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 [FB] L'Oiseau et l'Immortel.

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Commodore Theoden
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MessageSujet: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Ven 29 Avr 2016 - 17:32





"-Aller les gars, sortez-moi ces avirons et remuez-vous !"

Le jour était levé depuis un moment maintenant. Et comme souvent depuis son départ des Marches d'Acier, Théoden guettait avec la plus grande attention la ligne d'horizon. Il arriva que ce jour-ci se présente un bien étrange équipage, filant droit vers ses deux vaisseaux.

Ce qu'il identifia rapidement comme une Caravelle de l'Empire filait droit sur eux avec un vent de côté assez fort. Et au vue des couleurs pendues à ses mâts, il fallait s'attendre à du grabuge. Alors le Capitaine du Wicked Wench se tourna vers le pont central de son vaisseau, et lança l'ordre à son équipage de se préparer à un abordage musclé. Il y eut des trompettes et des tambours, alors. Et les fusiliers du Capitaine se mirent à leurs places derrière la muraille du 74 canons.

L'on adressa des signes de drapeaux au Blacksmith, fraîchement affrété. Le Capitaine Brookes, à sa barre, reçu des consignes simples et claires de la part de Théoden. Et l'on déferla jusqu'au moindre pouce les voiles des deux vaisseaux, en prévision du choc avec la lourde caravelle.

Théoden descendit du poste de navigation avec une hargne palpable. Et la tension qui se faisait de plus en plus palpable à son bord se mua rapidement en une rage fébrile. Les Officiers aboyaient leurs ordres avec autorité, en passant dans les rangées de marins. Il ne fallut guère longtemps avant que tous soient dotés d'un sabre, d'une hachette ou d'une pique, et que Théoden ne refasse surface sur le pont dans son uniforme de commandement. Il brandit une rapière et adressa quelques signes aux fusiliers dans les hunes pour leurs souhaiter bonne chance. Il savait les marins de l'Empire d'Ambre bien meilleurs combattants qu'artilleurs. Et leur manque de poudre allaient les forcer à passer directement à l'abordage.

Un second coup d'œil dans sa lunette confirma sa première crainte. Cette caravelle n'en était pas anonyme. Et comme elle voguait bien haut dans le nord du Continent, Théoden se disait qu'il pouvait s'agir là du même bâtiment qui, dix tours auparavant, lui avait emportées quelques embarcations.
Le Prince de Palmyre serait à tous les coups une belle prise, c'était certain !

"-L'heure de la vengeance est arrivée." sourit Théoden en se tournant vers un jeune Lieutenant.

En ce qui sembla durer une éternité, le Capitaine du Wicked Wench vit la distance entre ses vaisseaux et l'ennemi diminuer de plus en plus, jusqu'à pouvoir apercevoir sur les hauts ponts de la caravelle l'équipage entier du chasseur de pirate s'agiter sur les planches. Bien sûr, il se chargerait du Commandant de cette maudite embarcation. Restait à immobiliser le navire, ou il risquait de se faire la malle !

On donna du cor, dans le silence tendu de ce coin abandonné des cieux. Et le Blacksmith se dévia de sa course, pour aller chercher le vent et présenter son flanc à la Caravelle. Mais avant que le Commandant adverse n'ait le temps de se préoccuper de cet écart, Théoden fit donner du canon. Et deux pièces à la proue du Wench rugirent, et firent voler juste au dessus des ponts du Prince deux boulets enrobés de flammes et d'une fumée noirâtre.
Les projectiles sifflèrent au dessus des têtes de l'équipage de l'Empire, et emportèrent quelques pièces de cordage, avant de s'abîmer en mer, un jet de pierre derrière eux. Et la distraction fut suffisante ! Car déjà, le 74 canons de Théoden se trouvait sur le point d'aborder la caravelle. Mais alors que le navigateur du vaisseau s'apprêtait à écarter la frégate de sa cible, le Capitaine se saisit de la barre et donna un coup soudain dessus, de sorte qu'un choc violent secoue les deux équipages. Les deux flancs des bâtiments se rentrèrent dedans avec tant de fracas que beaucoup sur les ponts furent renversés ! Et avec la vitesse, l'on entendit le bois grincer, et craquer, alors que les deux bords se raclaient, et se frottaient de plus en plus lentement.

Les Fusiliers furent les premiers à ouvrir le feu, comme pour réveiller leurs compagnons une dizaine de mètre plus bas. Et leurs mousquets firent tomber sur les ponts de la Caravelle assez de plomb pour faucher quelques pauvres hommes à découvert.
Et sous les ordres du Capitaine du Prince de Palmyre, les quelques balistes disposées le long du bastingage firent feu. Et leurs terribles projectiles firent d'épais trous dans les protection du pont central du Wench. Un marin, transpercé par l'un d'eux fut jeté à travers le pont de bâbord jusqu'à tribord, et finit sa course en hurlant punaisé à l'intérieur du bastingage opposé !
Mais la situation du chasseur de pirate était complexe. Car sur 80% de la longueur du pont, le Wench le dominait en hauteur. Et il fut difficile d'envoyer du monde à l'assaut, surtout vu le nombre de guisarmiers !
Néanmoins, quelques épéistes parvinrent à monter jusque sur le gaillard d'arrière ou d'avant du 74 canons. Et un combat sans merci s'engagea là.

Théoden pour sa part, mena l'abordage sur le pont du Prince. Et son hurlement enragé, alors qu'il sautait la hauteur qui le séparait de ses ennemis ne manqua pas de galvaniser ceux d'assez fous pour le suivre !
L'on fit taire les tirs de mousquets dans les hunes, de sorte que l'on épargnerait une poudre précieuse, et sans conteste les vies de marins alliés.
Théoden garda sa rapière dans son fourreau, la réservant pour la vie du Commandant. C'est donc avec Lame d'Or en main qu'il s'empara du premier artilleur qu'il croisa et qu'il lui ouvrit la gorge sans ménagement. Mais, quand il leva les yeux de sa victime, ce fut pour voir ses hommes se trouver empaler les uns après les autres sur les lances des chasseurs de pirate.

Ce fut là que le Blacksmith intervint. Son écart s'était lentement transformé en une trajectoire en cloche. Et le vaisseau, vif et léger avait pu retomber avec toute la force que le vent lui offrait droit sur le flanc opposé du Prince !
Le Capitaine Brookes fit manœuvrer son bâtiment de tel sorte que son éperon frappa durement la coque du Chasseur de Pirate, en plein centre ! Et beaucoup des marins des deux équipages se trouvèrent fort ébranlés par cet assaut soudain. Tant et si bien que Théoden pu passer la muraille de ces lancers, et créer en quelques passes une ouverture assez grande à l'intérieur pour que l'assaut revienne en sa faveur !
Et assez aussi pour décider le Capitaine adverse de se lancer avec ses Lieutenants et Second dans la bataille...
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Sam 30 Avr 2016 - 4:45

Le sang coula, chez Barbe-Bleue, - aux abattoirs, - - dans les criques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent. […] et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons.

A.R



Le Pygargue



Un céleste souvenir que tente de garancer la vermine du monde que je veux éradiquer, un vivant soleil, voilà ce qui m'apparut au travers la Dernière Lune du règne d'Elué de notre Tour ; et quand à présent elle changerait d'aspect, une blessure ne guérit point parce que l'arc est affaibli.

Je me languis de vous, ma Dame, et espère toujours auprès de Finil et de Virel, ci-joint la bénédiction d'Ariel, accoster demain sur les quais de la cité Topaze de Palmyre. L'Empire manque à mon âme comme la nue à l'oiseau accroché à son perchoir. Je vous assure, Hilena, faire de mon mieux afin de briser ce carcan passé autour de la serre de mon pygargue. Je le fais voler tous les jours, sans exception aucune. La liberté au bout de ses plumes y est admirables et non souillée. J'ai perdu mon honneur et me suis volontairement exclu de mes prénoms -j'escompte que vous le comprenez- par les fautes de mon frère maudit, celui dont je tairai le nom jusque sur le papier -et qui ne saurait plus fuir très longtemps la justice d'Ohiel et des hommes-, mais j'y ai trouvé un rang. Nous sommes en fin de Lune du Renouveau, ma Dame, en ce jour par lequel j'ai jugé bon de prendre ma plume afin de vous tenir informé des nouvelles du Prince de Palmyre. J'aurai des aventures à vous compter par grand nombre à mon retour, songez-y. A bord du Prince de Palmyre, j'ai traversé Ryscior entier, de la Passe à la Mer sans Fin, de l'Océan des Elfes Noirs aux confins de la Mer des Glaces. Le grand Nord n'est point comme le décrivent nos livres, en Palmyre. Il s'agit d'eaux froides et grises, une brume tenace plane sans cesse au-dessus de ces domaines d'Ariel, vous glaçant les os perpétuellement. Il y est impossible à cause de celle-ci, et peu s'en faut, de distanguer le levant du ponant à moins d'une lieue. J'ai en mon bureau des lettres authentiques écrites de ma main et anotées par Maître Klemmens en personne, et j'ai grand'estime qu'elles aient été plus ou moins remaniées en vue d'une publication.

Jugez-vous, ma Dame, que l'audace que j'ai eu à me faire valoir si loin de votre gracieux et si joli visage mériterait la mort ? Moi qui pensais fuir mes responsabilités le temps d'une course et de deux ou trois entreprises bénies d'Ohiel. Que je me fusse atrocement trompé dans mes actes et pensées, et que le Dieu Juste abatte sur moi son battoir à mon retour. Je consentirai à son châtiment.

Il n'existe point de bel idéal qui justifie une si longue absence, j'en suis conscient. Mon âme saigne en imaginant la femme que vous avez dû devenir. Ma fille, plaignez-moi de vous avoir quitté. Vous a-t-on déjà marié ? J'ai espoirs en une réponse négative.

De tout mon cœur je souhaiterai être présent au jour de vos noces.

Embrassez bien votre mère, ma belle-sœur, de ma part, ainsi que votre tante. Je vous reviendrai vite, pourvu qu'Ohiel m'accorde sa bénédiction.

Je continuerai à vous écrire, et vous tiendrai informée des voies que doit traverser le Prince de Palmyre.

NB : Il me faut encore trouver un valet ou un coursier bien prompt en côtes Ramiennes qui saurait porter mon courrier jusqu'à sa lecture de vos yeux emplis de grâce. Je préjuge que dès l'instant où vous ouvrirez le cachet de cette missive, au moins neuf Lunes se seront écoulées.

Votre cher oncle et à tout jamais vôtre.

Le Pygargue.

M.V.D.E




Le Pygargue plia sensiblement la feuille de papier sur lequel il venait de passer plusieurs heures de penché. Les mots soigneusement notés à l'encre noire, calligraphiques, ne seraient pas secs avant plusieurs heures. Le Capitaine referma son encrier, évitant là que cette dernière ne s'assèche, et posa à côté de sa missive la plume de faisan qui lui avait servi à la rédaction. Déjà se trouvait à côté de sa feuille de papier le cachet à l'intérieur duquel elle serait close avant de quitter le Prince de Palmyre pour la cité Topaze de Palmyre. Le Capitaine entreprit de déboutonner les deux premiers boutons de son pourpoint afin d'en être davantage à son aise, ce vint fort à propos car il suivit par un rasage de près tandis qu'il disposait d'un peu de temps pour lui.

Il avait peut-être abandonné son nom et l'honneur de sa famille à cause de son frère, mais demeurait  Capitaine de l'un des galons du Prince de l'Empire d'Ambre, et en tant que tel, même en tant que Capitaine de bâtiment, il tenait à une bonne présentation.

Après cette toilette, et une fois s'être lavé le visage à l'eau claire, le Pygargue laissa entrer son Premier Lieutenant dont la mine demeurait si grave qu'on l'aurait crue taillée dans de la pierre. Maître Klemmens vint lui rendre compte : deux bâtiments qui ne semblaient pas des laissés comme moindres, deux frégates tenaient le large et s’apprêtaient à croiser la caravelle de Palmyre.

«  Leur pavillon maître Klemmens ?
- Justement, ils n'en ont aucun.
- Des pirates ou des renégats. A éliminer.
- Mickaël, tu devrais vraiment venir te rendre compte.

Cette austérité de son éducateur rendit au Pygargue toute la fougue qu'il lui était possible d'avoir, et il se rendit sur le pont en quelques foulées, son haut-de-forme au-dessus du front. Le Premier Lieutenant ne lui passa la lunette qu'un seul instant, mais il suffit au Pygargue afin de se faire une idée. Les deux frégates de fort tonnage semblaient fondre sur eux, vent arrière. Et bien que ce fut en un premier temps le Prince de Palmyre qui se dirigeait sur ses étrangères, ce fut bien vite les étrangères qui prirent pour cible le Prince. Comme la distance séparant les trois bâtiments chutait, les marins de l'Empire se rendirent compte rapidement, et avec un effroi fort mal dissimulé, de la dimension de l'horreur qui les attendait. Le navire principal, celui duquel la seconde frégate, plus petite, suivait le sillage dépassait plusieurs fois en taille, en âmes à bord et en armement la caravelle.

Bientôt les intentions hostiles de ces deux bâtiments ne furent même point dissimulées, et un vent de panique sembla gagner quelques-uns des soldats de l'Empire les moins frugaux. L'abordage était inévitable !

- Du calme camarades, clama le Capitaine d'une voix puissante !

Le Prince de Palmyre comptait à son bord une quarantaine de membres d'équipages. Il y avait le Capitaine Pygargue, le Premier Lieutenant Horace Klemmens, ainsi que deux sous-Lieutenants non moins braves et repus à la vie en mer qui étaient virtuoses de l'épée. Deux officiers, deux prêtres d'Ohiel qui n'hésitaient point à prendre les armes si ils estimaient l'ennemi face à eux méritant d'un tel sort, ainsi que six marins spécialisés dans le tir à l'arc. Cinq balistes avaient été montées à bord du Prince de Palmyre, on en trouvait ainsi deux fixées sur le côté bâbord et trois fixées sur le tribord. Dix hommes étaient attelés auxdites balistes. Enfin, huit guisarmiers chargés du maintien de l'ordre à bord, et huit lanciers, entraînés à la défense du bâtiment. Le Prince était le joyau du souverain de Palmyre, et il demeurait impensable selon tout citoyen de l'Empire que le vaisseau soit pris et puisse tomber en des mains ennemies et mal intentionnées. De ce fait, la défense du bâtiment avait été jugée comme un aspect essentiel de l'armement, prônant même sur l'aspect offensif.

Alors un rugissement se fit entendre ! Celui d'un monstre qui s'éveille doucement, et de ce monstre deux boulets rouges qui passèrent à un jet de pierre au-dessus de la caravelle ! Alors ce ne fut plus que murmures, sueurs froides, trépignement et inquiétude à bord du Prince de Palmyre. Déjà, le monstre qui leur fonçait dessus avait déployé toute sa voilure, et il donnait l'impression vue du ciel d'un rapace affamé fondant sur sa proie ! Le Capitaine se hissa en haut du Gaillard d'avant, et parla d'une voix forte et claire :

- Ecoutez-moi, vous tous ! Vous êtes trop expérimentés pour ne pas voir le péril que nous courrons, et trop braves pour le craindre ! Mais le bras d'Ohiel est parmi nous, et son regard posé sur nous. Nous allons faire face, avec vaillance en ce jour, car nous sommes soldats de l'Empire ! Et les natifs de l'Empire jamais ne renoncent !

Alors l'âme du navire fut jetée par ces termes dans une bien illustre fièvre ! Et tous, à l'évocation de l'Empire d'Ambre, gonflèrent leur poitrail de bravoure au moins autant que ceux du Wicked Wench l'étaient de haine et de rage !

Le Capitaine Pygargue communiqua ses directives ! Les archers furent envoyés par groupe de deux dans les hunes de misaine, d'artimon et la grande hune ! Bientôt, le Wench vira soudainement de bord et le monstre de bois et de voiles vint percuter la caravelle de l'Empire avec une violence qui ne lui avait été que trop soupçonnée ! Le Pygargue s'était précipité dans sa cabine, talonné par le Premier Lieutenant Horace De Klemmens afin de se préparer à l'assaut. Sur le pont, les balistes avaient gagnés leurs postes et préparaient la riposte qui se voulait fulgurante !

Le Pygargue ôta avec précipitation le pourpoint de toile qu'il portait sur les épaules. Sur son poitrail nu pendait le sifflet en argent qui commandait à son compagnon ailé. Horace De Klemmens l'aida à nouer autour de son torse une casaque en cuir de cheval afin de le protéger d'éventuels -et forts probables- coups d'épée. Une chemise blanche fut passée par dessus la casaque, suivie par une veste bleue et or, aux épaulettes cuivrées et retenant une large cape, nouée du côté gauche. Parfois lors de duels aux sabre, et Le Pygargue demeurait bien placé afin de le savoir, un bon mouvement de cape pouvait faire toute la différence entre victoire et défaite. En travers de la poitrine ou enroulée sur le bras gauche, elle servait de bouclier pour parer les coups de l'adversaire. Il arrivât même que certains gueux de par l'Empire se servaient de leurs capes afin de la jeter sur la lame de leur ennemi, ce qui pouvait les gêner grandement, le temps de placer une bonne botte. Cependant le Capitaine Pygargue n'entrait pas -à son plus grand plaisir- dans cette seconde catégorie d'hommes. Il accrocha enfin à son côté un harnais fort bien travaillé de cuir noir, soutenant sur sa hanche une épée à la garde finement ouvragée, et au fort bel acier avec laquelle il se battait depuis plus de dix Tours à présent. De nouveau sur le pont, l'homme donna l'ordre aux archers d'enflammer leurs tirs, et de viser sans discontinuer le Wicked Wench qui leur faisait la vie très dure.

- Le Wench est flanc à flanc avec le Prince, avait constaté de l'inquiétude dans la voix le Second De Klemmens, si nous mettons le feu à la Sainte Barbe ou sa soute aux poudres, nos deux vaisseaux sauteront en même temps.
- Je prends le risque, avait décidé d'un air ferme le Pygargue.
- C'est de la folie !
- Nous sommes flanc contre flanc avec le Wench, mais également agrippés par le second navire. Si jamais il devait sauter peut-être en réchappons-nous.
- Peut-être ?!
- Je prends le risque ! avait répété le Pygargue d'une voix toute-autoritaire, sans pour autant crier, avant d'ajouter : et débâclez le pont ! Que tout ce qui gêne à la manœuvre soit écarté, afin que nos lanciers et nos guisarmiers puisse tenir leur formation et accueillir ces fils de chiens comme il se doit !

Alors Le Capitaine Pygargue avait lâché sur ses ennemis son oiseau de proie qui fit bien des ravages ! De ses serres crochus, il s'attaquait directement aux yeux des pirates qui menaient l'abordage de la caravelle, tandis que dans les hunes les archers expédiaient sur le pont et dans le gréement du Wicked Wench une pluie de feu de Lothÿe !

Dos-à-dos, le Capitaine et son Second avaient dégainés chacun deux lames fort belles, et s’apprêtaient à entamer leur danse de la mort, comme l'on disait par l'Empire.

- Dansons, Maître Klemmens, souriait Le Pygargue dans son dos. Dansons mon vieil ami, ou gare aux six pouces d'acier dans nos corps !

L'aristocratie de la cité Topaze de Palmyre avait, il était vrai, bien ses particularités, notamment au niveau de son enseignement à l'arme blanche. Il variait selon les maisons, les familles, et les modes. Et il était vrai que chaque famille et chaque maison cherchait toujours à posséder sa propre ''danse''. Et les De Everhell étaient de très bons danseurs à une époque lointaine, en plus de très bons prophètes. Si le second de ces dons fut tari par les Tours et l'impureté des manières de ces aristocrates, la première en revanche ne fut point affectée.

Tenant leur lame à deux mains, légère, Le Capitaine Pygargue et Horace De Klemmens entamèrent un véritable nettoyage à bord du pont de leur caravelle ! Légers, le pied frivole, l'épée louvoyante, ils tuaient tour-à-tour et paraissaient, si l'on plissait le regard, exécuter une sorte de danse.

Des dizaines d'assaillants tombèrent à leurs pieds, un membre ou une gorge tranchée dans un bouillon de sang dense. Du côté tribord, les balistes visaient le second navire, celui-là même qui les avait harponné, dans l'unique but de tenir à distance ce second équipage et contenir un minimum le flot d'adversaires qui se déversait sur le pont du Prince De Palmyre. L'oiseau volait en de crissement aiguës, saignant les yeux et les tympans de ses cibles. Il prenait souvent de la hauteur, puis retombait en piquée sur les forbans !

Alors le Capitaine, tout en se saisissant au vol de la lame d'un moribond qu'il expédia droit dans la poitrine d'un énième assaillant, hurla d'une voix forte :

- Si nous nous battons comme des lions aujourd'hui, on ne mourra pas comme des chiens ! 

Et on put effectivement parler d'un lion lorsqu'on vit les carnages que faisaient parmi les pirates le Capitaine Pygargue et ses alliés. Seulement, bientôt, alors qu'il venait de désencombrer autour de lui le pont du Prince de Palmyre, son regard azuré croisa celui, terrible, d'un homme arborant une lame toute d'or couverte, garde y comprise, et le danseur cassa le rythme, se perdant l'espace de quelques secondes infinies dans ce visage. Et il vit nettement cet homme-là lui sourire, avant de clamer d'une voix puissante :

- Petit chasseur a bien grandi à ce que je vois !

Le Pygargue était si surpris, que réellement, il n'avait plus de vigilance en ce moment. Mais il n'abaissa point sa garde très longtemps ! Il se contenta de porter à ses lèvres son sifflet, et y fit un appel. Le pygargue repéra sa proie, et fondit sur elle en un criaillement alarmant !

- Un homme à d'ambitions aussi médiocres, et chargeant d'autres pour lui-même de livrer ses combats, ne doit point posséder un regard très avant sur la vie ! »

Et le pygargue le prit pour cible !
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MessageSujet: Re: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Sam 30 Avr 2016 - 18:22

Le combat devait maintenant faire rage depuis de longues minutes. Et au cœur de la mêlée, Théoden avait pu voir un nombre conséquent de ses hommes tomber sous les coups des lanciers du Prince. Alors, piqué à vif, le Capitaine avait ramassé au sol le mousquet à baïonnette d'un de ses morts et l'avait levé haut, au dessus de sa tête. Si bien que lorsque son geste fut sur son retour, le bras de Théoden avait jeté le fusil tel un javelots en plein dans le torse d'un des guisarmiers de l'Empire.

Mais le problème était surtout ce qui ressemblait au Capitaine et à son Second. Théoden les vit tournoyer avec une vitesse affolante en plein milieu de ses troupes. Et il sembla bien vite évident qu'il lui revenait la tâche de stopper cette danse macabre. Mais avant même qu'il n'ait pu s'approcher suffisamment, l'homme du nord vit son rival se saisir d'un sifflet. Et après quelques mots emplis d'une vaine suffisance, il lança un appel à sa bête de proie qui fondit sans attendre sur le pont du Prince de Palmyre.

Théoden le vit un instant s'abattre sur lui. Mais loin de se laisser faire, il fit tournoyer Lame d'Or dans sa main jusqu'à tenir pincée entre ses doigts la pointe aiguisée de sa lame. Il y eut un cris perçant, et un rugissement puissant. Et avant que la fumée qui enrobait Théoden soit retombée, on le vit lever le bras avec une vitesse effrayante. Et il jeta dans un geste sec son long couteau droit sur le pygargue qui, prit dans son élan, ne pu guère esquiver la lame qui vint le frapper si fort que tout son plongeon en fut chamboulé ! L'acier mordit l'oiseau entre l'aile et le flanc, brisant plumes et muscles. Et Théoden n'eût alors qu'à s'effacer sur le côté pour laisser l'animal s'écraser avec force sur le pont en piaffant sa douleur.

Le Capitaine eut un sourire sordide après avoir baissés les yeux sur sa victime inconsciente. Et sans se gêner pour marcher sur son aile blessée, il s'avança vers le Capitaine et son Second, en tirant sa rapière.

Autours d'eux, le combat commençait déjà à s'essouffler. De part et d'autres, l'on glissait sur le pont trempé par les eaux et le sang. Depuis le Wench, l'on voyait parfois tomber à la renverse les corps inertes des assaillants abattus, qui venaient bien souvent s'écraser sur le pont du Prince en d'écœurants craquements. Les marins à bord pouvaient donc commencer à éteindre les quelques débuts d'incendies, à l'aide de pompes et de seau.
Les Guisarmiers eux devaient faire face à une fatigue de plus en plus éprouvantes. Car leurs armes se faisaient lourdes. Et leurs hampes étaient de plus en plus difficile à manœuvrer face aux hommes agiles de Théoden. Et même si les archers maintenaient un semblant de défense depuis les hunes, il n'y eut bientôt plus personne pour manœuvrer les lourdes balistes du bord.

Au centre de ce tourbillon assourdissant de fracas et de fureur, le Pygargue et son Second s'étaient empressés de s'attaquer au Commandant du Wicked Wench. Et à eux deux ils feintaient et assaillaient à tour de rôle avec toute la finesse et l'élégance que l'on connaissait à des bretteurs bien éduqués.
Hélas, il ne fut guère aisé de pousser Théoden à reculer. Usant d'une magie inconnue à leurs yeux, le Capitaine parait coups après coups sans se départir d'un sourire avide de sang. Une main sur sa hanche, l'autre tenant avec grâce sa longue lame effilée, Nevers se mouvait avec une élégance sans pareille. Et il dévia sans bouger de ses appuies les deux lames lancées à l'assaut de ses défenses. Quinte, quarte, tierce, sixte... autant de classiques que Théoden avait apprit jusqu'à en perdre le sommeil dans sa jeunesse ! Et il attendit patiemment que ses opposants soient trop fatigués pour porter le moindre assaut.

Autours d'eux, l'on commençait déjà à jeter à bas les archers du Prince. Ceux qui ne lâchaient pas leurs arcs face aux mousquets du Wench finissaient invariablement truffés d'une bonne quantité de plomb et s'abîmaient le plus souvent dans les eaux après avoir heurté de plein fouet le bastingage de la caravelle. Les guisarmiers reculaient peu à peu, et d'autant plus lorsque ce furent les Lieutenants de Théoden qui se joignirent au combat.

Théoden, justement, profita finalement d'une erreur du Second du Pygargue. Et comme celui-ci porta une attaque plus malhabile que les autres, le Capitaine enroba sa garde en un tour de poignet et fit voler haut son épée d'un coup sec ! Il lui suffit de tendre sa main gauche pour que l'arme lui tombe dans la paume. Et Klemmens eu beau essayer de se défendre avec la hampe brisée d'une guisarme, Théoden parvint à se glisser un instant entre le Pygargue et lui. Il lui brisa le nez d'un coup de garde et l'envoya sur le dos en fauchant ses deux jambes de la sienne.

Restait le Pygargue. Et tous les deux continuèrent leur duel en grimpant les marches menant au gaillard d'arrière. Klemmens hors de combat, il semblait déjà que la danse du Chasseur de pirate perdait en efficacité. Et pourtant, après quelques braves tentatives, il sembla qu'il parvint à effleurer la redingote bleu-ciel de Théoden !
Mais ce fut sa dernière erreur. Car après une feinte habile, il vit son pied se trouver littéralement cloué au pont par une botte agile du Capitaine. Et comme il se courbait sous le coup de la douleur, il vit son adversaire bondir, rouler contre son dos et le désarmer de la même façon si simple et élégante que Klemmens. Théoden fit tournoyer leurs deux lames, jusqu'à ce que le Pygargue soit trop perdu pour maintenir une garde convenable et parer l'estoc qui, invariablement, allait cueillir son épaule.

La victoire fut proclamée aussitôt que le Capitaine du Prince de Palmyre lâcha son arme, dans un cris de douleur et fut jeté sur ses rotules !
Théoden rengaina après avoir adressé aux dieux et ses adversaires un salut aussi respectueux que suffisant. Il jeta à un de ses hommes l'arme de Klemmens et fit amener devant lui les survivants du chasseur de pirate. L'épée du Pygargue filerait droit dans sa collection, en guise de trophée.
L'on vint chercher et amena sans ménagement chaque homme encore assez conscient pour sembler en vie, et on les aligna tous sur le pont principal Prince de Palmyre à genoux et poings liés.

Un silence de mort tomba vite sur les trois navires, comme Théoden observait la douzaine de ces survivants, mains jointes dans son dos.
L'on voyait déjà le Docteur Thackery aller et venir sur le pont, ses cheveux bouclés volant dans le vent et sa blouse tâchée de pourpre. En bon pionnier de la chirurgie, il se trouvait là les meilleurs corps pour ses essais et les faisait emmener à bord du Wench.

Après un moment interminable, et une fois que Klemmens fut revenu à lui, Théoden descendit du poste de pilotage du Prince en sifflotant, les mains dans son dos.

"-Alors ? On se pisse dessus déjà les gars ?" sourit-il, en voyant quelques marins abattus sangloter la tête basse.

Le Capitaine se planta devant eux, et soupira. Il s'approcha lentement du Pygargue, que l'on avait délesté de son chapeau, de ses ceintures et de son manteau. Il s'agenouilla lentement, une main sur le pommeau de sa rapière et lui sourit, avec un air emplit d'une amabilité glaçante. Une amabilité qui dissimulait bien des horreurs !

"-Salut petit oiseau. Ca faisait longtemps, hm ?"

Théoden lui tapota la joue, avec une condescendante non dissimulée et se redressa.

"-Pour tous ceux qui l'ignorent, je suis le Capitaine Théoden, lança-t-il avant de se fendre d'un rictus. Et ceux qui me connaissent savent à quel point je déteste que l'on tue les miens."

Sa voix s'assombrit un poil, sur cette dernière phrase. Assez pour qu'un des marins fonde en larmes, et sanglote.
Il y eut des rires dans l'assistance. Et certains marins du Wench sifflèrent avec leurs doigts. Théoden fit mine de tendre l'oreille, très théâtral et sourit de nouveau, avant de commencer à faire de lents et étouffants allées et venues sur le pont, devant ses prisonniers.

"-Vous entendez ? Je crois bien qu'ils sont d'accord..."

Alors il revint vers le Pygargue, lentement.

"-Et le pire ! C'est que quand j'envoie les miens vous tuer, pour avoir assassinés mes amis..." il prit un air faussement stupéfait "Vous les tuez aussi !"

Il marqua un blanc, un moment et reprit en articulant avec lenteur, après un signe désapprobateur de la tête.

"-Ca tu vois c'est vraiment...Vraiment pas cool. Tu n'as pas idée à quel point c'est vraiment...Vraiment pas cool."

Théoden se pencha avec lenteur sur le Pygargue et souffla.

"-Mais je pense que tu comprendras bien assez vite. Tu vois, petit oiseau, tu regretteras bieeen vite d'avoir encore croisée ma route."

Il se figea alors, et leva l'index. Quelque chose lui revenait en tête !

"-Oh, mais j'oubliais ! Tout le monde n'est pas au courant de nos petites affaires à toi et moi, n'est-ce-pas ?"

Théoden inspira profondément et se redressa.

"-Il était une fois un petit oiseau." il reprit ses allées et venues "Un petit oiseau trop vite tombé de son nid. Et voyez-vous, à cet âge là, les oiseaux ne savent rien de l'Ordre du monde."

Il se pencha sur un marin au hasard et lui souffla "C'est à peine si il sait s'orienter, hm ?"

"-Et ce petit oiseau, voyez-vous, se met à voyager. Et il va ça et là et trouve le terrier d'un renard."

Le Capitaine balaya l'assemblée d'un regard malin, un moment et tourna les talons pour remonter la file de ses prisonniers.

"-Le renard a beaucoup d'enfants. De tous petits, petits, petits enfants. Mais l'oiseau a faim, et les bébés sont inoffensifs ! Alors il en dévore un, sous les yeux du renard. Et il picore ses petits yeux avec son bec encore, encore... et encore."

Il grondait presque, en se penchant sur le Pygargue. Mais se reprit et se redressa.

"-Alors renard envoie un ami pour le tuer, et l'oisillon lui tend un piège. Il le capture, il le capture lui et le suivant, et encore le suivant. Alors bientôt, le Renard dans son terrier n'a plus d'amis ! Il part donc lui même chercher l'oisillon. Mais quand il fut enfin à portée de crocs..."

Il se tut un instant, avant de lâcher soudainement en faisant mine d'attraper quelque chose dans son poings, en l'air. "Il s'envole !"

"-Mais voyez-vous, le Renard a bonne mémoire. Et même si l'Oisillon est devenu Oiseau, et même si il s'est fait à son tour plein d'amis... il n'abandonne jamais."

Théoden ouvrit grand ses bras, devant ses douze captifs et se fendit d'un nouveau rire. Il leur laissa un moment pour comprendre ce qui allait suivre, à quel point ils s'étaient fichus dans le pétrin. Après quoi il se tourna vers un de ses lieutenants qui faisait allumer un feu dans un brasero.

"-Alors aujourd'hui, le Renard va manger de l'oiseau."

Il fit signe à quatre de ses hommes de relever les deux lieutenants du Prince. Et on les amena devant le Capitaine qui les fit marquer en plein front avec un sceau chauffé à blanc figurant deux W côtes à côtes. Les initiales du navire de Théoden. Théoden qui, justement, trouva tout à fait raffiné de faire empaler vif ces deux lanciers sur leur propre arme de part et d'autres du gaillard d'avant du Prince de Palmyre.
Et avec leurs hurlements en fond, comme on les faisait lentement descendre sur les lames de leurs lances, le Capitaine eut un sourire fin. "Une décoration raffinée, n'est-ce-pas cher oiseau ?" Et il se tourna vers les dix derniers hommes.

"-Je pense que les autres feront de parfaites parures pour la grande vergue, hm ?"

Alors on se saisit un par un des marins et on leur prépara une corde. Si bien qu'avant même que l'on tente de se saisir de Klemmens et du Pygargue huit corps se balançaient déjà en travers du pont.

"-Vous deux, vous allez survivre." il sourit "Après tout, personne ne pourrait se souvenir d'une si belle journée n'est-ce-pas ?"

Il tira lentement sa rapière.

"-Mais toi, petit oisillon, je vais te laisser un souvenir. Que tu n'oublies jamais comment le monde tourne."

Il lui fit relever la tête, lentement et se mit en face.

"-Un souvenir du renard !"

Et quelques instants plus tard, Pygargue retombait face contre le pont, une plaie creusée à la rapière figurant un T enjambant son oeil gauche, et couvrant sa tempe et sa joue.

Une fois rengainé, Théoden eut un nouveau sourire. On lui ramena Lame d'Or, tiré du corps de l'oiseau accompagnant le Pygargue et il regarda son équipage autours.

"-Les autres, vous savez quoi faire !"

Et le pillage du navire commença, autours du Capitaine Pygargue et de son Second Klemmens, tous deux impuissants. Et Théoden fit hisser sur leur mâts un Jolly Roger tout neuf, en guise d'humiliation. Après quoi, le Capitaine se saisit d'une lanterne et se chargea de la tâche tout à fait charmante d'inspecter les geôles. Peut-être trouverait-il là quelques-uns de ses amis que le chasseur lui avait emporté...
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Sam 30 Avr 2016 - 22:12

Mon cœur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
Et planait librement à l'entour des cordages ;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
Comme un ange enivré d'un soleil radieux.

Baudelaire



Phadria






Je saurai prendre un ton convenable, songeait Phadria Red en sentant son cœur cogner contre sa poitrine lorsqu'elle eut reconnu l'homme qui venait de passer les marches de bois menant aux cales du Prince de Palmyre. Il y faisait constamment sombre, humide et lugubre, et de cet homme qu'elle connaissait scintillait la lumière. Déjà, quelques-uns des prisonniers s'étaient levés dans leurs geôles afin de se presser contre les barreaux de façon fort curieuse. Tous pouvaient deviner aisément, au vu du grabuge qui venait de secouer tout le bâtiment, que le Prince de Palmyre venait de passer en mains ennemies.  Restait à savoir pour eux ce qui était bon à prendre et à laisser rapport à ces mains-là.
Comme l'homme, seul, s'enfonçait dans les geôles de la caravelle d'un bon pied et avait dépassé déjà plusieurs cellules, Phadria aggripa de ses deux mains enchaînées les barreaux de sa propre cage, pressant son museau entre deux barres d'acier froid. Elle osa alors rêver avec abandon comme il s'arrêtait à son niveau et la voyait. Elle le voyait aussi.

«  Capitaine Théoden du Wicked Wench...lui fit-elle en d'aimables propos et tout sourire. Voilà que se croisent nos chemins pour la troisième fois.

Alors Théoden la regarda à son tour avec davantage d'instance. Relevant la lanterne qu'il portait à bout de bras, il s'approcha d'elle sans trop se presser. Ce fut seulement lorsque leur deux visages furent séparés que de quelques centimètres et de quelques barreaux, qu'il lui répondit.

- Phadria ? Je ne suis pas surpris de te voir ici.

Madame Red lui fit part d'un sourire sincère, sans trahir plus d'émotion.

- Moi je le suis de vous revoir ici.
- Tiens donc ? Sourit-il tout en accrochant la lanterne qu'il portait sur un crochet prévu à cet effet. Je peux m'en retourner si tu préfères !
- Quelles étaient nos chances de se retrouver de nouveau et en un tel lieu ?

Après un silence que l'on voulut doux, Théoden posa sa main droite sur l'un des barreaux de la cellule de la pirate aux yeux verts.

- Je mentirai si je disais que c'est une chance que je suis capable de provoquer.

Et à son tour, Phadria vint poser ses mains liées entre elles sur le même barreau, au-dessus celle du Capitaine. Ce premier contact, si commun et paradoxalement si intime au cœur de l'obscurité régnant en maîtresse, troublée uniquement par la douce chaleur de la lanterne accrochée au-dessus d'eux, faillit ébranler Madame Red. Était-il réellement possible qu'Atye ait emmené jusqu'à elle, par delà les mers, cet homme qu'elle appréciait et qu'elle croyait mort ?

- Tu peux me sortir de là ? demanda-t-elle finalement avec douceur.

Théoden sortit un trousseau de clé de son gilet.

- Bien entendu. Je me suis emparé du navire, comme tu as pu l'entendre.
- Toujours aussi charmeur !
- Il faut bien que je me rattrape, après ton charmant cocktail !

Madame Red élargit son sourire.

- Ah ! Tu n'as pas oublié !
- On oublie pas un service aussi charmant.

Sitôt qu'elle fut sortie, Phadria vit le Capitaine refermer la grille derrière elle. Ils étaient tant près l'un de l'autre, qu'elle put avec aise poser ses deux mains refermées sur son torse, noyant ses yeux dans les siens, si affectueux.

- Je te croyais mort...

Il posa sa main sur sa joue, souriant avec une certaine tendresse.

- Je l'étais...
- Théoden, j'ai eu peur.

Il soupira alors avant de baisser la tete, puis ôta sa main.

- Il ne fallait pas.

Phadria s'écarta à son tour, et son regard balaya l'assemblés de forçats et futurs condamnés, collés le nez contre les barreaux de leur grille, et qui commençaient à s'agiter de plus en plus en appelant le Capitaine Théoden à se tourner vers eux.

- Ce sont tous des pirates...murmura Phadria avec regret.
- Certains étaient mes amis, répondit-il en hochant la tête avant d'ajouter : J'espère que tu me suivras quand je quitterai cette barque.
- Où fais-tu voile ?
- C'est une longue histoire, Phadria.

Après un instant d'hésitation, Madame Red lui fit les termes suivants :

- J'irai où tu iras.

Elle aurait voulu, peut-être, régler ses affaires avec Sélanæ avant de se tourner vers autre chose, mais au final, songeait-elle, qu'avait-elle à y gagner ? Peu importe les auspices sous lesquels s'organiserait ces retrouvailles, en fin de compte le dénouement serait le même. Phadria devrait tuer Sélanæ pour empêcher qu'elle ne la passe sous sa lame. Comme la jeune femme l'avait promis.

- Alors pour l'instant ce seront les Îles de Jade, lui sourit Théoden.

Remarquant non sans une certaine frustration que la distance qui les séparait s'était élargie de nouveau de quelques centimètres, Madame Red vint derechef se presser, de manière fort bien travaillée car quasi-imperceptible, mais pourtant bien visible, près de lui.

- Ça me va très bien.

Il lui offrit alors son bras qu'elle accepta sans se faire prier.

- Allons...Quittons cet endroit.
- Tu as tué le Capitaine ?
- L'oiseau savoure un repos après un combat difficile, répondit Théoden après un ''non'' marqué du chef.

Tous deux venaient de franchir l'écoutille menant au pont principal du Prince de Palmyre. Et en son centre, entourés de marins de Théoden, agenouillés et les poignets liés dans le dos par une épaisse corde, Phadria reconnut très vite le Pygargue et son insupportable Premier Lieutenant. Le Second du Prince de Palmyre se tenait courbé, presque allongé sur le ventre, le visage couvert de sang et déjà enflé de bleus. Au vu de l'état du pont du navire, inondé de larges nappes de sang et d'eau dans lesquelles on pataugeait, Phadria comprit vite que ces deux hommes demeuraient tout ce qu'il restait de vivant de l'équipage du Prince de Plamyre. La rouge s'écarta de Théoden pour s'approcher du Capitaine Pygargue. Lui aussi semblait à bout de souffle, et il gardait la tête baissée sur le pont. Il portait simplement une chemise sur le dos, qui avait dû être bien blanche il y avait si peu de temps, et gouttait à présent de sang. Il était touché à l'épaule droite et ses cheveux mouillés cachaient son visage à la pirate, qui le releva d'un geste non violent, mais fort sec.

- Il est mieux comme ça ! s'exclama-t-elle en se tournant vers Théoden après avoir contemplé la cicatrice en forme de ''T'' qui décorait à présent sa face, noyant la bonne moitié de son visage dans le sang frais. Dis-moi, qu'est-il advenu de mes amis ? Ajouta-t-elle une fois s'être retournée vers Le Pygargue.

Il émit en un souffle douloureux :

- Ils ne sont plus à bord.
- Tu les as déposés ? Où ça ?
- Quelque part sur les côtes du Royaume Halfelin...
- Quel est ton vrai nom ?
- Le Pygargue.
- J'ai dis ton vrai nom.
- Le Pygargue.

Phadria se redressa, choisissant de ne pas plus insister. Elle hésita quant-à-la pertinence de décocher un coup de botte au visage de cet homme. Après tout, c'était lui qui avait parlé de l'ataque de Khamsin à Sélanæ ! Elle en oublia vite son idée lorsque ses yeux croisèrent ceux de Théoden.

- Tu devrais libérer vite tous les hommes d'en-dessous. Et tuer celui-ci, lui dit-elle.

Theoden croisa les bras après l'avoir entendue. Il vint se rapprocher de la pirate vêtue de rouge.

- Il a une leçon à retenir.
- Et que vas-tu faire du navire ?
- Le démâter et le laisser dériver. Ariel décidera de son sort.

Phadria lui désigna alors ses poignets enchaînés.

- Tu pourrais aussi faire quelque chose pour ça ? Demanda-t-elle en baissant le regard sur ses mains liées ainsi depuis presque une lune à présent.
- Je pourrais ! sourit le Capitaine. Mais...le ferais-je ?

Phadria le foudroya de l'un de ces sourires bien féminins, qui n'ont pas de signification précise, mais veulent bien tout dire pour l'homme auquel il est destiné !

- Tu perdrais à ne rien y faire !

Alors il tira une clé du trousseau, puis la libéra.

- J'attends de voir ça !
- Tu es idiot.

Phadria Red se pressa alors contre son Capitaine avec un infini besoin de réconfort. Aujourd'hui, se fit-elle la remarque, elle n'avait plus personne à part lui. Théoden revenu d'entre les morts. Pour elle, se plaisait-elle à songer.

- Je me ferai traiter d'idiot plus souvent si ça venait de toi...sussura-t-il en un sourire léger, ses doigts s'emmêlant de façon volontaire dans ses mèches de cheveux jais.

Dans la continuité logique de telles actions, Madame Red prit la main du Capitaine, à la façon de deux romantiques jeunes et insouciants, se fichant comme d'une guigne de tous les marins amassés autour d'eux et du fait qu'il était leur commandant !

- Qu'attends-tu pour m'offrir une cabine à bord du Wicked Wench, mon amour ?

Le Pygargue, de son angle de vue, n'avait point baissé la tête en scrutant la femme en rouge.

~



Phadria Mary Red entendait cela d'ici : les violons imitant le bruit du vent, les conques celui de la mer, la harpe celu des elfes dansants dans la Grande Forêt. Elle rêvait. La belle rêvait de l'infinité des domaines d'Ariel, avec son envers céleste et son endroit destiné aux mortels. Et surplombant ce paysage à fascination sans nulle égale, un oiseau. Le pygargue à col bien blanc piqua en ligne droite sur les flots en un crissement sonore qui éveilla Phadria en un sursaut !

Elle entendit les cris aiguës de l'oiseau du Capitaine déchu et humilié, et pressenti que ce fut eux qui l'avaient éveillée. Phadria Red se trouvait au milieu du grand lit du Capitaine Théoden, à bord de sa fidèle Wicked Wench. Il l'avait déposée là, il y avait quelques heures de cela, cédant à son insistance lui avait tenu compagnie comme elle sombrait dans un sommeil apaisé et réparateur après une importante toilette et un bon repas. Les criaillement du rapace étaient une agonie ; elle songea que l'oiseau devait souffrir terriblement, ou avoir froid.
Phadria se rendit alors compte que Théoden n'était pas à ses côtés comme il aurait pu l'être, comme il l'avait été avant qu'elle ne s'endorme. La pirate ne lui en voulait pas, bien au contraire, elle estima avec grande reconnaissance la patience du Capitaine qui avait dû attendre qu'elle s'endorme avant de se rechausser, et vaquer à ses devoirs, très certainement. Phadria replia ses jambes nues près de son abdomen, et profita de la rareté d'un tel repos.

Ce fut que plusieurs dizaines de minutes plus tard qu'elle put entendre le claquement discret des doubles portes de la cabine de Théoden se refermant. Elle posa un pied au sol, et rabattit derrière elle les couvertures chaudes et épaisses du grand lit. Doucement et sans un bruit, Phadria Red écarta du bout de la main les tentures tombantes, séparant la partie intime, la chambre de la partie bureau, à l'intérieur de la cabine.

Il se disait sur Ryscior, qu'il est trois choses que le sage marin doit redouter : un calme avant la tempête sur la mer, une nuit sans lune et la colère de la Grande Garce. Phadria ne vit aucune de ces trois données-là cette nuit-là. En revanche, ce qu'elle vit avec précision, fut la silhouette de Théoden qui, dans un soucis de discrétion, n'avait ni allumé de bougie, ni ouvert tiroir ou porte d'armoire. Une verrière faisait face au bureau de Théoden, et le clair de lune suffisait à baigner dans une lueur pale et rassurante la cabine. Les rayons de l'astre nocturne semblaient caresser les contour de l'ombre du marin qui venait d'ôter ses gants dans un silence déférent, de même que son manteau. La lune pleine, cette nuit-là, se dessinait clairement par-delà l'horizon derrière le vitrail, et paraissait observer avec fascination l'homme qui s'allégeait de son harnais. La rêverie est le clair de ciel de la pensée, songea Phadria tandis qu'elle s'avançait d'un pas léger vers son hôte. Le blanc de sa chemise rappelait les courbes de la lune que cachait au quart son ombre à contre-lumière.

Phadria posa doucement ses mains sur l'avant-bras de Théoden, qui esquissa un sourire sans rien faire pour la repousser. Ils restèrent ainsi à contempler la lune sans mot, tous deux, aussi rêveurs que pouvaient l'être des enfants.

- J'ai vu une femme aux commandes du vaisseau de ligne du Wicked Wench, souffla avec une infinie douceur Phadria. Qui est-elle ?

Théoden tourna alors la tête vers elle, l'observant ainsi à la clarté ambiante. Sa question parut le surprendre, cependant il se fit un devoir d'y répondre sur le même timbre de douceur.

- Le Capitaine Brookes. Eve Brookes, une vieille amie.

Phadria laissa alors reposer son visage contre l'épaule du Capitaine. Elle pouvait sentir quelques-unes de ces mèches de cheveux venir la chatouiller. Cet homme était tout ce qui lui restait désormais.

- Avant que Le Pygargue ne me receuille à bord de son navire, j'ai dérivé longtemps à bord d'une chaloupe avec mes compagnons. J'ai prié Cerumnos, et il m'a envoyé un oiseau. J'ai prié Ariel, et elle m'a envoyé un vent arrière. J'ai prié Lothÿe et il m'a envoyé la chaleur d'un réconfort. J'ai prié Virel et elle m'a envoyé un navire. J'ai prié Ohiel, et il m'a envoyé derrière les barreaux. J'ai prié Atÿe et elle m'a envoyé l'Immortel Capitaine Théoden...

Ces mots lui firent grand enchantement, elle le sentit, et ils amenèrent à d'autres frissons : c'est le regard brillant que posa Madame Red sur Théoden qui précédât un baiser passionné. Il y eut tout dans ce baiser que porta Phadria, disaient ses yeux pétillants comme coulait une larme sur sa joue tendre.

- C'est notre destin, Théoden...»
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Commodore Theoden
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MessageSujet: Re: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Dim 1 Mai 2016 - 16:19

Une nuit paisible était tombée paresseusement sur la mer de l'Ouest. Un moment délicieux pour Théoden qui, depuis toujours, aimait profiter de ces instants de grâce, où la course de la nature se suspendait entre deux états. Entre l'éveil du jour, et le rêve de la nuit. Alors, tandis que le Wicked Wench était toujours lié au Prince de Palmyre, le Capitaine s'offrit une promenade sous le couvert des étoiles. Il avait laissé depuis maintenant quelques minutes la fraîchement retrouvée Phadria, enfouie sous ses draps les plus chauds. Et c'est avec l'assurance de trouver sa cabine habitée, rayonnante d'une chaleureuse présence, qu'il marcha lentement et vit se dresser au dessus de sa tête nue une lune pleine, à la silhouette ronde. Une lumière douce tomba sur le marin solitaire, qui déjà se perdait dans les méandres des cordages de son gaillard d'avant et jouait entre les ombres et les lumières avec un air fasciné.

C'est dans ce calme infini qu'un bruit attira l'oreille du Capitaine. Sur le pont du Blacksmith, que seul le Prince de Palmyre séparait du Wench, il y avait une silhouette juchée sous la misaine et qui s'agitait avec une lenteur cérémonieuse. Assise, cheveux défaits et col entrouvert, la pourtant stricte Eve s'offrait le plaisir d'une sérénade au violon, mélancolique. Théoden se tut donc, et s'accouda le plus discrètement possible au bastingage, dissimulé par l'ombre nette d'un hauban.
Et alors que les notes s'égrainaient, s'étiraient et s'envolaient jusqu'à disparaître, l'homme soupira. C'était un moment de clarté terrible, après le chaos de cette journée. Théoden posa les yeux sur la fente dans sa redingote claire, pratiquée par le Pygargue pendant leur duel et soupira. Il constatait que cette revanche là n'avait pas le goût qu'il avait espéré. Et que même si un Jolly Roger claquait maintenant au vent, au dessus des têtes du Capitaine et de son Second, ça avait été bien futile.

Théoden se prit d'ailleurs à baisser les yeux sur ses deux captifs, en contrebas. Ceux-là n'avaient pas bougés, conformément à ses ordres. Et les gardes qui les surveillaient s'étaient assis sur des caisses, enroulés dans des couvertures. Couvertures que l'on n'offrit pas au Pygargue. Le vent et le froid seraient pour eux leurs seuls compagnons. Les témoins de leur échec. D'ailleurs, une pluie fine commença à tomber, rabattue de biai par le vent sur les carcasses des deux chasseurs de pirate. Et le sang qui avait coulé tout le long du jour commença lentement à ruisseler, et à plonger le long des coques jusque dans les Grands-Eaux. Théoden entreprit alors de s'en retourner vers sa cabine, après un dernier regard sur ses deux victimes. Et comme son ombre passa sur leurs têtes, l'un d'eux releva un visage exangue vers le Wench. La fatigue manquait de les faire s'effondrer à chaque instant ! Mais quelqu'un se présenta alors, descendant l'échelle de bois sculptée dans le flanc du navire de Théoden. Sous le couvert d'une grande cape, et avec une besace de cuir renforcée de fer, un homme s'approcha des deux captifs. Les deux gardes, surprit, se relevèrent promptement et portèrent à bout de bras leur lanterne pour découvrir qui bravait ainsi les ordres du Capitaine Théoden.

"-...Docteur Thackery ?" fit l'un d'eux.

"-Vous n'avez rien à faire ici, Doc' !" ajouta l'autre.

La silhouette, qui se révéla être un homme au visage fendu par une fine moustache et encadré de mèches bouclées, ne se stoppa pas plus après les exclamations des gardes.
Et le médecin, chirurgien de bord de Théoden, vint à s'agenouiller devant Pygargue et son Second Klemmens, avec un air soucieux.

"-Bon sang Doc, n'approchez pas ! Ceux-là doivent rester en isolement !"

L'un des gardes voulu l'empêcher d'agir, mais le médecin laissa sa malette lourde tomber sur le pied du fusilier et lui écraser les orteilles. Et le pauvre homme recula après un cris de douleur soudain !

"-Laissez-moi faire mon travail, Monsieur Nathan. Je suis chirurgien, et un chirurgien, ça vit pour soigner les autres !" lança le Doc à demi mot, l'air contrarié.

Et il fit tomber en arrière sa capuche, révélant son visage aux deux captifs, curieux.

Spoiler:
 

Les deux gardes se saisirent de leurs mousquets, l'air contrarié. Et même si l'un d'eux boitillait, ils semblaient décidés à faire reculer le médecin. John avait promptement ouvert sa mallette, pour en tirer onguens et bandages nécessaires pour soigner le visage de Klemmens.

"-Reculez Doc." firent-ils en abaissant sous ses yeux les baïonettes de leurs armes.

Thackery releva un visage outré vers eux, ses deux mains chargés de médecine expérimentale.

"-Pour l'amour des dieux les gars, laissez-moi faire !"

Il y eut alors un pouffement, qui prit les deux marins. Ils se consultèrent du regard, avant d'exploser de rire, pour une raison apparemment inconnue des deux chasseurs de pirate à leurs pieds.

"-C'est vrai Doc' que vous êtes un parfait serviteur de nos Seigneurs !"

Et l'autre d'ajouter :

"-Pardon monsieur le prêtre, pardoooooooooon !"

Et comme leurs rires redoublaient, les bras du médecin s'affaissèrent bien malgré lui, et il baissa la tête, noyant son visage dans l'ombre. Quelque chose venait de lui saper toute volonté, et une tristesse sans fond s'était emparée de son coeur.
Un moment passa comme ça, alors que la pluie redoublait d'intensité, jusqu'à ce qu'une voix autoritaire se fasse entendre derrière les fusiliers.
"Que se passe-t-il ici ?" avait-elle dit, suivie par le bruit de talons claquants sur le bois. Et les deux hommes se trouvèrent figés, paralysés par l'angoisse.
Le Capitaine Brookes, ayant entendu du bruit était descendue. Et elle vit rapidement à l'état du Docteur et des deux marins que ces deux là avaient recommencés à brimer le chirurgien. Ayant parfaitement conscience de l'affaire, elle renvoya ces deux là dans leurs casernes et s'approcha de John. Elle s'agenouilla à côté de lui, et tous deux échangèrent un regard silencieux, lourd de sens.
Elle lui offrit un rare sourire, et il sembla que ses bras reprirent vies, posés sur ses cuisses. Alors il reprit son ouvrage, lentement. Et Eve resta jusqu'à la fin, silencieuse et grave.

Thackery usa de gestes que les deux Impériaux virent pour la première fois. Et avec des instruments à l'apparence terrifiante, le Docteur commença à littéralement coudre sur la plaie du Pygargue, avec une aiguille fine et courbée chauffée à blanc sur la flamme de sa lampe torche. C'eut pu être douloureux, si il n'avait pas auparavant soufflée en plein dans les narines du patient une poudre blanche épaisse, et qui lui provoquèrent de terribles hallucinations. Enfin au moins assez pour oublier qu'il recommença avec son visage, une fois qu'Eve fut là pour l'assister en le tenant. Et une fois que le tout fut bandé, le sang ne coula plus. Ce serait sans doute salutaire, pour la survie du jeune Capitaine. Même si cette fameuse poudre risquait éventuellement de lui provoquer une certaine addiction...
Le pied du Pygargue bandé, ce fut le tour de Klemmens. Et Thackery glissa dans leurs poches deux fioles étiquetées avant de leur faire signe de ne rien dire. Puis il se releva, remercia Eve et fila comme il était venu. De toute façon, Théoden apprendrait bien vite ce qu'il avait fait.

Théoden justement s'offrait un moment délicieux, dans sa cabine. Après avoir longuement observée la lune, avec une Phadria déjà plus reposée, il avait entreprit de lui servir ce qu'il avait de mieux en vin et pu enfin apaiser la faim qui l'étreignait depuis des heures. Autours d'une bonne assiette, servie sur la petite table de la chambre du Capitaine, avec pour seule lumière la lune et son voile d'argent, ils discutèrent longuement, et rièrent. Car Théoden préféra ne rien lui confier de ses récentes peines. Il avait même jeté un voile sur une peinture décorant l'intérieur de la cloison qui les séparait de son bureau. Une peinture où figurait Bolch, et Gibbs parmi d'autres visage qu'elle reconnu dans les geôles du Prince de Palmyre. Après que le voile soit tombé, la joie de Théoden fut évanouie en un instant. Dessous était accrochée l'épaisse lame de l'ancien second du Capitaine, sur des crochets fichés tout récemment dans le bois.
Théoden ouvrit une porte fenêtre, et sortit sur le balcon donnant sur l'arrière du Wench. Il s'y accouda, songeur. Sans doute Phadria serait-elle en danger, avec lui. Et comme il était lui même mort, rien ne disait que le tour de sa belle ne viendrait pas un jour ? Après tout elle était jeune, et encore moins expérimentée que lui. Que ferait-il, alors ? Aura-t-il à creuser sa tombe ou à édifier son bûcher mortuaire ?
Un instant, il baissa la tête. Mais comme il fut rejoins par Phadria, qui l'enlaça dans son dos, une certaine chaleur l'envahit et chassa tous ces songes glacials.
Il se retourna et l'entraîna avec lui dans sa cabine de nouveau, en refermant la porte-fenêtre. Et rien de ce qui se passa cette nuit là ne fut à raconter. Car il est dit que la première nuit d'un couple d'amant leur appartenait à eux seuls.
Et que le matin venait toujours trop tôt...
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MessageSujet: Re: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Lun 2 Mai 2016 - 18:17

Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement.
C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent !
La sombre Nuit les prend à la gorge ; ils finissent

Baudelaire



Le Pygargue



Malgré la différence de leur état – l’un d'honneur et aristocrate, l’autre emplis de sadisme et s'étant fait pirate –, deux hommes s’étaient liés à la fois par la haine, une haine vieille de presque dix Tours, et pour se venger d’opprobres commises lors de cette ancienne guerre, contre les idéaux nobles ou moins nobles de l'un et de l'autre, cherchant à les brimer. Hilena, c'est à vous que je songe en ces instants. Et même au travers l'affliction de ceux-ci, cela suffit à mon bonheur. Songez, ma nièce, que dès l'instant où l'aube se lèvera, le Capitaine qui se fait nommer Théoden viendra me trouver, Maître Klemmens et moi-même, à qui il a fait l'humiliation pleine, nous obligeant, moi presque nu, à contempler le Prince de Palmyre que l'on vient de prendre et que l'on pille, et nous passera potentiellement sa lame entre les côtes. Je déplore grandement que l'on ne m'ait laissé pour mes derniers instants plume, écritoire et encrier. J'aurai eu des choses à vous dire. Déjà, ne doutez point de mon amour pour vous, ma nièce. Ne doutez point de mon amour pour Mashaëlle Andrice, votre tante. Ne doutez point de ma fidélité à votre égard et à celui de l'Empire, ainsi que de mon amour pour lui. Je n'ai point de plume et d'encrier entre les doigts, mais rien ne m'empêche de façonner les mots en mon âme, dans l'attente de la volée de la faux d'Elis...

Le Pygargue eut beau tenter de trouver une issue à cet imbroglio peu diplomatique, le froid, la fatigue, la soif et l'épuisement mental eurent très vite raison de lui. Déjà à ses côtés, Maître Klemmens avait roulé sur le dos, poignets liés derrière le dos, et semblait comater. Le Capitaine se faisait peu de film sur ce qu'il allait advenir d'eux. Leurs chances étaient minces, mais plutôt que de constater avec abattement l'ampleur de son échec, il jugea plus honorable de chercher une solution afin de se sortir de cette position et regagner l'honneur qu'on lui avait pris.

Car le déshonneur complet ou la mort, autant vaux. Puis tout devint noir, et Le Pygargue sombra en des cauchemars et des mondes  d'astéries chatoyantes qui n'appartenaient qu'à lui.

L'aube finit par poindre, et avec la tant-désirée les derniers doutes du Capitaine de l'Empire. Il en était arrivé à la conclusion suivante qu'il devait coûte que coûte récupérer sa commission, signée de la main du favori du grand roi-magicien Caro Bowcer. Sans cette commission qu'on lui avait dérobé sous le nez, toutes les prises passées et futures, tout ce qui faisait l'utilité du bâtiment et les idéaux de son Capitaine, tout ce qui maintenait droit ce qu'il lui restait d'honneur n'avaient plus de raisons d'être.

Afin de mieux comprendre l'utilité de cette commission, il est utile de remonter en arrière de plusieurs Tours. Alors âgé de quinze Tours, Le Pygargue avait assisté au déclin de sa famille sitôt que son frère aîné, dès ses trente Tours, avait fui la cité Topaze De Palmyre. L'homme était le favori de la maison, celui par-lequel la magie de Filyon se manifestait, et tous comptait sur sa personne afin d'obtenir une réinsertion à la cour du prince. Mais voilà, le frère aîné avait fui ses responsabilités lâchement, sa maison, sa femme, sa fille et son empire, pour prendre la mer. Les Tours qui suivirent marquèrent la décadence de la grande famille, et le frère cadet, bien que dans la jeunesse de l'âge, avait de bons yeux et savait voir. Alors, le jeune Pygargue avait fait une première demande auprès de l'amirauté de la cité, souhaitant une alliance avec un Capitaine expérimenté, et un bâtiment disponible et prêt à servir l'Empire en le débarrassant des forbans qui attaquaient ses côtes. On ne donna jamais de suivi à cette demande.

Le cadet travailla alors à une conférence avec le Prince, ce qui lui prit plusieurs mois avant de l'obtenir. Ceci fait, il fit la demande d'obtention d'un vaisseau avec une lettre de marque signée du sceau princier, le faisant Corsaire et l'autorisant à prendre sur les nations ennemies de l'Empire.
Une telle entreprise nécessitant beaucoup de fonds, l'affaire fut portée plus haut jusqu'à la capitale de l'Empire d'Ambre et les ministres amiraux qui se chargeait des affaires de la Marine. Et encore une fois, malgré l'appui du Prince, la commission fut refusée au cadet sous prétexte que prendre sur les vaisseaux ennemis de l'Empire entraînerait de possibles représailles terrestres que tous souhaitaient éviter. La raison de son jeune âge et son inexpérience marquée fut également évoquée.

Mais Le Pygargue n'était pas homme à désespérer, et il mit rapidement sur pied une troisième tentative ! Bon ami avec le Prince, il se servit du long bras de ce dernier afin, cette fois-ci, de demander les fonds pour un bâtiment ainsi qu'une commission qui l'autoriserait à prendre sur les ennemis de toutes les nations, les laissés-pour-compte, les renégats, les sans-honneurs. Autrement dit, les pirates.

Cette fois-ci, l'affaire fut entendue et on accorda à un tel projet sa bénédiction ! Toutefois, les ministres amiraux exigeaient du Pygargue, en échange des fonds qu'ils lui verseraient, qu'il étudie dans la plus grande académie de marine de l'Empire en vue de l'obtention d'un diplôme le faisant Capitaine. De plus, l'Empire se réservait une part de trois sur cinq faite sur le butin que ramènerait Le Pygargue à la cité Topaze de Palmyre. Alors, une fois les fonds fournis, et tandis que le Prince de Palmyre était en construction dans le chantier naval de la Topaze, Le Pygargue se fit académicien et obtint en cinq Tours son titre de Capitaine Impérial. Âgé de vingt-quatre Tours, le cadet avait pour charge de s'occuper du recrutement de son propre équipage, tâche qu'il exécuta avec le plus grand sérieux. Il prit grand'soin à ne choisir que peu d'hommes mariés, pressentant un long voyage et un retour à l'Empire probablement moins prompt que prévu, ainsi que des marins d'honneur. Puis il dû attendre de nouveau trois Tours avant de pendre la mer à bord du dernier fleuron de l'Empire et du Prince, le Prince de Palmyre, à l'âge de vingt-sept Tours. Il en avait aujourd'hui dix de plus.

Cette commission le faisait Capitaine légitime de la caravelle, et chasseur de pirate de l'Empire de manière officielle. Pour le Pygargue, elle demeurait tout ce qu'il y avait de plus important après le bâtiment en lui-même.

Ainsi, les marins du Wicked Wench se pressaient sur le pont du Prince de Palmyre comme l'on relevait les deux humiliés. Le Capitaine Théoden ordonna que l'on dessert les liens qui retenaient leurs poignets derrière leur dos -et mettait son épaule blessée à l'agonie depuis de longues heures-. On démâta la caravelle, arborant toujours le Jolly Roger sur son Grand Mât et surtout, surtout les corps des douze marins, sur le Gaillard d'avant et pendus à la grande vergue.

- Je n'ai attenté à la vie de aucun de vos amis, dit Le Pygargue yeux dans les yeux du Capitaine Théoden, ni ne les ai brisé dans leur corps de quelque manière que ce soit. Rendez-moi au moins ma commission. Vous m'avez pris tout le reste.

Le Capitaine sembla réfléchir quelques instants, flattant sa barbe d'une main. Puis il finit par tirer le fameux papier qui se trouvait apparemment dans l'une des poches intérieures de son uniforme, et le clouer au grand mât avec une dague.

-Je suis de toute façon retiré des affaires de la piraterie. Cela étant, gare à toi petit oiseau. Gare à toi que si on se recroise, je te briserai plus qu'une aile.

Le Pygargue demeurait toujours prostré au sol, flottant dans ses habits ensanglantés, trempé par l'averse, épuisé et frigorifié. Le vent le cinglait par travers sa chemise comme autant de coups de fouet, et il devait songer à ses hommes morts avec vaillance, ou massacrés de la plus odieuse des façons sous ses yeux afin de ne pas défaillir. Et sur lui, le regard de feu de ce Capitaine Théoden, qui jouait avec cet homme qu'il humiliait et déshonorait.

Le Pygargue le haïssait.

- Mon pygargue tombe du haut mal, répondit-il l'air grave sans hausser la voix cependant, mais j'ois que si nous devions nous recroiser Capitaine Théoden, je vous tuerai ou vous me tuerez. Les pirates ne gravissent point sur mon honneur. Et sans honneur, rien ne m'est plus.
- L'honneur ne prend plus aucun vaisseau de nos jours, je le crains. Mais je salue tes principes ! s'exclama son ennemi. Alors je te donnerais une information sur celui que tu cherches

Le Pygargue se demanda quelle confiance pouvait-il accorder à cet homme là, mais toute informations de cette nature, finit-il par conclure, demeurait bonne à écouter. Alors il l'écouta.

- Je sais qu'il a mouillé fut un temps dans le port de Karak-Tur. J'imagine qu'il y a des chances pour qu'il sillonne toujours la mer intérieure.

Que savait au juste Théoden de Bervers, ou Baldassare Everhell ? Le Pygargue l'ignorait, mais sut néanmoins noter cette information dans les méandres de son esprit brisé.

- Qu'il y pourrisse.

Le Théoden fit planter alors une lame un peu grossière aux pieds du grands mât.

- J'imagine que tu auras besoin de ça, pour l'y aider.

C'est sans une réplique supplémentaires que l'on fit donc évacuer les restes du Prince de Palmyre, rompant les amarres, une fois Théoden monté à bord du Wench, en dernier. Alors, les trois vaisseaux se séparèrent. Le Prince de Palmyre ne demeurait plus que l'ombre mal-formée de lui-même. Rien de plus qu'une sépulcre fumante de mort, d’abattement et de souffrance.

~



Le Pygargue parvint effectivement à libérer de leurs entraves ses poignets, au bout de plusieurs heures qui se voulaient interminables. Ceci étant fait, il vola jusqu'à Horace De Klemmens, qui paraissait davantage mort que vivant, et entreprit de le libérer également. L'ancien éducateur affichait la mine sombre du soldat que l'on a trop longtemps obligé à contempler sa défaite.

- Horace, je suis désolé...

Le Capitaine ne tenait point debout, malgré les soins qu'on lui avait prodigué, son pied le faisait trop souffrir afin qu'il n'y parvienne. C'est donc rampant sur le pont de son propre Prince qu'il avait détaché son Premier Lieutenant, avant de le tourner sur le dos et s'assurer qu'il vivait. Les deux hommes restèrent allongés ainsi, un long moment, sans qu'aucun ne parle, leur mutisme brisé uniquement par les remous des vagues de la Passe contre la coque. Vers la mi-journée, alors que le soleil de Feu Lothÿe demeurait haut dans le ciel, le Capitaine s'adressa d'une voix brisée à son Second :

- Le pavillon... Il faut l'abaisser.

Mais Klemmens ne répondait pas. Il ne tournait pas même la tête vers son Capitaine. Si Le Pygargue ne voyait point sa poitrine s'élever et s'abaisser doucement, au rythme de sa respiration, il aurait pu le croire mort. Le Pygargue songea alors que tout était de sa faute, et il entreprit de se traîner jusqu'au bastingage, y prenant appui avant de se redresser péniblement. Il n'était pas encore revenu du cauchemar profond où l'avait plongé les derniers événements, le marquant jusque dans son corps et dans son âme. Il est de mon devoir malgré tout de me prendre en main, songea-t-il. Depuis son plus jeune âge, Horace De Klemmens avait été son éducateur et son conseiller. Il avait veillé sur l'enfant, et à présent que le garçon était devenu homme, c'était à lui de rendre la pareil à son aîné. Alors Le Pygargue se redressa, et boitillant, claudiquant et clochant du pied, il atteignit le mât sur lequel était accroché sa précieuse commission. Il força sur la garde de la dague avant de la jeter au loin, puis récupéra le précieux document. Il se débarrassa enfin de sa chemise mouillée et poisseuse de sang qui lui collait à la peau, et entreprit de glisser la commission, enroulée, entre son flanc et la taille de son pantalon. Puis, toujours avec difficulté, il boita jusqu'aux haubans qu'il agrippa de son bras valide, et en contempla le sommet. Devait-il réellement grimper jusqu'à la hune, avec une épaule et un pied hors d'état ?

Le Pygargue entreprit l’ascension, mais il n'alla point très haut. La chute qu'il subit le sonna quelques secondes, suffisamment de temps pour voir devant lui la figure rigide de Klemmens qui le soulevait, passa un bras autour de ses épaules et l'emmena jusqu'à sa cabine.

Le choc d'une pièce habitée et bien meublée que l'on retrouve vidée de tout est important, mais autant le Capitaine que le Second surent faire fi de ce heurt. Horace De Klemmens allongea Le Pygargue sur un lit que l'on voulut dépouillé de ses draps et de ses oreillers, non sans lui avoir lâché les mots suivants :

- Repose-toi et ne fais pas le con. Je vais m'en occuper.

Puis il s'était retiré. Les pirates avaient dérobés jusqu'aux rideaux, jusqu'aux vêtements dans les armoires,  jusqu'aux réserves de nourriture et d'eau -tout juste avaient-ils laissés un tonneau d'eau claire à bord-. Le Pygargue nota qu'ils avaient même emporté son journal de bord, ainsi que l'intégralité de ses papiers en plus de la lettre qu'il destinait à sa nièce.

Il dû se concentrer sur la seule commission qui lui restait afin de ne pas abandonner un sanglot tandis que Horace De Klemmens, le visage désormais noirci et plein d'ecchymoses par le coup de Théoden, brûlait le Jolly Roger et faisait glisser les douze corps des suppliciés innocents dans la gueule profonde des Grand'Eaux de la Garce.
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MessageSujet: Re: [FB] L'Oiseau et l'Immortel.   Jeu 25 Aoû 2016 - 22:22

"She was buried in his flesh. She throbbed in the beat of his pulses. She was wine in his blood, a music in his heart."


Il faisait toujours bon vivre à bord du Wicked Wench. Depuis plusieurs lunes maintenant, sur le retour vers Teikoku, le vaisseau de ligne voguait à allure réduite sur une trajectoire le menant lentement mais sûrement vers la Verte.
Théoden avait expliqué ce ralentissement et cette trajectoire en cloche par le très net besoin en réparations à pratiquer sur le Wench. Et le ravitaillement indispensable avant la remontée vers Teikoku.
Bien entendu, ça l'arrangeait. Car soir après soir, le dîner passé, une nuit de douceur et de volupté l'attendait. Dans une cabine confortable, dérangée par le seul soupire du vent. Il s'y croyait presque seul au monde. Seul, non. Car son monde à lui était habité tout entier par une seule personne. Un rire, plus clair qu'un ciel d'été. Des yeux plus vert que vert, dans lesquels on pourrait se perdre des heures. Comme on le ferait dans une forêt. Et des lèvres à s'en damner !
Théoden avait connu deux choses dans sa vie, meilleures que le frisson qui le traversait lorsqu'il manoeuvrait à la barre de son Wicked Wench :
L'ivresse, lorsqu'il arrachait la victoire après de longues heures de lutte. Comme ce fut le cas dans la Baie de Jade, à la Gardienne, à Kelvin ou dans la tempête à l'approche de Teikoku.
Et la caresse des tendres lèvres de son amante, au détours d'un couloir ou sous le couvert de draps chauds. Il y avait véritablement très peu de choses qui pouvaient encore le combler à ce point. Et lui faire oublier une vie de vide misérable, ponctuée de souffrance.
En cela, Phadria s'était rendue maîtresse de son amant de Capitaine. Amant de Capitaine qui rattrapait de son mieux cette faiblesse par tous les moyens dont il disposait. Dîner aux chandelles, vin sucrée, violoncelle et cadeaux. Chaque jour son nouveau lot de surprises !

"-Le jour où j'aurais cessé de tenter de te séduire, Phadria, par pitié : colles moi une gifle et quitte moi." avait-il lancé sur le balcon de sa cabine, en la regardant avec ardeur.

Mais peu importe le temps que ces ralentissements avaient gagnés. Le temps passait toujours trop vite. Bien trop vite pour que Théoden n'ait le temps de regretter ses nuits avec Phadria. Les journées n'étaient que des soupires, entre deux bouffées d'air nocturne. Deux embrassades.
Avant même que l'un comme l'autre n'ait le temps de le réaliser, ils tombèrent tous deux à court de nuits. Un beau matin, le plat ennuyeux de l'océan avait accouché d'un chapelet d'îlots. Chapelet qui ne fit que grossir, encore et encore et se déformer à l'infini pour se muer en ces terres maudites que l'on appelait Îles de Jade.
Maudites ? Théoden les maudissait bien volontiers, puisqu'elles représentaient la fin de ces douces vacances. De ce séjour au paradis. Le sujet de leur séparation, Théoden et Phadria l'avaient à peine évoqué.
Lui le craignait car il savait déjà que sa jeune compagne s'y opposerait vigoureusement. Elle frémissait rien qu'en y songeant, se doutant que quelque chose se tramait derrière les silences de plus en plus récurrents du Capitaine.
Des songes, il en était de nouveau de plus en plus remplit. A l'approche des côtes de la Verte, il lui arrivait même de refuser la douce étreinte du sommeil, préférant se lever pour gagner le refuge relatif de l'extérieur.
La nuit avait toujours été leur refuge à tous les deux, maintenant il angoissait à son approche. Nuit après nuit, il entrevoyait l'heure de son départ, façonnant malgré lui le plan qui lui permettrait de la laisser sans devoir affronter des larmes auxquelles il ne saurait résister. Des supplications qui le hanteraient. Qui le hantaient déjà, rien qu'à leur évocation !
Mais le devoir était le devoir. Ariel n'était pas Atÿe. Et Phadria n'avait d'immortelle que l'amour qu'il lui vouait. Sa déesse, Théoden le savait, ne lui permettrait jamais de voguer en paix si il manquait à ses devoirs et restait dans le monde connu. Mais la perspective de la perte de la jeune brune était un spectre bien plus terrifiant dans l'imaginaire du Capitaine.
Si enterrer Bolch avait été une torture, si inhumer Gibbs fut un cauchemar, celui de ramasser le corps sans vie de Phadria était assurément le songe le plus douloureux qui puisse l'effleurer.
Alors elle devait rester là, sur cette île qui se profilait au loin. Là, où elle serait à l'abris et pourrait vivre une vie de paix qui lui était interdite.
C'en fut convenu ainsi. Au palais de la Verte, il ferait jouer de la dette que la famille Tucil avait contracté à son égard. Phadria y serait logée, nourrie et protégée le temps de son Odyssée. Théoden, pour la laisser, profiterait du sommeil paisible de sa compagne. Il se glisserait hors de sa couche, la borderait et embrasserait sa tempe une dernière fois avant de glisser une lettre sur son oreiller et de s'enfuir. Honteux.

Une nuit, une angoisse terrible se saisit de Théoden. Si terrible qu'il manqua de s'écrouler en se levant de son lit, cherchant un peu d'eau pour soulager sa peine. Sa peine, ses bouffée d'air chaud et sa gorge sèche. Il lui sembla revivre les terribles nuits suivant sa rencontre avec Ariel. Un instant il songea, affalé dans un fauteuil à quelques pas du lit. Une coupe de grog en main, il parcouru la belle Phadria du regard, livrée à l'innocence parfaite de son sommeil. Ce n'était pas un regard lubrique, malgré sa nudité et la sensualité de ses courbes. Ni un regard heureux, à vrai dire. Une fois encore, il allait renoncer à quelque chose de précieux pour sa déesse. "Est-ce vraiment la chose à faire ? Elle ne te réponse qu'avec ingratitude et d'avantage d'exigence." se prit à songer Théoden.
Cette nuit là fut faite de tristesse. Tellement de tristesse que pour la première fois depuis la perte du Seigneur Emeraude, il se laissa aller à l'ivresse. La vraie. Celle qui vous chamboule l'esprit et convoque vos pires démons. Fantômes et souvenirs furent les seuls compagnons du Capitaine cette nuit là, dans le royaume de sa cabine.
Tant et si bien qu'au matin, ce fut le fracas d'une bouteille sur le plancher qui réveilla Phadria. Une bouteille qui avait remplacée le verre innocent de Théoden. Et qui l'avait brusquement assommé dans son fauteuil.

Les nuits suivantes, les deux amants les comptèrent avec mélancolie et furent partagées entre intense passion et profonde déprime. Même si personne ne se l'était dit, tout le monde savait ce qu'il se trouvait sur cette île.
Alors mettre les pieds dessus, ce fut presque une épreuve. La Verte avait des airs d'enfer pavé de pâturages et de forêts. Le palais serait le purgatoire.
Pourtant, tous les officiers du Wicked Wench et du Blacksmith y furent reçu avec les honneurs. La halte serait de courte durée, mais tout le monde en profita. Il y eu banquets sur banquets, entre les parties de chasse et les diverses activités en vogue dans l'Archipel. Dès le premier soir, Théoden obtint du Seigneur de l'île la faveur dont il avait besoin pour entreprendre son grand voyage.
La chambre qu'on leur obtint, qui serait celle de Phadria pour les tours à venir était une belle suite. Un grand lit, sculpté dans un bois riche avec le plus grand des soins. Une belle vue sur l'océan en contrebas, et le port où était amarré le Wench. Une haute armoire, jouxtant une bibliothèque. Une grande table et quelques commodes. Mais seul le lit importait alors. Aussitôt la grande fête terminée, Théoden et Phadria s'y pressèrent. Ils se déshabillèrent aussitôt que la porte fut fermée, désireux de ne plus gaspiller le moindre instant.
La nuit qui s'ensuivit fut la dernière de ce genre ! Elle fit pâlir toutes les précédentes, en terme de passion comme de volupté. Celle qui aurait dû être la dernière aurait eu le mérite d'être la plus belle.
Aurait car, au matin, Phadria trouva avec surprise un Théoden parfaitement éveillé et tout en armes serré contre elle.

"-N...ne me regardes pas comme ça..." lui souffla le marin, pour toute explication.

La marée avait pourtant été idéale, le vent aussi. Mais tout le monde dû attendre une journée et une nuit supplémentaire avant que le Capitaine ne soit capable d'abandonner son dernier confort. Son plan, il l'avait grillé seul. Aussi, Phadria était sans doute restée éveillée la nuit suivante. Mais il s'employa à l'exécuter avec autant de soin que possible. L'idée qu'elle puisse croire qu'il s'en fichait l'horrifiait !
Mais au matin, états d'âmes ou non il était partit, laissant derrière lui une lettre. Une lettre promettant à Phadria son retour prochain. Peu importait alors quelle distance les séparerait.
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