aux nues de Ryscior, aboute-moi ça, et sur l'heure !

Elle tourna alors son visage vers Sélanæ mais la grêle et la neige vinrent lui couper toute vision ! Phadria sentait coller sur son front et sa nuque ses cheveux imbibés d'eau et de givre. Le vent menaçait de tout retourner, mer comme mâts, il sifflait avec tant de puissance qu'on l'entendait réellement hurler ; c'était un monstre de rage et de vigueur ! Les vagues montaient de plusieurs mètres, toujours plus hautes, plus noires, plus voraces et plus glaciales, immenses lames avides de découper en rameaux la quille et la coque de l'Ankhor !

- Capitaine !

Phadria entendit l'Orc l’appeler, mais elle demeurait trop concentrée afin de ne pas laisser lui échapper le gouvernail des mains pour répondre. Elle voyait et entendait les voiles claquer contre leur vergues, avec tant de force qu'elles menaçaient de se rompre à chaque abattage !  C'était miraculeux, et elle le savait, que leur fidèle Ankhor n'ait pas encore été démâté ! Phadria Red vit un mur immense d'eau se lever à la proue du bâtiment qui les portait, tandis qu'un remous indescriptible le prenait, puis la vague s'abattit sur eux, emportant tout sur son passage ! Elle vit plusieurs cordages passer par dessus la bastingage et se perdre quelque part dans le royaume de la Grande Garce des Profondeurs ! La neige était glaciale, les vêtements de la pirate lui collaient à la peau, elle demeurait trempée jusqu'aux os. Ses dents claquaient, et elle ne sentait plus du tout ses doigts, à présent, crispés autour du gouvernail, et ce depuis de nombreuses heures. Une énième forteresse d'eau se leva, qui demeurait noire d'encre et blanche d'écumes, pour s'abattre de toute sa force sur eux. L'Ankhor encaissa le choc. Phadria entendait presque le bois se tordre de douleur et se fêler à l'agonie !

- Nous devons tenir le large ! hurla de nouveau la pirate à ses compagnons que l’obscurité et les rafales dissimulaient. Sélanæ fais-moi un nœud d'ajut pour la Misaine !

Elle se souvint alors que Sélanæ était incapable de cela, ignorant jusqu'à la simple signification de "nœud d'ajut". Phadria dû déployer un effort surhumain afin de défaire ses doigts de la barre. Elle crut l'espace d'un moment que ses phalanges allaient se briser net, et y rester accrochées !  

- Prend la barre Sélanæ !
- Mais je sais pas manœuvrer un bateau, moi !!
- Fais ce que j'te dis !!

Madame Red s'élança sur le pont de l'Ankhor, plus morte que vive ! Ho, comme elle souhaitait que cela s'arrête enfin ! Les enfers de Canërgen ne pouvaient être pires que cela ! Ce fut comme tenter de danser un ballet au cœur d'une tornade de givre, de glace et de mort ! La pirate atteignit enfin l'aussière, mais ses mains étaient trop crispées pour qu'un nœud d'ajut puisse être correctement mené, et le cordage lui échappa ! Phadria jura, tandis que Sélanæ, sous la force des vents et des eaux qui s'abattaient dans un déchaînement inouï de violence sur elle, venait de lâcher le gouvernail ! En dépit de sa détresse, Phadria fit en sorte que se sente dans sa voix l'inverse de la panique, le contraire de la renonciation.

- Magnez-vous le cul bande de moules ! On va finir par couler si personne ne fait rien là !! -Argorg, Avel, Plagt et Sélanæ s'activaient depuis des heures afin de faire filer droit l'Ankhor, et Phadria le savait fort bien !- Avel par la Garce, va t'occuper du lest dans les fonds, avant que ces petits enculés ne nous entraînent par le fond, nous ! 'faut arrimer solidement !
- Capitaine, cria Avel en pleine épreuve de force contre les rafales, ça ne sert à rien, plus rien ne tient !

Avel avait raison, et Phadria Red ne le savait que trop bien. Alors ils étaient fichus ? Sous le vent, elle entendit et vit la Misaine se briser net et en deux à cause de la forte pression qui le percuta lorsqu'il descendit la vague !

- A terre, par Ariel ! Aye ! A terre !

Phadria vit Sélanæ  se jeter à plat ventre de justesse afin de ne pas finir assommée par le mât ballant ! Une lame de fond menaça de retourner l'Ankhor, elle inonda le pont tout entier, fit subir le pire des chocs aux mâts restants et emporta Sélanæ avec elle une fois que l'Ankhor sortir le bec de l'eau ! La pirate s'élança et parvint à saisir le bras de Sélanæ au moment où elle passait par dessus bord ! Elle parvint par pur miracle à la tracter à bord comme l'Ankhor dansait avec la mort en personne ! Les yeux de Sélanæ étaient écarquillés de frayeur, ses os et ses dents claquaient de froid ! Phadria n'avait pas le temps pour du réconfort, elle lui administra une petite tape sur l'épaule en guise d'audace.

- Camarades, on s'encorde, allez ! Attachez vos lignes de survie, sinon on va tous y passer, c'est certain !

Une fois ceci fait, Phadria chuta plus qu'elle ne courut jusqu'aux nœuds afin de vérifier qu'ils avaient été noués fort correctement. Elle dû en reprendre plusieurs !

- Faut écoper, les gars ! Allez du nerf ! gueula Phadria à ses comparses.
- Il faut quoi ?! Demanda Avel.
- Écoper !!
- Éco quoi ?!
- Vider l'eau qui se trouve à bord, sinon le pont va céder sous la pression, et on sera tous mort !!
- On est déjà mort, Phadria ! Cria Sélanæ, mais cette dernière ne l'avait pas entendue.
- On vide l'eau avec quoi ?! hurla Argorg tentant de protéger ses yeux des flocons de plus en plus épais. Nous n'avons pas de récipient à portée !! Tout est passé par dessus-bord !!
- Et ça sera bientôt notre tour !! cria Avel en se voyant arracher une étoupe des mains par le blizzard.
- Vos bottes ! hurla Phadria en guise de solution.
- Nos QUOI ??!
- Et le premier qui ouvre sa grande gueule je l’assomme à coups de tatane ! Pas de discutions ! Pas de temps à perdre ! Bougez-vous !

Phadria se découvrit une angoisse montante qui transparaissait dans chacune de ses syllabes ! Déjà nus-pieds, elle se servait de ses bottes afin de repousser loin de l'Ankhor les litres entiers d'eau qui s'y étaient infiltrés et menaçaient de les faire couler ! Encordés, gelés et trempés jusqu'aux os, terrorisés et à demi-nus, les quatre compagnons durent se rendre à l'évidence : tôt ou tard, que ça soit les vagues où le froid en premier, l'un ou l'autre aurait raison d'eux ! Plus ils jetaient d'eau hors du navire, et plus il en rentrait ! Démâté, l'Ankhor ne demeurait plus dirigeable, sans compter que plus personne n'était à la barre, qui tournait avec autant de force et de rapidité que si elle se fut trouvée au cœur d'une tornade ! Phadria sentit une larme tâcher son visage déjà inondé. Bon sang, elle ne devait pas abandonner ! Ils ne pouvaient pas mourir ! Pas comme ça !

- Capitaine...Que...Que fait-on ? demanda Avel la voix brisée.

Un silence lui répondit. Phadria ferma les yeux. Ariel avait-elle une bonne raison afin de s'acharner sur eux ainsi ? Pourquoi toute cette... Elle rouvrit les yeux ! La solution lui parût alors toute simple ! Hors de question de flancher ! Pas tant que je m'appellerai Phadria Red et que ce rafiot comportera encore un pouce de voilure ! Elle se redressa afin de se saisir de la barre !! A chacun de ses mots, un petit nuage de buée blanchâtre s'échappait :

- Camarades ! Il est l'heure...Découvrez-vous !

Personne ne portant de chapeau, ils la regardèrent comme si ils la trouvait simple d'esprit ! Phadria leur sourit, ses cheveux noirs jais claquant aux ouragans du grand Nord de Ryscior ! Son Tricorne à elle -ainsi que la demi-douzaine qu'elle s'était procurée dans les Marches d'Acier ! - avait volé par dessus-bord depuis bien longtemps déjà !

- Grâce soit rendue à la Reine des Mers pour ce jour !!!

L'air fort sérieux que se donnait Madame Red en un tel moment troubla ses amis au plus haut point !

- Ecoutez, et répétez ! cria-t-elle.

J'en appelle auprès de ma Reine en ce jour, en cet instant !
Aux maelstrom d'éclats et de givre, je louerai son nom !
Aux foudres du Fou et aux vents, nous tous la célébrons !
Quand bien même le levant disparaîtrait derrière le ponant, et le vagues perceront le ciel, quand le haut sera appelé bas et les flots m'avaleraient vive, je me tiendrai debout à la proue de mon bâtiment, et c'est avec dévotion que je scanderai le nom de la Reine !!!
Souquez, massacrez, déferlez
Putes des Mers
Et faites le comme si vous aviez
L'Enfer d'Ariel derrière
Sur le coffre du mort,
Au dessus vents et marée,
Au Nord de Ryscior,
C'est elle qu'on doit adorer !

Encore une fois, l'Ankhor tout entier tressailli et menaça de céder net ! Phadria éclata de rire. Son cœur, de nouveau, était regonflé d'espoir et d'euphorie.Devant eux se dressait ce qui paraissait un fossé géant fait d'eau, une vague déchaîné que l'Ankhor allait prendre de flanc et qu'il peinait à gravir !

- Riez camarades ! C'est une belle nuitée pour mourir !!!

La lame glaciale s'abattit sur le navire, et tout devint noir comme s'était déjà éteint le rire exaltant de Phadria Red !




~



- Sais-t..tu où n..nous s..s..sommes ? demanda en claquant des dents Sélanæ à la pirate. P...pour que l'eau ait ge..gelée ains..si, nous ne dev..v..ons pas être loin des cô..côtes. 

Lorsqu'ils avaient enfin pu rouvrir les yeux, probablement plusieurs heures après les avoir fermés, Argorg, Plagt, Attila, Avel, Phadria et Sélanæ avaient pu constater avec émerveillement l'accalmie des Grand'Eaux. Même si le vent n'était point tombé entièrement et que la neige chutait toujours drue, il n'y avait plus rien à voir avec ce blizzard qui leur avait causé tant de tourments.

Mais surtout, ce qu'ils avaient pu constater à leur réveil, fut le gel des eaux tout atour de l'Ankhor, et sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres. Était-ce une intervention divine ? Pour avoir déjà vu, de ses yeux, la Grande Garce, Phadria Red la savait extrêmement susceptible, mais surtout d'humeur changeante. Un miracle ? En tout cas, elle y croyait. Elle entreprit de répondre à Sélanæ. Putain qu'elle était congelée !

- Nous avons d..dû dévier de notre trajectoire vers les Îles de J..Jade. 
- Est-c..c..ce que tu s..s..ais où nous s...s...ommes ou p..p..as ? articula tant bien que mal, entre ses dents Sélanæ.
- Oui. Nous ne devons pas être loin du p..port de K..Kelvin. 
- P..Pas très l..loin ç..ç.ça s..signifie comb..b..bien de k..k..kilomètres ? Un ? D..Deux ? D..Dix ?
- Pour c..ce que j'en s..sais, p..peut-être même c..cent !
- Haaa gén..génial... Je t..t'avais d..dis que ç..ç..ça n'était pas une b..bonne id..dée de p..p..partir en mer en c..c..cette s..s..saison !

Phadria Red aurait esquissé un sourire si elle n'était point tant frigorifiée. Elle admirait Sélanæ pour avoir réussit l'exploit de contenir cette réplique tout ce temps !

- Ce qui est fait est fait, dit Argorg en se levant, maintenant nous devons tenter de rejoindre Kelvin à pied. 
- Nous ne s..s..avons m..m..même pas si la g..glac...ce est ass..ss..ssez solide pour s..s..sup..p..p..porter le p..poids de P..Plagt ! gémit Sélanæ.
- Ce qui est sûr c'est que si nous ne bougeons pas, nous mourrons tous gelés.
- Il a r..rai..son, reprit Phadria. Pour plus de s..s..écurité Argorg, je pass..sserai devant, avec Att..ttila et Sélanæ. Tu s..suivras avec Plagt.
- Il r..r..este des f..ourrures dans la c..cale, fit remarquer Avel, on ne p..peut p..pas les p..prendre avec n..nous ?
- Elles ont p..p..ris l'eau. In..n..utile de s..s'encombrer garç..çon. On y va.

Phadria passa devant. Elle ne sentait plus du tout son corps, de ses cheveux à ses orteils ! Mais elle était en vie...




~


Transis de froid, peinant à mouvoir leurs os gelés, le petit groupe avança sur l'eau givrée durant plusieurs minutes. Virel devait avoir posé son regard sur eux, car moins d'une heure plus tard, ils atteignirent un port. A quais, plusieurs navires, tous pris dans la glace épaisse. Leurs voilures déchirées ainsi que leur bois craquelés en faisait d'effrayants spectateurs, grinçant puis claquant au vent. Nul âme, pas même un chien ou une mouette. Le port enneigé était assez petit en taille, des filets de pêche rapiécés pris dans la glace s'offraient aux pas des visiteurs indésirés. Le ciel était sombre, tant qu'ils crurent que la nuit était tombée durant leur marche. Pourtant, ils ne voyaient ni lune, ni étoiles. 

- C'est ç..ç..ça, K..Kelvin ?
- J'y s..suis allée une f..fois, mais ç..ça rem..monte, répondit Phadria. M..mais oui j..je c..crois que c'est bien ç..ça.

Autour de la ville, un bastion en pierres sombres avait été construit, haut d'une dizaine de pieds, empêchant probablement les bandits de chemins d'entrer, et les boulets d'une quelconque flotte ennemie de ravager la cité. La neige qui tombait épaisse et tourbillonnante jusqu'à présent, avait désormais été remplacée par une pluie sombre et drue, silencieuse. Aucun son, même le vent s'était tu. Seules les voiles claquant de temps à autre, et les proues des petits navires amarrés grinçant, à la façon de dizaines de bouches se tordant d'une douleur intérieure. 

- B..Bon..jour l'ac..cueil.
- C'est v..vrai que c'était plus anim..é dans m..mes s..souvenirs, reconnut Phadria.
- J..Je ne vois pas la p..porte de la ville, dit Argorg.

Alors que le groupe d'amis, motivé par le désir d'un feu dans l'âtre bien chaud et de couvertures bien épaisses, avançait jusqu'aux quais, Phadria crut entendre derrière elle un crissement, un râle étouffé.  

- Cet end..droit est v..vraiment bi..bizarre. Je n'..n'aime pas ç..ç..ça, maugréa une Sélanæ à l'agonie.
- Nous n..ne s..s..sommes p..pas ob..b..lig..g..ger de l'aim..mer, intima Avel. Juste de p..p..payer pour de la nourrit..t..ture et d..d..de la chal..leur.
- At..tendez-moi là, deux m..minutes.

Phadria Mary Red se détourna de Sélanæ pour se diriger vers l'épave à quai d'un navire à un mât, dont le pont désert paraissait tout, sauf chaleureux et accueillant. Elle entendit ses amis pester et l'interpella, mais demeurait certaine d'avoir entendu un râle provenant du pont intérieur du navire. Phadria Red parvint à escalader la coque afin d'atteindre le pont. Derrière elle, Sélanæ et les autres l'attendaient, transis de froids. 

- Il y a q..quelq..qu'un ?

Aucune réponse ne lui vint. Phadria se sentit mal à l'aise à l'idée de pénétrer à l'intérieur de ces murs de bois, endroit calfeutré et oppressant si il en était,  à l'abri de toute luminosité quand bien même il semblait déjà faire nuit à l'extérieur ! Mais si il demeurait quelqu'un en vie à l'intérieur de ces planches, ils devaient aider cette personne. Un blessé ? Peut-être...

Les rythmes sourds et étouffants des battements de cœur de la pirate se répercutaient dans ses temps tandis qu'elle franchissait l'écoutille. 

- Ohé, du bateau !

Elle n'obtint aucune réponse. En un élan primesautier, Madame Red se saisit de sa nouvelle lame courte, un poignard finement travaillé, dont l'acier immaculé semblait luire même au fond des ténèbres de ce rafiot. Elle gardait cette arme à bout de bras, les muscles prêts à jaillir si jamais on l'attaquait. De nouveau, un râle étouffé la fit tressaillir ! Phadria savait d'où provenait ce chuintement ! Elle se dirigea vers les cales du navire fantôme. 

- Ohé, du bateau ? répéta-t-elle.

Naturellement, personne ne lui répondit. Elle songea alors à rejoindre ses amis au plus vite, l'obscurité de la cale n'ayant rien à envier à celle du faux pont, elle-même déjà plus oppressante que celle se faisant reconnaître à l'extérieur.
A la gauche de Phadria, les planches de la coque, recouvertes de coquillages et d'algues. A l'évidence, cela faisait plusieurs semaines que le navire était ainsi amarré. Bizarre cette connerie. A moins de trois mètres de la coque, des grilles, faisant office de geôles. Il y en avait deux, l'acier demeurait rouillé. Rien d'inhabituel. Bon allez, moi j'me casse j'ai suffisamment perdu de temps ici. Alors des rugissements stridents se firent entendre à la seconde même où de longs bras osseux et cadavériques jaillissaient des interstices entre la grille pour se saisir de Phadria ! La pirate trouva le bon réflexe de brandir sa lame, et se jeter contre la coque ! Plaquée comme elle l'était, elle pu voir des dizaines de ces membres à la peau pourrie et aux doigts noircis tenter de l'agripper en poussant des grondements de bête. Elle longea ainsi la coque, le cœur sautant dans sa poitrine à chaque seconde, jusqu'à arriver à l'escalier menant au pont ! Au moment de le franchir, le regard arrière, elle percuta celui qui avait dû être matelot à bord du fantôme, osseux et mutilé au possible ! Elle cria de peur et recula de nouveau comme ses doigts pourris se refermaient sur sa nuque et qu'il tentait de la mordre. Il puait la mort ! L'odeur manqua de rendre folle Phadria ! Elle cria et eut néanmoins le réflexe de lui planter sa lame dans la nuque, si profond que cela l'immobilisa quelques secondes. 

Le temps nécessaire à Madame Red pour la récupérer, se dégager et filer vers le pont, son sang  ne faisant qu'un tour!

Déjà l'attendaient des dizaines de ces abominations aux doigts osseux et noircis, au corps pourri et décomposé, à la chair rongée et à l'odeur putride !

- Phadria ? appela Sélanæ en voyant la pirate au milieux de ces monstruosités sortant de nulle part et d'un peu partout à la fois !
- On reste pas là ma caille ! Lève l'ancre !

Phadria Mary Red abattit son poignard sur l'un des monstres tentant de lui barrer la route, puis bondit au-dessus du bastingage au bois noirci.

- Courrez !!! Aux portes !

Déjà, leurs poursuivants étaient plusieurs dizaines et jaillissaient de derrière les docks, des quais ou des navires ! Ils prirent leurs jambes à leur cou !

- Zombies ? demanda Argorg.
-Je n'en sais rien ! J'ai déjà vu des zombies mais ceux-ci sont différents! On dirait qu'ils sont infectés ou malades !

Sur leurs talons, une horde grossissante de ces prédateurs aux allures putréfiées, semblant pleuvoir à leur trousse comme il pleut sur le sol ! Les portes de Kelvin furent rapidement en vue, mais demeuraient fermées ! Il s'agissait de deux grandes portes en bois, lardées d'échardes, et le fait de crier et les marteler de coups ne les aidèrent point à s'ouvrir !

- Ouvrez bande d'enculés !! Ouvrez ces putain de portes !!!

Les monstres bondirent sur eux, et des centaines de mains les agrippèrent !

Sélanæ avait déjà fait bondir dans ses paumes ses armes, et repoussait l'ennemi de ses talents de bretteuse ! Le sang ne giclait pas à chaque coup qu'elle portait, pourtant les cris que l'on entendait étaient ceux de douleurs, et les abominations reculaient autour de la guerrière ! 
Phadria pour sa part, tambourinait toujours contre la porte, et hurlait à s'en briser les cordes vocales, insultant les Kelvinois de tout ce qui lui passait par la tête !

- On va pas y passer la nuit !

Argorg, qui venait de réduire en charpie plusieurs de ces créatures à l'odeur nauséabonde grâce à sa hache, exécuta un volte-face et employa sa toute-force afin d'abattre le tranchant de son arme contre le bois !

- Vite, Argorg ! Viiite !

Plagt s'était déjà joint à son compagnon, à la seule force de ces poings massifs. Phadria repoussa d'un coup de pied l'une de ces bête qui s'apprêtait à dévorer Avel vivant, et de son poignard, sa seule arme, en repoussait deux autres ! Très vite, ils seraient submergés !

- Reste derrière moi garçon, je te couvre !
-Dépêche-toi Plagt !!

Un craquement sourd se fit entendre tandis que l'Orc et l'Ogre voyaient le bois céder et les portes se fendre en deux ! Les six camarades s'introduisirent dans Kelvin sans demander leur reste ! A l'intérieur de la cité tout comme sur le port, des centaines de ces abominations se pressaient sur eux ! 

- Par là !

Argorg et Sélanæ parvinrent à leur frayer un passage au travers cet amas de chairs décomposées, et ils prirent de nouveau leur jambe à leur cou ! Ruelles après ruelles, maisonnées après maisonnées, tournants après tournants, ils luttèrent afin d'échapper aux crocs de ces créatures ! Vers le centre de la ville se trouvait un temple haut de plusieurs mètres, en pierres blanches et aux hautes colonnes torsadées ! Les bas-reliefs sculptés au-dessus de l'entrée ne laissaient que peu de doute quant à la divinité qui y était adorée.

- Un temple d'Atye !
- Plagt, défonce les portes !

Phadria vit l'Ogre lever de nouveau son poing en un cri de guerre, qui se conclut par une chute au moment où les portes furent ouvertes sur lui ! Il s'écrasa au pied du temple, emporté par son élan ! Avel, Plagt, Attila, Arorg et Sélanæ bondirent à ses côtés, Phadria  refermant les deux portes massives derrière elle à l'instant où leurs assaillants se jetaient dessus en rugissant ! A bout de souffle, Phadria ne sut empêcher son corps de trembler. Avel et Argorg aidaient Plagt à se relever ! Sélanæ se tenait encore à même le sol du temple, essoufflée ! Un homme vint abattre la large poutre destinées à bloquer les portes entre ses deux gonds ! Phadria, n'y tenant plus et à bout de nerfs, se jeta sur lui, l'agrippant au col et le menaça de sa dague !

- Putain mais c'est quoi le problème dans cette salope de ville ?! 
- Vous ne devez pas être d'ici, lui répondit l'homme en s'écartant. Bienvenue en Salicar.


Spoiler:
 




~


Phadria Red était agacée par le vacarme sonore régulier de ses propres claquements de dents. Enroulée dans une couverture en laine, elle aurait tout donné pour parvenir à fusionner avec le petit feu qui crépitait malignement devant ses yeux verts épuisés. Ils étaient environ une douzaine, acculés autour de ces douces flammes, assis sur des couvertures posées à même le sol du temple. 

- Je m'appelle Anastasi, Anastasi Oklès, mais vous pouvez m'appeler Anastasi. Je suis..ou plutôt était Capitaine de l'un de ces vaisseau fantôme pris dans la glace du port que vous avez dû voir avant d'entrer dans la ville.
- Anastasi, attaqua Phadria Red, où sommes-nous ici ?
- A l'intérieur du royaume maudit de Salicar, dans l'une de ses cités côtières, Syrlany.
- Qu'est-il arrivé ?

Phadria accepta bien volontiers l'infusion chaude qu'on lui tendit, ainsi qu'à chacun de ses autres compagnons, et ne se fit pas plus prier pour dévorer le pain qu'on lui présentât. 

- Ce qu'il est arrivé ? Une malédiction voila tout ! Je suis navré que vous ayez atteint Syrlany, croyez-moi bien. Car à présent, vous ne pourrez plus la quitter. Nous sommes prisonniers entre nos propres murs.

Alors qu'Anastasi expliquait avec patience et des mots soigneusement choisis la raison de l'état actuel de Syrlany, Phadria détailla en de brefs coups d’œil leurs différents hôtes. Anastasi se disait marin, ancien Capitaine. C'était un homme aux cheveux poivres et sel, mal rasé et au regard, entre deux âges, fatigué. Deux femmes se tenaient à côté de lui, se tenant la main. Phadria les observa rapidement, releva les caractéristiques de leur visage. Bondes, jeunes et belles toutes les deux, elles semblaient sœurs. Enveloppée dans un drapé crasseux qui avait dû être blanc lors d'une vie antérieure, une très vieille dame munie d'un bâton, aux pupilles entièrement blanches, remuait doucement les lèvres sans pour autant qu'un seul mot en jaillisse.

- Elle est aveugle et muette, avait expliqué Anastasi.

Venait ensuite une fillette, de pas plus de dix ou onze Tours, aux cheveux blancs plus que blonds et regard clair comme de l'eau de source. Habillée d'une robe blanche, elle avait une capuche rabattue sur sa tête. A côté d'elle, dans un vêtement quasi similaire, un homme blond aux cheveux longs noués au-dessus de sa tête. Il paraissait être un prêtre d'Atye, et la jeune fille une future prêtresse. Enfin, assis dans un coin et dos à tout ce petit monde, mal mis dans un vieux drap en peau de bête, un homme dont la pâleur contrastait avec le noir de ses iris, et serrant entre ses doigts crochus une rose épineuse blanche, dont la tige toute tordue, le blessait cruellement au travers sa poigne maladive. Il hochait la tête de haut-en-bas, voyant d'un monde qui ne semblait appartenir qu'à lui-seul, et s'entretenant avec une personne visiblement connue que de lui-seul. Il répétait de façon convulsive les mêmes mots en boucle, en réalité une prière traditionnelle adressée à Atye.

- Il y a de cela plusieurs lunes à présent, expliquait Anastasi, le Seigneur-Chevalier de la Mort Mannfred est venu nous trouver, de la Capitale. Il disposait d'un écrit officiel, signé par le Roi notre Seigneur Bomendacir et notre Reine Ravenna. Cet écrit stipulait, et de façon qui ne laissait que peu de doutes quant à un possible refus, que nos Souverains préparaient une guerre et désiraient, ce qu'a répété le Chevalier de la Mort :  "que, comme l'ordonnent vos Souverains, tous vos mâle âgés d'au moins douze Tours me suivent jusqu'à la Capitale. Si vous refusez, vous en paierez le prix fort". Syrlany, comme toutes les cités et les villages sous le joug du Roi et de la Reine, était mobilisée. Mais nous étions qu'une petite ville de pêcheurs et d'éleveurs, il était impossible pour Syrlany d'offrir ainsi au Chevalier de la Mort tous ses mâles, comprenez bien. De plus, nos mères n'étaient pas disposées à offrir en sacrifice leurs fils ainsi, les égorger sur le tranchant de la lame du Seigneur-Chevalier Mannfred, au nom d'une guerre dont nous n'avions rien décidé, et que nous ne désirions pas ! Alors, le Seigneur de Syrlany a plaidé notre cause auprès du Chevalier de la Mort. Il lui a démontré, expliqué, et étendu les raisons pour lesquelles Syrlany ne pouvait se plier à cette missive. Alors le Seigneur-Chevalier de la Mort Mannfred est entré dans une rage bien sombre. "Je reviendrai dans moins d'une Lune, a-t-il redit mot pour mot, et j'exige que, comme l'ordonnent vos Souverains, tous vos mâle âgés d'au moins douze Tours me suivent jusqu'à la Capitale. Si vous refusez, vous en paierez le prix fort." Alors le Seigneur Mannfred est reparti. Et il est revenu comme il avait promis, une Lune plus tard. Tous craignent le Seigneur-Chevalier de la Mort, il n'est pas surnommé ainsi sans raison. C'est un homme à l'armure vermeille et à la peau blanche, nul n'ose se mesurer à lui ! Alors le Seigneur de Syrlany s'est plié aux ordres de Ses Majestés. Il a fait une première mainmise sur les hommes les plus forts de la cité, les convainquant et les menaçant afin qu'ils suivent le Chevalier de la Mort jusqu'à la Capitale. Et il expliqua à Mannfred qu'il n'avait que ces hommes-là à lui offrir, les autres devaient rester à Syrlany pour s'occuper de la pêche, des champs et des troupeaux, afin de préparer l'hiver prochain. Car les hivers sont rudes, par ici. "Je ne reviendrai plus à Syrlany, a alors clamé le Seigneur-Chevalier de la Mort les yeux rougeoyants, et, comme l'ordonnent vos Souverains, vous allez payer votre affront le prix fort." Il est alors parti, au triple galop. Nous attendions alors que le Roi et la Reine nous envoient des mercenaires, ou des gardes comme mesure de représailles, mais personne n'est venu en Syrlany. Nous avons attendu dans la peur, n'osant plus sortir de chez nous. Une Lune a passé. Deux Lunes, puis trois Lunes. Alors elle a frappé.
- Qui ça ? demanda Phadria.
- La malédiction du Chevalier de la Mort, madame. La Mort. Mais il ne nous a pas envoyé Elis, ça non. Il a convaincu Nimen de s'abattre sur Syrlany.

Cette histoire semblait de moins en moins claire pour Madame Red, qui sentait son corps se réchauffer petit-à-petit.

- Nimen ? La Déesse des maladies ? Vous voulez me dire que les zombies qui ont failli vous dévorer seraient l'oeuvre de...
- Non, madame, reprit Anastasi. Laissez-moi finir. Trois Lunes après que le Seigneur-Chevalier de la Mort s'en soit allé en maudissant Syrlany, Nimen s'est abattue sur notre cité. Un mal terrible, dont nous ne connaissons l'origine, a frappé nos habitants. Hommes, femmes, bêtes, enfants... Tous mourraient d'horribles façons, en pourrissant vivants. Leurs doigts et leur peau noircissaient, leurs yeux s'éjectaient de sang, ils s'aveuglaient et souffraient atrocement, la fièvre les prenait puis enfin, après plusieurs jours, ou plusieurs heures d'agonies, ils finissaient par rencontrer Elis, bénie soit-elle. Trois semaines après que le Seigneur-Chevalier de la Mort ait lâché la Mort sur Syrlany, la ville ne comptait plus qu'une poignée de survivants. Et trois jours après que la ville fut ainsi vidée de sa population, les morts ont commencé à se relever. C'est ça, étrangers, la malédiction de Salicar, le mal de Syrlany, la Mort du Seigneur-Chevalier ! Tous nos morts que nous avons enterrés, les centaines de corps qui pourrissaient dans la rue, s'amassant en gigantesques tas au coin des maisons, tous se sont relevés. Ni morts. Ni vivants. Et ils ne quittent pas Syrlany, tout juste s'aventurent-ils jusqu'au port. Ils attendent.
- Qu'attendent-ils ? demanda Sélanae.
- Le retour du Chevalier de la Mort. Il arrive. Il vient les chercher. 
- Vous...Vous êtes les seuls survivants ? lâcha Phadria Red la voix sur la point de dérailler.
- Nous étions une cinquantaine, madame. Les autres ont tenté leur chance à l'extérieur de Syrlany. Ils voulaient prendre un navire, aller chercher de l'aide, loin d'ici. A Kelvin. Mais ils ont été dévorés avant même d'avoir réussi à larguer une amarre. Et maintenant, ils rôdent parmi eux. Maintenant, ils servent le Chevalier-Vampire, le Roi Bomendacir et la Reine Ravenna. Ils attendent leur heure.

Alors, comme pour clôturer ce soliloque au timbre chaotique et effroyable, l'homme au corps marqué de cicatrices, la main ensanglanté enserrant une rose blanche, se mit à déclamer d'une voix tranchée et rauque :

- Atye Toute-Mère, vois-nous.
Atye Toute-Mère, comprends-nous.
Atye Toute-Mère, fauche-nous.
Préserve nous de la Mort. 
Préserve nous de la Non-vie.
Préserve nous de l'Abomination.
Préserve nous du Vampire.
Préserve nous du Roi.
Préserve nous de la Reine.
Préserve nous des Ténèbres.


Dernière édition par Phadria Red le Sam 30 Avr 2016 - 17:51, édité 1 fois
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Ithildin
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MessageSujet: Re: [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie   Lun 28 Mar 2016 - 19:39

~o~

    La nuit tomba rapidement sur le village désolé de Syrlany. A vrai dire, il fallait vraiment y prêter attention pour le voir. Car le jour comme la nuit n'avaient plus guère de différence ici. Et comme une brume épaisse se mettait à serpenter entre les maisons, un silence morbide se fit. Un silence que même les créatures du dehors n'osèrent interrompre. Il n'y eut pas de chant de chouette, ce soir là. Pas de lueur argentée, tombant des cieux sur les toitures de chaume pour éclairer les survivants. Juste un vent glacial, constant. Un vent qui hurlait entre les maisonnettes, et faisaient grincer les charpentes. Et sur ce souffle presque surnaturel, glissait un murmure. Comme le souvenir désincarné d'une voix disparue depuis longtemps.

Il y eut une ombre sinistre, qui se glissa dans la rue ce soir là. Elle allait et venait entre les maisons, auréolée de douleur et de chagrin. Argorg pu d'ailleurs voir d'un coup d'œil à travers la fenêtre qu'une silhouette semblait approcher de leur petit refuge. Une forme anonyme, dépourvue d'ombre propre, et que de longues volutes noires étouffaient jusqu'à la rendre fantomatique. Et tout sur son passage qui était encore doué de vie vint à mourir. Herbes et insectes, arbres et plantes. Les eaux des abreuvoirs et des flaques d'eaux gelaient. Et même alors qu'un œil humain n'aurait su distinguer une quelconque présence dans une de ces maisons sordides, il semblait que celui qui arrivait là savait précisément où trouver la vie.

Quelque chose de sombre approchait. Et il ne fallait pas être prêtre d'Atÿe pour le sentir.

Bientôt, l'être ne fut plus en vue, se trouvant maintenant face à la maison. On entendit un premier pas, sur une des marches de bois menant au porche du temple. Et le tintement sinistre d'un éperon d'acier, comme autant de clochette funèbres accompagna son pied. Le vent était retombé maintenant. Et des fenêtres, on ne vit bientôt plus rien. Car du gel rongeait lentement le moindre pouce de carreau, avec une lenteur atroce.

Le bois grinça une seconde fois. Nul doute que la créature marchait avec mesure. Mais pas la moindre trace de méfiance ou d'appréhension. Au troisième pas, les rescapés purent voir une intense brume noire s'infiltrer à travers les murs, les jointures des fenêtres ou sous la porte. Et tous, parfaitement éveillés, purent sentir le feu de l'âtre faiblir, et les bougies des candélabres se souffler une à une.

On entendait presque une voix dehors, à travers le bois frémissant des murs. L'être avait passées les marches sans mal, et de ses doigts gantés de fers, il se saisit d'une longue épée d'un acier noir et élimé qu'il tira dans un geste lent. Le fer hurla sous l'effort, arraché de son fourreau comme d'une plaie et il ne fit alors plus aucun doute qu'il allait à nouveau frapper pour tuer.

Mais il y eut un silence. Un silence lourd et inquiétant. Dehors, c'était comme si les mort-vivants eux-même s'étaient cachés. Soudain, il y eut un grattement contre la porte. Cinq doigts, prolongés par un inquiétant gantelet de fer effleuraient avec lenteur le bois de l'entrée et l'éraflaient dans un crissement atroce.

Il ne fallut pas attendre plus longtemps, avant que la porte s'ouvre d'elle-même, avec lenteur. Et derrière se trouvait une apparition sinistre. Un homme sans visage, couronné d'acier et armé de la plus noire des armes. Et dès qu'il fut là, tous purent sentir une peur surnaturel se saisir de leur cœur. Car comme un siphon abyssal, l'être aspira la moindre chaleur de la pièce, et en extirpa jusqu'au souvenir même de la divinité qui y était vénérée. Atÿe semblait morte, jusqu'aux yeux de ses prêtres. Et c'était comme si elle gisait sur son autel, maintenant plongé dans le noir.

Le prêtre pourtant, se leva et brandit les attribues de sa déesse devant lui comme pour se protéger. Mais même le psaume qu'il récita n'eut pour effet que d'énerver l'apparition, qui s'avança sans même hésiter devant la multitude d'ennemis qui lui faisaient face.
Mais les choses sacrées ne lui plaisaient pas. Alors retentit un cri suraigüe, comme appelé des enfers à travers le néant de son esprit. Et sans corde vocale, le monstre hurla. Il hurla si fort, et si puissamment que le petit prêtre tomba à genoux. Et que même les plus jeunes de ses adversaires furent contrains de lâcher leurs armes ! La vieillarde qui se trouvait là, assourdie fut jetée à terre, ses yeux révulsés venant à pleurer des larmes de sang déjà glaciales. Et son visage tordu se défit, jusqu'à ce que sa vie passe la barrière de ses lèvres fendues et tombe sur le plancher en un tourbillon vermeille.

Tous reculèrent, même malgré eux. Et le prêtre à genoux se trouva seul face au spectre, qui se saisit de sa gorge de sa main gantée et le souleva de terre.

"-Puisse Atÿe m..."

Il n'eut guère le temps de finir son vœux, car déjà une longue lame glissait à travers sa poitrine, jusqu'à cueillir son cœur battant. Et sans un bruit, sa vie s'en alla sans pour autant trouver le domaine des dieux. Car le monstre retint son âme ici bas. Et quand le corps retomba durement sur le sol, ce fut avec la promesse de se relever quelques minutes plus tard, en d'effrayantes torsions.

Et les deux jeunes femmes présentes, hurlante d'effroi devant le sort atroce de leurs amis se jetèrent sur le corps déjà froid de la vieille grand mère, dans la poussière. Et elles pleurèrent sa perte, et la secouèrent. Elles la serrèrent dans leur bras, fort. Mais oublièrent qu'en Salicar, la vie n'avait pas de fin. Et que même les aveugles, à la fin, retrouvaient la vue. Et la femme ne tarda pas à se saisir dans ses mains crochus d'une des deux petites, et à mordre avec une bouche avide la tendre chair de son cou...

Et le spectre s'avança encore, laissant le fer de ses bottes mordre le bois. Toute lumière dans la salle s'en était allée. Et alors qu'il offrait à sa cible suivante, la jeune prêtresse, une vision morbide de son avenir, on pu voir derrière lui que leur ami fraîchement mort se remuait déjà. Par spasme. Et ses membres se tordaient en des angles dangereux, craquants et suintant d'un liquide nauséabond noirâtre. Il releva un visage livide, abandonné par le don de la vie, et ses yeux blancs se mirent à toiser avec envie ceux des survivants qui se trouvaient encore en vie.

La jeune prêtresse ne pu rien faire hélas, lorsqu'il vint la prendre à son tour. Et sa gorge tranchée ne laissa pas le moindre cri lui échapper, contrairement à une des sœurs plus loin qui essayait de libérer sa parente de la morsure vivace de la vieille morte. Mais que pouvaient-ils donc tous faire ? De toute façon, le prêtre relevé se jetaient déjà sur Avel. Il n'y avait plus rien de la tendresse d'Atÿe en cet homme, malheureusement pour lui...
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Sélanæ d'Harmattan
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MessageSujet: Re: [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie   Jeu 7 Avr 2016 - 1:05

« Il y a de cela plusieurs lunes à présent, expliquait Anastasi, le Seigneur-Chevalier de la Mort Mannfred est venu nous trouver, de la Capitale. Il disposait d'un écrit officiel …
Sélanæ n’écoutait que d’une oreille ce que racontait le capitaine, trop occupée à boire l’infusion brulante que leur avait préparé le prêtre aux longs cheveux blonds, à elle et à ses autres compagnons. L’eau brûlante lui brûla la langue mais Sélanæ n’en avait cure : elle n’avait jamais eu aussi froid de sa vie là-dehors et la boisson la réchauffait littéralement de l’intérieur. Elle but donc plusieurs gorgées consécutives, le bord la tasse butant contre son nez. Lorsqu’elle releva la tête pour reprendre sa respiration, elle croisa le regard de la fillette aux cheveux platines, assise juste en face d’elle.  à même le sol et toute emmitouflée dans sa couverture défoncée, elle semblait fixer avec avidité la tasse que tenait Sélanæ dans ses mains. Prenant l’enfant en pitié, celle-ci se leva pour aller s’asseoir à côté d’elle. Personne ne sembla y prêter attention, tout le monde étant bien trop occupé à écouter le récit du vieux capitaine.  
Elle s’assit à côté de la fillette et lui tendit sa tasse. Celle-ci la fixa, surprise. 
« Allez prend, c’est pour toi, dit Sélanæ avec un sourire. 
La petite s’exécuta et but, à grandes gorgées. Puis elle releva la tête et lâcha un petit ’’merci’’ comme gênée d’avoir oublié ses bonnes manières. 
« Comment tu t’appelles ? demanda doucement Sélanæ.
- Sylvia.
- Moi c’est Sélanæ. »
La petite ne répondit rien. Apparemment, elle n’était pas très désireuse de discuter. Mais Sélanæ ne se découragea pas pour autant, cette petite fille avait dû voir des horreurs inimaginables, il était presque de son devoir de la divertir, de lui faire penser à autre chose que ces goules parcourant les rues.
« Tu dois surement te demander qui nous sommes. Laisse-moi te faire les présentations : alors tu vois cet Orque là-bas ? dit-elle en pointant Argorg du doigt. C’est Argorg, l’Orque le plus gentil que je n’ai jamais rencontré. En même temps, c’est le seul que je n’ai jamais rencontré… 
La petite fille ne put s’empêcher de sourire.
- L’Ogre que tu vois à côté c’est Plagt. Il ne parle pas trop. Je ne suis pas sûr qu’il comprenne la langue commune en fait. Et le gros chat qui se lèche là, c’est Attila. 
- Waouh, fit la petite fille. J’avais jamais vu un chat aussi gros !
- T’inquiète pas moi non plus ! C’est un ventre sur patte, il mange pour l’équivalent de deux estomacs, comme son maître d’ailleurs.
- Et elle c’est qui ? dit la petite fille en pointant du doigt une Phadria trop occupée à demander toujours plus de détails sur ce qu’il c’était passé au capitaine.
- Elle, c’est Phadria.
- Pourquoi est-ce qu’elle a des dessins sur sa peau ?
- Ca, ça s’appelle des tatouages, et je crois que ça lui plait, c’est tout. 
- Et pourquoi elle est toute habillée en rouge ?
- Va savoir. J’avais jamais vu une personne portée une couleur à un tel rang d’obsession, c’en est presque du fanatisme.
- Du fana-quoi ?.
- Je crois juste que c’est sa couleur préférée. 
La petite avait posé la tasse vide sur le côté. Elle paraissait s’être décontractée. 
- Et toi, pourquoi tu as deux épées dans ton dos ?
- Pour me battre.
- Tu sais te battre ?
- Ouaip.
- Moi aussi j’aimerai savoir me battre mais tout ce que j’apprends ici c’est des pages de prières, dit la petite fille en soufflant.
Sélanæ ne répondit pas, décidément cette petite fille, surement recueillie par le temple après avoir perdue ses parents, lui rappelait trop sa propre histoire.
- Sélanæ ?
- Oui ?
- J’ai froid.
- Viens, dit Sélanæ en écartant la couverture.

 Sylvia vint se glisser contre elle. 
- Tu crois qu’un jour elles vont s’en aller ?
- De quoi ?
- Des choses qu’il y a dehors. Anastasi fait que répéter que c’est de notre faute si elles sont là.
- J’en sais rien, mon cœur, j’en sais rien. Tout ce que je sais c’est que c’est de la faute de personne, et surement pas la tienne.
- Sélanæ ?
- Oui ?
- Je vais dormir je crois. Tu seras partie quand je vais me réveiller ?
- Non mon cœur, tu peux rejoindre Finil tranquille. »

Sur ce la petite parut satisfaite et s’endormit sur les genoux de Sélanae, pour la dernière fois.


*


Paralysée, Sélanae ne put qu’assister impuissante à l’horreur qui se jouait devant ses yeux. Le spectre qui avait fait irruption dans le temple quelques minutes plus tôt et qui avait déjà décimé presque la moitié de ses occupants, desserra lentement son étreinte autour du cou du prêtre qu’il venait de tuer de sang-froid, lui enfonçant sa lame noire dans le cœur. Celui-ci s’écrasa sur le sol, sans vie tel une poupée de chiffon.
Mais Sélanæ ne pouvait lever les yeux de la petite Sylvia, qui s’était planque sous une table d’offrande, tout près de la créature sans tête. Celle-ci était recroquevillé sur elle-même et suppliait Sélanæ du regard de venir l’idée, ses yeux remplis de larmes.
Mais Sélanæ était toujours pétrifiée, son cerveau ordonnait à ses jambes de bouger, d'aller sauver l'enfant et de s'enfuir le plus loin possible mais ses muscles restaient de marbre. Elle savait que si elle ne bougeait pas elle allait mourir de la même façon que le prêtre mais c’était plus fort qu’elle : dès l’instant où cette entité maléfique était entrée dans la pièce, son corps entier s’était comme tétanisés. Elle demeurait raide au centre de la pièce, incapable de faire le moindre mouvement.
Le spectre, lui, avançait déjà vers elle, lentement mais inexorablement, flottant presque au-dessus du sol, dans un bruissement à peine audible, comme une brise qui fait onduler la surface d'un lac. Sa main toute de fer gantée tenait bien fermement la paume de son épée qu’il pointait à présent en direction de Sélanæ.
Au moment même ou Sélanae allait enfin réussir à bouger sa jambe, l’impensable se produit. La petite Sylvia sortit de sa cachette et courut vers elle !
« Non ! » hurla Sélanæ.
Mais il était déjà trop tard, d’une rotation, de bras, le spectre se saisit de l’enfant qu’il souleva à son tour dans les airs avec la plus grande simplicité.
Sélanæ tomba à genoux.
'' Non, je vous en supplie … '' murmura-t-elle, sanglotant.
Le spectre approcha lentement sa lame de la gorge de la petite. 
'' Non !!! Non je vous en prie !!! ''
Mais aucune supplications de la pauvre Sélanae ne purent changer le destin déjà scellé de l'enfant. Lentement, le spectre sans visage fit courir le fil sa lame le long de l’artère de l’enfant, qui poussa un cri perçant, suivit d’un son horrible : celui des flots de sang se déversant sur le sol du temple.
Sélanae idésamparée poussa un hurlement d'effroi.
Au même moment le spectre avait lâché le corps de l’enfant sur le sol et avait foncée sur Avel,  sa lame prête à le couper en deux. Ce dernier eut juste le temps de faire un bond sur le côté pour éviter la lame du spectre qui s’abattait sur lui. Celle-ci vint s’écraser sur le sol, défonçant le plancher en un millier de débris et d’échardes.
Selanae dut détourner sa tête pour protéger ses yeux.
Alors qu’elle peinant à voir dans le nuage de fumée noir qui s’était formé, elle entendit comme des râlements tout autour d’elle, alors, les yeux plissés, elle put apercevoir sur sa gauche, se détachant peu à peu de la pénombre, deux bras raclant le sol. Ces deux bras s’agrippaient au plancher et se tractaient vers elle. Au fur et à mesure qu’ils approchaient, se détacha alors le reste des corps : les deux sœurs blondes transformées en zombies glissaient vers elle. Leurs yeux étaient révulsés, leur peau recouverte d’abcès purulent et elles faisaient claquer leurs bouches dans une cliquetis horrible.
'' Lothye aidez-moi ! ''
Un autre râlement sur sa droite vint attirer son attention et lorsqu'elle en vit la source Sélanae dut plaquer une main plaquée contre sa bouche pour s’empêcher de vomir : devant elle, la petite fillette Sylvia, rampait vers elle, sa gorge fendue déversant des flots de sang sur son passage.
Elle se mit à sangloter frénétiquement, tandis qu’elle demeurait toujours clouée au sol, incapable de faire le moindre mouvement. Paralysée, n’ayant plus la force de se lever, elle regarda impuissante l’enfant avancer vers elle quand tout à coup elle sentit deux mains fermes l’agripper par les bras et la soulever d’un coup. 

*

Avel se releva péniblement, une douleur lancinante harcelait son épaule à l’endroit où celle-ci avait violemment frappé contre le sol après qu’il ait évité le coup du spectre mais au moins, il était en vie.
Reprenant peu à peu ses esprits, il s’aperçut qu’autour de lui, il n’y voyait plus rien, la fumée noire qui était apparue au moment où le spectre était entré dans le temple avait totalement emplie la pièce d’une purée de pois opaque.
C’est alors qu’une silhouette à genoux se distingua dans la pénombre : c’était Sélanæ, hurlant et pleurant tandis que la petite fille zombifiée rampait vers elle en émettant des grognements horribles.
Avel courut vers elle et posa une main sur son épaule. Celle-ci poussa un hurlement et commença à se débattre, pensant surement que c’était les mains du spectre, venue la prendre à son tour.
Avel n’hésita pas une seconde, il la prit en poids et quand son visage fut près du sien, et qu’elle vit qu’il n’était pas le spectre, elle sembla se calmer un peu.
« Sélanæ c’est moi, Avel. »
Celle-ci hocha la tête, les yeux dans le vide, comme si elle n’était plus vraiment là.
« Par là !! » entendit crier Avel derrière lui.
C’était le capitaine, accompagné de Phadria, Argorg et Plagt, ils se trouvaient sur les escaliers à colimaçon menant à l’étage.
Avel se rua sur eux et monta les marches trois à trois. Argorg attendit que celui-ci l’eut dépassé, puis il descendit les escaliers :
« Allez-y montez, je vais les retenir ! » leur hurla-t-il, accompagné de Plagt.
Tandis qu’Avel continuait de monter les escaliers sans se retourner, il put entendre les haches d’Argorg s’écraser avec fracas contre les chairs des zombies.
Quand il arriva enfin à l’étage, il put retrouver Phadria à bout de souffle, penchée en avant, les mains contre ses genoux et le capitaine, cherchant une issue potentielle parmi les fenêtres. Ils semblaient ne même pas avoir remarqué sa présence.
Au centre de la pièce lévitait une immense cloche en fonte. Avel réfléchit.
« Putain mais qu’est-ce qu’on va faire ? Bordel on est faits comme des rats !
- Il y a moyen qu’on puisse sortir par les fenêtre !
- Mais vous rigolez ou quoi ! Il doit y avoir six bons mètres de haut, c’est un coup à s’éclater la cervelle contre les pavés ou PIRE se péter une cheville et e faire bouffer lentement par ces putains de goules !
- Vous avez une meilleure idée peut-être ?
- Moi j’en ai une, murmura Avel, les yeux toujours rivés sur l’immense cloche de fonte.
- Oui, continua Phadria, on peut toujours essayer de sortir par la porte d’entrée !
- AVEC UN SPECTRE ET CINQ ZOMBIES PRETS A NOUS DEVORER VIVANTS ?
- FERMEZ LA ! J’ai une idée, cria Avel, sous les yeux ronds Phadria qui semblait se rendre compte de sa présence., c’est au même moment qu’elle s’aperçut qu’Avel tenait dans ses bras une Sélanæ pétrifiée. Elle courut vers lui :
« Mon dieu qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? dit-elle en posant une main sur le front glacé de Sélanæ. Tu m’entends ma grande ?
Sélanæ hocha la tête mais aucuns sons ne pouvaient sortir de sa bouche.
- Je ne sais pas elle n’arrive plus à bouger, c’est comme si elle avait fait une crise de panique.  Au moment où le … a … la petite … et …, répondit Avel qui ne put finir sa phrase devant l’atrocité de ses propos.
- Ouais je sais mon grand nous en dis pas plus, le coupa Phadria en plaçant une main sur son épaule.
- Bon si vous ne voulez pas qu’il nous arrive la même chose va falloir que tu nous dises ton idée mon garçon ! dit le capitaine de l’autre bout de la pièce.
Avel expliqua son plan du mieux qu’il le pouvait. Lorsqu’il eut finit, Phadria et le Capitaine restèrent bouche bée.
- Putain tu parles pas beaucoup, mais quand tu l’ouvres ce n’est pas pour dire du vent. »


*
 
Au rez-de-chaussée, Argorg se battait avec rage, accompagné de Plagt et de son tigre Attila, il avait déjà planté sa hache dans le crane des cinq zombies quand toute à coup une lame sortie des ténèbres vint ricocher contre sa hache. Au bout de celle-ci se matérialisa le spectre sans visage. Il leva sa longue épée dans les airs prêt à l’abattre sur le crâne de l’Orque, quand Plagt vint frapper son épaule sur le flanc du spectre, qui fut projeté au milieu de la pièce.
« ALLEZ Y ! » hurla Argorg.
A l’étage, on entendit un petit shlack, comme le bruit d’une corde que l’on sectionne, puis tout à coup, la cloche de plus de trois tonnes vint se fracasser sur le plancher, faisant trembler le bâtiment entier et enfermant au passage le spectre au centre de sa prison de fonte.
Phadria se pencha sur les rampes de l’escalier.
« Putain n’y crois pas, ça a marché. »
« Allez !! Tout le monde dehors !! » hurla Avel. 
 
Entre temps Sélanae, avait pu se remettre debout, bien qu’elle fût encore incapable de prononcer un mot. Lorsqu’ils eurent descendu les escaliers, elle veilla bien à détourner son visage des corps gisant au sol, et suivit le groupe qui s’engouffra dans les ruelles noires de Syrlany.
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Ithildin
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MessageSujet: Re: [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie   Ven 15 Avr 2016 - 19:45

Il ne fallait pas être mage pour deviner que le coup de la cloche avait parfaitement fonctionné. L'énorme appareil de fonte était tombé avec une lourdeur suprenante sur le plancher, non sans manquer de l'enfoncer jusqu'à buter sur la terre sous les fondations. Et le Gwathuirin, coincé dessous eut beau cogner, et hurler à s'en rendre sourd : rien n'y fit. Et la cloche ne remua.
Pas besoin d'être mage, pour voir que les rescapés du temple avaient gagné cette fois là. Et c'est avec un concert de cris stridents et de coups à l'écho puissants qu'ils tentèrent de fuir. Tentèrent ? Sirlany avait un dernier piège pour eux.

La fumée noire du Gwathuirin eut tôt fait de se dissiper, du moins en grande partie. Et ceux qui étaient tombés sous les coups acharnés de l'orc ne s'animèrent plus, libérés pour de bon de leur malédiction. On pu presque croire à un rayon de soleil, tant l'air se fit léger et doux comparé à l'instant précédent.
Mais restaient ces cris. Ces hurlements puissants, semblant puisés dans les chambres les plus obscures du domaine de Canërgen. Et la cloche les fit vibrer et croître. Grandir jusqu'à faire vibrer le sol et les murs. On les entendait maintenant dans tout le quartier, et bientôt dans toute la ville ! Jusqu'à même atteindre les hordes silencieuses étalés dans les mortes campagnes. Et ce fut comme un appel. Bientôt, toutes les têtes se tournèrent vers Sirlany, et tous les pas s'y dirigèrent.

Alors les aventuriers virent que toute la ville les cernait, entrant dans le Temple sur les traces du Spectre. Et fenêtres, rambardes et murs se mirent à grincer, puis à craquer. Et ainsi jusqu'à ce qu'en quelques instant, tout en bas céda dans un chaos auditif assourdissant. Un oeil vif remarquerait sans doute que l'herbe et la boue hors des murs de Sirlany furent rapidement noyés sous ce qui ressemblait à une marée de chair, avide d'encore d'avantage de chair. Et sur le chemin de ce gigantesque cortège morbide, l'on dit que les rivières furent empoisonnées, et que le moindre animal fut dévoré vif.

Si un jour ces créatures s'en retournaient, elles laisseraient à la terre un souvenir sinistre. Et aux hommes de Salicar un royaume empoisonné sans doute pour toujours.

Mais l'heure n'était plus à ces considérations pour le petit groupe. Car l'on entendait déjà dans les escaliers la pression irrépréssible de la faim. Et cette faim là avait assez de bouches pour dévorer la moindre chose qui respire, se reproduit et croît sous la lumière des bons dieux de Ryscior....
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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie   Mer 27 Avr 2016 - 18:20

Tous étaient déjà montés quand Argorg se retourna pour affronter les zombies et le spectre, accompagné de Plagt et Attila. D’un seul mouvement la hache droite de l’orc vint se planter dans les côtes du prêtre zombi qui fit un vol plané pour rencontrer le mur. Malheureusement le coup fut inefficace et la chose se releva avec une plaie béante aux côtes et son bras gauche tordu dans des angles impossibles. Quand soudain un autre de ces foutu monstre fonça sur Argorg. Il fut cueilli par la hache gigantesque de Plagt qui trancha littéralement en deux cette monstruosité. Cette saloperie de mort-vivant continua de remuer et se mit à ramper au sol malgré le fait que ses putains de jambes lui manquaient. Mais par Cerumnos c’était quoi cet enfer !? Une troisième de ces choses, qui semblait être une femme, se jeta sur Argorg qui surpris tomba à la renverse. Alors que le cadavre féminin allait le mordre elle fut touché par un coup de hache chargé de colère et de désespoir dans sa putain de tête. Le coup était si puissant que la hache avait pratiquement coupé en deux la tête de la morte-vivante. Ce fut là qu’elle arrêta de « vivre ». Quand enfin Argorg compris comment tuer ces saloperies un sourire presque sadique se dessina sur ses lèvres.
Il cria l’info à ses compagnons qui s’empressèrent de s’attaquer à la tête de ces saloperies de mort-vivants. Malheureusement le spectre était entré dans la danse macabre qui se jouait dans ce temple. Plagt venait d’achever sa moitié de cadavre d’un coup de hache, ce qui fit un énorme impact dans le sol, quand les haches d’Argorg et la lame du spectre s’entrechoquèrent. La lame était maculée de sang mais elle était surtout d’un noir abyssale… Argorg avait l’impression de voir cette lame tenter d’aspirer son âme…Non ! Elle n’aura pas mon âme !*hurla intérieurement l’orc* D’un coup de ses deux haches il écarta le spectre de lui et reprit son assaut la seconde d’après. Attila massacrait la plus petite des atrocités de ses griffes et ses crocs bien placé sur la tête, il n’en restait plus que des gros morceaux de viande putride. Plagt, lui, venait d’abattre le dernier de ces foutus cadavres ambulant à coup de son énorme hache. Une magnifique décapitation, de ce que vu Argorg pendant la seconde où il regarda son ami ogre. Cependant le combat avec le spectre continuait toujours et celui-ci ne semblait pas décidé à s’épuiser, ce qui n’était pas le cas d’Argorg.


~


Au bout de ce qui semblait à Argorg la dix millième attaque du spectre il réussit à parer l’attaque mais se retrouva à découvert pour l’assaut suivant. Heureusement pour l’orc, Plagt réussit à frapper de plein fouet le spectre armé avec sa hache mais cela ne sembla pas lui avoir laissé autre-chose qu’une soudaine attention pour l’ogre. Soudain un immense fracas se fit entendre au-dessus d’eux et ils virent une cloche tomber du plafond. Argorg ayant réussi à réagir à temps poussa le spectre à peu près à l’endroit où allait tomber la cloche, et le l’apparition armé disparut sous le poids de la cloche et des éclats de bois du plancher, soit écrasé soit emprisonné ça il ne voulait pas aller le vérifier. C’est à ce moment que ses amis et le capitaine descendirent rejoindre les peaux-vertes et leur tigre. Sélanae jeta un regard effrayé aux tas de viande putride qui était censé être sa petite protégée. Elle regarda l’orc, d’un regard vide, mais il comprenait ce qu’elle ressentait.
Cependant le spectre n’avait pas encore dit son dernier mot. Il poussa un hurlement si puissant et strident qu’Argorg cru qu’il allait perdre son audition. Apparemment ces cris avaient pour but d’attirer une horde gigantesque de ces foutus morts-vivants. Il semblait même que ce fut toute la ville qui fut rameuté. Cet énorme attroupement de viande putride se déversa dans le temple petit à petit. Argorg ne fut pas long à réagir.
-Montez tous à l’étage !! On doit attendre le toit !! *ordonna-t-il aux autres*
Chacun fut réactifs, mais le capitaine, qui semblait céder à la panique, se mit à hurler et à courir le plus vite qu’il put à l’escalier. Les quelques survivants, mis à part ceux de son groupe, attirèrent bien malgré eux les morts-vivants par leurs cris d’horreur. Argorg dut faire fi des malheureux pour sauver ses amis.
Les hurlements des nouveaux festins attirèrent suffisamment de ces saloperies pour permettre au groupe de s’enfuir vers le toit. Cependant Sélanae ne voulait pas bouger, et malgré toutes les insistances de Phadria elle ne bougeait pas d’un pouce, comme transis de peur. Et merde ! *pensa Argorg*. Il dut se saisir de la jeune fille et la porter dans ses bras.Pendant ce temps, Plagt se saisit d’une poutre écroulée. L’ogrela lança surles morts-vivants qui s’approchèrent trop près, puis il détruisit l’escalier à coups de haches pour les bloquer au rez-de-chaussée. Dès que tout le groupe fut en haut, ils montèrent l’escalier qui menait directement au sommet du clocher, et donc du toit. Arrivés là-haut personne ne savait vraiment quoi faire. Même Argorg, qui pourtant avait commandé la monté par instinct de survie, ne savait plus trop quoi faire.
Soudain une idée lui vint en tête. Il chercha des cordes autour de lui et trouva celles qui soutenaient la cloche, il y en avait 3.

-Je crois que j’ai une idée pour nous sortir de ce merdier.

-Ah ouais ? *fit Phadria dubitative* Et tu comptes faire quoi avec ces cordes ?

Argorg expliqua son idée et, bien que Phadria apporta beaucoup de modifications sur des choses bancales, chacun l’acceptait. Après tout ils n’avaient pas 36 solutions. Avel et Phadria se mirent à tresser les cordes ensemble pour les rendre plus résistantes, tandis qu’Argorg taillait un morceau de métal en forme de croix pour ensuite le tordre et en faire une pointe de grappin, et enfin attaché la pointe de grappin et les cordes.
Cependant la situation était des plus stressantes pour chacun. Les râles, les hurlements… Tant de choses qui rendaient le travail de plus en plus difficile à réaliser. Avel perdait ses moyens toute les 30 secondes.

-Mais qu’est-ce que tu fous, bordel !? *lui gueula dessus le capitaine*

-La ferme ! *répondit Avel dont quelques gouttes de sueur perlaient sur son front* Si t’es si malin fais-le toi !!

-Reprend toi mon gars ! *en s’adressant à Avel sur un ton qui se voulait rassurant malgré la situation oppressante*

-Très bien ! Laisse faire les vrais marins, petit !

Malgré cette impertinence le capitaine était plus rapide et perdait moins son calme qu’Avel, bien que se soit arrivé. Argorg lui aussi était tendu mais restait optimiste quand à leur situation. Quelle meilleure fin que de finir en massacrant une horde de morts-vivants ! pensa l’orc en essayant de se rassurer.
Pendant ce temps Attila et Sélanae regardait le groupe s’afférer, Sélanae se reposant de ses émotions. Le groupe se mit alors à chercher un toit accessible avec leur grappin improvisé. Ils repérèrent un toit avec une cheminée qui semblait assez haut, une maison de riche marchand sans doute. La maison était à au moins 9 mètres de distance, mais la cheminée était assez haute pour avoir une certaine marge sans risquer de se casser le cou. Ils accrochèrent ainsi les cordes tressées et se fut Plagt qui lança le grappin. Il manqua son premier coup, mais réussi à sa deuxième tentative. De longues minutes furent nécessaires pour savoir qui passerait en premier. Tous décidèrent d’un même accord de laisser Plagt et Attila sur ce toit en attendant de pouvoir revenir les chercher. Phadria fut la première a passer. Elle utilisa un morceau de tissus comme tyrolienne. Avel fit la même chose. Ce fut enfin autour d’Argorg portant Sélanae. Il n’utilisait que son bras droit pour tenir sa tyrolienne improvisée, son bras gauche tenant la guerrière en sac à patate. Il arriva plus vite que ses deux autres compagnons et le choc avec la cheminée fut assez fort. Il réussit cependant à amortir le choc avec ses jambes, bien que l’impact fasse frémir Sélanae. Ils étaient enfin sortis du temple, et avaient échappés aux zombies… Il ne restait plus que le capitaine là-bas qui arrivait… Et il y avait toujours les pauvres amis de l’orc.
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [Terminé][EVENT][PV Selanae, Argorg] Se battre pour sa vie   Ven 29 Avr 2016 - 2:26

Ignorant, pauvre de moi, que je venais de faire la connaissance de ma plus douce, ma plus dangereuse et ma plus mortelle ennemie.

A. Pérez-Reverte






- Argorg !

A l'égard de la vivacité constante qu'avait adopté le groupe des sept survivants, Phadria se saisit de l'Orc au moment où la cheminée cédait, entraînant la corde avec elle, menaçant de précipiter le Peau-Verte au sol, et avec l'aide d'Avel et de Sélanae le tirèrent jusqu'à elles. Sol au-dessus lequel, déjà, des centaines et des centaines de goules se pressaient, affamées de chairs, et des centaines et des centaines de zombies, anciens Salicariens tombés sous le coup de la maladie et relevés par la plus sombre des magies, se pressaient en grognant et râlant.

- Allons, on bouge notre cul si on veut le garder en un seul morceau ! clama Phadria en se mettant à courir le long du toit !

Argorg se tourna à demi, en direction de l'Ogre et de son chat, restés sur les hauteurs du temple, devenu une fourmilière gigantesque grouillante d'abominations. L'odeur que charriait cette masse infecte agressait les narines des cinq fuyards qui ignorait tout de ce qu'il allait advenir. Phadria posa une main tremblante sur l'avant-bras de l'Orc.

- On ne peut rien pour eux pour l'instant, lui cria-t-elle. On doit sauver nos miches, Argorg ! Viens !

Et, alors que commençait déjà à se déverser du temple cette masse noirâtre et immonde de chairs articulées, tous suivirent la pirate en rouge, qui bondissait de toiture en toiture. L'exercice se révélait fort périlleux ! La pluie et la neige récente s'étant abattues sur Syrlany la veille et l'avant-veille avaient trempé les toitures des habitations, et à chaque pas, chaque bond, chaque écart, ils risquaient non moins de chuter et se rompre une ou deux jambes en contrebas que de se faire dévorer vivant par les goules et les zombies qui grouillaient en masse ! A chacune de ses acrobaties, Madame Red devait se retourner, s'assurant que ses compagnons suivaient derrière elle. Elle se fiait à son instinct afin d'atteindre la mer ! La mer était leur seul échappatoire !
Syrlany demeurait une ville côtière, dont les portes d'entrées avaient été fracassées la veille par Plagt et Argorg. Toutes les monstruosités contenues à l'intérieur de la cité, toutes celles qui hantaient le port et les quais gelés et tous les marcheurs solitaires des territoires -voire même des villages ou des cités- alentours s'étaient tournés vers Syrlany à l'appel du spectre noir qui demeurait prisonnier sous la lourde cloche de cuivre. En fuyant Syrlany par la terre, c'est-à-dire en s'enfonçant davantage en terres maudites de Salicar, il était presque certain qu'ils seraient confrontés à d'autres goules et d'autres non-morts, attirés sur Syrany par l'appel -avait-il seulement cessé ?- du spectre noir. En fuyant par le port, ils pourraient toujours déloger une embarcation du gel dans lequel elles étaient toutes emprisonnées, et fuir sur les Grand'Eaux !

Mais Phadria ne se faisait point de romans. Dans les deux cas, leurs chances de survie étaient faibles. Echappant à cette meute de non-vivants, sans nourriture, sans eau, sans vêtements adaptés, ils succomberaient vite.

- Attention !

Phadria attrapa le col du Capitaine à l'instant où il dérapait sur une fine plaque de verglas, déposée sur l'un des toits des habitations ! Alors, la femme en rouge se sentit chuter avec lui, entraînée par son poids, et ce fut le bras d'Argorg qui les empêcha tous deux de mourir quatre mètres plus bas. Alors qu'il peinait à les remonter, le manteau du marin glissa, et tous purent clairement assister à la fin prématurée de l'homme qui chuta sur les dallages de Syrlany en un bruit sourd ! Il se releva après quelques secondes, courbé, et déjà les goules et les non-vivants le rattrapèrent ! Affamés, inhumains, ils se jetèrent sur lui, tant et si bien qu'il fut recouvert entièrement, essaim grouillant et vrombissant, d'une masse grouillante d'inassouvis, et l'on entendit durant plusieurs secondes ses cris étouffés sans plus le voir, alors que la mort personnifiée se gorgeait de ses chairs, de son sang et de sa vie.

- Allez, on ne reste pas là à regarder  ! Ca va les occuper un moment, espérons qu'ils nous perdent de vue !

Les goules et les relevés après la mort n'étant pas réputés pour leur intelligence, Phadria espéra de tout son cœur qu'ils oublieraient de lever la tête, et les oublieraient vite ! Devant eux se trouvait à présent une distance considérable à franchir, afin d'atteindre le toit suivant, et ce fut un miracle qu'aucun d'eux parviennent à bondir suffisamment  loin et se réceptionner avec suffisamment de chance afin de ne point glisser flanc contre flanc avec la pente glissante !
Ils parvinrent finalement à atteindre, la peur au ventre, le gel à la peau mais le feu dans l'âme, les portes de Syrlany qui demeuraient à moins d'une centaine de mètres d'eux !

Argorg, Sélanæ, Avel et Phadria abandonnère leur ascension mortelle et dangereuse, et jugèrent plus sages de passer par le sol afin de gagner celles-ci au plus vite. La horde semblait plus arrière, à plusieurs mètres derrière eux, et suffisamment loin paraissait-il afin qu'ils ne l'aperçoivent pas en se retournant. Ils prirent leurs jambes à leur cou et atteignirent le port, déserté de monstres comme Phadria l'avait espéré, cependant gorgé d'embarcations prises dans le gel.

- On fait quoi maintenant ?
- Il nous faut regagner l'Ankhor !
- Ca n'est pas une solution Sélanæ, la coque de l'Ankhor est perforée de toutes part, sa Misaine arrachée, nous n'irons pas bien loin !
- Elles vont nous sentir ! Elles vont nous entendre ! Elles seront sur nous bientôt !
- Il nous faut une voile ! expédia Phadria, sentant toujours son sang tambouriner contre ses tempes !
- On doit fuir, cria soudain Avel en pointant du doigt une silhouette qui courrait vers eux en franchissant les portes de la cité fantôme.
- Non ! C'est...

L'Ogre réceptionna Attila suivi de Plagt, qui paraissait presque aussi heureux de retrouver son compagnon Peau-Verte que l'inverse demeurait possible ! Phadria songea que le chat et l'Ogre avaient dû bondir du temple comme les non-vivants se repaissaient du corps du Capitaine, chuté à plusieurs mètres de là, puis se frayer un chemin à gros coups de poings et de griffes hors de la ville. Mais l'heure n'était pas à de telles suggestions ! Ils entendaient déjà le grondement de moins en moins lointain de leurs ennemis, déterminés à s'acharner !
Et voilà que reprit leur course ! Ils déambulèrent le long des quais, jusqu'à trouver ce qu'ils cherchaient. Une petite embarcation à une voile, qui devait, en théorie, les porter tous ! Argorg et Plagt se chargèrent de l'extirper du manteau de givre à renfort de grands coups de hache, puis Phadria noua un cordage à la proue du petit sloop craquelé par le gel que Plagt se chargea de tirer par-dessus son épaule ! Argorg aidé d'Avel à la proue, ils entreprirent de tirer sur le manteau de glace l'embarcation, loin de Syrlany la maudite !

- Les morts-vivants vont nous rattraper !
- Ce ne sont pas des créatures rapides ! Elles se meuvent lentement !
- A parce que tu trouves que nous on va vite là ?
- Les zombies vont peut être lentement, mais les goules sont rapides sitôt qu'elles nous sentiront !

Phadria fit fi de la tension montante au sein de leur petit groupe et vint se coller elle-aussi à la proue du bateau, près d'Avel. Elle fit signe à Sélanæ de faire de même et chacun participa à la tracte ou la pousse du bâtiment ! Sous leurs pieds, la tablette de glace se fissurait délicieusement, et avec de plus en plus de puissance au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient des terres !

- Royaume de merde ! Temps de merde ! Glace de merde !

A plusieurs centaines de mètres derrière eux, la chasse avait repris ! Lorsque les premières goules les eurent rejoints, la coque de l'embarcation embrassait les eaux de la grande Mer des Glaces, et les plus intraitables qui tentaient de se faire passagères en bondissant de la berge jusqu'au bateau furent durement expédiées à la mer par une Phadria, un Argorg, un Plagt, une Sélanæ, un Avel et un Attila déchaînés. Depuis la berge, une masse noirâtre et grouillantes de monstruosités les fixait en d'inquiétants râles. Il leur fallut bien plusieurs heures après cette mésaventure afin que leur rythme cardiaque parvienne à se stabiliser. Ce fut des instants de durs silence à bord du petit navire qui les portait à présent. Lorsque les yeux verts, ordinairement pétillants de joie de vivre, de Phadria Red croisa ceux de la jeune Sélanæ, elle se surprit à les trouver redoutablement éteints. Plus surprenant encore, cette sensation d'avoir regardé au travers un miroir donnant sur son propre reflet !

~



La nuit tombe vite durant la Lune Renouveau, et il fit très vite noir comme dans la gueule d'un four.  Sélanæ et Phadria se pressaient l'une collée à l'autre, les poings serrés et les coudes repliés, chassant du mieux qu'elles le pouvaient ce froid mordant. Une vieille couverture traînait, ô miracle, sur le pont de leur petit sloop, et les deux femmes s'étaient rapidement enroulées à l'intérieur, la faisant tourner avec Avel et Argorg. Avant qu'ils ne soient trop frigorifiés pour le faire, Madame Red avait réussi à faire remuer tout le monde, et chacun s'était affairé à la construction de canne à pêche avec ce qu'ils avaient pu trouver. Virel, au sein de cette mésaventure, avait dû se tourner vers eux quelques secondes, car la charogne d'un poisson trônait sur le pont du navire, rejeté à l'ombre de sa proue, et elle avait permis aux survivants de se munir des vers nécessaire afin d'attirer les poissons. Ils en eurent peu, et surtout durent les manger crûs faute de disposer de quoi que ce soit qui puisse allumer un feu. Cela faisait déjà cinq jours qu'ils dérivaient, et ils avaient maigris à vue d’œil. Se partageant quelques poissons par jour, buvant l''eau de pluie qu'ils avaient réussis à cueillir à grande peine (il plut une nuit et un jour entier), claquant des dents, priant et pêchant tour à tour, Phadria en vint à s'adresser simultanément à Ariel, Ohiel, Finil, Lothÿe, Atÿe et Virel. Lorsqu'elle s'adressa à Cerumnos au bout du cinquième jour, ce fut pour lui demander d'envoyer une sorte de gros poisson sur eux, qui les dévorerait afin de mettre un terme à leur agonie, puisque les Dieux semblaient décidés à ne point leur venir en aide. Le froid minait toute leur volonté, et leurs doigts congelés peinaient de plus en plus à tenir à longueur de jour et de nuit les cannes à pêche. Lorsqu'Avel fit tomber la sienne au moment où la ligne remua, la main trop endolorie pour parvenir à en serrer la tringle, Phadria -et aucun de ses compagnons, elle présuma- ne lui en voulut. Tous étaient gelés, fatigués et terrifiés. Quand serons-nous résignés ?

Dès lors qu'ils languiraient la mort, songea Phadria, ce sera la fin. Déjà, elle lançait des regards creusés à Attila, songeant que si le compagnon d'Argorg mourrait, cela ferait une gueule de moins de nourrir, et de la fourrure pour tous.

Mais elle se refusa à penser de la sorte, et se replongea dans ses prières sans fin.

Ce fut au cours de l'après-midi du sixième jour que Ariel, Ohiel, Finil, Lothÿe, Atÿe ou Virel les entendit et envoya jusqu'à leur rafiot, non pas un gros poisson, mais un oiseau au col blanc et au vol léger, qui louvoya au-dessus de leurs têtes plusieurs fois avant de disparaître dans la fine pellicule de brume. Puis après l'oiseau, vint le navire.  Un navire à trois-mâts et voiles carrés et qui, de part sa stature, ne devait point appartenir à n'importe qui. Phadria n'en avait jamais croisé de la sorte, mais elle l'identifia comme une caravelle qui mit le cap sur eux et les cueillit. Phadria parvint à lire le nom du navire inscrit en lettre d'or sur sa poupe : Le Prince de Palmyre.

Un homme qui se présenta comme Premier Lieutenant se chargea de leur réception, il leur fit don d'une couverture chaude à chacun et les mena à des lits aux draps visiblement propres.

- Soyez les bienvenus à bord du Prince de Palmyre, au nom du Capitaine Pygargue de l'Empire.

Chacun possédaient une cabine séparée, et Madame Red sombra dans l'inconscience dès l'instant où sa joue toucha l'oreiller.

- Un putain d'oiseau... Cerumnos, t'es le meilleur.

L'oiseau la visita en rêve, et la belle put clairement l'identifier comme étant un pygargue au plumage lisse et éclatant de santé.

~




Madame Red fut éveillée par les premiers rayons de l'aube rose venant jouer contre le verre de son hublot, et par-là jusque sur son visage. Elle repoussa doucement les draps encore chaud à l'intérieur desquels elle venait de s'enrouler. Phadria, après ce fait, quand elle eut prit le temps d'analyser l'ordre qui régnait dans sa cabine, ne songea plus qu'à s'assurer qu'elle ne rêvait pas. Si ses souvenirs demeuraient exacts, on leur avait souhaité la bienvenue la veille à bord d'un certain Prince de Palmyre, caravelle originaire de l'Empire d'Ambre. Que fout un bâtiment de l'Empire si loin de la Mer sans Fin?
La pirate avisa alors, sur le chevet de bois près de sa couchette, une assiette contenant deux beignets de pâte de mil, ainsi qu'une choppe empli d'eau, qu'elle descendit sans se faire prier. Elle se rendit compte une fois ceci fait, qu'elle n'avait pas même prit le temps d'ôter ses bottes la veille avant de tomber sous les draps.

On tapa alors, trois coups vifs, à la porte de sa cabine. Madame Red eut tout juste le temps de lancer un ''oui ? Et bien ?'' qu'elle vit quatre hommes armés faire intrusion entre ses quatre murs. Elle glissa sa main le long de son flanc gauche, là où battait toujours, normalement, un sabre mais se souvint au dernier moment qu'elle n'en avait plus depuis son arrivée en Salicar ! Elle avisa alors le poignard finement ouvragé, à la lame de qualité qu'elle avait glissé sous sa jarretière, mais on ne lui laissa point le temps de s'en saisir ! Déjà, deux hommes qu'elle identifia comme des officiers s'étaient saisis de leurs lames, et les tenaient levés et ciblés sous sa gorge.

- Levez les bras, et pas de coups foireux.

Phadria Red obtempéra en grimaçant.

- Je n'ai pas d'arme, feignit-elle.

C'est alors qu'elle le vit. Les rayons de l'aube claire illuminaient avec une certaine tiédeur son visage, révélant des joues justes et sans barbe au-dessus desquelles brillaient des yeux clairs, bleus et austères surmontés de sourcils bruns et, encore un étage au-dessus, d'un haut-de-forme azur. Il était vêtu richement, et un bien beau fourreau de cuir noir pendait à son côté gauche contrastant avec une chemise repassée et bien blanche. Ses yeux brillants offraient une expression caractéristique à son visage au teint clair et aux traits légers, et même si quelques rides se grimaient ça et là, Phadria devina qu'il ne devait point dépasser la quarantaine de Tours. Il paraissait même, plutôt, en faire trente. A son cou, une chaîne en argent pendait, soutenant en son bout un sifflet ressemblant trait pour trait à celui d'un maître bosco. En tous cas, il n'eut nul doutes pour elle quant à l'identité de celui qui se présenta comme étant...

- Le Pygargue et Capitaine de ce bâtiment.

Il se tenait aussi droit qu'on pouvait l'être, et malgré l'état fort discourtois de deux lames pointées sur sa gorge dans lequel Phadria Red se trouvait, il s'était incliné d'une révérence en se présentant. Révérence fort bien maîtrisée, par ailleurs, accompagné de sa main gantée et posée à plat sur le cœur.

- Ok..Moi c'est Phadria Red. Je me serai volontiers inclinée, mais ce faisant je risquerai de me retrouver avec six pouces d'acier dans le corps.

Aux côtés du Pygargue, un homme au moins dix fois plus austère de lui, mais tout aussi bien vêtu, le Second qui l'avait monté à bord la veille. Portant l'habit noir et d'épaisses rides, Phadria se fit à elle-même la remarque que ce type là avait le regard du nobliau dur et ferme, que les pauvresses payent une fortune pour corriger leurs gosses.  Bien sûr, tout ça demeurait de la théorie pour elle. Elle n'avait jamais rencontré d'aristocrates. Jusqu'à aujourd'hui, à l'évidence. Les deux autres portaient l'habit d'officiers de marine, originaires de l'Empire de toute évidence. Des fers épais vinrent cercler ses poignets reliés à présent par une chaîne qui devait faire au moins autant de bruit que le raclement de gorge du Second du Prince de Palmyre.

- Fouillez-la.

Il est étonnant que les deux officiers ne la brutalisèrent pas lorsqu'ils la fouillèrent. C'est à peine s'ils osaient la toucher lorsqu'ils tatèrent poitrine et jambes, et elle put ainsi conserver le plein secret de son poignard dissimulé sous sa jarretelle. En revanche, sa bourse si durement acquise dans les Marches D'Acier lui fut arrachée. Elle passa des mains de l'un des officier à celles du Premier Lieutenant, puis de lui-même à celles du Capitaine qui esquissa un fin sourire après l'avoir soupesé.

- Il y a là-dedans le travail honnête de tout une vie de champs, argua-t-il d'une voix claire mais tranchante à la fois.
- Ne nous attardons Capitaine Pygargue, lança à son attention le Premier Lieutenant.

Phadria choisit de ne point leur répondre. De toute évidence, il n'attendait rien d'elle, car déjà le Second et le Capitaine lui avaient tourné le dos après avoir fait les termes suivants comme s'ils énonçaient une chose d'une logique flagrante.

- Madame Red, je vous fait arrêter pour vous être proclamée pirate et par ce titre, livrée à des actes de piraterie sur les terres et les mers de Ryscior. Vous serez emmenée jusqu'à l'Empire pour y être livrée à la justice d'Ohiel et des hommes, et selon toute évidence pendue sur place publique.

Phadria ne préféra point songer au nombre de fois auxquelles le Pygargue avait clamé cette sentence toute faite au visage de ses prisonniers.

~






Le Pygargue





Le Capitaine du Prince de Palmyre repoussa vers le bord de son bureau en acajou son journal de bord, ainsi que différents documents qui le gênaient dans ses mouvements. Les rideaux bordeaux tirés par-dessus les larges fenetres de sa cabine donnaient un aspect sinistre à son bureau, et il entreprit de se lever, mains croisées dans le dos, afin de laisser entrer la lumière du jour.

Il était midi, et le soleil de Lothÿe était à son zénith.

Le Pygargue fit glisser avec un certain agrément son index sur le col immaculé du pygargue, rapace marin à la beauté toujours inégalée aux yeux de cette homme de l'Empire, et qui se tenait droit sur son perchoir. Le Capitaine lui fit don d'une gâterie que l'oiseau de proie se hâta d'engloutir, avant de pousser un croassement aiguë auquel l'homme était habitué. Il vint se rassoir à son bureau, après avoir réajusté son col avec rigueur puis laissa entrer ses invités. Il humecta sa plume et ouvrit le livre vierge qui lui faisait face. Enfin, il se tint bien droit sur sa chaise et entreprit de saluer les trois personnes qui venaient d'entrer sur instruction de Maître Klemmens, son Second et celui qui avait été, et demeurait toujours malgré les apparences, son précepteur et éducateur. Il y avait là, face à lui, un jeune homme à la peau encore toute brûlée par le sel et le froid, ainsi qu'une très jeune femme aux yeux verts et...un Orc accompagné d'un chat tigré rachitique.

- Je suis le Capitaine Pygargue de l'Empire, expliqua-t-il, et vous souhaite la bienvenue à bord de mon bâtiment. Je suis bien navré, croyez-le, de ne point avoir pu vous faire ces mots le bon jour, mais d'autres occupations m'en ont empêchés.

Il désigna d'un geste de la main qu'il avait libérée de ses gants noirs les trois fauteuils sur lesquels ses trois invités pouvaient prendre place.

- La Déesse a été bonne pour vous, fit-il remarquer en un sourire, j'ai cru comprendre que vous n'étiez plus très loin de rencontrer Elis et son Paternel dans les mondes d'au-dessous ! Une chance pour vous que nous croisions dans la Mer des Glaces.

Il ajouta enfin :

- Vous avez dû remarquer que vos armes vous ont été confisquées, vous m'en voyez navré, ce sont là les directives que j'ai donné, la prudence, voyez-vous. On ne l'est jamais assez. Sans doute vous demandez-vous ce que vous faites ici. Je vais simplement écouter et noter votre témoignage et ce qui vous a amené à dériver à demi-mort dans un sloop défoncé à cinquante lieues de Salicar. Maître Klemmens ici présent, et maître Matter mon Officier ministériel de bord se chargeront de parachever le tout en apposant leurs signatures et confirmant la véracité de vos dires à la fin des notes que j'aurai prises.

Il ajouta à l'attention des deux officiers portant une guisarme de bonne taille à la main :

- Et ces messieurs sont mes Officiers chargés du maintien de l'ordre à mon bord. Leur rôle est simplement d'éviter tout débordement sur le Prince de Palmyre.

Il ajouta :

- Commençons-nous ?

Voyant au regard que dépeignaient ses interlocuteurs, Le Pygargue se hâta de répondre à la question qu'ils étaient visiblement trop polis pour poser.

- Mais avant je dois également vous informer que la pirate qui voyageait avec vous vient d'être placée aux arrêts. Si vous souhaitez lui faire vos adieux, ce devra être aujourd'hui. Car elle sera conduite jusqu'à l'Empire, où elle y sera jugée, et très probablement pendue pour piraterie.

A ces mots, l'Orc et la jeune fille s'étaient tous deux levés de leur fauteuils, comme si une punaise y avait été subtilement glissée !

- Pendue !? vociféra l'Orc en se rapprochant dangereusement de son bureau, le poussant presque. Cette femme m'a sauvé la vie, nous a tous sauvé !! Et vous voulez la faire pendre !?

Le Pygargue n'aimait pas les Peau-Vertes, et particulièrement les Orcs. Ce dernier ne lui plaisait pas du tout, et sa façon de faire l'incitait à la défensive. C'est néanmoins d'une voix posée qu'il fit sa réponse, yeux dans les yeux du géant.

- Vous choisissez vos amis parmi les pirates et les forbans, je n'y peux rien.
- Je choisis mes amis pour leurs cœurs. Pas pour ce qu'ils font, répliqua l'Orc du tac-au-tac sans laisser le temps à la femme à ses côtés d'en placer une.
- De bien belles paroles. Maintenant je peux au vue de votre réaction Maître Orc, je peux tout autant me raviser et placer votre amie la pirate à l'isolement.

L'Orc se fit alors plus impressionnant, serrant les dents et gonflant le torse. Il venait de se dresser de  sa toute-haute stature et Le Pygargue le vit serrer les poings.

- Attaque-toi à mes amis, mon gars, et tu auras affaire à moi !

Alors le Capitaine se languissait déjà que cet entretien se termine.

- Je vais être clair avec vous, maître Orc, reprit-il de sa voix la plus autoritaire sans pour autant l'élever, le suis Le Capitaine Pygargue de Palmyre, au service de sa majesté le Prince, et cela fait plus de dix Tours que j'arrête et fais pendre des criminels notoires et des pirates, tour à tour. Je vous ai sauvé la vie en vous recueillant à bord de ma caravelle, vous qui dériviez dans cette chaloupe depuis des jours, sans eau ni nourriture. Je suis le commandant de ce bâtiment, et le seul maître à bord, après Ariel. Alors, et au vu de la dette que vous me devez, je vous conseille de revisiter votre position. Vous m'êtes redevables, et je n'aime pas beaucoup les Orcs, en particuliers lorsqu'ils se font menaçants inutilement. Je vois là deux bonnes raisons qui devraient suffire à vous convaincre de ne pas oublier qui vous êtes, et qui je suis, à mon bord. Car au vu de mon titre, je peux tout à fait vous remettre de nouveau dans votre chaloupe et vous expédier dans l'enfer de la Déesse !
- Ah ouais ? vint clabauder le Peau-Verte en envoyant tomber au sol plusieurs des livres qui se trouvaient sur son bureau. Tu as peut-être des titres, mais as-tu au moins la force pour pouvoir les porter ?

Déjà, les deux guisarmiers avaient brandis leurs lances devant cet Orc puant qui le menaçait sans raison ! A cet instant, le fauve qui l'accompagnait, et sur son intonation, bondit par-dessus le bureau et renversa de sa chaise Le Pygargue qui, sous le coup de la surprise, ne trouva pas le temps de se saisir de sa lame ! Mais il ne demeurait point Le Pygargue pour rien...
Tout s'enchaîna vite ! Et même si le rôle du fauve, il s'en doutait bien, était plus celui de l'intimider que de le mordre, en tant que Capitaine il ne pouvait laisser passer cela ! Le rapace au fin plumage s'éjecta de son perchoir, et vint fondre sur la  bête, serres en avant et visant les yeux ! Ce qui laissa au Capitaine le temps nécessaire afin de se redresser. Déjà, le chat de la Peau-Verte venait de hurler de douleur, et donnait de grands coups de pattes dans le vide, rugissant à s'en crever les poumons ! Et à ses pieds, sur la moquette du bureau du Capitaine, des gouttes de sang presque noir. Voyant cela, l'Orc poussa à son tour un rugissement bestial, et écarta les deux Officiers qui manquèrent chuter à leur tour. Le pygargue vint se poser alors, croassant, sur le bras levé du Capitaine qui leva une main face à l'Orc.

- Je pense que notre entretien vient de prendre fin Maître Orc. Prenez votre chien avec vous et regagnez votre cabine où vous y serez gardé en permanence !
- Atti...commença l'Orc en pressant contre lui son familier.
- Votre animal va bien, tonna Le Pygargue, mon pygargue l'a simplement allégé de son œil gauche ! Mais retentez ce tour une seconde fois, et ce sont les vôtres qu'il emportera !

Sitôt que ces deux-là furent congédiés, Le Pygargue arrangea d'un geste ses cheveux bruns, puis se plaça debout, séparé par son prore bureau de la jeune femme et de son compagnon qu'il restait et qui venait d'assister à toute la scène.

- Vous avez des amis bien peu recommandables, commença-t-il à son intention.
- Mes amis ont failli mourir l'arme à la main, pour nous portéger tous ! Ils ne méritent pas la pandaison !
- Votre amie comme vous dites, reprit à présent lassé le Capitaine, est la protégée d'une certaine Phadransie La Noire, elle-même protégée du Capitaine pirate Korlanos, à la tête du Galion Déité, bâtiment pirate sinistrement illustre. J'ignore d'ailleurs quel est son véritable prénom, mais je puis vous assurer qu'elle est connue dans le milieu de la piraterie sous le pseudonyme de "Madame Red". Et Phadransie et cette femme traînent derrière elles une réputation, et vous me pardonnerez les termes, de tueuses sadiques et dérangées, et non de guerrières honorables, comme vous paraissez plutôt l'être.
- Phadransie la Noire, Capitaine Korlaos, je me fous bien de l’identité de ces gens là ! Ce que je sais en tout cas c’est que la Phadria que je connais ne ressemble en RIEN à la description que vous m’en faites ! Depuis plus de six mois que je la côtoie je n’ai pas vu une once de sadisme dans ses yeux ! Certes elle s’habille en rouge, certes c’est une pirate et tout comme vous je ne le cautionne guère mais vous devez surement vous tromper de personne. Au contraire, elle a été dévouée tout au long de ce voyage et à montré son courage plus d'une fois, notamment face aux goules qui ont envahies Salicar, d'ailleurs c'est de cela que vous devriez vous occuper !
Mais ce qui me gêne le plus c’est que vous que vous osiez me vanter de ‘’guerrière honorable’’ mais n’hésitez pas une seconde à me détrousser de mes armes, ainsi qu’à mes amis et à nous séparer misérablement. De ces actes je n’en vois qu’hypocrisie, ce qui m’étonne guère de la part d’un garde royal, au final et vous le savez comme moi, vous ne valez pas mieux que les pirates que vous vous tuez à chercher !

L'homme entreprit de soutenir le regard de cette jeune femme, presque une enfant, qui se permettait de l'injurier. Son éducation avait fait de lui un véritable galant, et c'était dans ces moments qu'il se devait de ne point l'oublier. Alors, même si il avait grand'envie d'écourter cette entrevue et de renvoyer cette femme dans sa cabine sans un mot de plus, il se trouva l'audace de puiser en lui calme et patience.

- Au vue de la réaction de l'Orc à l'instant, et de la votre présentement, je me félicite d'avoir ordonné que l'on vous écarte de vos armes. Quant à Phadransie La Noire et Korlanos, croyez-moi j'ai de bonnes sources. Que gagnerai-je à vous mentir ? Ces gens-là sont même très connus dans leur profession, notamment pour plusieurs entreprises contre mon Empire, des enlèvements et des tortures, exécutés souvent même sur des enfants ! Je continue ? La destruction dans la plus grande violence du Sultanat portuaire de Khamsin, il y a de cela plusieurs Tours maintenant, lors d'un mariage royal, n'épargnant ni même femmes et enfants. Je ne rejette pas toute la faute de ces entreprise sur Madame Red, mais elle y fut impliquée, et de façon considérable, je n'ai aucun doute là-dessus.
- Eh comment aurez voulu que je réagi... La des..destruction du Sultanat de Khamsin ?

Elle avait pâli, soudainement, comme si il venait de la gifler. Et ce sans qu'il puisse en comprendre la raison. Il entreprit d'adoucir davantage sa voix.

- Entre autre, oui. Elle vous l'avait caché, j'imagine.
- Et comment pouvez vous être aussi sur que Phadria faisait partie de l'attaque ?!

Cette fois, elle avait crié. Tant et si fort que les Officiers s'étaient approchés d'un bon pas, brandissant leurs guisarmes, et que Horace Klemmens avait contracté sa mâchoire, ce qui n'était jamais bon signe. A eux-trois, Le Pygargue lança un regard tranquillisant.

- Elle est recherchée hâtivement dans tout Ram, mademoiselle. La voisine de Khamsin...Lêveche, si je me souviens bien, l'avait ramassée après l'attaque. Je m'étonne d'ailleurs qu'elle ne fut pas pendue là-bas, mais tout porte à croire que Madame Red a sut fuir le Sultanat à temps.
- Impossible...

La jeune brunette s'était assise, où plutôt était tombée sur la chaise qu'on lui avait destiné.

- Pourquoi est ce que vous m'avez convoquée ici ?

Le Pygargue passa derrière son bureau, de nouveau, puis referma son livre.

- Au départ, je devais prendre vos témoignages et consigner vos observations concernant ce qu'il se trame dans le Grand Nord de Ryscior. Mais en l'état, je pense que nous remettrons à plus tard cette activité. Je ne suis pas pressé.

La femme qui lui faisait pâle semblait à présent peiner à respirer, et ses mains tremblaient sans qu'elle parvienne à le cacher efficacement. Venait-elle de Ram ? Le Capitaine ajouta en replaçant le pygargue sur son perchoir.

- Je peux vous faire apporter un verre d'eau si vous le voulez.
- Non
- A votre aise. Vous êtes libre d'aller et venir à mon bord, contrairement à votre ami Peau-Verte, mais sachez que vous serez tenue à l’œil. Vos armes et vos biens vous seront rendus, ainsi que la bourse de la pirate, lorsque vous choisirez de débarquer. Nous longeons actuellement les côtes du Royaume Halfelin, au Nord. Notre destination m'amène à caboter le long des côtes Ramiennes, puis nous emprunterons l'Océan des Elfes Noirs, au sein duquel j'ai beaucoup à y faire.
- Où doit avoir lieu l'exécution ?
- Elle n'est pas encore passée en jugement, mais tout se fera en Empire, à la cité Topaze de Palmyre.
- Pourriez-vous me débarquer là ?

Le Pygargue hésita sur l'instant. Nul doute que cette demande venait de l'Orc, il l'aurait rejeté immédiatement. Mais son éducation lui empêchait de refuser ainsi et sans raison une requêt venant d'une dame. D'une jeune fille qui plus était, se corrigea-t-il. Il acquiesça du chef, bien que l'idée de la voir à bord pour plusieurs lunes ne l'enchantait guère. Ils convinrent donc que la naufragère serait invitée à bord du Prince de Palmyre jusqu'à sa destination finale, dans l'Empire. Le Pygargue la prévint toutefois que, même si son voyage touchait à sa fin, ils devraient traverser Ryscior entière sur les mers, le tout marqué par de nombreux arrêts, et n'y seraient pas avant six lunes au strict minimum. Finalement, la compagne de la pirate se leva d'une démarche presque désarticulée, et se dirigea d'un pas de nouveau ferme vers la porte, très vite talonnée par l'homme qui remercia expéditivement le Capitaine. Ce dernier s'inclina avec respect et éminence en son attention, les laissant passer l’entrebâillement des portes de sa cabine. Il entendit clairement la voix de son invitée clamer ''je peux retrouver le chemin de ma chambre toute seule'' en direction des Officiers qui avaient pour charge de l'accompagner.

~



Phadria





Madame Red redressa la tète qu'elle tenait penchée en voyant arriver Sélanæ. Les geôles du Prince de Palmyre étaient au moins aussi spacieuses que le pont principal de la caravelle, et emplis à craquer de prisonniers. Des pirates. Phadria comprit vite que le navire avait été taillé pour deux choses. La vitesse. Et l'incarcération. L'on ne pouvait rêver mieux que ce bâtiment-là pour chasser le forban, élancé et léger, avec ses kilomètres de voilures déployées, filant au vent sur les Grand'Eaux. Et ses cales-prisons, pleines de vermines, et à en craquer. Il n'y avait que des hommes, et tous, où la plupart, nus jusqu'à la taille, demeuraient recroquevillés dans un coin, jouant entre eux à quelques jeux à base de cailloux qu'ils faisaient rouler à leurs pieds, ou muets comme des tombes dans leurs silence. Certains paraissaient même avoir été de féroces flibustiers, de leur temps. Phadria en avait été peinée. Le Pygargue, à cause de son sexe, elle s'en doutait, l'avait faite isoler dans une cellule à part. La pirate vêtue de rouge sourit à sa camarade en la voyant, malgré la rudesse de sa toute-nouvelle situation, comme si elle n'était pas retenue derrière la grille d'une cellule. Et du mauvais côté qui plus était.

- Aye Sélanae. Passée une bonne nuit ?

Sélanæ resta de marbre.

- Phadria, tu sais pourquoi tu es ici ?

Madame Red haussa les épaules avant de faire passer une main dans sa chevelure afin de la dégager un peu de son visage ambré.

- Je n'ai pas eu plus d'explications que ça, mais quelque chose me dit qu'ils aiment pas trop les pirates.

Elle lui désigna alors, du bout de son index, son tatouage à l'épaule

- Tu vois ce que je veux dire. Le Capitaine est un vrai enculé.
- Tu sais que j'ai moi aussi de bonnes raisons de ne pas aimer les pirates, lâcha d'une voix au moins aussi froides que les terres de Salicar son interlocutrice.

Le sourire signature de Phadria s'effaça alors. Quelque chose se tramait, elle le voyait avec clarté.

- Sélanæ ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Sélanæ passa soudain ses mains a travers les barreaux et se saisit de la chevelure de Phadria ! Elle plaqua sa tête contre la grille et vint placer la sienne a seulement quelques centimètres, la folie dansant dans ses prunelles.

- Plus de mauvaise foi Phadria, je veux la vérité !

Alors que la Rouge tentait de se dégager, la jeune guerrière raffermit sa pression sur la chevelure jais de la pirate.

- Putain mais tu fous quoi là !? Sélanæ !
- KHAMSIN ! C’ÉTAIT TOI ?!
- Sélanæ lâche-moi !

Suite à cette résistance, Sélanæ tira encore plus fort, faisant buter le crane de Phadria contre la grille. Les chaînes passées autour de ses poignets l'empêchait clairement de se dégager, et elle se trouva vite contrainte à répondre à son amie qui se voyait de plus en plus violente et insistante !

- DIS LE MOI ! EST CE QUE C’ÉTAIT TOI OUI OU NON !
- OUI ! OUI J'Y ÉTAIS ! hurla Madame Red comme ses tempes et ses joues s'écrasaient contre les barreaux des geôles du Prince de Palmyre

Sélanæ lacha alors son emprise. Elle plaça une main devant sa bouche, au bord de l'hystérie avant de hurler à plein poumons, attirant l'attention de la totalité des prisonniers :

- TOUT CE TEMPS ! C'ETAIT TOI TOUT CE TEMPS ?! MAIS COMMENT AS TU PU ME REGARDER EN FACE DANS CE BATEAU, SI PRES DE MOI PENDANT PLUS DE SIX MOIS !!

Elle mit une main sur son front duquel coulait de fines gouttes de sueur et passa sa main dans ses cheveux, le regard hagard, l'air perdu !

- Sélanae, je ne savais pas comment te le dire ! Comment es-tu au courant ? Qui te l'a dis ? lui opposa Madame Red les yeux plissés et l'air concentré.

- MAIS HEUREUSEMENT QUE TU ME L'AS PAS DIS !!! HEUREUSEMENT PARCE QUE MAINTENANT QUE JE LE SAIS TU VAS MOURIR PHADRIA !! OH OUI TU VAS MOURIR !!

Sélanæ vint frapper avec une violence insoupçonnée contre les barreaux de la cage, obligeant Phadria à reculer de quelques pas, sur son séant.

- VIENS M'AFFRONTER ! AFFRONTE MOI QUE JE TE TUE COMME J'AURAI DU LE FAIRE LE JOUR DE NOTRE PREMIER COMBAT !
- Putain mais calme-toi ! Sélanæ, je suis désolée que tu l'aies appris comme ça ! J'aurai préféré que ça se sache autrement, vraiment, mais apparemment quelqu'un m'a devancé !

Ce fut à ce moment que les guisarmiers chargés du maintien de l'ordre à bord du Prince de Palmyre vinrent se saisir de Sélanæ qui n'avait rien à faire dans cette partie du navire sans y être accompagnée ! Elle hurlait et se débattait comme des bras masculins puissants la tractaient vers l'écoutille et le pont extérieur. Phadria se leva, et vint agripper les barreaux de sa geôle à son tour, appellant plusieurs fois la jeune femme, le visage pressé contre la grille tentant de l'apercevoir. Mais déjà, elle n'était plus là. Sa voix, sa haine et ses menaces, en revanche, parvenaient encore aux oreilles de Madame Red.

- JE TE CONSEILLE DE NE JAMAIS SORTIR DE CETTE CAGE PHADRIA CAR DES LORS QUE TU METTRAS UN PIED DEHORS TU PASSERAS SOUS MA LAME ! J EN FAIS LA PROMESSE !

[/i]
~




Le Pygargue





Chacun dîna dans son coin une fois passés les événements de cette sordide journée. Argorg consigné avec Attila. Plagt séparé de son compagnon humain. Avel et Sélanæ de leurs côtés. Le Pygargue leva un conseil restreint composé de son Premier Lieutenant, ses Sous-Lieutenants, son Officier Ministériel et des deux prêtres d'Ohier montés à son bord. Il fit grande question afin de s'acquérir de la décision qui serait la moins dangereuse pour lui et l'équipage parmi toutes, tout en restant dans la voie du Dieu sage. Tous les avis convergèrent vers une option qui parut être la meilleure à tous. Bientôt, le Peau-Verte, l'Ogre, le fauve rayé, la jeune femme (jugée dangereuse depuis son intervention dans les geôles) et son compagnon furent déposés, et peu importa leur avis, en côtes du Royaume Halfelin que le Prince de Palmyre longeait. Leurs armes leur furent rendues, et il ne tenait qu'à eux de joindre la grande cité de Kelvin, à une trentaine de milles au Nord, ou bien Hasruba en traversant tout le Royaume des Petites-Gens, c'est-à-dire environ huit fois la distance les séparant de Kelvin. Le Pygargue joignit à ses débarqués leurs biens matériels, et proposa d'y ajouter la bourse de Phadria, mais ils refusèrent. Le Pygargue comprit leur point de vue sans trop s'y forcer. Il s'agissait sans nul doute d'argent sale, dérobé évidemment en échange du sang d'innocents. Il conserva néanmoins la bourse gorgée d'or qu'il vida dans un petit coffre de bois avant de le fermer à clé. Ceci fait, le voyage du Prince de Palmyre put se poursuivre, dans une ambiance générale nettement moins tendue. Le Capitaine envoya son oiseau par-delà les mers, sonder l'horizon.

- Reprenons la chasse. La potence de Bervers est déjà toute prête.



~




Phadria





Comme il n'y avait point grand choses à faire ici-bas, Madame Red s'était munie de sa Pièce de Huit, la fameuse, qu'elle avait gardé caché sur-elle durant tout ce temps. Adossé face à l'une des grilles latérales de sa geôle, elle s'ennuyait ferme depuis que son voisin de cellule s'était endormi. Ils avaient échangé quelques propos, brefs mais qui avaient appris à la pirate en rouge que le gus était prisonnier du Pygargue depuis bientôt deux Tours ! Et, selon lui, la plupart des autres forbans demeuraient là, chaînes aux poignets, parfois même chaîne liée au mur, depuis plus longtemps que lui. Est-il possible, songeait Madame Red, que certain d'entre eux ignorent tout des événements récents ? La chute de Port-Argenterie ? La mort de Brecianne Léocadas ? Le naufrage du Galion Déité ?
Phadria avait encore quelques espérences de ne point passer un ou deux Tours de sa vie enfermée ici, sur cette immense prison de bois et d'acier, mais en attendant elle ne pouvait rien faire d'autre que lancer en l'air, puis laisser retomber sur le dos de sa main, sa pièce de huit. Une fois pile. Une fois face. La potence. Encore une fois. Néanmoins, Madame Red ne perdait rien de ce qu'il se passait, et pour peu qu'un rat daignait traverser sa geôle au pas de course -ce qui fut le cas plus d'une fois depuis les trois jours qu'elle avait passé derrière les barreaux- il ne lui échappait point. Le Capitaine Pygargue étant un homme de haute taille à la bonne allure, il ne put encore moins passer inaperçu lorsqu'il descendit, seul et muni de son haut-de-forme, voir sa prisonnière. A son passage, les prisonniers qui ne dormaient pas crachaient. Phadria entendait les glaires et les mollards souiller l'entrepont, sous les bottes parfaitement cirées du Pygargue qui ne répondait pas plus aux expectorations qu'aux malédictions qu'on levait sur lui et qu'aux injures qu'on lui administrait sur le chemin. Ce Capitaine idiot a bien du courage de descendre ainsi au milieu de ses prisonniers. Et pour y faire quoi au juste?Phadria ne tourna point la tête vers lui, et ne lui adressa pas la parole tant qu'il ne fut pas placé debout, regardant dans sa cellule en sa direction. Il avait ôté son haut-de-forme, mais n'avait pas exécuté de révérence cette fois-ci, nota Red. Finalement, l'homme aux longs cheveux jais rompit en premier le silence qui n'en devenait qu'embarrassant.

- Cela fait bien longtemps que je n'avais plus vu de pièce de huit authentique en ce monde, Madame Red.

A peine venait-il de desserrer les lèvres qu'il marquait un point. Phadria laissa échapper sa pièce de huit, qui roula à ses bottes, sur le sol humide de sa cellule. Lentement, elle tourna vers lui son visage fermé mais curieux, ses yeux pétillants mais orageux.

- Dites-moi, d'où se connait-on ?

Elle ajouta en un demi-sourire malicieux :

- Est-ce que vous et moi on a déjà... ?
- Non.
- Je me disais bien, convint la rouge. Je m'en serai souvenue !
- Je suis à la poursuite d'un homme depuis des lunes et des lunes, poursuivit d'une voix posé le Capitaine son haut-de-forme à la main et faisant fi des prisonniers qui continuaient à le traiter de tous les noms d'oiseaux qu'ils connaissaient. Et il se trouve que cet homme, un pirate, a fait alliance il y a un peu plu d'un Tour à présent, avec une femme, une espèce de folle que l'on nommerait Phadransie La Noire. En me renseignant sur cette Phadransie La Noire, je suis très vite tombé sur un Second nom, celui du Capitaine Korlanos, puis un troisième, celui de Madame Red. Et ces trois-là seraient réputés pour avoir traînés dans de nombreuses affaires, toutes aussi peu reuisantes les unes que les autres. Dont, par exemple, cette histoire d'enlèvement puis de rançon de l'aristocratie De La Molle. Pas de chance, la maison De La Molle comporte de lointains cousins de la mienne, la maison De Everhell. Lorsqu'on évoque le Galion Déité, on parle souvent de son Capitaine et de ses deux protégées, la noire et la rouge. Madame Red, un officier fort habile une lame dans la main, et le corps couvert d'encre rouge. Une beauté sans pareil. Difficile de détourner le regard...et de la louper.
- Je prends ça pour un compliment.
- Il n'est pas très difficile de vous identifier.
- Le Galion Déité à sombré corps et âmes depuis plus de trois Tours à présent, bientôt quatre. Et je ne sais même pas si Phadransie La Noire est encore en vie ! répondit la Rouge sans se départir de son sourire, celui par laquelle elle se démarquait de tous les autres prisonniers, en dépit de son sexe.
- Je ne chasse pas cette femme, mais si jamais Virel permet à nos bâtiments de se croiser, je l'ajouterai au nombre de vos compagnons de cellules.

Madame Red prit une large inspiration, un rire presque pendu à la comisure de ses lèvres.

- Il y a possibilité de monnayer mes services pour chasser La Noire ?
- Non.
- Pour la pièce de huit, reprit-elle en le regardant dans les yeux et l'air tout gentil, vous n'êtes pas un pirate. Tous les Seigneur Pirates en ont une avec eux. C'était aussi la monnaie qui avait le court à Port-Argenterie. Du temps de Port-Argenterie.

Celui qui s'auto-proclamait Le Pygargue hocha la tête après l'avoir écouté d'une oreille attentive. Il répondit d'une voix posée et claire comme de l'eau de roche :

- Je le sais. Je ne suis pas un forban, mais je les ai chassé durant suffisamment longtemps. Cela fait plus de 10 Tours.
- Les gars qui sont ici sont vos prisonniers depuis plus de dix Tours ? demanda soudain Phadria.
- Certains, oui. Virel ne m'a point laissé l'opportunité de retourner en Empire depuis, afin qu'ils y soient jugés.
- Pauvre malade.
- Savez vous quelque chose sur un certain Bervers ou Baldassare Everhell ? Un pirate.

Phadria ne manqua pas de remarquer le changement de timbre qui avait secoué la gorge du Pygargue.

- Peut être que je sais quelque chose. Peut être que je ne sais rien. Mais dans le cas où j'en saurai quelque chose, pensez vous vraiment que je vous livrerai ces informations ? Que j’aiderai un taré comme vous à chasser un pirate, pour le laisser pourrir ici, dans vos cales infectes et merdeuses pendant plus de dix Tours ? Dix Tours, bon sang !

Elle fit non de la tête en fixant un point invisible, derrière Le Pygargue.

- Ça n'est pas humain...
- J'ignorai que les pirates se protégeaient entre eux, comme une famille.

Sur ces entrefaits, il arriva au sourire de Phadria un air davantage mesquin.

- Doit-on parler de vous ? Bervers Everhell, l'homme que vous chassez. Un cousin ? Votre père ? Ou votre frère peut-être ?

La rouge sut qu'elle avait fait mouche au regard écarquillé du Pygargue qui s'approcha légèrement de sa geôle.

- Pourquoi songez-vous à une telle chose ?
- Vous venez de me dire votre nom vous-même. De Everhell, cousins éloignés des De La Molle.
- Je vois.
- Autre chose, Capitaine ? ajouta la pirate. Je doute que vous avez pris le temps de descendre dans vos geôles uniquement pour la contemplation de mes beaux yeux. Ou pour me parler de votre oncle, neveu ou que sais-je.
- Nous ferons bientôt voile vers l'Empire, où vous y serez jugée et probablement pendue pour vos crimes. Désirez-vous vous confesser avant de rencontrer Elis puis son Père ?

Elle esquissa un sourire à la suite de ces propos. Que lui chantait-il, là ? Depuis quand proposait-on aux pirates de Ryscior de se confesser ?

- Vous ne m'avez pas l'air d'un prêtre, ironisa-t-elle avec légèreté.
- J'ai plusieurs prêtres d'Ohiel à mon bord.
- Je n'ai rien à faire de vos confesseurs. Je n'ai pas honte de qui je suis et de comment j'ai mené ma vie.

La voix de Phadria, à ses mots, venait de se faire plus glaciale, plus incisive.

- Comme le témoigne vos scarifications sur l'épaule, sourit alors, et pour la première fois le Capitaine. C'est amusant. J'ai posé cette question à tous les pirates que j'ai pu capturer en dix Tours. Et tous, de façon plus ou moins polie, m'ont envoyé me faire foutre.

De nouveau, elle lui sourit et braqua sur lui son regard un rien amusé.

- Que voulez-vous, nous sommes un peu rudes dans la famille !
- Je l'ai constaté. Et vous laisse à votre rudesse, pirate, et avec votre ''famille''.

Ce fut sur ces mots que Le Pygargue, commandant en chef de la Caravelle le Prince de Palmyre se recoiffa et tourna les talons de ses bottes. De nouveau, il s’apprêta à repasser au travers de ce couloir de propos injurieux, regards noirs et crachats malaisés. Mais il le faisait la tête haute et le menton dressé, sans adresser un seul regard aux forbans. Phadria trouva à ce tableau un côté amusant et à ce Capitaine une suffisance mêlée d'une prestesse originale. Elle n'avait point bougé de sa position initiale lorsqu'il était venu la voir, et n'eut pas à beaucoup bouger afin de se resaisir de sa pièce de huit cabossée et de l'envoyer en l'air de nouveau, la réceptionnant sur le dos de sa main. D'une voix claire, qui s'éleva petit-à-petit comme une petite brise, Madame Red entama une chanson qu'elle, et probablement la totalité des ruffians enfermés ici, connaissaient.

Quand le forban prendra l'Empire en chasse,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban affutera son sabre,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban hissera pavillon noir,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban ira à l'abordage,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban enfoncera sa lame,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !


- Vous ne devriez pas chanter ceci à bord de mon bâtiment, l'interrompit Le Pygargue déjà à plusieurs mètres d'elle, sans prendre la peine de la regarder de face en lui faisant ces mots. C'est une chanson qui porte le malheur, et je ne la tolère pas à mon bord.
- Il est plus facile, paraît-il, de résister aux bons soins d'une pute Oréenne que de faire taire un flibustier qui se sait condamné à la potence, Capitaine.

Un silence vint prendre sa place, ajoutant du poids aux dernières paroles de Phadria. Puis Le Pygargue, cette fois-ci, pivota sur ses talons. Et son regard bleu acier se fit chargé d'autorité, presque tranchant.

- Je saurai me tenir éloigné des deux. En attendant Madame Red, ou que m'importe ton véritable nom, tu devrais éviter d'user trop de provocation avec moi. Je suis le Capitaine Pygargue, au service de l'Empire d'Ambre et seul maître à bord après la Déesse ! Rien ne m'oblige à te livrer à l'Empire, et je peux tout à fait te faire pendre à la grande vergue sur l'instant si tel devient mon souhait ! Tu es ma prisonnière et condamnée au gibet dès lors que tu passeras en jugement, alors apprends à rester à ta place.

Suivi cette affirmation, un brusque mouvement de foule de la part de tous les prisonniers, qui se jetèrent sur leurs grilles, bravant, injuriant, et contredisant Le Pygargue. Leurs bras tendus malgré les chaînes semblaient vouloir se saisir de son cou et le briser. Phadria ne donnerait pas cher du Pygargue si jamais il passait un jour entre ces doigts crochus et crasseux qui ne demandaient rien de moi que pouvoir se refermer sur sa trachée artère pour la lui exploser.

- Vous, avez un navire à diriger, Capitaine. Moi je suis dans vos geôles, les chaînes aux poignets, et probablement pour plusieurs lunes si ça n'est pas plusieurs Tours.

Elle conclut en ces mots, d'un ton davantage calme, ce qui ne l'empêcha point d'être entendu du Capitaine, car à présent tous s'étaient de nouveau tus.

- Il faut bien tuer le temps. Alors je chante.

Le Pygargue détourna de nouveau le visage de Madame Red, braquant ses yeux bleus sur l'écoutille menant au pont supérieur. Phadria lui adressa un sourire presque charmeur :

- Te joindrais-tu à moi ?

Elle n'eut aucune réponse de la part du Capitaine au pourpoint azuré impeccable et au haut-de-forme. Alors Phadria lança sa pièce de huit, encore. Pile. Face. Les dés de la vie. Elle reprit sa chanson, d'une voix frivole comme le vol d'un oiseau. D'un pygargue, pourquoi pas.

Quand le forban enjambera les cadavres,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban gagnera la bataille,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban aura fait belle prise,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban aura rempli son coffre,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban regagnera sa cage,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura !

Quand le forban comptera sa fortune,
Grand bien fasse à sa carcasse
Grand soif, grand soif il aura...
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» C’est tellement plus simple de fuir que de se battre pour ce qu’on veut vraiment.
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» ''Je peux me battre pour mon pays, mais ne me demandez pas de mentir pour lui.'' // Elias Johnson
» [TERMINÉ] [Event]Pause café... qui tourne bien, pour une fois! [PV Evelyne Salt]
» [Terminé] Coucours d'écriture : Les contes pour enfants

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