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 [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?

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Phadria Red
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MessageSujet: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Lun 15 Aoû 2016 - 12:31

Qu'est-ce pour nous, mon Cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant

Rimbaud



A la différence de l'ancienne Port-Argenterie, la petite île de Puerto-Blanco, dans l'archipel de Blue, ou Grande Lagoon selon les langues, à l'extrême sud de Ryscior, à plusieurs milles au sud de la Jungle et au nord de l'Océan des Elfes Noirs, était un territoire bien plus difficile à embraser.

Dans son temps noyau du commerce d'esclaves des eaux du Sud, l'on disait que si on survivait à Argenterie, il ne pouvait faire que bon vivre à Puerto. Et du temps de l'âge d'or de la piraterie sur Ryscior, tous les Capitaines pirates possédant assez de mérite à la capitale pirate des eaux du Sud ne crachaient pas sur une escale à Puerto-Blanco. Quant à ceux qui étaient mal accueillis à Argenterie -et ils étaient bien plus nombreux qu'on le croyait ! les complots, les duels au premier sang et les duels à mort pleuvaient dans toutes les rues en ce temps là !- il leur restait une chance de régner à Puerto-Blanco.

La vie à Port-Argenterie pour les puissants se résumait ainsi. Les plus intelligents, souvent demeuraient-ils les plus solitaires, les moins ambitieux comme l'on murmurait sous cape, parvenaient à se faire un nom sous le Joly Roger, à acquérir bonne et méritée gloire ainsi que la fortune, lorsqu'ils n'entamaient pas leur voyage par le fond, et si ils demeuraient bien futés évitaient de se faire trop d'amis, menant leur barque dans leur coin, ce qui leur évitait également de se faire trop d'ennemis. Le Capitaine Drakk James Korlanis était dans ce groupe là.
Puis venaient tous ceux que l'ambition -ou la folie !- dévorait et qui tentait de s'élever dans les affaires de la cité pirate ! En occupant une place, par exemple, sur les sièges du tribunal de la Confrérie.  Comme un roi dirige son royaume, le Conseil des Capitaine, également surnommé Tribunal car en plus des décisions politiques, économiques et militaires, il en prenait les judiciaires, régnait dans son temps. Dans ce cercle très fermé mais tant convoité, les Seigneurs Pirates -ainsi les nommait-on- assistaient avec accoutumance aux multiples variations de leur ordre. La veille l'un des sièges accueillait un pirate, qui serait tué par un confrère jaloux, quoique plus habile, le lendemain, et siégerait sur un fauteuil tâché de sang à son tour, avant d'être lui aussi mis à mal, le surlendemain. Néanmoins, afin de conserver au minima un semblant d'ordre, le Conseil n'outrepassait les treize membres, même s'il fut avéré vrai que ce nombre variait au fil des Tours. Afin de siéger au Conseil, qui se réunissait dans l'Amirauté de la ville, un massif et vieux fort au centre d'Argenterie et la surplombant de ses lucarnes morbides, les Capitaines avaient en leur possession une Pièce de Huit, à ne pas confondre avec les pièces de huit, monnaie courante d'Argenterie mais rare de part le monde, dont la valeur d'une seule équivalait à plus de dix écus d'or. Les Pièces de Huit du Conseil étaient propres à chacun de ces Capitaines, et pouvaient se trouver en l'état de tout et n'importe quoi, même quelques broutilles. Il était l'évidence même que les Capitaine appartenant au Tribunal avaient grand' intérêt à dissimuler l'identité de leur Pièce de Huit, car n'importe quel jaloux la leur aurait dérobé : il n'en fallait point plus afin de siéger. Il y eut des moment où, il se disait à Port-Argenterie, malgré les habituels racontars et tromperies, que la Pièce de Huit d'un tel Seigneur Pirate avait la forme d'une pièce de huit particulière, rouillée et amochée, et que la Pièce de Huit d'un second était l'acte de propriété de son navire. Toujours était-il que pour tout prétentieux désirant régner, il lui suffisait de siéger, et donc de mettre la main -ou le crochet selon les individus !- sur l'une des treize Pièces de Huit. Ce après quoi, il aurait pu constater que la politique pratiquée à Port-Argenterie était par nature toute-particulière. Seuls les pirates les plus aguerris parvenaient à ne point s'y perdre. Ceux-là demeuraient les maîtres incontestés des eaux du Sud. Et les autres, ceux qui manquaient un barreau sur cette échelle sociale, venaient s'écraser tout au sol. La plupart perdaient tous leurs bien, jusqu'à leur honneur, leur réputation, quand ils ne perdaient pas leur vie également. On les retrouvait exilés, mendiants, aumôniers, galériens. C'est ceux-là qui, si il leur restait une once d'amour-propre, tentait leur chance à Puerto-Blanco, et parvenait la plupart du temps à y trouver une place confortable.

Même si Puerto-Blanco, à la différence de la Port-Argenterie d'antan, était sous la tutelle d'un seul Gouverneur, et non de treize Seigneurs.

Qu'est-ce qui faisait la richesse de Puerto-Blanco ? Il s'agissait du siège du commerce de la chair des eaux du Sud de Ryscior. Les plus grands revendeurs passaient tous par Puerto -si ils n'y possédaient pas une ou deux résidences !- et les Capitaines les plus avisés savaient qu'ils tireraient un meilleur prix de leur marchandise à Blanco qu'à Argenterie. C'était aussi le cœur de la piraterie frappant l'Empire et les Sultanats. Des échanges commerciaux importants existaient entre ces deux territoires gigantesques, et ils adoptaient la voie maritime. Les pirates se faisaient un réel plaisir de leur tomber dessus. Grand nombre de caravelles impériales ou de galères Sultanes demeuraient chargées en épices, en cochenille, en coton, en tabac, en textile, velours, panne, satin, soie, calicot, hermine, brocart, vins, huile d'olive, racines de manioc, pommes de terre, pâte de haricot, confitures et lorsque Virel était à bord, barres d'argents, joyaux, pierreries, colliers d'agates et fer. Ceci était la principale source de revenus de Puerto-Blanco. Et à la différence d'Argenterie, et ses édifices sombres, et ses docks lugubres, le petit Archipel de Grande Lagoon était très propre sur lui, la mer y luisait toujours indigo, très chaude, la faune et la flore marine demeuraient la plus riche de Ryscior, et les pierres blanches, et les sables blanches et or de Puerto lui avaient valu son nom. Les prostituées étaient discrètes, les commerçants ne volaient pas leurs clients, et on ne faisait pas du premier sang à chaque coin de rue. Quand bien même cela fut le cas, le perdant conservait au moins le mérite de ne point finir jeté aux porcs ou foulé aux pieds.

Phadria avait déjà fait deux fois, avec le Galion Déité, escale à Puerto-Blanco. Mais elle n'était resté pas plus de une à deux journées sur terre.

Cette époque-là demeurait révolue de toutes façons. La piraterie aujourd'hui se mourrait. Port-Argenterie et ses âmes avaient été assassinées. La notion de richesse périclitait et elle n'était plus la même. Les caravelles Impériales et les galères Ramiennes traversaient les eaux du Sud en ne craignant plus que les Elfes Noirs, susceptibles de leur tomber dessus, plus que les flibustiers de Blue Lagoon.

Sur terre, le déclin de la piraterie traînait sa plaie également. Il ne demeurait plus à quais de fiers vaisseaux amiraux, à châteaux de poupe et de proue, arborant bien haut le pavillon noir. La plupart avaient cédé leur place à de touts petits bâtiments, pas même des navires, brigantins, goélette, brick. Ceux qui faisaient les bons Capitaine de Puerto-Blanco  passaient leurs journées à se saouler sur le port dans les tavernes, à jouer aux dés et sauter des putes. Las de partir en chasse, chacun de leur séjour sur Puerto s'allongeait dans le temps et il arriva qu'ils demeurent plus de six lunes sur l'île, plus pauvres qu'ils ne l'avaient jamais été au cours de leur vie, mais bien moins jovials à l'idée de larguer les ancres du port ! Pas assez sauvage pour boucaner, il y avait bien dans le Nord de Puerto une troupe de chasseurs qui s'étaient essayé au commerce du cuir et au boucan de la viande, et apparemment cela leur réussissait jusqu'à présent. Gorgée de plantations de tabac, de cotons et de canne à sucre, Puerto-Blanco employait plus de dix-mille esclaves à la récolte de ceux-là, et leurs maîtres qui faisaient les anciens pirates de l'île vendaient ensuite comme contrebande à l'Empire, aux cités côtières de l'Ouest, voire même au royaume d'Oro. La mendicité avaient éclaté en masse, la délinquance juvénile naissait. Puerto-Blanco devenait également un bon réseau pour les voleurs de grand chemin et les mercenaires cherchant du travail hors des grands rouages qui faisaient tourner les territoires comme l'Empire ou Ram. Pas toute la population mourrait de faim et ainsi l'écart qui s'y était creusé entre les riches et les moins que rien était abyssal ! Ceux qui avaient survécu à la chute de Port-Argenterie et demeuraient encore riches et trop las pour partir en course, ceux-là s'étaient fait construire une résidence à Puerto, pour leurs vieux jours, et permettait au commerce de l'Archipel de se maintenir en contrôlant le marché des esclaves et les plantations. Dans les bas-quartiers, la chaleur constante traîner la vérole qui frappait ses victimes, et les rats se chargeait de dévorer les plus résistants.

Dans l'ensemble, le Gouverneur de Puerto-Blanco faisait bien son travail, et empêchait que l'île ne ressembla à l'ancienne Port-Argenterie et même à une montagne d'immondices. Dans l'ensemble très propre, l'ordre régnait grâce à sa milice, et même si elles demeuraient plus rares qu'avant, les prises faites sur les navires Impériaux et Ramiens, doublé de la contrebande du tabac, du coton et des cannes, parvenaient à maintenir Puerto à flots. Pour grand nombre de pirates des eaux du Sud encore actifs, Puerto-Blanco était leur nouveau port d'attache.

~



Quelle ne fut donc pas la stupeur des forbans et habitants de Puerto-Blanco lorsqu'ils virent mouiller l'Alvaro de la Marca de Guadalmedina ! Un tel vaisseau, un colosse, avec ses voiles noires et son bois noir, n'avait plus été aperçu depuis des Tours ! Depuis la chute de Port-Argenterie, en vérité. Franco avait passé plusieurs lunes sur Puerto-Blanco, afin d'y remettre en état son bâtiment. Il y avait également dépensé une véritable fortune, ne lésinant pas le moins du monde, et amenant avec la carcasse qu'il traînait derrière lui du travail sur son île natale. Sitôt qu'ils touchèrent terre, Franco et Phadria se séparèrent, comme convenus. Guadalmedina intima tout-de-même à Wallace de veiller sur celle qui était sa femme à bord de l'Alvaro, s'assurer surtout qu'elle ne tente pas de le fuir en se perdant dans Grande Lagoon. Phadria, accompagnée du Père Adarien, prêtre d'Atÿe, découvrit l'île de Puerto-Blanco et l'apprécia très vite. Le climat était très chaud, cela attirait les moustiques qui transmettaient les maladies, mais hormis cette gêne, les mentalités demeuraient légères, la ville propre sur elle et en elle-même, les meurtres, les complots et les trafics n'étaient pas exposés au grand jour. Les anciens pirates, reconvertis chômeurs ou peu pressés de partir en course étaient souriants, comme apaisés par les rayons chauds du Puerto. Beaucoup passaient leurs après-midi sur la plage à dormir, à l'ombre d'un manguier, attendant de repartir en course d'ici quelque semaines voire quelques lunes.

Il n'y avait pas de temple d'Atÿe sur Puerto-Blanco. A peine un temple d'Ariel, ainsi qu'un temple d'Elye, plus petit. Les riches qui possédaient des domaines avaient, généralement, leurs propres temples ou leurs propres autels privés. Phadria passa ses premiers jours à terre dans les bas quartiers de l'île, ceux frappés par la petite vérole, au bras du Père Adarien. Elle offrait une pièce à chaque laissés-pour-cause, les mendiants, et le Père Adarien entreprit en quelque semaines de purifier ces quartiers-là. Franco quant-à-lui, Phadria en avait entendu des rumeurs, s'était rendu chez le Gouverneur de l'île, qu'il connaissait bien se disait-il. Il se disait aussi qu'il connaissait bien, très bien même, encore mieux sa femme à lui, et qu'à chacun de ses retours sur l'île il passait sa première nuit entre ses jambes. Phadria ne chercha pas à savoir si ces rumeurs étaient fondées. A terre, Franco Guadalmedina n'était personne pour elle, et il ne lui devait rien.

Une lune s'écoula. On refit le plein des cales de l'Alvaro. On le préparait pour une grande course dans la Passe. Il s'agissait de s'en prendre à tous les bâtiments Impériaux faisant le trajet jusqu'à Ram, histoire de se faire les dents quelque temps, puis de courir le long de la Passe, de là où on était parti en vérité, afin de frapper les navires marchands chargés des richesses du Nouveau Monde. Le fait de ne plus avoir de chocolat à bord faisait paniquer Franco comme si il s'agissait de ses dernières gouttes d'alcool. Mais Phadria reconnaissait bien là que devoir se priver de ce chocolat, denrée autant rare que plaisante, lui manquerait également.

Ses ors diminuèrent rapidement à force de donations et d'affaires. Elle avait racheté plusieurs esclaves, des enfants pour la plupart, qu'elle avait confié ensuite aux bons soins des prêtresse d'Ariel, les libérant de leurs chaînes. Ses pensées allèrent pour Selanae en cet instant.
Elle n'eut pas même de quoi s'alourdir de nouveaux vêtements, en plus de ceux qu'elle possédait déjà à bord de l'Alvaro mais ne s'en plaignit pas.

« Ces pauvres gens que nous aidons, lui disait le Père Adarien, ont bien plus besoin d'aide que nous.

Ils logeaient sur le navire le soir. Leur escale à Puerto-Blanco devait durer moins de trois lunes. Ils commençaient à arriver au bout de la première lune. Quelquefois, Franco Guadalmedina et Phadria se croyaient, à bord de l'Alvaro ou sur les quais, mais lui semblait préférer passer du temps en la demeure du Gouverneur, où boire un verre avec les grands de l'île, qu'il paraissait connaître, que fouler aux bottes le port sud ou bien éradiquer la vérole dans les bas-quartiers.

Ce qui demeurait sûr, c'est que dans tout Puerto-Blanco on ne parla que de l'Alvaro de la Marca. Il impressionnait, plein de promesses. Et aux côtés des parties de jambes en l'air du Capitaine avec la femme du Gouverneur, d'autres rumeurs naissaient. On disait de lui qu'il avait été couronné roi des mers. On le disait favori d'Ariel également.

Les flammes ayant gagné les barils de poudre, après une lune muré dans le silence, Franco Guadalmedina fit son grand retour sur les quais de Puerto-Blanco ! Il confirma les rumeurs en lice, il voulût qu'on l'appela Roi-Pirate, il donna de l'espoir aux désespérés. Il remua les Capitaine qui faisaient des siestes sur les plages !

- La richesse qu'il nous faut acquérir se trouve dans l'Ouest ! beuglait-il dans les tavernes du port la nuit. Le Nouveau Monde a besoin de nouveaux bras !

Et il engageait tout à tour des marins, des Capitaines et des bâtiments ! Phadria savait que son époux cherchait à forger des alliances afin de mettre la main sur tout l'or de la Passe et des eaux du Sud ! Naturellement aimée des habitants, Phadria fut amenée à passer plusieurs soirées dans les tavernes du Port, à l'intérieur desquelles elle jouait aux dés avec les habitants ou les vieux marins, parlaient piraterie et religion et fumait une cigarette. Et comme à son habitude, elle dû repousser une foule d'invitations et de propositions.

L'on disait de cette Phadria Red, fille d'Atye, qu'elle était la plus belle femme de Puerto-Blanco, et Capitaine de l'Alvaro de la Marca qui plus était ! Un soir, elle assista à l'un des discours de son époux dans une taverne, plus en avant sur l'île. D'anciens amis à lui, des Capitaines retraités et des Capitaines las l'écoutaient, et Guadalmedina gonflait leurs cœurs d'espoir. Il parlait de croiser sur les îles du Nord et Kelvin, et conclut, plein d'alcool, par :

- Appelez moi Majesté, bouhaha ! »

Et éclata sa chopine sur le comptoir, se blessant la main au passage ! Il paya la tournée suivante, des poings se levèrent. Phadria dans son coin, ne souriait pas aux mots de son mari. Elle le connaissait. Franco était beau lorsqu'il parlait. Monstrueux lorsqu'on apprenait à voir derrière les mots. Elle se demanda d'ailleurs ce qu'elle foutait ici, dans la même pièce que cet homme, alors que les deux n'étaient nullement liés par contrat sur terre ! Elle ne le haïssait plus, mais sa présence ne la plaçait pas non plus en réjouissance. Accompagnée d'un groupe d'amis, formé par deux prêtresses d'Ariel, une esclave et trois habitants de Puerto, Phadria quitta la taverne. Elle souhaitait profiter d'une balade sur les petits remparts de pierres blanches, avant d'entrer en communion avec sa Déesse, puis de joindre l'Alvaro de la Marca pour s'y endormir.

Les hommes les quittèrent peu après, les laissant non loin du navire, et les femmes s'isolèrent afin de prendre un bain de lune dans la mer chaude de Puerto-Blanco. Ses longs cheveux mouillés rabattus en arrière, ses cils fournis contrastant avec la chaleur de ses yeux verts, et ses tatouages carminés et purpurins, semblant onduler comme un serpent sur tout son corps, son corps de femme, faisait vraiment de Phadria Red la beauté la plus rare de Puerto-Blanco. D'autant plus rare qu'elle ne se donnerait à personne durant tout le temps que durerait son arrêt dans l'Archipel. De petits poissons colorés sous des barrières de coraux vinrent nager entre ses jambes nues, et fascinés par leur course et les lignes blanches sur leurs dos, Phadria ne vit pas l'Orc qui approchait à grandes enjambées.

Elle plongea puis entreprit de sortir de l'eau afin de se sécher et se vêtir à la lumière des étoiles. C'est seulement là qu'elle le vit !

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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Lun 15 Aoû 2016 - 15:07

Après les informations qu’Argorg ait obtenues grâce au Pygargue il s’était mis en tête d’aller sur la fameuse île de Puerto-Blanco. Pour cela il prit différents navires dont plusieurs dirigés par des pirates. Cependant ils se plièrent sans problèmes aux demandes de l’orc et de ses compagnons. Il fut même payé par certains pour qu’il les protège lors d’attaques sur leurs navires par d’autres pirates ou des chasseurs de primes.

~

Après des jours passés en mer, Argorg commençait à s’habituer à la vie marine, tout comme Plagt et Attila qui s’habituaient enfin à l’espace réduit que les navires offraient. Mais quand enfin ils arrivèrent à Puerto-Blanco se fut un soulagement sans nom que de retrouver la terre ferme ! Bien que cet endroit, malgré sa faune riche, était un véritable repaire d’esclavagistes, de brutes, et de victimes injustes.

En parcourant les rues Argorg, Plagt et Attila furent vite l’attention de tous ceux qui croisaient leur chemin. Certains détournaient le regard, apeurés, d’autres les maudissaient sous leur capes, et d’autres encore leur proposait de rejoindre leur bande. Ils ne firent attention à aucuns. Ceux qui attiraient l'attention de l'orc shaman c’était les esclaves. Quand il croisait un esclavagiste se pavanant avec ses esclaves il faisait en sorte de l’attirer dans une ruelle sombre pour lui subtiliser sa "marchandise", et voir même le tuer. Il libérait ainsi les esclaves et les conduisaient dans un temple d’Ariel. Il se souvenait encore de comment ils avaient agis avec les esclaves qu’avait recueillis Sélanae aux Marches d’Acier.

En une journée beaucoup commencèrent à parler de cet orc accompagné d’un énorme tigre et d’un ogre qui selon certains libérerait des esclaves. Les rumeurs se propagent vite… *pensait Argorg*
Mais cependant il n’oubliait pas pourquoi il était là. Il cherchait toujours Phadria. Il apprit ainsi qu’elle était très réputée à Puerto-Blanco pour sa beauté et également pour le fait qu’elle soit la capitaine d'un des plus puissant navire qu'ait accueilli Puerto-Blanco. Il reconnut bien là Phadria Red !

~

Un soir où il se promenait sur les quais à la recherche d’informations sur Madame Red il aperçu un groupe de femmes se préparant à un bain de minuit. Il allait tourner les talons quand il aperçu quelque-chose qui le fit tiquer. Une femme possédant des tatouages et étant incroyablement belle. Ces tatouages, Argorg les aurait reconnus entre milles : c’était ceux de Phadria ! Elle plongea alors à l’eau et lui avança dans sa direction. Il ne lui fallu guère de temps pour arriver à son niveau. Il la surprit alors qu’elle remontait à la surface. Les autres femmes se couvrirent tant bien que mal leurs formes sous l’eau ou avec leur vêtement pour celle sur les quais en voyant l'orc à leur niveau. Argorg tendit un tissu pour s’essuyer à Phadria ainsi que sa main pour la remonter :
« L’eau est bonne Madame Red ? J’espère que tu te souviens de nous ! *dit-il avec un grand sourire tandis que Plagt, un sourire aux lèvres, et Attila, grognant affectueusement, se montrèrent*"
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Sirk
La Dague Verte
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Lun 15 Aoû 2016 - 20:21

Puerto-Blanco était un vrai paradis pour le gobelin car s'était içi que les "Dagues-Vertes" avait le plus d'influence, et si les lois officielles étaient faites respectés par la milice, la loi de la rue était en grande partie imposer par les Dagues-Vertes et d'autres groupes. Le nom de Sirk était inconnu mais la plus part des habitants, savait qu'une Dague-Verte était un goblin à la peau craquelé, au sang ambré et qui traînait souvent sur les toits de la ville.
    ~  
Disos avait demandé à Sirk de surveiller cet Orc qui libérait des esclave pas que cela dérange l'organisation mais tout ceux qui faisait un peu trop de bruit dans la ville se retrouvait surveillé par Disos. Le Peau-Verte n'eu pas trop de mal à remonter la trace de l'Orc, il lui suffisait de poser des questions aux habitants, personne n'avait envie de se faire mal voir par les différents gang et surtout par les Dagues-Vertes.
 ~
Lorsqu'il trouva sa cible il fut assez étonné de voir une vieille connaissance, c'était Argorg le Peau-Verte qu'il avait rencontré à Oro ainsi que ses deux compagnons, L'Ogre et le Tigre, le hasard faisait bien les choses Argorg ne poserait surement pas de problèmes aux gang, sont boulot déjà terminé il continua quand même à suivre cette vieille connaissance sans se ferre remarqué. Sa filature le mena jusqu’à une plage, planqué dans un palmier, il reconnu vite une jeune humaine qu'il connaissait Phadria Red, c'est vrai qu'un très gros navire était arrivé il a quelques temps et qu'un gars voulait qu'on l'appelle "Roi" il a meme essayer de rallier les gangs en plus des pirate, mais bon la plus part l'on envoyé chier je crois que Disos lui a dit: "Tu peux fourrer ta queue entre les jambes de la femme du gouverneur, motivé des soûlard qui se font encore appelé "pirate" et t'occuper des pauvres mais ne viens pas faire tes beaux discours aux chefs de gangs ont se démerde très bien sans Roi de mes deux." Pleins de tact en somme. Pendant que Sirk se rappelait de cette discutions pleine de sympathie, Argorg semblait luit aussi avoir reconnu son ancienne compagnon de voyage, et l'avait déjà interpellée, c'était le moment pour Sirk de descendre de son perchoir.


-L’eau est bonne Madame Red ? J’espère que tu te souviens de nous !

Furent le mots de l'Orc, et aussitôt sortit de nul par le gobelin plaça une phrase pleines de bon goût dont il avait lui seul le secret:

-Dit donc les jeunes allez par faire des cochonneries devant une personne âgée.
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Mar 16 Aoû 2016 - 17:38

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Baudelaire



« L’eau est bonne Madame Red ? J’espère que tu te souviens de nous !

Phadria écarquilla ses yeux verts émeraude de surprise tout en saisissant le linge que l'Orc lui tendait à bout de bras !

- Argorg ?

Elle se jeta alors avant, le drap humide enroulé au mieux autour de son buste, et tomba dans les bras du colossal Peau-Verte !

- Par Atÿe ! Comment aurai-je pu oublier un compagnon qui raffole autant des saucisses Noviennes !

Après tant de temps -plus d'un Tour et demi !- , après toute l'horreur des derniers événements qu'elle avait vécu, Phadria Red n'aurait su trouver les mots justes afin de décrire l'euphorie que lui provoquait la seule vue de son ancien compagnon ! Et à ses côtés, Plagt, cet espèce de géant à qui il manquait une case et Attila, le gros chat rayé qui puait de la gueule, bouffait pour cent et ne l'avait jamais vraiment rassurée ! Argorg la serra contre lui, avec force, et Phadria songea en cet instant qu'il était stupide que certaines personnes sur Ryscior craignent les Orcs ! Lorsqu'il la lâcha, son sourire s'élargit davantage à la vue de cette morve faciale qu'était Sirk, le Gobelin sournois ! Elle le gratifia d'une tape bien dynamique sur l'épaule qui faillit affaler toute sa personne !

- Papy ! Tout en finesse ! Mais par les dieux, comment ? Vous voyagez ensemble depuis notre séparation ?

Elle songea alors à ses amies, dont la plupart demeuraient dans l'eau jusqu'au nez, les yeux écarquillés par la terreur en fixant les deux Peaux-Vertes, le chat géant et le simplet ! Phadria les rassura d'un geste de la main, le visage rieur ! Elle ordonna aux deux garçons de se tourner, laissant ainsi le champ libre à ses amis afin de quitter les vagues, se vêtir et déguerpir ! Elle en profita pour se changer elle-même, sa crinière désormais rouge ondulant en vague derrière sa nuque ambrée, cascadant jusqu'à ses fesses. Elle balança le linge qu'elle avait sur elle aux bras d'Argorg -Argorg qui l'avait rossé en concours de beuverie dans les Marches, rappelons-le !- afin qu'il le tende comme un paravent, du temps qu'elle se vêtisse à l'abri des pupilles luisantes de ce sale Gobelin ! Lorsque ce fut fait, elle chargea sur ses épaules ledit linge et entreprit, pieds nus, de remonter la plage, le cœur léger, les cheveux au vent, des baisers d'iode au creux de la nuque ! Une nuit superbe et un cadre idyllique pour rattraper presque deux Tours en compagnie de vieux amis !

- Que devenez-vous tous les deux ?

Elle se tourna vers l'Orc.

- Comment était l'Empire d'Ambre ! Tu as des nouvelles de Selanae ?

Puis vers Sirk :

- Et toi tronche d'abcès ? Toujours pas trouvé de Gobeline aux grandes lèvres pour reluire ta dague ? Elle doit être usée à force ! »

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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Mar 16 Aoû 2016 - 18:19

La joie qui se lisait dans les yeux de Phadria avait submergé Argorg. L'émotion de la retrouver avait été si forte qu'il ne put se retenir de l'étreindre. Après toutes ces émotions Argorg reposa à terre la pirate et le grand sourire qu'il avait perdu durant tout ce temps lui revint enfin ! Sirk aussi était là ! Des retrouvailles en bonne et dut forme ! Après cela Pharia entra enfin dans le vif du sujet :

"Que devenez-vous tous les deux ? *elle se tourna vers Argorg* Comment était l'Empire d'Ambre ! Tu as des nouvelles de Selanae ?

Il hésita légèrement puis répondit

-Eh bien pour trouver le Pygargue je ne suis pas allé jusqu'à l'Empire d'Ambre, mais jusqu'à la Jungle, à Prébois ! Et franchement c'est pas une très jolie ville là-bas ! Mais bon, ça m'aura permis d'envoyer valdinguer ce foutu piaf pour t'avoir capturé... Et aussi pour l’œil d'Attila. *ajouta-t-il en caressant la tête du tigre borgne* Et sinon la petite Sélanae... Eh bien j'ai plus de ses nouvelles depuis qu'on s'est séparés au Royaume des Halfelins. Je souhaitais partir à ta recherche et elle avait autre-chose à faire apparemment. Mais je pense qu'elle va bien ! C'est une guerrière cette fille !!

Il la regarda dans les yeux.

-Et toi ? Que t'est-il arrivé durant tout ce temps ?
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Mer 17 Aoû 2016 - 13:39

Sans toi, tout s'effeuille et tombe ;
L'ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Hugo



« Beaucoup de choses ! répondit Phadria tout en laissant avec un plaisir évident les vagues rouler et s’éteindre en embrassant ses chevilles. Tant et tant de choses même, que je ne sais pas en quels termes et en quel ordre je pourrai les décrire !

Argorg lui sourit à sa gauche, ses larges bottes toutes sales de terre et de poussière s'enfonçant dans la sable à chacun de ses pas. Sirk trotinait à sa droite, ne perdant pas une miette de la converation.

- Commence par me dire ce qui t'est arrivé après qu'on se soit séparés !

Phadria songea qu'elle pouvait enfin parler d'elle pour frapper les esprits d'une image vive et guillerette. Elle fit un clin d'œil à Sirk puis se retourna ensuite vers Argorg. Il ne lui fut pas difficile de sourire ! La présence de ses amis réchauffaient son cœur brisé !

- J'ai rencontré mon beau Capitaine !
- Ton beau Capitaine ? Ce fameux Théoden ?
- Celui qu'on disait mort dans les arènes Ramiennes, oui !

Phadria rit un peu.

- Il est tout sauf mort, je vous l'assure les gars ! Plus vif et plus éclatant de santé que jamais !

Le sourire d’Argorg s’agrandit à son tour. Plagt suivait derrière, muet comme à son habitude.

- Tant mieux ! J’avais cru comprendre qu’il avait foutu la honte au Pygargue en te libérant !!
- Ah oui, ce fameux chasseur ! s'amusa Phadria. C'est lui qui m'a libérée de ses geôles oui ! Après avoir donné une petite leçon à cet emmerdeur, il l'a laissé partir avec son Second et sa baraque. Tu l'as recroisé ?
- Oh que oui, et je l'ai fait valdinguer dans des tonneaux ! Pour le fait qu'il t'ait capturé et... Pour l'œil d'Attila...

Tout en disant cela, la grande main du Peau-Verte vint tapoter doucement celle du fauve rayé.

- Par Atÿe ! Mais il lui est arrivé quoi à ton matou ? Il a l'air féroce et bien digne de présider aux tortures de l'enfer ainsi !

Un petit rire à tous les deux vint couper la rouge.

- En tout cas tu as dû voir bien du pays ! reprit-elle. Ou du continent, même ! C'est la même chose pour moi, j'ai vogué sur la Passe dans l'Ouest, puis jusque sur les Îles de Jade avant de joindre Puerto-Blanco et Blue Lagoon.

Elle songea à Franco et son sourire tremblota aux coins de ses lèvres quelques instants.

- Je commande l'Alvaro de la Marca, un fleuron pirate, aux côtés du Capitaine Guadalmedina.

Et elle se força à sourire.

- Un bon leader. »

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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Mer 17 Aoû 2016 - 15:34

Grâce à la connexion établie avec Attila, Argorg perçu très clairement une perturbation dans ses sentiments. Il y avait quelque-chose avec ce Guadalmedina. Il posa donc sa main sur l’épaule de Phadria et le sourire de l’orc s’était fait compatissant

-Tu sais que je peux ressentir les sentiments des autres grâce à l’intuition d’Attila ? Et je perçois très clairement qu’il y a quelque-chose avec ce « Guadal-machin » ou peu importe son nom. *son visage se chargea d’une colère pure* Il t’a fait quelque-chose, pas vrai ?

Après une hésitation, Phadria lâche simplement, toujours souriante

- A bord de l'Alvaro de la Marca, c'est mon mari.

L'orc ne dit rien pendant quelques secondes puis il reprit, plus calme

-Et ça ne te plaît pas, pas vrai ?

- J'en aime un autre. Mais maintenant, c'est fait, et ce que j'en pense n'a plus d'importance. Je dois me concentrer sur l'avenir. Car je suis Capitaine, désormais.

Elle pose sa main sur celle d'Argorg, sur son épaule.

- Que dites-vous d'embarquer à mon bord ? J'essaie de faire voir le jour à une toute nouvelle forme de piraterie, moins violente, moins meurtrière. Je souhaiterai entrer dans les ordres afin d'être un jour prêtresse.

La question surpris Argorg mais cependant il retrouva son grand sourire. La proposition était inespérée et il sauta dessus

-T’aurais pas pu nous faire meilleure demande ! Pas vrai les gars ?

Attila rugit joyeusement et Plagt parla enfin

-Un peu qu’c’t une bonne d’mande !!

Phadria sourit à Argorg !

- Que penses-tu du fait d'assister le Maître coq ? Je doute qu'il soit capable de nous concocter des boucanés de saucisses Noviennes aux fines herbes et aux haricots meilleurs que les tiens !

Argorg rit un bon coup

-Ça m’tente bien ! Faire d’la bouffe pour te camarades et toi ça me tente même complètement !! Et à nous trois on saura faire régner ton autorité sur le navire, si besoin ! *dit-il en désignant Plagt et Attila*

Phadria sourit mais adopte alors un air sérieux, empli de tendresse

- Argorg, mes amis. Si vous montez à bord de l'Alvaro de la Marca, vous devez me jurer obéissance. Et ça en toutes situations. Si je vous donne un ordre, vous devrez l'executer. Si je vous demande de vous écraser, vous devrez vous écraser. Je suis votre amie et je tiens à vous, à vous tous, ajouta-t-elle en observant Sirk. Et je promets de ne jamais abuser de mon autorité à bord, ni même de vous contraindre à verser le sang pour moi, où aller à l'encontre de vos idéaux. Mais l'Alvaro n'est pas l'Ankor, ni Puerto-Blanco, et Franco Guadalmedina est un Capitaine qui a besoin d'être respecté. Vous devrez lui obéir comme à moi.

Il savait déjà tout ça, et ne contesta pas

-Nous ça nous va. Et toi Sirk ? *demanda-t-il en se tournant vers le gobelin*
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Sirk
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Sam 20 Aoû 2016 - 20:36

Depuis le début de la discution le gobelin n'avait pas parlé il écoutait ses deux camarades parler et apprenait en meme temps que Phadria ce qui était arrivé à l'Orc et Selanae. Et l'histoire pour Théoden Finalement le Gobelin avait raison , faire son indifférente tous ça pour lui tombé dans les bras. Après la maladie de Sirk doublé de sa stérilité ne lui faisait pas ressentir le besoin de se reproduire ou d'aimer quelqu'un.


l'orc et la pirate Disutait vraiment sans interruption et l'assassin ne les écoutait que plus d'une oreille jusqu'à ce que Padria fasse la proposition de rejoindre son navire. l'orc semblait d'accord et ils se tournaient tout les deux vers Sirk:

-Et toi Sirk ?

Le gobelin regarda Phadria:

-Tu dois savoir ma position dans cette ville si tu es capitaine. Si je monte sur ton navire tu devra aussi accepté à ton bord une dizaine de Dagues-Vertes , de plus Guadalmedina se fera très probalement assassiné par un des mes associés, cet homme est dangeureux pour mon organisation et Disos élimine tous ce qui menace sa famille, donc à toi de choisir Phadria, si tu me prend à ton bord ce que je viens de dire arrivra...Bien sur ne t'inquiète pas ce meurtre sera revendiqué par les Haches Noires un groupe d'agitateur charger de couvrir les action de nombreuse confrerie de Puerto-Blanco comme la notre...

Le Peau-Verte avait un visage sérieux et attendait la réponse de Red.
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Mer 31 Aoû 2016 - 2:26

Tu m'entoures d'Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t'envoles
Pour que je m'envole aussi.

Hugo




« Je... Je dois y réfléchir.

C'était si simple que cela ? Depuis quand un meurtre demeurait-il si aisé à planifier, organiser et exécuter ? Sirk ne lui demandait même pas la permission de tuer Franco Guadalmedina. Il lui affirmait yeux dans les yeux que si elle acceptait de naviguer avec lui, il le ferait. Tout ce que j'ai à dire, mon Dieu, songeait Phadria, c'est "oui, je te veux à mon bord". A bord de l'Alvaro de la Marca.

Sans doute la belle avait-elle pâli, ou bien son regard pétillant d'apparat, fatigué lorsqu'on y plongeait plus avant, se fut-il voilé l'espace de quelques secondes. Elle sentait son cœur cogner contre sa poitrine. Sirk tuerait Franco. Et tout serait terminé. Demain. Ou dans deux jours. Ou trois jours même, peut-être. Par l'enfer, que la tentation était grande !

Mais.

Mais Atÿe réprimandait le meurtre, le sang et la violence. Sa Déesse demeurait à ce jour sa principale -et souvent seule- source de quiétude, de paix et de bonheur. Elle était également sa force. Ceux qui prétendaient qu'Atÿe était une Déesse faible se trompaient. Elle ne voulait pas qu'Atÿe se détourne d'elle. Sans la Déesse près d'elle, elle n'aurait sans doute plus la force de rien.

De façon naturelle, Phadria engagea la conversation sur un autre sujet tandis qu'une légère brise, pourtant aussi chaude que les vents de Tahar, venait mêler ses cheveux aux embruns. Ils longèrent la plage sur plusieurs kilomètres, peut-être une demi-lieue, et choisirent de s'asseoir après plusieurs heures, en haut d'une corniche face à la mer de Blue Lagoon embrassant la pierre blanche qui donnait son nom à l'île. Phadria laissa bercer sa tête contre l'épaule musculeuse de son ami Peau-Verte, tandis qu'Attila, à ses pieds, ronronnait en fermant l’œil, sa queue se dressant parfois sans raison apparente, venant fouetter l'air. Ni Argorg ni Sirk n'étaient revenus sur le sujet Guadalmedina, mais tout le monde y pensait.

- Au fait Argorg, balança Phadria Red en affichant un sourire doux. Buter des types, même des employeurs d'esclaves, c'est pas chouette.

Ce dernier haussa les épaules -et la tête de Phadria faillit déraper par la même occasion !-.

- Ils m'avaient cherchés, à s'balader comme ça avec leurs esclaves ! Et puis un ou deux connards en moins c'est pas bien grave !

Phadria Red souriait toujours sous cape. Elle voyait nette en cette réplique ; son ami Argorg dans toute sa nature !

- Je te reconnais bien là, mon ami ! Mais tu risques de t'attirer des emmerdes plus qu'il ne t'en manque, tu sais.
- Bah, j'ai arrêté de faire des embrouilles ! Il faut juste que je fasse profil bas quelques jours et ça ira !
- Mmh.

Phadria reprit, la voix davantage posée, claire et très calmement, en regardant Argorg dans les yeux, surveillant toujours Attila d'un œil.

- Mais ces hommes que tu as libérés, Argorg, où iront-ils ?

Son ami répondit avec une certaine fierté qu'il les avait escorté lui-même jusqu'au temple d'Ariel !

- Donc les officiers du port, le Gouverneur et sa garde savent sur quelle tête fixer un prix.

Argorg fit la moue tandis que Phadria reprit, avec une circonspection sur les choses toute-nouvelle pour ses amis.

- Et les maîtres, tu les as bien tués, n'est-ce pas ?

Là encore, Argorg confirma.

- J'imagine que tu ignorais que parmi ces hommes-là, l'un d'eux, un vieillard barbu, avait lui-même affranchi ces esclaves auparavant ? Mais comme ces derniers, démunis, sans le sous, n'avaient nulle part où aller, cet homme leur a fait la proposition de les garder chez lui, car il possède un grand domaine ainsi que des dizaines de plants de girofliers. Il leur a demandé, à chacun, ce qu'ils savaient faire ou ne pas faire, afin de les affecter soit à la cuisine, soit au ménage, soit à la récolte. Ces hommes n'étaient pas payés, bien sûr, mais en échange le vieillard qui leur avait rendu leur liberté n'exigeait pas d'eux qu'ils le servent toute leur vie. Ils pouvaient s'en aller quand ils le voulaient. Par ailleurs, même si cet homme ne les payait pas, il les dédommageait de leurs efforts en leur faisant échange du gite et du couvert. Que vont devenir ces esclaves, mon ami, maintenant que leur employeur a été assassiné et que son sang coule sur tes deux haches ? Tu les as mené jusqu'au temple d'Ariel, et c'est très bien.

Phadria poursuivit, interrompant Argorg qui s'apprêtait à lancer sa réplique.

- Mais Ariel n'est pas Atÿe. Et de manière générale les prêtres et les prêtresses de Blue Lagoon ne sont pas riches. Et une vingtaine d'esclaves, ça mange ! Ça prend de la place. Ça boit. Combien de temps penses-tu que les prêtresses de la Grande Garce toléreront leur présence ? Sans compter que tu as tué plusieurs maîtres ! Et que j'ai moi-même affranchi plusieurs de ces pauvres gens. Je te parie qu'avant la prochaine lune pleine, on expulsera tous ces gens du temple, et leur sort sera aussi funeste qu'avant, si ce n'est pire. Celui d'avoir été diffamé deux fois en une seule existence.

Argorg grogna quelque chose, mais le silence qui s'installa entre les trois amis voulait tout dire. Phadria conclut alors :

- Voilà où je veux en venir. Le meurtre est facile, mais penses-tu qu'il soit toujours utile ? Je sais que tu as agis pour une bonne cause, ou plutôt que tu as cru agir pour une bonne cause, mais selon toi, ce maître qui avait affranchi il y a plusieurs Tours tous ces esclaves, était-il mauvais au point de mériter la mort ? Une mort aussi froide, aussi cinglante ? Sans même avoir eu le temps ou le droit de répondre de ses crimes ?
- Phadria, répondit alors l'Orc. Les types que j'ai tué étaient des connards ! Ils passaient leurs journées le fouet dans une main, et le mouchoir dans l'autre. Le mouchoir pour éponger la sueur qui coule de leur putain de front sitôt qu'ils ont fait deux pas ! Ils donnent à faire à leurs esclaves des tâches ingrates, sous un soleil de plomb ! Esclaves qui étouffent sous un immense travail, et leur chair n'est plus qu'une masse informe d'ulcères, à moitié consumés par les mouches et les putains de moustiques qui vivent ici, et les vers qui se partagent leur proie d'avance ! J'ai vu tout ce que je te décris là ! Ils les font travailler du lever au coucher du soleil, autant te dire que l'été ces pauvres gens ne dorment presque pas.

Argorg cracha afin de ponctuer ses propos.

- Et sur cette île c'est toujours l'été.

Plagt, assis à côté de son ami Orc, approuva le discours de son compagnon en grognant quelque chose à son tour.

- J'ai vu cela aussi, répondit simplement Phadria.
- Et je n'ai pas tué les maîtres simplement en me baladant dans les rues, au hasard ! Je savais qui je tuais ! Des monstres, des hommes sans cœur, des riches pourris, des pervers, des violeurs.

Phadria ébaucha de nouveau un sourire empli de douceur qui parut illuminer son visage.

- Qu'essaies-tu de me dire ?
- Que ton gentil vieux monsieur barbu qui loge et nourrit ses esclaves n'existe pas. Ou alors c'est pas moi qui l'ait tué c'lui-là !
- C'est vrai, reconnut la jeune femme. J'ai inventé l'histoire. C'était dans le but de te démontrer, vous démontrer -elle regarda Sirk- que tout n'est pas noir ou blanc. Le meurtre est facile. L'action est facile ! Mais les conséquences et les interrogations qui y sont liées le sont moins. Sans parler de l'emprise qu'elle exerce sur nous. Je sais de quoi je parle les gars. J'en ai crevé plus d'un à mon actif.

En réponse au silence qui tomba à la suite de ces propos, elle lança à ses amis Peau-Verte.

- Je vous ai dis tout à l'heure que je souhaitais devenir prêtresse et rejoindre la communion avec Atÿe. C'est la vérité. Et cela implique des sacrifices, et du changement. J'ai changé.

Elle soupira un instant en songeant à Théoden. Puis se tourna alors vers Sirk.

- Voilà pourquoi, bien qu'elle soit tentante, je vais refuser ta proposition Papy. Le Capitaine Guadalmedina est mon mari. Si je voulais mettre fin à sa vie, si je souhaitais me venger, j'aurai eu des centaines d'occasion de le faire. Cela fait des mois que nous voyageons ensemble. J'aurai pu empoisonner son chocolat, l’égorger durant son sommeil ou bien pendant que nous... Vous savez les gars, le Capitaine Guadalmedina m'a pris beaucoup de choses...mais...mais il n'a jamais souhaité s'opposer au fait que j'étudie afin de rejoindre le culte d'Atÿe. Simplement car il peut ainsi être sûr que je ne tenterai jamais de l'assassiner. Il ne se méfie pas de moi. Je pourrai, si j'en ai l'envie, dissimuler un couteau sous mon corsage et le lui lancer en plein cœur. Il ne verrai rien venir. En revanche Papy, de toi, de vous deux, il se méfiera à coup sûr ! Il vous fera probablement surveiller, il limitera vos déplacements à bord de l'Alvaro de la Marca, peut-être même tentera-t-il de vous intimider, ça j'en suis moins sure. Ce qui est sûr c'est que si la Dague Verte tente d'éliminer Franco, l'un de vous deux paiera cette tentative, peut être infructueuse, de sa vie. Et ça je ne le veux pas.  

Après un soupir las, voire même flageolant et lancé à la face de la mer azurée sous son drap d'étoiles, Phadria Red poursuivit :

- Même Guadalmedina a le droit de vivre. Sans compter que sa mort entraînerait un bain de sang à bord de mon navire. Je ne veux pas prendre le risque de vous perdre, tous les deux. Et si je te laisse faire ça, Papy, Atÿe m'abandonnera, ça c'est une certitude. Alors tout ce pourquoi je me bats depuis le début, tous les sacrifices accomplis, ne seront pas honorés.

Elle se leva et indiqua d'un signe de tête qu'elle souhaitait reprendre la marche le long de la corniche. Déjà au loin les premiers rayons d'un soleil matinal embrassait le levant de Puerto Blanco. La multitude d'oiseaux bavards et colorés de l'Archipel l'accompagnaient.

- Si ton Guadalmedina est pris, la justice le condamnera à mort de toute façon, trancha d'une voix directe le Gobelin en la suivant.
- En un tel cas je m'en remettrai à la justice des hommes et du Dieu, répondit d'une voix pondérée Phadria. Mais Ohiel n'est pas Atÿe.

Elle sourit à l'attention de la Dague Verte.

- Et jusqu'à preuve du contraire tu n'es pas prêtre d'Ohiel !

Les trois amis suivis d'Attila et de Plagt entamèrent le progrès de la corniche. Plus avant, des falaises escarpées s'élevaient de l'île telle une couronne effrayante, ou une main aux doigts tordus et livides, aiguisés et proéminents capable de filer le vertige à une bergère Euplémienne ! Infranchissable ou presque, Phadria proposa de s'arrêter à l'ombre de ces roches. Elle ignorait ce qu'il se trouvait derrière cette sorte de mur-là. Une part de l'île s'y cachait. Sans doute une plage.

- Que choisis-tu, Papy ? Si tu viens, tes compagnons seront acceptés. Mais au moindre écart à bord de l'Alvaro, quelle qu'en soit la justification, vous serez débarqués.

Après un ultime silence, elle laissa entendre :

- J'ai besoin de vous à mes côtés les amis. Ma famille ma manque, Will, mon frère, Rox. Théoden... Je suis peut-être condamnée à ne jamais plus serrer dans mes bras les personnes que j'aime. Et passer le restant de mes Tours avec une personne que je n'aime pas. A présent que nous sommes enfin réunis, s'il vous plait faites en sorte que les séparations ne soient pas aussi immédiates. »

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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Sam 17 Sep 2016 - 15:55

Argorg eu un pincement au coeur pour Phadria, mais il se fendit d'un large sourire et posa une main rassurante sur l'épaule de la pirate :

"T'inquiètes pas Phadria ! Plagt, Attila et moi on est prêt à embarquer avec toi !

Madame Red lui offrit un magnifique sourire, reconnaissant.

-Tout se passera bien j'en suis sûre !

Argorg se mit au garde-à-vous.

-J'en suis sûr aussi Capitaine ! *il reprit une position normale* D'ailleurs quand a-t-on prévu de partir, et où ? *interrogea l'orc*
-Pour la date de départ je la communiquerai sitôt que je la saurai ! Quand à la destination, je dois régler les derniers détails avec le Capitaine. Là aussi vous la connaîtrez bientôt ! Sachez juste que nous irons toujours plus à l'Ouest !

Argorg fit un grand sourire, accompagné de Plagt et d'un grognement d'affirmation d'Attila. Leur groupe se reformait enfin ! Ils étaient près à voyager avec leur amie Phadria et à écumer les mers à ses côtés ! Rien ne pouvait désormais entacher leur détermination.

-Nous avons hâte de partir en mer avec toi, Capitaine Phadria ! *dit d'une voix forte et joyeuse l'orc chaman*
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Ven 7 Oct 2016 - 14:42

Le gobelin après l'ultime proposition de phadria se mit à rire sans retenu, il reprit son soufle et continua:

-Les humains sont toujours aussi drôle ! je vais t'avouer un truc Disos se fout de Guadalmedina, je te faisait marcher, je voulais juste vérifier si tu étais consciente du risque que je peux représenter mais on dirait que oui, ça fait d'ailleurs longtemps que Disos me laisse libre de mes déplacements quand je le veux, j'étais surtout revenu à Puerto-Blanco pour revoir les dagues vertes.

Le peaux vertes fouilla dans une de ses sacoche et sortit une pièce:

En plus c'est tout ce qu'il me reste de la fortune du gros, pour lequel tu m'avais aidé, donc un voyage gratuit je ne dis pas non dit moi la date de départ et j'embarquerais, cependant j'aimerais savoir si tu peux accueillir deux personnes  de plus ? que tu déposerais en cours de route se sont deux dagues vertes aussi.
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Sam 8 Oct 2016 - 4:06

Que dirai-je aux champs que voile
L'inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l'étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Hugo



Phadria avait accordé son accord à son ami Sirk, concernant ses deux compagnons les Dague Verte. Elle n'avait pas posé plus de question, et choisis de lui faire confiance. La confiance après tout demeurait un élément important d'une bonne et bien acquise amitié. Après cela, Sirk annonça à ses deux amis qu'il avait à faire ailleurs, et aussi solitaire qu'à son habitude, tourna les talons comme l'aube s'annonçait déjà entre les cimes des collines de Puerto-Blanco. Phadria et Argorg avaient choisis de rester ensemble, elle avait l'impression que sa présence détendait son ami, et l'inverse demeurait valable également.

«  Tu es prêt à rencontrer le Capitaine ? lui avait-elle demandé.

Et tous deux, aux premières lueurs de l'aube, s'étaient dirigé vers les hauteurs de l'île, en direction de la villa de Franco Guadalmedina. Sirk avait beau dire qu'il plaisantait, Phadria n'était pas née d'hier. Si la Dague Verte s'intérressait de près au cas de Franco, alors il était très certainement en danger. Son cœur lui soufflait de se désintéresser de cette affaire, ce qui se passait à terre restait à terre et n'avait rien à voir avec les contrats passés sur mer ; mais sa raison lui hurlait d'avertir le Capitaine de l'Alvaro de la Marca du danger qu'il courrait. Si elle pouvait sauver une vie, même la sienne... Et puis, se répétait-elle, il vaut mieux qu'Argorg se soit présenté avant l'embarquement.
Il était facile d'entrer dans les jardins qui entouraient la villa. Il y avait bien un mur et une grande porte faite de grille, mais cette dernière n'était pas gardée. Phadria et Argorg escaladèrent le muret ensemble et passèrent sans encombres. Attila trouva un moyen de les rejoindre. Plagt dû attendre son ami dehors. Phadria frappa enfin à la grande porte. Ce fut un valet en tenue simple qui vint lui ouvrir quelques instants après. Il blêmit en découvrant le géant Orc qu'était Argorg sur le pallier.

- Nous venons voir le Capitaine Guadalmedina, avanca Phadria de sa voix la plus douce.

Le valet paraissait dubitatif.

- Et lui ? Dit-il en désignant d'un geste de la tête Argorg. C'est qui ?
- Un ami à moi. Il s'appelle Argorg. Dites au Capitaine que Phadria Red veut le voir. Il me recevra.
- Je vais voir ce que je peux faire, maugré le valet. Mais votre chat, là, reste dehors.

Argorg commença à élever la voix en signe de protestation, mais Phadria consentit pour lui à l'exigence du valet. Après quelques instants durant lesquels Phadria et Argorg n'eurent rien de mieux à faire que de contempler les murs blancs et les grandes fenêtres aux rideaux gazés de la villa, on leur annonça que ''le maître'' s'apprêtait à les recevoir. Le valet les conduisit donc, tous deux, jusqu'à une grand pièce, la salle à manger visiblement, au sein de laquelle une grande table de bois se dressait. Le valet leur intima l'ordre de s'asseoir le temps que Franco arrive. Phadria tira une chaise et s'y posa. Elle songea qu'elle n'avait rien mangé depuis des heures et se mettrait volontiers quelque chose d'agréable sous la dent. Argorg s'était posé à sa droite.
Bientôt apparut alors le maître de maison, les cheveux mal coiffés et une chemise blanche et large au col. Il est encore très tôt et visiblement Franco Guadalmedina avait passé une nuit agréable. Il sourit un instant en repérant Phadria, puis tira une chaise en bout de table et s'y pose à son tour. Le valet vint lui murmurer quelque chose à l'oreille, Guadalmedina répondit par un ''mmh'' peu audacieux puis ordonna qu'on lui apporte sans tarder son chocolat ! Bientôt, un homme et une femme apparaissant visiblement comme des esclaves apportèrent sur des plateaux un chocolat pour Argorg et un autre pour Phadria. Encore fumant, Phadria ne se fit pas prier pour porter à ses lèvres le sien. Si il y avait bien une chose qu'elle pouvait partager avec le Capitaine Guadalmedina sur terre comme sur mer, c'était bien ce goût du chocolat ! Récemment découvert, en provenance du Nouveau Monde, le chocolat avait ce goût unique qui parvenait à chasser de votre gosier toute aigreur, tout alcool ou toute corrosion. Elle fit signe à Argorg qu'il pouvait boire sans crainte. A bord de l'Alvaro, le Capitaine Guadalmedina avait pour habitude de couper son chocolat avec de l'eau chaude et du miel. Parfois, mais c'était plus rare, avec du lait. Phadria nota que les habitudes ne changeaient pas sur terre.

- Que me vaut le plaisir de ta visite, Red ? demanda Franco une fois une bonne gorgée de chocolat avalée. Manquerai-je tant que ça à ta personne ?

Il lorgna Argorg de ses yeux gris.

- Et vous ? Mercenaire Orc ?

Son dernier regard, fait de reproche, fut pour son valet.

- Je vois que vous portez deux belles haches afin de venir me rendre visite.
- Moi c'est Argorg, répondit d'un ton calme le Peau-Verte. Je suis un ami de Phadria. Un très bon ami. Et merci, elles me servent bien lors des massacres auxquels je participe.

Sans répondre, Guadalmedina porta la tasse à ses lèvres, un sourcil arqué, l'air posé. Sous ses aspects détendus et encore léthargiques se dissimulait une acuité perçante, Phadria le savait. Elle le connaissait. Même si elle n'aurait rien pu ôter au trouble de boire du chocolat en compagnie de cet homme, qui s'était toujours présenté à elle fort bien vêtu, habillé aussi négligemment.

- Que me vaut ce plair ? dit-il enfin.

Argorg croisa les bras, silencieux. Phadria Red répondit une fois une gorgée de chocolat chaud derrière la langue.

- Désolée de notre venue si matinale, et sans prévenir. Mais je pense que nous avons déjà beaucoup de chance de te trouver chez toi.

Les deux esclaves firent de nouveau interruption, apportant une miche de pain coupée en tranche, des fruits, des œufs cuits dans leur coquille et du miel. Ils déposèrent le déjeuner sur la table. Phadria ressentit la tension d'Argorg, presque électrique, face à ces esclaves et lui adressa un regard apaisant.

- De quoi as-tu besoin Red ? D'argent ? D'attention ?

Guadalmedina se saisit d'une clémantine qu'il entreprit d'éplucher, la chaise penchée en arrière.

- A moins que ça ne soit d'argent et d'attention. Pour l'un comme pour l'autre ma belle, tu sais que je suis tout disposé.

Phadria ne releva pas. Argorg serra les dents, faisant sans doute preuve de toute la diplomatie qu'il possédait afin de ne pas s'exercer au lancer d'humain dans le grand salon de Guadalmedina. Il ne le connaissait pas, mais Phadria perçut clairement que Franco le dégoûtait déjà. Elle sourit au Capitaine, sans hostilité, presque l'air amusée.

- Pour ce qui est de l'affection, l'amitié d'Argorg vaut bien mille de tes caresses. Quant à l'argent, je connais bien des âmes sur cette île qui en ont plus besoin que moi.

Guadalmedina enfourna dans sa bouche son fruit, qu'il termina en plusieurs fois. Des tartines de miel surmontées de confiture furent apportées sur la table.

- Pour le reste, reprit Phadria Red en terminant son chocolat, je vois que tu tiens admirablement bien la gueule de bois !

Il fit la moue en faisant un signe de la main à ses esclaves, qui déposèrent deux tartines près de Phadria et deux près d'Argorg.

- Allons, ça n'était que quelques verres. Juste assez pour faire danser les tables.
- Bien sûr !

Le silence qui suivit parût déterminant pour Argorg, qui choisit de le prendre comme une revanche sur leur hôte.

- Alors comme ça on ne tient pas bien l'alcool ?
- Et toi, le mercenaire Orc ?

Le maître de maison procédait à présent au tartinage d'une tranche de pain, ne paraissant pas le moins du monde affecté par sa réplique.

- Un peu que je tiens ! S'exclaffa Argorg. Je peux avaler deux tonneaux de rhum et avoir juste un peu le tournis ! N'est-ce pas Phadria ?
- Ca ne compte pas ! Tu es un Orc !

Une fois l'hilarité passée -qui n'avait pas fait rire Guadalmedina- Phadria ajouta à son attention, l'air de nouveau sérieux :

- Mais là n'est pas la raison de notre venue. Franco écoute, nous craignions que tu sois en danger. Une guilde de mercenaires et d'assassins auraient de bonne raisons de vouloir t'éliminer. Ici, sur Puerto-Blanco.

Le Capitaine de l'Alvaro de la Marca ne parût ni surpris ni inquiet. Il termina sa tartine et s'estima rassasié.

- J'ai des tas d'ennemis. Ici ou ailleurs.
- Méfie-toi de tout le monde ici en tout cas. Rien ne nous dit que le chocolat que tu te feras servir demain ne sera pas empoisoné. Et personne, pas même toi, n'est à l'abri d'un coup de dague en plein ventre une fois que les tables ont bien dansé. Tu devrais cesser de t'enivrer.

Un silence ponctua les propos de Phadria. Les deux esclaves de Guadalmedina se trouvaient derrière lui, tête baissée, les mains jointes dans le dos.

- On en veut à ma vie. Que dis-tu de cela, mercenaire ? Tuer pour le prix de l'or, c'est bien dans vos habitudes à vous.

Argorg le toisa en retour, parfaitement impassible du haut de ses trois mètres.

- Ouais, en effet.

Il haussa les épaules.

- Mais moi je me fais embaucher pour des grosses batailles plutôt que pour l'assassinat d'une personne.

Le Capitaine lâcha entre ses lèvres un ''hmm'' peu convaincu. Il ajouta en lorgnant le chocolat de l'Orc et les tartines de ses deux ''invités''.

- Bah alors ? Vous ne mangez pas ?
- Je préfère manger que ce que je prépare moi-même. Et on ne sait jamais ce qui est empoisonné sur cette île. N'est-ce pas ?
- C'est une menace ?
- Plutôt un conseil, coupa Phadria. Sois juste prudent, voilà tout. Il y a une autre raison à notre venue. Je voulais te présenter Argorg en chair et en os. Car je l'ai engagé comme maître coq de l'Alvaro de la Marca.

Après s'être donné le temps de la réplique, c'est avec froideur que Franco répondit :

- Nous avons déjà un maître coq à bord de l'Alvaro de la Marca.
- Je suis le meilleur maître coq que tu puisses trouver sur toute cette île ! Avança Argorg. Ton équipage y compris. Tu me diras des nouvelles de mes saucisses Norviennes ! Et je peux aussi servir lors des abordages. Sans compter mes deux autres amis à l'extérieur : un Ogre et un tigre !
- D'accord. Je ne mets pas en doute tes talents novateurs dans le domaine de la saucisse Novienne l'Orc. Seulement j'ai déjà à bord un maître coq, il travaille pour moi depuis des Tours, avec toute son équipe, et m'a toujours satisfait. Je crains que nos cuisines ne te soient pas ouvertes. Ni nos saucisses.

Il ajouta en croisant une jambe sur l'autre.

- Par ailleurs, j'imagine bien que Red ne te l'a pas dis, petit Orc, mais le seul Capitaine Guadalmedina de l'Alvaro de la Marca sitôt que le bâtiment est à l'ancre et que nous foulons terre, c'est moi.
- Qui est le plus petit d'entre nous ? rugit entre ses dents Argorg en se levant de sa chaise, toisant Guadalmedina du haut de ses trois mètres. Est-ce que tu penses pouvoir être assez audacieux pour te passer de guerriers comme moi ou mes amis pour ton voyage à l'Ouest ?
- Nous sommes plus de quatre-cents âmes à bord de l'Alvaro de la Marca. Et j'ai réussi à obtenir de la poudre.
- Franco, soupira Phadria sentant la température ambiante virer à l'orageux, Argorg est mon ami, tu n'as rien à craindre de lui. Et j'estime ce sujet clos. Il est engagé.

Elle se leva à son tour, signifiant sans doute qu'elle ne reviendrait certainement pas sur sa position. L'air peu enchanté, Guadalmedina fixait Argorg comme s'il cherchait à l'analyser de ses yeux gris. Puis il demanda :

- Et le troisième pendard ? Ton autre ''ami'', le Peau-Verte, tu ne me le présentes pas ? Comment dit-on déjà, j'ai oublié  ? Ah oui. La Dague Verte !
- Je ne sais pas si Sirk tient tant que ça à s'engager sous le pavillon noir. Dans un tel cas, je l'engagerai à bord sans formalité. Il a toute ma confiance, au même titre qu'Argorg.

Posant une main amicale sur l'épaule de l'un des deux esclaves, elle se dirigea ensuite vers la porte.

- Merci pour le déjeuner, Capitaine Guadalmedina. Et reste prudent. Nous nous retrouverons avec la marée.

Une fois dehors, Argorg poussa un soupir, laissant s'échapper la pression accumulée à l'intérieur.

- Eh ben ! Sacré caracère !

Phadria esquissa un sourire à l'attention d'Argorg, avant de regagner un air sérieux et pensif.

- Je l'ai trouvé étrange.

Elle finit par soupirer à son tour, prenant le bras de son ami.

- Mais je crains que ça ne soit qu'une surprise bien maigre comparé à ce qui nous attends par la suite.
- Nous verrons bien, objecta le Peau-Verte en prêtant volontiers son bras à Phadria. Mais peu m'importe maintenant que je sais que nous pourrons voyager ensemble !
- Il est capable de s'opposer à votre montée à bord le jour de l'embarquement, songeait Phadria comme ils avaient rejoints Plagt.
- Peuh ! Comme s'il...
- Argorg. Tu seras prudent malgré tout, d'accord ?

Il lui sourit, dévoilant ses crocs d'Orc.

- Ne t'inquiète pas pour moi. Je suis toujours aux aguets !

~



Les jours et les semaines qui suivirent se passèrent sans encombres. Phadria ne revit plus Sirk, tout juste le croisait-elle sur l'île de temps à autre. Le Gobelin était étrange ; c'était un être solitaire. Parfois, lorsqu'ils arrivaient à l'intercepter avec Argorg, ils réclamaient boire un coup ensemble, mais Sirk ne restait jamais jusque tard la nuit, s'éclipsant car il « avait à faire ». La jeune femme passait toutes ses journées avec Argorg, et ils devinrent rapidement comme frères. Apprendre que son ami Peau-Verte avait traversé la moitié du continent à sa recherche sans faillir, alors que l'on devait l'emmener dans l'Empire d'Ambre pour l'éxecuter la toucha réellement. Elle apprécia la spontanéité d'une véritable amitié. Ils dormirent même ensemble, partageant la même chambre dans la même auberge, en la compagnie de Plagt et Attila. Phadria suivant cependant une formation de prêtresse, elle était tenue de passer également beaucoup de temps avec le prêtre Adarien Jadar, son mentor et ami à bord de l'Alvaro de la Marca. Cela ne l'éoigna pas d'Argorg, bien au contraire ! Elle présenta son ami géant au prêtre d'Atÿe qui, naturellement doué de bonté et d'amour pour tout ce qui vivait, s'entendit très bien avec l'Orc. Les deux mélèrent leurs cultures, le Père Adarien enseigna même à l'Orc curieux diverses leçons en termes de poësies, de lyrisme, de philosophie, d'anthropologie et de philosophie. Un jour, le prêtre d'Atÿe emmena Phadria dans les quartiers aux putes de Puerto. Argorg et sa compagnie les suivait, comme de juste.

- Qu'allons-nous y faire ? s'était demandée cette dernière. Nous n'avons plus un sou à donner à ces gens.
- Dis-moi Phadria, t'es-tu déjà rendu dans ce genre de rues du temps de Port-Argenterie ?
- C'est une façon de me demander si je suis déjà allée aux putes ? sourit cette dernière.
- C'est une façon de te demander si tu t'es déjà intérréssé au cas des gens qui sont plus pauvres que toi et vivent dans la lie de la société établie.

Bonne question, songea la belle en se grattant la nuque.

- Non, mon Père. Vous savez, du temps de Port-Argenterie toutes les donzes putassaient, et toutes les putes étaient des donzes. La ville avait ses propres codes sociaux.
- Je le comprends. Alors regarde Phadria. Regarde et apprend, aujourd'hui.

Le prêtre Adarien purifiait littérallement les quartiers contaminés de Puerto-Blanco. Son don clérical qui lui venait d'Atÿe était la plus belle chose, songeait Phadria quelquefois, qu'elle ait vu de sa vie.

Franco Guadalmedina ne mourut pas. Au contraire, il sembla de plus en plus net, au fil des semaines, puis des lunes, qu'il manigençait quelque chose. Et connaissant celui qui était son époux sur mers, Phadria Red aurait parié qu'il manigençait quelque chose de gros. Ils restèrent près de quatre lunes sur Puerto-Blanco, quinze semaines exactement. Toutes sortes de marchandises, armes et matières premières étaient acheminés dans tout Blue-Lagoon jusqu'à l'île de Puerto, afin de préparer l'Alvaro à son futur voyage. Phadria savait que Franco avait plutôt intérêt à faire (ou refaire !) fortune sur mer rapidement ; il était ruiné. Être à la fois le Capitaine et l'armateur d'un vaisseau de guerre du tonnage de l'Alvaro de la Marca n'était pas une mince affaire. Une fois le seigneur des eaux du Sud quasiment prêt à appareiller, et l'équipage de quatre-cents âmes (toutes masculines) au complet, le Capitaine Guadalmedina jugea que l'instant était venu de faire s'abattre un bon coup de fouet sur Puerto-Blanco, repère des pirates fortunés à la retraite et des ivrognes à la carure d'aventuriers, mais sans le sou.  

- Exposés comme nous le sommes à une infinité de dangers, notre destinée est bien différente de celle des autres hommes ! gueulait Franco sur la place centrale de Puerto-Blanco, le Gouverneur et sa femme ayant fait eux-même le déplacement afin d'assister au discours de ce pirate à la cape noire. Aujourd'hui vivants, demain morts ; que nous importe d'amasser et de ménager ? Nous ne comptons que sur le jour que nous avons vécu et jamais sur celui que nous avons à vivre ! Tout notre soin est plutôt de passer la vie, que d'épargner de quoi la consommer ! La piraterie est comme un saule Oréen ! Plus on la taille, et plus elle repousse ! Si Ryscior a connu de grandes pertes sous ses pavillons noirs depuis la chute de Port-Argenterie, il ne tient qu'à nous d'y remédier ! Je compte bien rétablir la gloire et l'honneur du royaume sur mer, en remettant sur flots un nombre considérable de vaisseaux, en reprenant les voyages au long court, et forçant le contrôle de la Passe !

L'un des pirates, comme tant d'autres, amassé autour de Franco croisa les bras, tout en mâchant une feuille de goyavier.

- Les promesses ne font pas l'argent, l'ami. Mais lui achète tout. Montre-nous un peu de ton or, alors nous te suivrons.

Et Franco avait beau manoeuvrer par d'habiles et de violentes processions orales, Phadria devinait aisément que c'est là qu'il était coincé. Qu'y avait-il de plus logique à ce qu'un homme qui se disait à la retraite, retiré sur une île paisible, avec sa villa, ses fils, ses esclaves, refuse de prendre la mer à la demande d'un huluberlu qui possédait un gros navire, certes, mais avait les poches plus remplies de promesses que d'or ? Les jeunes que l'ennui rongeait comme la gangrène s'étaient eux, déjà engagés à bord de l'Alvaro.

- Il faut qu'un forban doive tout à son honneur et non à sa faveur ! gueulait Guadalmedina. Cette vie d'ennui à vous dorer le lard sous les cocotiers vous convient-elle réellement ? Où sont passés nos pavillons sur les eaux de la Passe ? C'est à durs pas que victoire se gagne ! Avec l'Alvaro seul, je ferai bien plus qu'avec une escadre entière ! Qu'avez-vous fais de l'âge d'or de la piraterie par les dieux ! Je me rappelle cet âge ! Il ne se passait pas de semaine sans qu'on n'annonçat que vingt, trente, cinquante bâtiments appartenant aux ports de l'Empire, de Tahar ou des Sultanats avaient été capturés par les écumeurs ! Partout sur Grande-Lagoon on armait ! Sur Théodoräs ! Sur Argenterie ! Sur les ports de Jade ! Nous enlevions à Kelvin ses plus belles pièces, chargées de barres d'or, d'étoffes, de joailleries et de tabac !

Il convainquit peu de monde. Phadria passa la soirée avec lui et marchanda auprès de son mari. Elle lui avoua qu'elle pouvait l'aider, et débloquer ce qu'il lui fallait en or afin d'armer complètement l'Alvaro de la Marca et inciter les pirates les plus intraitables à le suivre. Il s'agissait du quart de sa fortune à lui, qu'il avait scindé en deux à sa demande sitôt qu'ils s'étaient mariés. Elle l'avait mis de côté et ne l'avait jamais dépensé. En échange, elle exigea de Franco qu'il relève la piraterie sur les Grand'Eaux du Sud, certes, mais qu'il se tienne à cette nouvelle forme de piraterie qui excluait le viol, le meurtre et tous les excès. Evidemment, il lui promit tout ce qu'elle voulait entendre. Le lendemain, Franco Guadalmedina Capitaine de l'Alvaro de la Marca était de nouveau riche. Il sut investir convenablement cet or -son or, qu'il avait récupéré grace à Phadria !- et bientôt la date du grand départ approchait. Franco Guadalmedina s'autoproclama une fois encore Roi-Pirate de Ryscior, il demanda à ce que tous qui le suivent le reconnaissent comme tel. Il ne demandait pas -pas encore !-  de prêter serment genou à terre devant sa personne, mais exigea que chacun acceptent ses règles.

- Il s'agit pour vous autres, mes frères qui me suivrez, disait-il, de vivre et de mourir sous le pavillon noir. De demeurer fidèle à votre Roi, de m'obéir et de défendre mes idéaux, mes droits et ma couronne envers et contre tout, de ne jamais quitter mon service pour entrer en celui d'un Capitaine ennemi, de révéler tout ce que vous pourrez connaître sur mes trésors, sur mes prises, sur mes cartes, et enfin, d'observer le règlement et la maistrance à bord ainsi que le code des pirates en bon, véritable et loyal forban. Suivez-moi, et je vous jure que vous et moi, ensemble et avec l'Alvaro de la Marca, nous accomplirons des prouesses ! Nos exploits seront si grands que bientôt tous les continentaux de Ryscior ne sauront en quels termes les décrire ! Vous pourrez vivre d'orgies si vous le désirrez, nous fixerons le prix de l'or, le prix de la poudre, celui du rhum et celui des putes ! Mes amis, forbans et frères de la côte, la lune est enceinte ce soir ! Je ne sais de quoi elle accouchera, l'aube nous le dira demain lorsque appereillera l'Alvaro !

Il ajouta en guise de conclusion qu'il avait besoin d'une dizaine d'hommes, d'expérience ou non, qui lui jureraient fidélités, genoux à terre eux, et qu'il ferait dans un premier temps Officiers à bord de l'Alvaro de la Marca. Il attendait également d'eux qu'ils se montrent braves face au danger.

- A quelque occasion que ce fut, je marcherai à votre tête ! clamait-il en levant les bras . Mais si l'un d'entre vous devait se dérober, je le tuerai de mes propres mains !

Il promit en échange de leur dévouement, à ces hommes-là, les dix premiers bâtiments qu'ils araisonneraient et prendraient sur les mers ! Ce fut bien sûr, des huées et des injures que récolta Franco dans un premier temps, mais bientôt un homme osa plier le genou. Puis un autre. Et encore un autre après lui. Il y avait, dans ce groupe hétéroclite, des Capitaines âgés qui choisissaient de reprendre du service afin de faire renaître les glorieuses années de la piraterie, ce ''saule Oréen'' de Franco, et des jeunes hommes, certains qui n'avaient même pas tant navigué, que les promesses du Capitaine de l'Alvaro avait conquis. A chacun, Franco Guadalmedina toucha l'épaule et leur intima de se relever.

- Je vous éleverez mes premiers Capitaines lorsque mon règne viendra. Et à chacun d'entre vous, si vous ne me décevez pas, j'offrirai une part de mon royaume. Vous serez des seigneurs sur les océans.

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- Voici mon plan, annonça enfin le Capitaine Guadalmedina.

Il tenait une réunion privée dans ses appartements, à bord de l'Alvaro de la Marca. Cela faisait moins d'une journée que le noir vaisseau avait pris le large, avec la marée. Tous les ''seigneurs'' de Guadalmedina étaient présents, Phadria comprise. Franco Guadalmedina avait était loquace sur de nombreuses choses, de nombreuses promesses, les détails de son vaisseau, les souvenirs de l'age d'or, l'affrêtement de l'Alvaro, mais il avait gardé secret sa destnation et sa cible. Une fois s'être assuré que la porte était bien fermée, il déposa en évidence deux cartes sur son bureau, sous une dizaine de paires d'yeux. L'une représentait les côtes ouest au-delà du Continent et de la Passe, l'autre la Passe elle-même, à une échelle moindre. Le Nouveau Monde. Franco demanda qui y était déjà allé. Madame fut la seule à répondre par l'affirmative. Elle y était restée quelques jours, le temps de calfater et refaire le stock en eau plate.

- Les côtes sont mauvaises. On peut pas s'ancrer. Les grains préviennent pas. Et ça grouille d'indigènes ailés.
- Mon objectif, rassurez-vous, n'est pas de m'établir sur le Nouveau Monde, avança Franco.

Phadria attentive, fumait une cigarette tranquillement posée dans un fauteuil. Elle attendait que son époux poursuive.

- Que savez-vous du Nouveau Monde, Madame ? Demanda Franco.
- Ce que je viens de dire. Il n'y a rien de plus à savoir.
- Vous en savez bien peu dans ce cas !
- Et si vous nous parliez, vous, du Nouveau Monde, Capitaine ? demanda Barbe-Brune. Ca n'est pas une surprise que vous comptiez partir en course dans l'extrême-Ouest, mais par la Garde Garce ! Nous attendons toujours de voir la fortune et les trésors que vous nous avez promis sur Blanco !

Après s'être gratté le menton, Guadalmedina sortit une troisième carte, et commença ses explications.

- Vous avez, j'espère, tous entendu parler du Roi du Nouveau Monde, un certain Kafkon Samuel, à la tête d'une cité établie en avant dans les terres, qui s'appelle Teikoku. La plupart des bâtiments qui longent les côtes du Nouveau Monde sont sous la tutelle de Samuel. Il s'agit là de navires menus en taille, mal armés donc peu efficaces en cas de combat. Cela dit, ils ne sont jamais attaqués. Ils longent les côtes pour rallier les ports du royaume de Samuel. Ces navires-là sont chargés de trésors, les matières premières du Nouveau Monde. Qui se revendent à prix d'or sur le Continent !

Même si la plupart des Capitaines (ou futurs Capitaines) présents dans le bureau de Franco marquèrent leur intérêt pour une telle campagne, certains restèrent de marbre. Phadria remarqua que la flamme d'un chandelier venait de s'éteindre.

- Quelle preuve avons-nous que ces navires-là sont bien chargés de trésors ?
- Samuel s'en sert afin de ralier Teikoku. La ville a besoin de se développer, les habitants, toujours plus nombreux, ont besoin de matière première, rétorqua Guadalmedina en désignant Teikoku sur sa carte. Ils creusent le sol, ils abattent les bois, ils assèchent les rivières pour en extirper tout leur or. Or qu'ils chargent ensuite dans des barils, dans ces bâtiments !
- Donc c'est notre objectif ? Demanda Kalsang. On attaque les bâtiments de Teikoku ?
- C'est notre objectif, confirma Guadalmedina. Ces trésors sont à portée de navire ! Nous ne pouvons attendre que d'autres que nous les remarquent, s'unissent afin de les attaquer et qu'ils s'arment et se défendent en conséquence ! Une fois l'Alvaro empli des richesses du Nouveau Monde, nous regagnerons le Continent où nous les ferons estimer. Avec l'or, nous nous aggrandirons, nous nous procurerons de la poudre, je veux former une véritable escadre et pouvoir frapper à plusieurs points de la Passe !
- Où est l'intéret, demanda Téodros, si nos cibles longent les côtes du Nouveau Monde ?
- Oui, mon gars. Tu as raison ! Ces navires-ci, les Teikokujins, représentent pas moins de quatre-vingts pour cent des bâtiments faisant commerce avec le Nouveau Monde ! Les vingt pour cent restant, j'y viens ! Il y a les petits royaumes et leurs petites prétentions, les îles, les petites-gens, les nordistes, Nova et les Marches. Et les plus grandes puissances. Ram. Tahar. Et Kelvin bien évidemment. Notez que Kelvin et les îles de Jade sont alliés, si il y a donc bien des pavillons que nous devrons éviter dans un premier temps, ça sera eux, d'autant plus que je ne suis pas bien apprécié dans les Îles... Quant aux autres, ils sont chargés, à l'aller d'or et de matières premières afin d'aider le Nouveau Monde à s'établir. Et au retour, ils ramènent tout ce qu'ils peuvent trouver sur le Nouveau Monde ! Entendez par là épices, alcool, bois, acier, étoffes et divers autres richesses. En vérité les mêmes possessions que leurs voisins, ou rivaux, Teikokujins. En une masse dix fois, cent fois supérieure ! Les grandes puissances du Continent ne peuvent vivre que par leur commerce!C'est donc seulement par là que nous pourrons les abattre ! Mais ces vaisseaux là sont bien plus dangereux, j'imagine qu'ils doivent avoir lors de la plupart de leurs voyages une escorte. Un vaisseau amiral, un contre et un vice amiral, c'est probable. Je pense qu'il y a jusqu'à deux ou trois navire d'escorte par vaisseau.
- Je dirai quatre escortes, et un vaisseau, avança Madame.
- Ram serait le mieux escorté, ajouta Franco. Et Kelvin le plus dangereux.
- Sans sous-estimer Tahar, Capitaine, poursuivit le Capitaine Algonden. Leur marine a progressé depuis la chute d'Argenterie. Les Elfes Noirs l'ont épargnée.

Franco Guadalmedina ramena à lui ses cartes secrètes.

- Nous, ne les épargnerons pas !

~



Phadria laissa la dernière bouffée de cigarette couler dans sa gorge. Elle souffla la fumée entre ses lèvres purpurines. Elle reporta à ses lèvres le porte-cigarette, puis en retira la clope qu'elle jeta par dessus-bord. Les fois où Phadria cherchait à voir son mari demeuraient toujours rares. Cela faisait presque une journée et une nuit entière que lAlvaro de la Marca avait quitté le petit port de Puerto-Blanco, dans l'archipel de Grande-Lagoon. Elle se rendit dans les couloirs de la maistrance, puis joignit ses appartements -ou plutôt ceux de son mari-. Elle tapa une fois, pour le principe, puis poussa directement la porte et entra. Franco n'était pas là. Il avait rangé ses précieuses cartes quelque part. Phadria savait qu'elles étaient dans un coffret fermé à clé, mais elle ignorait où était ce coffret et où était la clée. Elle n'était pas venue pour cela de toutes façons. Sur le bureau, une tasse de chocolat vide demeurait encore tiède. Phadria Guadalmedina esquissa un sourire. Ce fou de Franco paniquait déjà à l'idée de manquer de chocolat ! Elle savait que c'était sa principale raison de se languir d'attaquer les navires Teikokujins. Le chocolat.
Elle s'apprêtait à se reposer dans la chambre secrète lui tenant lieu de ''cabine'' lorsque son regard se posa sur une petite pile de documents, proches les uns des autres, et posés sur le bureau. Il ne s'agissait pas de cartes marines, ni du journal de bord du Capitaine. Intriguée, Phadria se pencha afin de lire les nombreux mots qui y étaient écrits à l'encre noire d'une très belle écriture, droite et tout en arc finement agencés.


Á toi beau geôlier.


Les premiers mots lui firent l'effet d'un choc, et elle poursuivit sa lecture. Elle prit place sur le fauteuil de Franco, et fondit dans la lecture de ce qui était ni plus ni moins le texte le plus inquiétant et passionnant qu'elle avait vu dans sa courte vie de lectrice. L'intensité d'une telle prose, écrite de la main d'un être aussi vil que Guadalmedina, lui fit tourner la tête.



Á toi beau geôlier.
Au plus secret de ton désir.
Au plus profond de ton tourment.
Là où jamais la lumière ne filtre.
Fruit arraché à son rameau aimant.
Et tu as élevé pour veiller sur la clé de sa cage,
Rancœur avanie et folie,
Que tu nommes tes douces affliction,
Au plus funeste de ta passion
Si tu l’abandonnes, la reprends sans la goûter,
La force à se donner dans des temps et des lieux
Qui ne s’y prêtent, la tient de manière forcée,
Dans tous les domaines, comment jamais tu ne veux
Finir par t’attacher à elle,
Comme geôlier avec son prisonnier se mêle ?

Oiseau qui sur son aile
Transporte un rayon de soleil,
Sur l'autre une fleur d'âme est posée.
Petit garçon, c'est aux creux de tes mains
Qu'elle chante et palpite pour toi, ailes brisées.
L'amour est mère de ton mal, les larmes tes sœurs d'adoption.
Orphelin de pavé. Si tu
hurles son nom qui pourrait t'entendre
Si ça n'est elle, et te répondre ?
Laisse-la s'envoler ; Tu t'envoleras aussi.
Veux-tu lui empêcher faire le tour de ton cœur ?
De nuages, cette cage sans verrou ni clé.
Ses yeux sont la porte donnant sur ta douleur.
En nuages : et même quand tes larmes d'enfant
Feraient toutes naufrage, elle saurait te bercer.

Et toi, ce grand vaisseau,
sans mât sans gouvernail.
Cet Alvaro dans la tempête,
Qui ne voit du phare au loin le vitrail
luisant de Théodoräs qu'on apprête.
Dans cette situation a quoi te servent toutes tes voiles ?
Si ça n'est t'élever ?
Dans l'abysse l'éclat pour toi de la flamboyante étoile ?
Qui ne peut te guider ?
Au cœur du mal et des stroms, là, tu la verras.
Alors dis moi pourquoi tes yeux ne la trouvent pas ?
Si tu es roi des mers : Alvaro, sauve-la !
Elle. Alors, Alvaro ; Tu te sauveras toi.
Car il y a bien plus de barques naufragées au fond d'une âme
Qu'au fond des grandes eaux.
Le calfatage d'une coque qui vit, meurt, vit de nouveau.
C'est ta dernière heure,
c'est l'embrasement de nos océans et si ta rancœur,
En ce moment funeste de cette coque là éventrée,
et jusqu'à des jours neufs ne peut sombrer sans peur.
Sur qui, dans ton malheur, voudrais-tu t'appuyer ?

Et à quoi bon t'absoudre,
De cette eau que tu aimes mais n'a jamais goûté ?
Et pourquoi l'as-tu enfermée ?
Si son destin à elle est de te libérer ?
On dit de toi que tu as les yeux glacés du loup.
Elle m'a dit qu'elle les trouverait et révélerait
au grand jour la beauté de la bête qu'on absout.
Secoure-la ! C'est ton appel à l'aide muet !
A quoi bon vouer ton œil et ton pied
Aux hérauts de l'âme en deuil ainsi qu'aux
Plaines post-mortem que bat le réprouvé ?
Elle est le premier ange qui te raconta nos pères.
Elle est la biche assoiffée que tu as occis aux lacs d'azur.
Elle est le rêve éveillé que tes chimères au cœur ont frappé.
Elle est le jour que les ténèbres ont détruit pour te plaire.
Qui sait si la brume n'est pas le cristal  en déclin,
Et combien infiniment plus le cœur noir de l'humain ?

Si ton mensonge t'enivre
et ton âme s'abreuve aux flots que la Douleur
fait jaillir de tes yeux : Délivre.
Tu la possèdes mais n'as pas la mort dans le cœur.
Parce que tu t'es toi-même enfermé,
Seul étant et mal aimé ; « Ecoute ».
Tu accepterais la rendre à sa vie ?
A condition qu'elle soit pire que la mort.
Tu ferais en ses mains fanées un don béni ?
Mais vide de joie et de réconfort.
L'écho des démons répond à tes voix.
C'est ta vie ou la sienne que tu condamnes ?
Elle ne sait pas.
Toi ! Loup des mers ! Et elle, lune sauvage,
Ne portez-vous point la plaie qui te détruit ?
Ne désires-tu les rives aux vifs apanages,
De tant de féeries que le jour produit ?
Qu'elle soit l'essence de ta sanglante peine,
Ou fais témoins de ta détresse la sienne.
L'enfant a considéré les mots du poète
Qu'a donné au Déchu l'affliction muette.



Apprends-moi la passion, car je crains l’avoir perdue.
Montre-moi l’amour, garde pour toi la solitude.
Je souhaitais tellement offrir plus à ceux qui m’aimaient.
Je suis désolée.
Je meurs pour ne plus avoir honte, ni de moi, ni de toi.
Et toi…. Si seulement je n’avais plus de sentiment pour
toi… 



A l'aube de tes lèvres et au creux de nos jours,
Je ne veux pas mourir comme un homme insensible !
Reine des cieux, délivre-moi !
Sauvons-nous loin de toute douleur ! Couvre-moi !
Sur ton flanc meurtri et offensé ce geôlier qui s'y meurt,
d'un fruit qu'il ne savait aimer,
Y cueille toutes les saveurs,
Qu'il cultive et ainsi dévore à tout jamais !

Si je vais plus avant, mal armé, sans fanal, sans amour
Sans père et sans mère, je saurai
Voir tes yeux qui appellent le jour
Et m'empêchent de reculer !
Ô ! Je veux me satisfaire
D'un monde sans verrou ni clé !
Et toi, Phoenix embrasant pierres ;
Sur tes ailes je m'envolerai !

A quoi peuvent bien servir tous mes océans si tes vaisseaux
Ne viennent s'ancrer jusqu'à mon âme !
Hormis voguer vers l'infini ensemble et sans drapeau !
Et loin du sang et loin des drames !
Personne maintenant ne songe à marquer le pied
D'un tel plaisir qui leva sur mes joues ce voile !
Faisant d'un beau galion une coquille éventrée
Qui navigue désormais sur une mer d'étoiles !

Non plus que sur ta peau,
Jamais je ne pus reconnaître de la bête
Que les griffes ni même les crocs
N'aient eu les suites que j'attendais sous ma facette !
C'était un loup errant dans des noires ténèbres aliénés !
Et à l'ouïr de son trépas, il lâcha la bonde à sa rage !
Dans cette brume d'astre froid, et ta main carminée
Ta main carminée délivra l'indocile chien de sa cage !

J'avais scellé le serment dans le sang parfumé.
"Nous ne nous séparerons jamais."
Car le paradis jaloux veut nos cœurs nous voler.
Là je criais :
"Délivre-moi !
Je suis né épris pour toi d'amour !
Alors pourquoi le destin se dresserait-il entre non jours ?"




Il n'y avait ni date ni sceau. Phadria mit quelques secondes avant d'immerger. Était-ce réellement Franco qui avait écrit cela ? Mais non putain, ça rime à rien... Elle étala face à elle les différentes feuilles de papiers, et entreprit de lire une seconde fois. Si c'était Franco qui avait écrit ça, alors...Alors peut-être que... Elle s'indigna contre elle-même de ne pas reconnaître l'écritude de Guadalmedina. Elle n'avait jamais fureté dans ses papiers, et ne voyait aucun intérêt à le faire.

Un bruit la fit sursauter, une porte de refermant sur ses gonds. C'était le Capitaine de l'Alvaro de la Marca qui regagnait sa cabine. Il se débarrassa sans un mot de ses gants et de son tricorne, sa cape noire flottant derrière lui. Il s'approcha de Phadria, l'air serein.

- Franco, c'est toi ? C'est toi qui a...écris ça ?

Sans répondre, il se pencha, mains croisées dans le dos, sur lesdits documents.

- Franco, je dois te parler, attaqua Phadria se rappellant qu'elle n'était pas venu dans sa cabine pour ses beaux yeux.

Il s'adossa à une armoire, à deux pas d'elle.

- Je t'écoute.
- Il faut que je te le dise. Je renonce à mes droits sur l'Alvaro de la Marca.

Phadria aurait juré que la surprise se lirait dans ses yeux, mais ce ne fut pas le cas. Bras croisés, il paraissait s'en soucier comme de son premier macchabé.

- Je peux savoir pourquoi ?
- J'ai beaucoup parlé avec le Père Adarian ces derniers temps. Et pas que ça. Ma formation de prêtresse m'ouvre les yeux. Ce que nous allons faire, c'est dépouiller des gens. Il y aura forcément des batailles, il y aura forcément des morts.

Franco sourit.

- Oui, nous faisons de la piraterie ma belle !
- Je vous suivrai, mais Adarian et moi servons Atÿe. Nous soignerons ceux qui en ont besoin. Dans cet état d'esprit là, je ne peux prétendre conserver mes droits et mes devoirs envers l'Alvaro.
- Bon, très bien.

Guadalmedina se déboucha une bouteille d'eau-de-vie qu'il vida dans un verre à pied jusqu'au tiers.

- Je reste ainsi seul maître à bord malgré l'insistance de Wallace pour que tu aies ta place dans la chaîne de commandement. Et pas n'importe quelle place, hein ! Capitaine.

Il but une gorgée puis tendit le verre à Phadria, posant son regard de nouveau sur les écrits.

- Je ne vais pas dire que rester seul maître à bord me dérange. Tu peux devenir médecin de bord si tu veux.
- Ca me va, conclut Phadria.

Elle vida l'eau-de-vie, s'apprêta à dépasser Guadalmedina et quitter sa cabine. Il la retint par le bras, sans douceur, tandis qu'elle passait près de lui.

- Attends, pas si vite.

Elle comptait rejoindre son ami Argorg, depuis que l'Alvaro de Guadalmedina avait levé l'ancre, elle n'avait pas eu un instant pour se retrouver avec Argorg, Sirk ou Adarien.

- Couchons ensemble. Maintenant.

Elle se dégagea et l'envoya paître !

- J'ai vais retrouver Argorg. Et j'ai besoin de me reposer un peu.

Habituellement, ils avaient toujours fait ça la nuit, après le dîner, et Franco ne la gratifiait jamais d'un ''faisons ça maintenant'' mais plutôt d'un ''mangeons et on fera ça après''. Là, il faisait plein jour et les rideaux du belvédère n'étaient pas tirés. En tout cas, il la rattrapa par l'avant bras, sans violence mais sans plus de douceur, et ne parut pas le moins du monde gêné par sa réplique.

- Et bien je ferai vite !
- Je n'ai pas envie de toi !
- Je n'ai pas envie d'attendre !
- Il le faudra ! Au moins jusqu'à ce soir !

Il grommela quelque chose dans sa barbe tandis qu'elle l'obligeait à la lâcher une seconde fois.

- Franco, se surprit-elle à insister. Ca n'est pas toi qui a écris ce texte-là. N'est-ce pas ?

Il approcha d'elle, lentement.

- Cela ferait quoi si c'est moi qui l'avais écris ?
- ''Á toi beau geôlier''... C'est un texte magnifique.

Il se mit à sourire soudainement, visiblement réjouis et amusé !

- Merci !

Comme Phadria s'apprêtait à l'abandonner une troisième fois, il la saisit de nouveau, et la tira de façon à ce qu'elle se retrouve exactement entre lui et le bureau ! Il l'embrassa comme elle se retrouva au milieu des feuilles de papiers, de l'encrier, des plumes, des sextants et des bougies ! Elle échappa à cette étreinte forcée tandis qu'il s'appuyait sur elle de plus en plus. Phadria le cogna, à la tempe, afin de le repousser. Il ne lui avait pas fait mal, mais elle n'avait aucune envie de faire ça maintenant, et surtout pas ici, comme ça !

- Franco, pas maintenant !
- J'ai envie maintenant !

Il la brusqua encore, insinuant une main sous ses bas et remontant le long de ses cuisses, chaud et rigoureux. Rigoureusement déterminé !

- Pas ici ! S'il te plait pas ici !
- Mais qu'est-ce que ça change, ici ou là-bas ? soupira-t-il en désignant le lit un peu plus loin.

Elle voulut riposter encore et lui répondre, mais il lui coupa le souffle et elle ravala les mots qui s'apprêtaient à le percuter ! Il n'avait pas eu besoin de l'embrasser afin de produire un tel effet.

- Fran..co...S'il..te..plait.
- Chut...

Il posa un doigt sur ses lèvres, son visage si près du sien qu'elle en fut ébranlée. Il ne la prenait jamais comme ça d'habitude... Jamais. Son regard gris comme l'acier la détaillait, avec toujours cette part commune avec l'animal qui caractérisait Franco Guadalmedina. Mais elle ne lisait ni folie, ni perfidie, ni ivresse dans ses iris. Elle tenta d'écarter un peu son visage, en posant une main contre sa joue, les larmes se formant dans la comissure de ses yeux émeraudes tandis qu'il plongeait en elle, plus pénétrant qu'il ne l'avait jamais été. La large cicatrice qui ornait la partie supérieure de son corps dépassait tout juste des pans ouverts sa chemise, à travers sa veste déboutonnée.

-  P..as..ici..P...as..comme..ça...

Il se pencha plus avant sur le bureau et envoya valser autour de lui avec violence le paquet de feuilles de belle écriture que Phadria avait pu contempler quelques heures avant. Elles tourbillonèrent dans les airs follement sous l'impact de Guadalmedina, avant de caresser le sol en louvoyant ! Ses mains à lui vinrent à la recherche de son corps, frustré qu'elle se fut placé ainsi hors de portée de ses lèvres, et il la déshabilla. Phadria, essouflée, se laissa aller à la domination de son mari et abandonna son corps en arrière. Elle suivit du regard, etouffant ses gémissements, le vol léger, léger du poëme d'Adarien qui balayait le sol des appartements de Franco.

~


- Et bien quoi ? Lui fit son mari assis sur un fauteuil, le torse nu en train de remplir une tasse de chocolat. Tu vas pas me faire croire que je t'ai fais mal. Pas plus que d'habitude en tout cas.

Petit à petit, sans se presser, il faisait se consummer dans les flammes d'un chandelier allumé les vers que le Père Adarien avait écrit pour lui. Phadria se redressa, tremblante plus qu'elle ne le devait, sa longue crinière rouge collant à son col et son front. Elle ramena ses jambes contre elle et entreprit de descendre du bureau.

- Non ca n'est pas ça. Je suis un peu fatiguée, c'est tout..

Elle était encore essouflée, les larmes qui avaient coulé le long de ses joues s'étaient arrêtées de tomber, lourde. Non, il ne lui avait pas fait mal. Ca n'était pas à cause de ça qu'elle pleurait.

- Alors, tu connais mon remède contre la fatigue ?

Il lui tendit la tasse de chocolat du fond de son fauteuil tout en poursuivant son œuvre de destruction d'une main. Il ne resta bientôt plus rien du travail d'Adarien, réduit en cendre par Franco.

- Bois. Et va te reposer ensuite.

Sa voix était douce, maintenant.

- Le sommeil, ça reste le meilleur remède.

Phadria acquiesça du chef. Elle avait la gorge sèche et accepta quelques gorgées de chocolat bien volontiers. Guadalmedina enfila une autre chemise, une veste, il agraffa sa cape et sortit. La porte resta ouverte. Franco croisa Argorg à deux pas du seuil de sa cabine. Après un regard, il arrangea sur sa tête son tricorne et reprit sa marche, sa cape flottant derrière lui. Seuls le claquement des talons de ses bottes sur le bois noir de l'Alvaro de la Marca troublèrent le silence presque sinistre qui venait de tomber. Phadria était encore à demi-nue, enveloppée dans son châle rouge aux pieds du bureau.

- Phadria...ca..ca va ?

Elle essuya d'un revers du poignet le sillage encore humide tracé le long des joues par ses larmes incontrôlées. Argorg avait dû tout entendre, c'était sûr.

- Je vais bien, Argorg.

Elle parvint à sourire à son ami. Une chose inquiétait ses pensées. Guadalmedina voulait s'en doute s'amuser un peu. Jusqu'à ce qu'elle lui refuse son baiser. Alors, frustré et irrité, il avait envoyé en l'air tout ce qui se trouvait sur son bureau à la manière d'un taureau qui charge, et l'avait prise bien plus ardemment.



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Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Dim 9 Oct 2016 - 0:52

SUITE


- Quoi ?! C'est pour cette raison que tu as épousé cette ordure alors ?!

Les grandes mains calleuses de l'Orc se refermèrent avec une frénésie bien mal contrôlée sur la hanse de ses deux haches. Après la scène qu'il avait vu, et qui l'avait marqué même si il n'en montrait rien, Phadria avait dû expliquer à son ami Peau-Verte (elle s'estimait suffisament proche d'Argorg, maintenant) la véritable raison de son mariage. Seuls dans la cabine qu'occupait le Peau-Verte, Phadria Red Guadalmedina avait enfin levé le voile, pour lui et pour lui seul, sur le plus grand secret de son existence. Artémis.

- Où vas-tu, Argorg ?
- Je vais éviscérer cette vermine ! Voilà où je vais !

La voix de son ami géant vibrait d'intensité et de fureur, et Phadria ne doutait pas une seule seconde qu'il le ferait, si elle le laissait. Argorg tenait à elle et il bouillait d'envie de sortir ses tripes du ventre de Franco. Elle resta très calme, assise sur la couchette de l'Orc.

- Tu m'as promis de ne rien en faire. Souviens-toi, Argorg.

Phadria remarqua la sueur qui dégoulinait entre les omoplates de son dos, descendant le long de ses tempes. Il tremblait de rage, littérallement. Puis enfin, vaincu après un combat intérieur des plus violents, il rengaina ses deux haches de guerre.

- Tu as raison...

Un silence tomba entre eux-deux. Argorg avait l'air d'un petit enfant, songea Phadria. Il avait les yeux rivés sur ses pieds, le dos légèrement voûté, les bras ballants. Il redressa enfin la tête.

- Pourquoi est-elle morte ?

Phadria arrangea autour de ses épaules son châle rouge.

- Ele est...morte. Le reste n'a plus vraiment d'important aujourd'hui. Elle est auprès d'Atÿe.

Le Peau-Verte s'assit en tailleur au milieu de la cabine, l'air fatigué. Il regarda Phadria tristement.

- Je suis désolé de m'être énervé, et...toutes mes condoléances pour ta fille.

Il y a des moments parfois où les mots ne suffisent pas. Phadria avança le bras, doucement et vint caresser du revers de la main la joue de son ami. Il se pencha vers elle et la prit dans ses bras.

- Je suis désolé de ne pas avoir été là.

~



Le Black Flag commandé par le Capitaine Maoran, Barbe-Brune de son surnom, suivait sans défaillir le sillage de l'Alvaro de la Marca abritant à son bord, outre le Capitaine Guadalmedina, tous ses seigneurs généraux. Il était convenu, entre le noir Alvaro et le flag, d'un lieu de ralliement si jamais une tempête ou quoi que ça soit d'autre les oblige à se perdre de vue Les deux bâtiments étaient équipés en vivres et en pièces. Et l'on trouvait de braves guerriers sur les deux bords. Le fils cadet du Joliff, Teodros, se lia rapidement d'amitié avec le trio qu'était Argorg, Sirk et Phadria, femme du Capitaine -ou du Roi-Pirate selon les bouches !- Guadalmedina. Au début, les avances habilement dissimulées du jeune homme envers Phadria la faisait se méfier. Alors Argorg était intervenu. Comme un grand frère, très protecteur, il avait fait comprendre à Teodros que Phadria était son amie, sous sa protection, femme mariée de surcroît, et que si il commençait à trop la faire chier, c'est à lui et ses amis -à comprendre par là un chat rayé géant et un ogre- qu'il aurait à faire. Phadria sourit sous cape ! Pauvre Argorg ! Si il avait su qu'à une époque ces proposition d'amour et ces effleurements discrets, comme ceux de Teodros, et bien pire encore, étaient son lot quotidien à Port-Argenterie ! Des amoureux, elle en avait remballé plus d'un ! Le pire avait toujours été à ses yeux les hommes qui, parce qu'elle leur avait accordé quelques heures au clair d'étoile, s'imginait pouvoir faire leur vie avec elle ! C'est qu'ils la couvraient de cadeaux, de poëmes, de chansons ! Ah, la triste époque ! Elle se souvint même d'un ou deux qui s'étaient véritablement ruinés pour elle, à en finir le bec dans l'eau comme balle de tabac ou couenne de lard comme l'on disait, quand elle leur avait fait comprendre qu'il n'y aurait pas de lendemain à la mascarade jouée la veille. Dans le lot, elle s'était tout-de-même fait quelques amis. Ils étaient rares, mais ils existaient. Elle songea à Thorn, par exemple, son compagnon de bord du Galion Déité, Reginald Thorn. Etait-il seulement toujours en vie ?

Argorg avait bien aidé à faire comprendre à Teodros qu'il voyait, lui, d'un très mauvais œil -et c'était un œil d'Orc !- le fait que le pirate qui avait ployé en premier le genou face à Guadalmedina tente de la séduire. Mais l'interéssé jugea tout-de-même préférable de demander lui-même à Phadria ce qu'ellle pensait du fait de tromper son loup de mari.

- A bord de son propre Alvaro ? s'amusa la jeune femme.

Ils disent Franco quand ils devraient dire Théoden. Par tous les dieux, que tu peux me manquer, mon amour ! Reviens-moi vite, je t'en prie!

- L'Alvaro de la Marca est un navire comme un autre, avait souri Teodros en s'accoudant au bastingage.
- Certainement pas aux yeux de mon époux ! Et si tu ne sais le reconnaître comme étant ton Roi, il reste ton Capitaine !
- Tu ne réponds pas à ma question, avait avancé le fils Joliff en frottant son menton, les yeux dans ceux de Phadria. Guadalmedina n'en est plus à sa première jeunesse. Il boit. Il parle beaucoup. Et beaucoup de lui-même. Je parie qu'il ne sait pas te distraire !

Et voilà que Pharia se trouvait à défendre l'honneur de Franco devant un fils de pirate réputé qui souhaitait lui dévoiler les reins !

- Il sait jouer de la guiterne.
- Je peux apprendre ! avait rit le jeune homme.

Phadria avait posé avec douceur une main sur l'épaule de Teodros, et lui avait expliqué yeux dans les yeux qu'elle aimait, et qu'ellle ne ferai pas cocu à Guadalmedina.

- Les vœux du mariage sont sacrés aux yeux d'Atÿe.

Elle songea à son aimé disparu derrière la ligne d'horizon, et son sourire disparut. Teodros n'insista pas. Ils restèrent bons amis.

~



Argorg tendit une saucisse boudinée embrochée sur une fourchette à son amie.

- Mange !

Ils se trouvaient tous deux dans les grandes cuisines, près du feu de la cambuse, de l'Alvaro de la Marca. Argorg avait pris les fourneaux, il coopérait avec Harry, le maître coq du vaisseau, et tous deux dirigeaient toute une équipe de novices. L'Orc préparait ce soir une tournée spéciale de saucisses (qu'il revandiquait comme pleinement Noviennes !) et Phadria s'était fait pour mission d'honneur de contrôler la qualité desdites saucisses.

- Tu es tellement petite et tellement mignonne quand tu goûtes mes saucisses ! rit Argorg en considérant son amie du haut de ses trois mètres.
- Elles manquent de jus ! avança Phadria index levé d'un air expert.

Argorg rit à son tour.

- Tu verras le moment venu qu'elles sont parfaites !
- Je te fais confiance ! Et méfie-toi des personnes petites et mignonnes ! Je mords fort !
- Tu veux faire un concours ? riposta Argorg en retroussant les babines et dévoilant sa dentition de fauve !

Certaine d'avoir à ce jeu-là le dernier mot, Phadria Red Guadalmedina se dirigea vers l'entrepont en lâchant :

- Je n'ai pas précisé où je mordrais !

La nuit n'était alors pas encore avancée. Après un ou deux pas de plus hors des cuisines, Phadria perçut avec clarté la réponse d'Argorg :

- Moi non plus ma grande !

Incapable d'abandonner son ami Orc seul avec son rire tonitruant, elle exécuta un volte-face et parut voler jusqu'à lui, brandissant un index accusateur sur son poitrail, par-dessus le tablier qu'il portait et qui avait dû être blanc dans une autre vie !

- Et cesse de nourrir le chien, par Atÿe !

A la peine qui se lut sur le visage de l'Orc, l'on aurait pu croire que Phadria venait de lui demander de procéder à un génocide !

- Il faut bien qu'elle s'engraisse cette petite ! Sinon le moindre coup de patte d'Attila va la démolir quand ils joueront !
- Mais tous les marins la nourrissent en douce ! Elle n'est pas prête de mourir de faim, crois-moi ! Là tout ce que tu réussiras à faire, c'est l'avoir dans les pattes chaque fois que tu te mettras aux fourneaux !

Argorg éclata de rire en piquant une seconde saucisse du bout de sa fourchette.

- Ca me fait un peu de compagnie ! Et elle est moins emmerdante qu'Attila ou Plagt !

Lorsque le Capitaine Guadalmedina descendit dans les cuisines afin de procéder à un état des lieux en la compagnie du maître Coq et d'Argorg, plus personne ne rit. Cependant, même Franco dut reconnaître que la saucisse d'Argorg avait du goût, et comportait tout ce qu'il fallait de jus et d'épices.

~



- Alors ? Comment se passe la vie à bord pour toi Papy ?
- Pas trop mal, maugréa dans sa barbe inexistante le vieux Gobelin. Même si Lum et Finn sont de vrais casses-couilles.

Phadria ne put s'empêcher de sourire. Elle se trouvait dans la cabine qui avait été assignée aux trois Dague Verte, occupée seulement par Sirk en cet instant. En tant que femme de Guadalmedina, ils partagaient les même appartements. Phadria passait donc le plus clair de son temps dans la cabine de l'un ou l'autre de ses amis.

- Tu passes pourtant toutes tes journées avec eux !
- Ouais. La pire c'est Lum. C'est que c'est moi qui m'en suis occupé depuis ses sept Tours. Je dois vraiment être un mauvais tuteur.

Il parlait sans distinction d'air, sur un ton blasé.

- Un Gobelin qui élève une donze ! On aura tout vu par Atÿe !
- Ouais je te jure. Autrement ça se passe comment tes trucs de prêtresse ? Tu va commençer à te raser le crane et mettre des toges ?
- Dès la semaine prochaine oui ! Je vais aussi porter un chale et dire aurevoir à la sexualité pour toujours. J't'explique pas la gueule de Guadalmedina quand Adarien lui a annoncé la nouvelle !

Sirk laissa un rire s'échapper ! En plus d'un Tour qu'elle le connaissait, c'était la première fois que Phadria l'entendait rire !

- Toi, te raser le crane !. … Attends. T'es sérieuse gamine ? C'est important les cheveux tu sais. Tu peux encore changé d'avis.
- Je raserai pas que le crane, ajouta Phadria l'air très sérieux en retenant un rire. La tradition, que veux-tu.
- Ok. J'ai pas envie d'entendre le reste de la tradition. Changeons de sujet tu veux. Autrement mes compagnons ne sont pas trop dérangeants ?

Après un silence, l'air concentré de la jeune femme se fissura afin de laisser la place à un regard narquois et un sourire malicieux au coin des lèvres.

- Tu as déjà vu des femmes humaines nues ?
- Ouais. C'étaitent des cadavres.
- Beuh. Tu aimes ça les cadavres, Papy ?
- Les cadavres, c'est mon métier. Et si tu parles de baise, je suis stérile.
- D'accord, d'accord, autant pour moi ! rigola Phadria en se laissant aller sur le lit, avant de se redresser aussitôt ! Mais il n'empeche...je me suis toujours demandé...La sexualité...entre gobelins, c'est comment ?
- Les Gobelins ont un organe génital et les Femelle aussi. Je te laisse deviner la suite. Un indice. C'est comme avec les humains.
- Tu es pas marrant face de pustule ! répliqua la jeune femme en lui administrant sur l'épaule une tape amicale !
- Ouais je suis un vieux con c'est pour ça que les gens m'apprécient. Du coup vers où fait route le navire ?
- Vers le Nouveau Monde ! Franco compte s'y établir afin de pouvoir mener ses courses contre les Teikokujins et les grandes puissances Continentales.
- Il est très ambicieux dis donc, grommela le vieux Peau-Verte. Un peu trop je dirai. L'âge de la piraterie est mort depuis un moment.

Sirk avait-il raison ? Avait-il tort ? On disait pourtant du temps d'Argenterie que l'avenir appartenait à ceux qui se levaient tôt. Et qui étaient ceux qui se levaient tôt, sinon les personnes qui avaient espoir en l'avenir ? Elle s'administra une tape mentale, se rappelant qu'elle avait abandonné la piraterie depuis ce jour où elle avait dit ''oui'' en son cœur à l'homme qu'elle aimait. Elle ne parlait bien sûr pas de son mari...

- Tu veux que je t'organise un rendez-vous avec lui, pour le lui dire ?

Sirk ne rit pas.

- Je pense que j'ai pas besoin de te preciser que je déteste cet humain de toute façon. Si il devient trop influant les Dagues Vertes, ma famille, pourraient etre menacées. Je n'aime pas ça.
- Je le tiendrai bien tranquille, ne t'en fais pas. Il ne vous aime pas non plus. Il craint que vous l'assassiniez. Un coup de dague dans le dos. Vous portez bien votre nom. Je suis d'ailleurs étonnée qu'il ne vous ait pas forcé le passage à bord de l'Alvaro à son appareillage.
- Si il décide de nous écraser, répondit le Gobelin, je doute que tu puisse faire grand chose....Et pas besoin de t'impliquer dans les affaires de ma confrérie, crois moi, tu n'as pas envie de rentrer dans notre monde. Tu sembles déjà assez occupée dans le tien.
- Il ne vous écrasera pas, mon ami. J'y veille...

Le Peau-Verte racla sa gorge tout en se grattant le nez.

- Ouais...

D'affirmation en répliques, Sirk et Phadria en vinrent à parler de deux protégés du Gobelin, Lum et Finn. Ces fameuses Dague Verte. Et malgré ses airs froids et détachés, Phadria perçut très clairement que son ami tenait à ses deux protégés.

- Après n'aie pas trop pitié d'eux. Essaye de deviner comment ils en sont arrivés là.

Le Gobelin finit par lâcher :

– Lum est venue voir Disos d'elle même. Elle avait sept Tours. Pour rejoindre les Dagues Vertes. Elle nous avait amené la tête de son père et de sa mère, toutes deux coupées à la base. C'est une noble d'Hasdubra. Quant à Finn, avant d'être une Dague Verte, il était voleur.
- Je reste sensible au malheur d'autrui, Papy, expliquait Phadria la voix douce comme du papier de riz. Mais a bord d'un navire comme l'Alvaro le reglement est le reglement. Essaie de les tenir, le Capitaine les regarde déjà d'un mauvais œil.
- Ne t'inquiète pas ils savent se tenir, conclut le vieux Gobelin.
- Dis-moi Papy, tu t'y connais un peu en sexualité chez les humains ? osa Phadria après un silence de plusieurs secondes.
- Ouais. Pourquoi ? Le Capitaine a des problème avec son engin ?

Phadria sourit, amusée par l'air impassible de son ami lorsque de tels propos jaillissaient de ses lèvres pincées.

- Non, tout va bien de ce coté là.
- Dommage. Ca m'aurait fait marer. Pourquoi cette question alors ?
- Je me demandais juste si...ça peut te paraître con, hein.

Sirk dévisagea Phadria:

- T'as l'air de faire une fixette là-dessus ma petite, siffla-t-il.
- J'en parlerai aussi à Argorg, avança Phadria. Mais puisque je t'ai sous la patte, autant voir avec toi. Tu sais, ça fait plusieurs Lunes qu'on est...marié, le Capitaine et moi. Et qu'on..on essaie de...Tu vois ? Presque un Tour entier. Mais je saigne toujours. C'est normal tu penses ?

Sirk siffla entre ses dents, se donnant un instant de réflexion.

- J'en sais rien. Tu pourras peut être jamais en avoir. Où alors, ça la faute du Capitaine. Après pour m'être occupé de chiard, c'est une vraie plaie.
- J'ai déjà eu un bébé, Papy. Et je ne pense pas que ça vienne du Capitaine. Tu as une autre explication ?
- Aucune idée, maugréa son ami. Je suis pas une donzelle. T'as qu'à demander à Lum. Elle doit sêrement savoir des trucs sur le sujet.
- Non. Non, Papy, ça doit rester strictement entre nous. Je te fais confiance, d'accord ? C'est important.

Le vieux Gobelin leva les yeux au plafond.

- Ok, de toute façon j'y penserai sûrement plus dans un instant, donc bon.

Elle le remercié et dut s'en aller afin de retrouver le Père Adarien. Elle souffla un baiser en sa direction et s'éclipsa.

~



Spoiler:
 



Deux jours étaient encore passés. Cela faisait à présent deux semaines que l'Avaro de la Marca filait sur les Grand'Eaux de la Passe, direction plein Ouest. Le Nouveau Monde. Pharia passait ses journées en compagnie d'Argorg et d'Adarien. Sirk restait la plupart du temps avec ses protégés, et il était assez difficile de se l'accaparer pour une discussion ouverte. Naturellement aimée de tous les marins, Phadria se fit un plaisir d'apprendre à passer du temps avec eux. Leur démontrer ainsi qu'en dépit de son statut de ''femme du Capitaine'', elle restait marin, une ancienne pirate par ailleurs, qui avait connu la même vie, les même angoisses, les mêmes conditions de travail qu'eux. Teodros et Teossi se mélêrent quelquefois à son duo avec Argorg, et ils partagèrent ensemble quelques anecdotes de la vie de marin et quelques éclats de rire.

Mais il en avait une que Phadria n'avait pas encore visitée. Seule, elle restait à l'écarte, souvent à l'ombre des bras des vergues et de la voilure, ou bien parfois d'un mât de traverse. La jeune fille paraissait dormir, bras croisés derrière la tête. Au-dessus d'elle, un oiseau de mer s'etouffa dans la gueule d'un nuage. Phadria Red Guadalmedina s'approcha doucement, et vint s'asseoir à ses côtés.

- Salut. La protégée du Vieux ?

Son interlocutrice l'ignora superbement, sans même daigner soulever une paupière.

- Il m'a parlé de toi ! Ajouta Phadria en prenant place, souriante, près d'elle. -Tu ne dors pas vraiment, Lum. Pas vrai ?

Sans ouvrir les yeux, la fille adoptive de Sirk -et cette vieille chose stérile pouvait dire tout ce qu'elle voulait!- maugréa entre ses dents :

- T'es qui en faite ?
- Phadria Red. Je suis la femme du Capitaine.
- Et bas putain, les pirates ont pas la même vision d'une relation mari femme ! Vous faites pas mal de bordel en pleine journée.

Phadria haussa un sourcil.

- Quel genre de bordel ?
-Je vais pas te faire un dessin.

Lum venait d'ouvrir les yeux. Elle se releva pour se mettre en tailleur. Son regard est rouge et elle regarda Phadria de haut en bas, attendant visiblement une réponse. Qu'entend-elle par ça ? Se questionna Phadria. Depuis l'incident de la dernière fois avec son époux, ils n'avaient plus couché que sur un lit. Il la prenait souvent, c'était vrai, ces derniers temps. Presque tous les jours. Mais elle ne prenait aucun plaisir à la tâche, et Guadalmedina, tout loup qu'il soit, n'était pas du genre à hurler à la lune.

- Nous sommes pourtant discrets habituellement ma belle !
- Ouais, ouais.. Autrement que t'as dit Sirk sur moi ?

Phadria élargit son sourire en repoussant une mèche de cheveux rebelle.

- Tu viens d'Hasdruba !
-Ouah, ça m'étonne que le vieux t'ai pas raconté autre chose, il a toujours tendance à raconter la vie des autres.
- Il m'a dit plusieurs choses, c'est vrai, avança Phadria. Il m'a dit que tu étais difficile. Intenable. Il m'a dit aussi que tu aimais foutre le bordel à mon bord, mais visiblement il t'a apprit à le faire discrètement. Il m'a dit que tu as assassiné tes parents afin de rejoindre la Dague Verte. Et il m'a dit que tu te sentais un peu seule, quelquefois.
- C'est bien ce que je me disais.

Lum porta le goulot de la bouteille d'eau-de-vie à côté d'elle à ses lèvres et but un bon coup.

- Et tu penses quoi de moi, toi ? Je suis apparemment la plus grande fierté de ce vieux.

Phadria plongea son regard en celui de son interlocutrice, avec profondeur. Ses yeux verts émeraude la dévisagent, semblaient la pourfendre, la mettre à nue. Mais sans violence, plutôt auréolés d'une infinie tendresse. Une acuitée naturelle et emplie d'amabilité.

- Tu me rappelles moi, quand j'avais ton âge. Je pense que tu es quelqu'un de bien, Lum.

Lum éclata alors de rire !

- T'es une marrante toi ! T'es qui exactement pour te comparer à moi ?

Phadria but a son tour un coup de la bouteille posée entre elles-deux.

- Je te l'ai dis. Je suis la femme de Guadalmedina. Je ne peux pas comprendre ce que tu as vécu, car je ne suis pas passée par là, petite. Mais tu m'as demandé ce que je pense de toi. Je te réponds. Tu me fais penser à moi, lorsque j'avais ton âge.

Lum adopta alors pendant un court moment un regard haineux avant de retrouver ses yeux profond, d'enfant perdue.

- J'ai entendu dire que tu étais du genre religieuse, aide aux pauvres tout ça. Je vais te dire un truc. Les épidémie à Puerto-Blanco, c'était mon idée. N'apporter aucune aide à la population pour que les pauvres ne soit pas en mesure de contester l'autorité des différents groupes.
- Je sers Atÿe, c'est vrai, reconnut sans la moindre hésitation Phadria. Tu sais, dans une société, n'importe laquelle, qu'il s'agisse d'une petite île de la taille de Puerto-Blanco, que tu connais apparement très bien, ou d'une capitale de plus de cent-mille âmes, comme Argenterie du temps de l'âge d'or, des castes sociales apparaitront toujours. Le pouvoir, ici-bas, nous lâche, nous jette comme du linge sale après s'être torché avec notre habit. Mon mari par exemple, comprend l'angoisse des pauvres, mais il comprend chaque jour un peu moins que les riches soient complexés de l'être. Il n'y a rien de répréhensible dans l'appât du gain. C'est ce qu'il te dira. Je ne sais pas ce que tu en penses. Tout comme je ne sais pas ce que tu penses du fait d'entraver ainsi le petit peuple et les personnes les plus pauvres. Mais le monde n'a pas besoin de toi, Lum, pour créer ses propres emmerdes sociales. La rage des chiens. La manie des musiciens. L'avilissement des pirates. La démence des poëtes. Tu n'as aucune influence sur ces choses-là. Comprends-tu ?
- Ouah, qu'est-ce qu'une philosophe fait sur un navire ! lâcha Lum sarcastique. Tu fais de longues phrases mais tu parles juste comme une vieille.

Son regard avait changé, nota Phadria. Il comportait plus de défiance. Depuis qu'elle cotôyait le Père Adarien, et qu'elle ouvrait jour après jour son cœur à sa Déesse, elle avait développé une étrange faculté, un don qui lui permettait de ressentir les émotions des personnes avec lesquelles elle parlait, et les comprendre. Le regard disait tout de l'âme à qui il apartenait. Il suffisait d'apprendre à le lire. Le Père Adarien réconfortait son élève dans cette idée.

- Je n'ai même pas trente Tours !
- Je comprends pourquoi le vieux t'aime bien, conclut Lum. T'es casse-couilles.

La jeune femme se leva et commença à partir à l'autre bout du pont, négligeant le sourire de Phadria.

- Il m'a dit exactement la même chose, avec les mêmes termes, en parlant de toi tu sais.

Elle se leva à son tour, sans se presser, récupérant du bout des doigts la bouteille délaissée par Lum.

- Tiens, tu as oublié ça.

La protégée du vieux Gobelin ne se retourna même pas.

- T'étonnes pas si c'est le bordel après.

Phadria la laissa fuir, un sourire au coin des lèvres. Elle récupéra la bouteille et regagna la cabine d'Argorg, afin de passer un peu de temps en sa compagnie. Elle irait retrouver Franco plus tard. Le plus tard possible.

_________________
Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main
Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.
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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Dim 23 Oct 2016 - 12:27

Cela faisant longtemps qu'Argorg n'avait pas ressenti autant d'allégresse durant un voyage en mer, cela étant dû à la présence de Phadria et de l'équipage de l'Alvaro qui était en somme plutôt sympathique. Cependant un élément négatif se rajoutait à l'équation : le capitaine Franco. L'humain était bel et bien l'une des créatures que l'orc souhaitait le plus éviscérer actuellement dans tout Ryscior. Mais il avait fait la promesse, à Phadria, de ne pas lui faire du mal . Il supportait donc la traversée en étant aux "ordres" de ce cloporte.

Après des jours de voyage l'orc commençait à se lasser du navire qu'il connaissait maintenant, pratiquement, par cœur. Sans parler de Plagt et Attila qui n'appréciait guère les endroits confinés ou à espace restreint. Au cours de l'une des nuits où il était seul dans sa cabine avec ses deux fidèles compagnons, il fut surpris d'entendre Plagt engager la conversation :

"Dis Argorg... T'pas l'air bien. 'S'passe quoi ?  

-Moi ? *dit Argorg en se relevant de son lit pour regarder l'ogre* Ce navire me fait l'impression d'une cage. Une cage où je dois regarder, impuissant, mon amie se faire sauter par une vermine que je pourrais briser en deux. Voilà ce qu'il se passe, Plagt.

-Imp... Uissant ?

-Bon sang Plagt... *soupira Argorg* Ça veut dire que je peux rien faire !

-Oooh, d'ccord ! Ouais, c'vrai que j'l'aime pas n'plus c't humain. Mais p'quoi t'peux pas l'tuer ? Tu l'fais tout l'temps p'tant !

-J'ai promis à Phadria de pas lui faire de mal...

Un silence pesant plana dans la pièce durant quelques secondes, Plagt ne savant que dire. L'ogre finit par se rapprocher d'Argorg et lui posa son immense main sur l'épaule.

-Ben sache qu'même si elle s'fait s'ter par c'rat, elle reste t'n amie ! Pis t'nous as t'jours nous ! *sourit Plagt tout en étant rejoins par Attila qui se frotta à la jambe d'Argorg*

L'orc ne sut que dire. Il resta silencieux et les pris tout les deux dans ses bras. Il sourit.

-Vous êtes vraiment les plus cons... Mais les meilleurs aussi !

Après avoir remontés les moral de leur ami orc, Plagt et Attila allèrent se coucher dans leur coin respectif de la chambre. Argorg, lui, s'allongea dans son lit et s'endormit quelques secondes après ses amis.


~


Argorg était dans la cuisine, en train de faire des papouilles à Spoki :
"C'est qui la plus mignonne de ce navire ? Et oui c'est toi ! Et oui c'est toi !

-Atye, délivre-moi... *soupira Phadria*

-Ça ? Un mercenaire ?

L'orc continue de faire des papouilles à la petite chienne sans les regarder, et s'adressa à Franco.

-Il savoir faire battre son coeur de temps en temps, mon gars. Oh pardon ! J'avais oublié que ta mère t'avais pondu sans.

-Ma mère ! *rit Franco*Une flibustière de la pire espèce qui me vendit au plus offrant !

Argorg mis Spoki sur sa tête pour se rendre totalement non-sérieux.

-Oh. Je comprends maintenant d'où te viens ton caractère de merde !

Franco esquissa un sourire puis tira tranquillement son mousquet de sa veste.

-Alors je flingue qui en premier ? Le clébard ou le géant vert ?

-Je te conseil le tigre. *dit d'un  air innocent Argorg en pointant derrière Franco*

Franco n'eut pas le temps de comprendre qu'il se retrouva plaqué au sol par un Attila lui rugissant dans les oreilles. Le pirate essaya de repousser le tigre en lui plaquant une main sur la gorge et en le faisant basculer avec ses jambes. Suite à cela Argorg déposa Spoki à terre et rejoint tranquillement Attila. D'une main il attrapa le cou de Franco et de l'autre bloqua les deux mains du pirate. Ce dernier fut soulevé de terre.

-Tu es tellement faible et petit. *dit l'orc d'une voix sinistre accompagnée d'un sourire sadique*

Argorg vu du coin de l’œil Phadria esquisser un fin sourire en voyant Franco se débattre de son mieux.

-Putain mais... Lâche-moi... L'Orc ! *tenta de crier Franco*

Le sourire d'Argorg s'élargit en voyant cette vermine se débattre. Il se tourna vers la petite Spoki.

-Spoki, tu veux bien aller jouer un peu plus loin ? *dit-il avec un sourire*

Elle le comprit et s'en alla. L'orc menaçant revint à Franco et lui chuchota d'une voix d'outre-tombe.

-Dis adieu à tes mains.

Il resserra d'un seul coup son immense main sur celles, beaucoup plus fragiles,de Franco. Elles furent comprimés et réduits dans un état de bouilli d'os, de chair, et de sang par la force titanesque de l'orc. Franco hurla sous le coup de la douleur, tentant de se soustraire à l'étreinte d'Argorg.

-ARGORG !! NOON !! Tu avais promis !! *cria Phadria*

Argorg fit taire Franco, en utilisant sa main comme d'un bâillon. Il regarda Phadria sans expression.

-Je ne lui ai pas pris sa vie. Juste ses mains. Je m'en contenterai... *il jeta à Franco un regard terrifiant en s'adressant à lui* Pour aujourd'hui. *il lâcha Franco et le laissa tomber à terre*

Phadria sembla se calmer un peu puis vint s'accroupir près d'un Franco tremblant et prostré au sol, les dents serrées. Elle l'axamina sans oser toucher ses mains.

-Le Père Adarien est un très bon soigneur, Franco. *dit-elle à l'adresse de son mari* Il pourra t'aider.

Elle tourna la tête vers Argorg, sans lui sourire. Il vit cependant dans son regard qu'elle ne lui en voulait pas, voir même qu'elle le remerciait muettement. Argorg ne laissa transparaître aucune émotion. Il n'avait pas pu se retenir et il se moquait bien de l'avis de Phadria, malgré qu'il savait qu'elle l'en remerciait. L'orc shaman s'adressa une dernière fois à Franco, en lui tournant le dos.

-Et une dernière chose Franco. *dit-il d'un ton de blizzard* Si tu veux te venger en m'envoyant tes hommes tu y perdras la moitiée de ceux-ci et une partie de ton navire. Et n'oublie pas que j'ai égalment un tigre et un ogre avec moi. Tu risques de perdre au change à vouloir te venger.

Sur ce il parti à sa cabine sans rien ajouter d'autres.

En rentrant, Argorg se permit enfin de rire rire. Un rire nerveux qu'il brûlait de faire sortir, et qui exprimait toute son excitation et sa joie d'avoir enfin fait souffrir ce cloporte. Un sourire diaboliquement cruel lui barrait le visage tandis que son rire sortait de sa bouche. La satisfaction de voir cette ordure de Franco se tordre de douleur, savoir qu'il ne pourrait, sans nul doute, plus jamais utiliser ses mains, le remplis d'allégresse. Le goût du sang lui avait bien trop manqué durant tout ce temps... Sa nature violente réapparaissait, son cœur battait de plus en plus vite... Il avait soif de mort, de batailles, de sang... Il devait se calmer.

Quelqu'un tapa à sa porte un peu plus tard. Argorg fut surpris de voir Wallace, le Second de l'Alvaro, devant lui.

-Vous vous souvenez de moi, Argorg ? Je suis Wallace, le S...

-Ouais je me souviens. *coupa court Argorg, aux aguets et agacé d'être dérangé* Qu'est-ce que vous voulez ?

Wallace ferma tranquillement la porte de la cabine.

-Dans un premier temps, que vous ne sortiez pas de votre cabine. Dans un second temps, que vous débarquiez sitôt que nous toucherons terre, sans plus de cérémonies.

Argorg garda le silence, puis dis sobrement.

-Je vois. Pas d'problèmes.

-Pourquoi avoir attaqué votre Capitaine ? *demanda Wallace en croisant les bras*

L'orc le regarda, les yeux gris acier d'Argorg planter dans ceux du Second.

-Trop c'est trop. Il voulait buter Spoki. J'ai fait que lui apprendre de pas menacer un animal devant moi.

-Le Capitaine m'a raconté une autre version des faits.

Argorg haussa un sourcil, et attendit silencieusement qu'il lui dise la version de Franco. Ce dernier ne développa pas ses propos.

-Le Capitaine ne tiendra plus jamais une rapière de sa vie, grâce à vous, Argorg. Vous venez de ruiner tout ses projets. Nombreux sont les anciens pirates ici à bord qui espèrent le renverser. Vous ne nous aidez pas.

Argorg se moquait éperdument des projets de Franco. Il coupa court au débat.

-Alors bon courage, mon gars. *il croisa ses bras. La discussion était close*

-Très bien.

Le Second se retira sans rien ajouter. Argorg se retrouva seul dans la cabine. Il s'endormit.

~

Argorg se réveilla. Sa respiration était saccadé. Un rêve ? Une réalité ? Il vit ses compagnons là où il se souvenait les avoir laissés. Il sortit de sa cabine, prenant ses haches avec lui. Quand il arriva sur le pont l'aube pointait à peine le bout de son nez. Il vit Phadria, sa longue chevelure au vent. Elle lui sourit :

"Déjà debout, mon beau ?

L'air inquiet d'Argorg disparut aussitôt, il avait bel et bien rêvé son bannissement du navire. Il se posa à côté de la beauté rouge.

-Ouais, j'ai été réveillé par un sale rêve. *sourit l'orcl en retour*

-Ah ouais ? C'était quoi ce rêve ?

-On me forçait à dire que les saucisses Ramiennes étaient les meilleures !

Devant l'absurdité du "cauchemar" les deux amis rirent à gorges déployées. Argorg repensa au rêve qu'il avait fait, et il se jura de ne pas quitter son amie pour faire souffrir cette ordure de Franco. Elle était plus importante.
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Sirk
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Mar 1 Nov 2016 - 18:14

Spoiler:
 

Sirk était maintenant depuis plusieurs jours sur le navire et Franco semblait moins méfiant vis à vis des dagues-vertes vu que Sirk et ses compagnons donnait simplement l'impression de traîner sur le pont ou dans leur cabine. Le gobelin passait maintenant le plus claire de son temps soi de discuter avec Finn soi réprimander Lum pour qu'elle arrête de faire des conneries et parfois il croisait Phadria et Argorg. Sirk passait finalement peu de temps avec l'orc et l'humaine.

Finn était le deuxième dague verte présent sur le navire il parlait peut aux membres, il semblait ne rien faire mais c'était justement sa spécialité paraître inactif alors qu'il observait tout ce qui se passait, Finn faisait l'inventaire de la cale, et était plus particulièrement aux réserves de poudres présente. L'humain faisait régulièrement son rapport à Sirk. En cas de problème ou de menace trop grande de la part de franco Finn avait la mission de faire péter les resserves de poudre de L'Alvaro  . Lum quand à elle sont rôle était de descendre lors de la prochaine escale pour informer Disos des intention de Franco. Sirk était surtout présent pour que la présence de Lum et Finn soit justifié, il trahissait un peu la confiance de Phadria, en ne lui parlant pas de la veritable raison à la présence de ses deux acolytes. Mais il n'avait pas le choix Franco était une trop grande menace pour les groupe de Puerto-Blanco, et il ne pouvait pas simplement l’assassiner sans prendre le risque de représailles envers sa famille.

                       -------------------------------------------------------------------
 
Sirk arriva dans la cuisine du naire pour se servir une chopine d'eau douce, Argorg quand à lui préparait le prochain repas, souriant à Sirk qui venait d'arriver dans la cuisine :

-Hey mon gars ! J'peux t'aider ?

-Oh argorg je venais juste me désaltérer mais bon on peut boire que de l'eau sur ce rafiot, et Phadria ne serrait surement pas enthousiasme à l'idée que je vole de l’alcool.

Argorg jeta un coup d'œil aux alentours puis sorti un baril de bière :

-Tiens mon gars ! C'est ma réserve personnelle ! dit l'orc en servant une choppe au gobelin.

Le vieillard but son eau et se versa de la bière:

-Ah ça c'est un vrai peau verte !  D'ailleurs mon petit comment tu trouve le voyage pas trop ennuyant ?

L'orc haussa les épaules :

-J'ai connu pire, le vieux. L'équipage est sympa et puis il y a Phadria pour me tenir compagnie. Le seul truc emmerdant ici c'est c't'enfoiré de Franco !"

Le gobelin lacha un sourire au nom du pirate:

- c'est vrai que ça m'étonne que tu l'es pas au moins tabasser, je ne l'aime pas non plus ça devient un homme un peu trop influent et savoir qu'il veut s'emparer du nouveau monde ne me réjouit pas

-J'aurais bien voulu, mais Phadria tiens à ce que je ne le touche pas. Va savoir pourquoi. Moi aussi ça ne m'enchante guère. Un homme comme lui est dangereux

-c'est vrai que la relation entre ce gars et la petite Phadria est étrange.

Le gobelin marqua un petit temps de silence avant de sortir un jeu de carte:

-une petite partie ?

-Avec plaisir mon vieux ! J'vais t'mettre une tannée !!

-On va bien voir, j'ai eu l'occasion de bien entretenir mon niveau à Puerto Blanco.

Le peaux-verte commence à distribuer les cartes:

-autrement Argorg qu'est qui t'as poussé à quitter les terres Orc ?

Argorg regarde ses cartes puis regarde le peau-verte :

-Je m'étais lassé de la brutalité et de l'étroitesse d'esprit de mes semblables. De plus, je voulais visiter le reste du monde !
Sirk regarda aussi sa mains qui était plutôt bonne:

-Un constat rare de la part des peaux-vertes tu t'es pas trop fait emmerder par les humains ? La plus part se font dessus dès qu'il voit un orc.

L'orc commença tranquillement la partie :

-Evidemment que si. Les humains sont, pour la plupart, des trouillards. Mais au fil du temps j'ai appris à les "rassurer", pour ainsi dire. Mais c'est toujours compliqué de ne pas les faire fuir dès qu'ils me voient.

-Je comprend les humains ne me parle pas trop non plus bizarrement mais on dirait que les gobelins sont quand même moins effrayant.

Sirk posa un brelan sur la table, Argorg soupira et posa sa main, qui n'était pas du tout bonne :

-Ah, bon sang ! Ils sont déjà plus discrets, et les humains se disent qu'ils sont moins dangereux vu que les gobelins sont moins forts et grands que les orcs.

L'assassin distribua de nouveau les cartes:

-C'est bien vrai les quelque gobelin que j'ai rencontré dans ma vie était faible et idiot. Autrement comment tu as rencontré Attila et Plagt ? c'est pas des compagnons communs pour un orc.

Le shaman chercha dans sa mémoire tout en regardant ses cartes :

-J'ai rencontré Plagt sur un champ de bataille alors que c'était qu'un môme. Sa mère s'était fait tuer et je l'ai recueilli comme un petit frère. Quand à Attila j'ai fait sa rencontre dans la grande forêt des Terres orcs, alors que sa mère était sur le point de mourir, et j'ai pris soin de lui par la suite. Je suis leur seule famille et ils sont la mienne."

-Ça me rappelle mon organisation tout le monde est comme une grande famille, autrement après ce voyage ça te dirait de faire un tour en terre en orc ? ça doit faire plus de 50 tours que je n'y suis pas allé.

-Sincèrement... C'est avec plaisir que j'accepte. Mais j'avoue que si Phadria pouvait nous accompagner ça serait encore plus amusant je pense !

-Il faudra lui demander, en plus un autre dague verte aimerait y aller lui aussi, il s'appelle blatt comme il s'est fait capturer et vendu en temps que gladiateur il ne se rappelle plus à quoi ressemble le pays.

-Ton ami pourra nous accompagner. Je le plains, et ça sera avec plaisir que je lui remontrerai mon pays d'origine !

-enfin bon déjà il faut finir ce voyage en premier lieu. je ne l'ai pas dit  à Phadria mais si Franco menace directement les dagues vertes je lui planterais un lame dans le dos mais si ça doit etre mon dernière acte de mon vivant.

-Ne t'inquiète pas mon gars. Je ne te laisserai pas mourir comme ça ! Surtout si tu butes Franco !!

-Je te remercie après je vais essayer au maximum de respecter la volonté de la petite Phadria après tout elle nous faisait tellement confiance qu'elle nous a fait monter en sachant que l'on détestais Franco.

-Tu as raison papy. Cette fille nous fais vraiment confiance ! Ça serait cruel de la décevoir comme ça.

-Autrement tu as croisé mes deux compagnons ?

-Seulement de loin. Parle-moi un peu de ces deux-là, papy

-Finn est sympathique mais il parle pas beaucoup il a aussi un gros problème avec la boisson et Lum c'est une petite conne et je ai du m'occuper de cette gamine vu qu'elle a rejoins les dagues vertes jeune, franchement les gosse c'est une vraie plaie.

-Haha ! Je suis sûr que tu les aimes bien au fond ! Cette petite a l'air de te tenir à cœur, encore plus si tu t'es occupé d'elle

-Cette casse-couille me sors toujours "tu m'as peut être nourrit mais je ne suis pas ta fille" dès que je lui fait une remarque, elle a l'air d'oublier le nombre de fois que je lui ai sauvé les miches.

Argorg posa sa main sur l'épaule de son ami :

-Les enfants difficiles sont comme ça. Si elle ne pouvait vraiment pas te supporter elle t'aurais déjà lâché depuis longtemps

Sirk lacha un sourire un chose rare de la part du gobelin:

-En plus c'est cette chieuse qui a insisté pour venir.

Le gobelin posa un full sur la table:

-C'était une bonne partie tu as faillit gagner dommage que tu sois arrivé 20 tours trop tôt.

Argorg éclata de rire en posant ses cartes perdantes sur la table :

-Tu verras bien Papy ! Je te mettrais une tannée la prochaine fois !
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?   Jeu 3 Nov 2016 - 11:53

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

Hugo



La frustration de Guadalmedina était grandissante lorsqu'il prenait sa femme au lit. La jeune femme remarqua qu'il s'agissait là d'une chose tout-à-fait récente, et elle pensait bien avoir sa petite idée du pourquoi. Il leva ses yeux gris, clairs et tranchants comme de l'acier, ses yeux animaux vers elle, puis les abaissa aussitôt. Il descendit du lit, sans un mot, laissant à Phadria le loisir de se retourner. Franco ne la prenait jamais de face, à l'exception faite de cette fois-là sur le bureau de sa cabine. Elle aurait préféré qu'il le fasse, mais songeait que supporter en plus de ses pressions son regard, comme la dernière fois, n'était pas une partie de plaisir. Quelque changements avaient eu lieu depuis leur mariage forcée, il y avait plus d'un Tour maintenant. Franco Guadalmedina, selon ses habitudes, versa dans deux tasses le chocolat encore chaud qu'il avait fait monter des cuisines avant qu'il ne s'occupe de sa femme, il y ajouta du miel et porta le tout à ses lèvres, descendant la moitié du breuvage presque cul-sec. Il tendit l'autre tasse à Phadria qui avait entrepris de laver son corps des souillures de son loup de mari avant de le couvrir d'un déshabillé léger carminé. Elle exposait le moins possible sa nudité à son mari. Relevant sa longue chevelure flamboyante au-dessus de sa nuque, elle l'épingla puis accepta la tasse, sans se presser. Elle alluma une cigarette tandis qu'il buvait et prit son temps pour la terminer. Alors, sans un mot, elle se leva et alla se coucher. C'était comme ça tous les soirs depuis qu'ils avaient quitté Puerto Blanco.

« Attends. Pas si vite !

Il la rattrapa par l'avant-bras et elle exécuta un mouvement de recul afin d'échapper à cette étreinte-là. Elle était fatiguée et désirait dormir. Dans sa chambre à elle, Spoki grattait déjà contre le mur et jappait ; le petit chien s'impatientait.

- Qu'y a-t-il encore ?

Il enfila un pantalon ample et se posa sur le fauteuil qui trônait dans ses appartements, entre le bureau et le grand lit. Phadria lorgna la guiterne mourante, déposée dans un coin de ladite cabine. Franco l'invita à se rasseoir d'un geste de la main. Elle se demanda si cela serait utile d'allumer une seconde cigarette.

- Cela fait longtemps que nous essayons, attaqua Guadalmedina en ballottant entre ses doigts sa tasse de chocolat.

Phadria ne jugea pas utile de répondre.

- Tu es sure de ne pas être enceinte ?
- Tu as quelques espoirs que je le sois ? répondit Phadria sans hostilité dans la voix. Tu le saurais, Franco. On ne peut cacher une grossesse.
- Mais tu ne l'es pas ? insista-t-il.

Elle répondit d'une négation de la tête. La voix du Capitaine Guadalmedina n'était ni emplis de reproche, ni hostile ou tranchante. Au contraire, il paraissait même faire preuve d'une certaine douceur derrière les mots. Il termina son chocolat.

- Tu ne l'es pas, cela fait plus d'un Tour. Comment l'expliques-tu ?

La lune en son premier quart au loin, qui se reflétait à travers les fenêtres des appartements des Capitaines, ébauchait un sourire au milieu du ciel.

- Et bien, peut-être qu'il nous faut envisager la possibilité que tu ne puisses pas concevoir d'héritier.

A ces mots, Franco se leva, déposant sur son bureau sa tasse de chocolat. La cicatrice méchante qui séparait toute la partie supérieure de son corps de part en part, irrégulière et grossière, parut étincelait au clair de la lune, lorsqu'il contempla l'horizon en croisant les bras.

- Je peux en concevoir. Je le sais.

Phadria préféra ne pas demander à Guadalmedina combien de ses bâtards courraient les mers ou les terres entre les baies de Jade et Puerto Blanco.

- J'ai déjà eu un enfant, lâcha-t-il simplement sans aucune émotion dans la voix.

Étrangement, Phadria se trouva la force de sensibilité et intéressement.

- Fils ou fille ?

Il était vrai qu'à une époque, Franco comptait comme le Capitaine d'Argenterie qui faisait des cocus à la dizaine. Après un silence, Guadalmedina se retourna vers elle, hochant la tête l'air indifférent.

- Je n'en sais rien, et je ne veux pas le savoir.

Encore cette cicatrice. Phadria songea que les deux éléments, l'enfant caché de son loup de mari et cette balafre, devaient être liés. Elle n'insista pas plus. Si il était vrai que chacun traînait avec lui ses fantômes, ceux de Guadalmedina nétaient ni aimables ni de bonne compagnie.

- Bon, reprit Franco en élevant un brin la voix, tu ne me caches rien ?
- Mais comment veux-tu que... Enfin, tu le saurais si je portais ton enfant, non ?
- Je voulais dire. Tu peux me jurer que tu ne prends rien ? Comme des herbes, pour t'empêcher d'enfanter.
- L'herbe aux putes, tout-à-fait !

Phadria soupira.

- Non, je ne prends rien. Visiblement je n'en ai d'ailleurs même pas besoin !

Guadalmedina grommela quelque chose dans sa barbiche puis vient se rasseoir sur son fauteuil, une jambe pliée sur l'autre.

- Bon. Dans ce cas j'ai envie d'accélérer un peu les choses.
- Ça n'est sans-doute pas la solution. Si cela devient obsessionnel, nous n'y arriverons probablement pas plus.

Ignorant superbement sa remarque, Franco cilla :

- On fera ça plusieurs fois dans la journée. Quand je t'appellerai, tu viendras, je me fiche de savoir avec qui tu es ou ce que tu fais. Ton ami l'Orc ou la Dague Verte, je m'en fous.

Phadria esquissa un sourire.

- C'est hors-de-question.

Elle feint la compassion hautement perchée.

- Tu t'épuiserais.
- J'ai l'air d'un homme qu'on peut épuiser aussi facilement ?
- Plus sérieusement Franco, écoute. Je pense que cela ne changera rien. Il n'y a sans doute pas de hasards si tu ne sais engendrer avec moi.
- Tu as une explication ? J'écoute.

Phadria laissa un silence prendre sa place entre eux deux, puis elle regarda son mari dans les yeux.

- J'en ai une qui ne te plaira pas.
- J'écoute, répéta-t-il.
- Je suis enfant d'Atÿe maintenant. Et la Déesse ne tolère pas qu'on touche aux siens. Tu as fais beaucoup de mal, Franco, tu le sais.
- Arf ! s'exclama ce dernier en se redressant sur son siège. Bwaha ! Donc ce serait ta pute de Déesse qui ne veut décidément pas me laisser tranquille !
- Je dis juste que...
- Atÿe n'est rien qu'une conne si elle espère me bloquer comme ça ! s'agaça-t-il. Sans doute ta Déesse ignore-t-elle qu'une fois engrossée, tu seras libérée de nos unions !
- Ca c'est faux. Et tu le sais.
- Notre contrat de mariage implique que tu me donnes un héritier, ensuite je te laisserai tranquille !

Il s'était levé de nouveau, adossé à l'un des murs de la cabine.

- Tu me laisseras tranquille ? répéta Phadria avec un fin sourire aux lèvres.

Elle se ralluma une cigarette.

- Tu es un pirate, Franco Guadalmedina. Ce que tu veux, ce que tu convoites tu le prends. Regarde-moi dans les yeux et ose me soutenir le contraire ! Je sais de quoi je parle, je te rappelle que j'en fus une, aussi. Avant que tu ne m'enlèves à ma vie et à mes serments sur la Verte.
- Pauvre conne ! Je t'ai sauvé la vie sur la Verte !
- De toute façon là n'est pas la question. Pour peu que j'aurai enfanté, tu aurais continué à me désirer.

Elle tira une première bouffée qui l'aida à se calmer comme le ton de la conversation prenait en ampleur.

- Et c'aurait été viol sur viol.

Il ne trouva rien à lui répondre.

- Trouve-toi une concubine sitôt que nous touchons terre, proposa Phadria avec douceur. Fais-lui un enfant. Tu auras ton héritier.
- Je ne veux pas d'une autre femme ! s'emporta Guadalmedina les yeux fous !
- Pas même de la femme du Gouverneur de Puerto ? s'amusa son épouse.
- Ho, elle !

Franco se calma, dessinant un fin rictus entre ses lèvres ouvertes.

- Elle s'y connait en toutes les poses les plus dégradantes qu'ont été inventées par les putes et les putiers pour aiguiser le désir ! Mais ça n'est rien de plus qu'une drôlesse qui n'a rien de drôle en bouche et entre les cuisses rien de plus qu'une vieille choses fripée !

Phadria Red sentit ses lèvres s'étirer légèrement. Son mari était un drôle lui-aussi, parfois. Elle redevint sérieuse.

- Je ne peux rien pour toi si tu ne veux pas d'une autre femme dans ton lit. Et Atÿe ne débloquera pas la route menant à tes idéologies tant que tu ne changeras pas.
- Si ta pute de Déesse s'en prend à ma descendance, hurla alors Franco en se jetant presque sur elle, je jure que c'est toi qui paiera ! Je ne t'épargnerai pas ! Je te détruirai jusqu'à ce qu'elle cède !

Déjà lasse, Phadria se leva du lit, abandonnant sa cigarette consumée sur les draps.

- Et après quoi ? Me baiser si fort que j'en crèverai ? Ça ne changera rien, et tu n'en sortiras pas plus vainqueur. C'est toi qui a voulu provoquer Atÿe. Tu blasphèmes et tu te penses intouchable, mais au fond de toi, tu sais désormais que c'est faux.

Elle posa une main sur son épaule comme ses yeux le faisaient sembler à une sorte de taureau furibond qui ne demandait qu'à charger.

- Allume-toi un narguilé, ça te calmera. Crier ne sert à rien.

Il capitula et s'écarta, à la recherche dudit narguilé.

- Je vais dormir, annonça Phadria en faisant coulisser le mur menant à sa chambre.
- Derrière ce mur. Loin de moi.

Phadria haussa les épaules.

- Comme toujours.

Guadalmedina la laissa s'isoler dans ce qui lui tenait lieu de chambre. Il alluma son narguilé et s'affaissa au pied du fauteuil en tirant une large bouffée sur le tuyau.

- Comme toujours, répéta-t-il les yeux las.

~



Plusieurs semaines passèrent. L'impatience à bord grondait, tel orage sous nuage. On disait que seraient bientôt en vue les fameuses côtes du Nouveau Monde. Les pirates évoquaient un pays de cocagne, aux rivières gorgées d'or, à l'herbe bleue et aux arbres oranges. On disait que sur le Nouveau Monde, le soleil se levait au ponant et s'endormait sur le levant. Les hommes se préparaient à l'abordage de navires en partance ou en provenance de Teikoku, et les pirates les plus ambitieux espéraient même un galion Taharien ou un drakkar Nordien, voire un vaisseau amiral Ramien ou Kelvinois. L'or était sur toutes les bouches, et chacun se voyait déjà maître de l'Ancien Monde, couvert de richesses et d'autorité grâce à l'or du Nouveau Monde.

Effectivement, la rencontre eu lieu bientôt. Il fallait dire que l'Alvaro de la Marca avait fort bien tenu le vent durant la traversée, et il avait su s’accommoder avec majesté des quelques grains qui les avaient surpris récemment. Selon Madame, c'était maintenant que les véritables tempêtes étaient susceptibles d'arriver, entraînant ciel noir, gyres et maëlstroms. La Teikoku du Nouveau Monde, à défaut d'être celle de l'île des Elfes Blancs, avait tout-de-même sa propre ceinture de tempête. L'Alvaro de la Marca en vint donc à croiser sur un navire Teikokujin. Comme Franco l'avait prédis, il était peu armé et mal défendu. Personne n'attaquait jamais les possessions de Kafkon Samuel. Derrière les balustres du gaillard, on s'enflammait !

- A ouvrir les sabords ! En batterie !

L'ordre beuglé par Franco Guadalmedina fut répété par le Second de bord Wallace, puis les Lieutenants et les officiers ! L'Alvaro, roi de la Passe montrait les dents et il prisait de ne pas tenter de l'arrêter ! Franco fit forcer les voiles sur le Teikokujin et s'en rendit maître sans lui avoir tiré un seul coup d'arme, à peine un coup de semonce à bord du Black Flag. Il honorait ainsi sa promesse faite à Phadria. Il n'y eut point d'abordage, mais débarquement. Franco se rendit accompagné d'officiers et de sa femme, à bord du navire marchand qu'il tenait et leur fit les propositions suivantes, dans ce même ordre.

- Choisissez de vous rendre. Nous nous accaparerons votre marchandise. Il n'y aura ni mort, ni blessé, ni déporté. Nous vous laisserons les habits que vous endossez. Une fois le pillage fait, nous vous laisserons poursuivre votre route.

Il s'attendait à ce que l'on accepte ses conditions, mais il essuya un refus. L'Alvaro de la Marca était pourtant bien trois fois plus grand et mieux monté que son adversaire, et il le tenait du bout de ses bouches à feu encadré par le Flag !

- Choisissez de vous rendre. Nous nous accaparerons toute votre marchandise. Il n'y aura ni mort, ni blessé. Nous choisirons quelques-uns d'entre vous parmi les belles gens afin qu'ils soient déporté dans l'Ancien Monde comme esclaves. Nous prendrons aux autres les habits qu'ils endossent. Une fois le pillage fait, nous vous laisserons poursuivre votre route.

Le Teikokujin réclamait la guerre ! Phadria songea là que c'était bien de la folie de leur part ! L'Alvaro n'en ferait qu'une bouchée, c'était une évidence. La troisième condition de Franco Guadalmedina était sans appel et définitive !

- Faîtes le choix de vous rendre ! Nous nous accaparerons toutes votre marchandise. Il n'y aura ni mort, ni blessé. Vous serez tous déportés afin de finir esclaves sur l'Ancien Monde. Nous vous prendrons à tous vos habits, et une fois le pillage exécuté, votre bâtiment sera soulagé de ses voiles, démâté, je ferai briser son gouvernail et démonter ses vergues ou bien je le saborderai.

Les Teikokujins crachèrent au visage de la toute-bonté du Roi-Pirate. L'Alvaro lâcha sur les insulaires ses gens, avides de sang et d'or. Phadria et Adarien ne purent rien faire afin d'empêcher cela. Le Loup des Mers qu'était Franco Guadalmedina marcha à la tête de ses Seigneurs Pirates, et en une paire de minutes tout fut réglé. Il n'y eut pas de quartier. La plupart des blessés furent jetés à la mer. Une petite partie échappa à ce sort grâce à Adarien et Phadria, qui obtinrent pour eux une place de prisonniers à bord de l'Alvaro de la Marca où ils devaient y être soignés. La marchandise du Teikokujin fut transférée à bord de l'Alvaro. Elle consistait en toutes sortes de produits exotiques, allant des arbres au tronc orange jusqu'à d'étranges oiseaux en cage, des graines, des fruits, des fleurs et du chocolat en quantité. Franco jubilait. Mais on ne trouva pas l'or. Les prisonniers à bord de l'Alvaro furent mis à la question. Ils nièrent l’existence d'or sur le Nouveau Monde. On en tortura plusieurs, mais leurs réponses furent les même. On démonta même les mâts du navire Teikokujin, espérant trouver des barres d'or pures dissimulées à l'intérieur. La cabine du Capitaine fut vandalisée, on enfonça les murs. Mais il n'y avait pas d'or sur le Nouveau Monde.

~


- Phadria que penses-tu qu'il va se passer maintenant ? La place de Franco est compromise.

Phadria referma doucement les portes des appartements de Guadalmedina. Lui était absent. Elle s'assit à son bureau, laissant Argorg prendre place face à elle. La tension et la rage grandissante à bord de l'Alvaro de la Marca étaient connues de tous. Franco Guadalmedina etait accusé de mensonge, et on murmurait que ça n'était plus qu'une question de temps avant que ses Seigneurs Pirates le pendant à ses propres vergues.

- Tu te mêles à l'équipage, tu en sais plus que moi mon ami. Que dit-on sous les écoutilles et derrière les perroquets ? Je sais que tous parlent.
- Les hommes disent qu'il n'y a pas d'or sur le Nouveau Monde, que Franco s'est foutu d'eux. La colère monte, Phadria. Et Franco risque de perdre sa place et sa vie.

Phadria songea que si le Roi-Pirate était destitué et tué, elle serait enfin libérée de son emprise. Elle s'empêcha de penser en ce sens.

- Jusque là, Franco est au courant des rumeurs. Il compte remédier à tout cela sans tarder.

Elle ajouta en soupirant.

- "Pas d'or sur le Nouveau Monde" c'est vite dit aussi. Ce continent est si vaste ! Ca n'est pas avec une seule prise que nous être sûrs de quoi que ce soit. Cela dit, je connais les humeurs flibustières. Et leur impatience.
- Que proposes-tu alors ? demanda l'Orc en croisant les bras sur son large torse. Qu'on s'occupe des fauteurs de troubles ?
- Et tu préconises quoi ? sourit la belle en attachant sa crinière purpurine au-dessus de sa nuque. Que nous cognons dessus fort et longtemps ?
- Tu as une meilleure idée pour calmer des pirates ?

Phadria laissa un silence tomber, elle porta à ses lèvres un mélange de chocolat, d'eau, de miel et de jus de citron.

- Des pirates...répéta-t-elle. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Franco non plus ! Pris, personne ne le soutiendra si ça n'est la corde ! N'aimerais-tu pas voir le Loup des Mers destitué, Argorg ?
- Bien sûr que si... Mais j'ai peur de ce qu'il se passera si ils décident de te considérer comme une ennemie. Franco est le roi, mais il a fait de toi sa reine.
- C'est vrai...

Elle porta à ses lèvres une gorgée de chocolat.

- Et bien je pense que le mieux à faire est d'en parler à Guadalmedina. Son rôle de Capitaine, tout roi qu'il soit, ou ne soit pas, passe avant tout et définit nettement les fonctions dont il doit se charger à bord. Savoir apaiser une révolte qui gronde avant qu'elle n'éclate en fait parti. C'est à lui d'agir.
- Tu penses vraiment qu'il arrivera à les calmer juste avec des mots ? Que feras-tu si il est encore plus extrême que moi et qu'il fait exécuter tous les traîtres ?
- Je ferai en sorte qu'il n'en arrive pas là. Mon influence sur lui grandit de jour en jour. Dis moi, Argorg. As-tu des noms ? Posons sur la table quelque chose de précis. Une mutinerie, ca ne part pas de rien ! Je soupçonne un ou plusieurs de ses Seigneurs Pirates d'être dans le coup.

Argorg soupira en lissant sa longue chevelure.

- Non, je n'ai rien de précis pour l'instant...

Phadria ne douta pas de la sincérité de son ami Peau-Verte. Ce dernier s'abaissa afin de récupérer sur ses genoux un Spoki qui se frottait contre son mollet.

- D'où tu sors ma jolie, hmm ?
- De ma chambre. Je parlerai avec Franco ce soir. Nous devons agir sans plus attendre, tu as raison. J'imagine que tu préfères que ça soit moi qui me charge de l'informer.
- J'avoue que j'aimerai bien être là également. Au moins pour appuyer tes arguments. J'arriverai peut-être à reconnaître des têtes importantes.
- Que penses-tu du fait que les Seigneurs Pirates soient impliqués ? Bien sûr, ils ne laissent transparaître aucune insurrection envers leur roi en public mais...
- Peut-être qu'ils sont impliqués. Peut-être pas. Je ne connais pas leurs têtes. Mais les instigateurs de ces rumeurs sont forcément des personnes influentes.
- Tu peux rester si tu veux, conclut Phadria. Guadalmedina ne devrait pas tarder.
- Très bien ! Je pourrai rester là ds heures de toutes façons ! sourit Argorg en grattouillant Spoki derrière l'oreille faisant fi du verre d'eau-de-vie que lui avança Phadria !

Le Roi-Pirate sut se faire désirer, mais Phadria et Argorg ne trouvaient jamais le moyen de s'ennuyer lors de leurs discussions. Il parut surpris de trouver Argorg à son bureau, le salua d'un signe de tête avant de se débarrasser de son tricorne. Argorg lui rendit son salut, neutre.

- J'imagine que tu sais déjà ce qu'il se dit au sein de l'équipage, n'est-ce pas ? attaqua-t-il, direct.

Franco se prépara un chocolat, lié à cette boisson comme le forçat à la chaîne.

- Rapport à l'or ? Cela t'inquiète, mercenaire ? Pas d'or sur le Nouveau Monde...
- Veux-tu bien arrêter de tout relier à mon métier ? Tu es un pirate, tu n'es pas mieux. Mais je m'inquiète surtout car ton équipage s'apprête à se retourner contre toi !
- Roi Pirate, corrigea Guadalmedina en goûtant son chocolat avant de le sucrer avec du miel. Et c'est toujours mieux précédé d'un Capitaine.

Il s'adossa au bureau, tourné à la fois vers Argorg et Phadria.

- Une mutinerie donc. Tu sais quoi de plus ?
- Je soupçonne des Seigneurs Pirates d'en être la cause, certifia le Peau-Verte en posant Spoki et en se levant, bras croisés. Mais je ne saurai t'en dire plus. Même si je peux reconnaître des têtes.
- Argorg à raison. Nous devons mettre les choses au clair avec tes subalternes. Après tout, tu les as recrutés et les a élevé au rang de Seigneurs sans même les connaître ! Et Atÿe sait quelles canailles il y a parmi leurs rangs ! Mais il s'agit peut-être de toute autre chose. Un équipage a qui l'on a promis des montagnes d'or et qui se rend compte qu'on l'a trompé, cherchant à se mutiner, ça n'a rien d'invraisemblable. Ce qui est certain, c'est qu nous devons agir sans attendre. Chaque jour qui passe peut être utilisé à l'édification d'un complot.
- Mmh...

Le Roi-Pirate goûta son chocolat, arqua un sourcil, semblant chercher ce qui lui faisait défaut, ajouta encore un peu de miel, posa la tasse, alla chercher du lait qu'il versa, reprit la tasse, la regoûta. Une fois qu'il s'estima satisfait, il répondit :

- J'ai quelques soupçons vis-à-vis des Seigneurs également. Mais ils sont retors et ne laissent rien paraître de leurs intentions, pour ceux qui en ont, de me voler le trône sur les mers. Cela prouve bien qu'ils sont parfaits.
- Evidemment qu'ils ne laissent rien paraître, réparti Argorg. Sinon tu les aurais déjà tués. Tu dois les confronter à un ultimatum : te faire confiance ou mourir. Tu devras bien observer leurs réactions pour savoir qui est vraiment bien à te suivre !
- Et si il s'avère qu'ils ont raison, et que j'ai tort ? Si il n'y a vraiment pas d'or sur le Nouveau Monde ? Ce que je crois.

Il sembla voler ainsi la réplique à Argorg.

- Je n'ai rien d'autre à ajouter, poursuivit l'Orc. Si ce n'est que la plupart pensent que tu es un menteur. Mais tu devrais déjà le savoir, je pense.
- C'est qu'ils sont idiots et aveugles ! L'or n'a pas toujours la couleur dorée !

En écho à ses paroles, Franco plongea son regard dans le chocolat qu'il tenait entre ses doigts.

- Je t'ai apporté toutes les informations que je savais, conclut Argorg. Il est temps pour moi de vous laisser.
- Toute cette expédition, tous ces frais, tous ces morts juste pour quelques kilos de chocolat...soupira Phadria une fois Argorg parti, en croisant les bras derrière sa tête sur le fauteuil du bureau de son mari.

Guadalmedina termina sa tasse cul-sec et lui fit un clin d’œil.

- Ho oui !

~



Le Roi-Pirate se décida vite. Il tint un conseil restreint avec ceux à bord en qui il pouvait avoir une confiance aveugle. Sa femme. Et son frère. Wallace appuya l'idée de Phadria d'intervenir immédiatement. Franco partageait cet avis. Dès le lendemain à l'aube, il prévint une petite réunion publique sur le gaillard de son Alvaro de la Marca. Seulement, les événements se déroulèrent plus vite que prévu. On tapa aux portes de leurs appartements vers une heure après la minuit. Pensant qu'il s'agissait de Wallace, Guadalmedina ne se méfia point. Lorsqu'il ouvrit, ce fut pour accueillir une dizaine d'hommes en armes ! A leur tête, les frères le Joliff, le Seigneur Pirate Algonden et plusieurs Quartiers-Maître de l'Alvaro ! Et leurs tromblons étaient tous braqués sur Franco !

- Jette ton arme Guadalmedina !

Ce dernier, étant chez lui, n'en portait pas. Il s'évita de loucher en lorgnant ses deux tromblons chargés posés en évidence sur son bureau. Il leva les bras au ciel.

- Je n'en ai pas.
- Allez, on l'immobilise !

Sans crier gare, deux des hommes vinrent ceinturer le Capitaine tandis qu'Annawan Algonden gardait rivé sur sa trempe son tromblon. Phadria sentait qu'un couteau pressait sa nuque. Elle ne pouvait voir, dans son dos, l'homme qui la menaçait, mais le reconnaissait très bien. Ils avaient partagé de nombreuses rigolades et parties de cartes ensemble.

- Teodros.
- C'est terminé Guadalmedina ! beuglait Algonden. Tu nous as menti, il n'y a pas d'or sur le Nouveau Monde ! Tu pensais qu'on allait faire le tour de Ryscior uniquement pour tes mensonges !
- Rho ! Mais y a du chocolat sur le Nouveau Monde ! railla Franco ce qui lui fit obtenir un coup de poing joliment placé dans les côtes !
- Tu t'es fais mutin, Teodros... lâcha à voix-basse Phadria à son geôlier. Qu'as-tu à gagner dans toute cette histoire ? C'est le navire que tu veux ?
- Non, ça n'est pas le navire...

Relâchant la pression de son poignard sur sa nuque, le fils d'Athanase le Joliff l'aggripa fermement, plongeant ses yeux dans les siens, émeraudes.

- C'est toi que j'aurai si Guadalmedina tombe ! C'est toi que je veux !

Profitant de ce contretemps, Franco avait expédié un direct du gauche à l'homme le plus proche de lui ! Se jetant au sol, il esquiva la balle lancée par Annawan, et renversa Teossi en chargeant à la manière d'un buffle sauvage ! La situation s'inversa en quelques secondes ! Franco menaçait à présent de son tromblon, posé directement sur l'oreille Teossi le Joliff tandis que Teodros tenait Phadria avec son couteau sous la gorge. Les deux hommes se défièrent du regard ! Un défi froid, violent et criard !

- Lâche mon frère !
- Lâche ma femme !

Le dénouement fut rapide. La porte des appartements s'ouvrit en grand ! Franco Guadalmedina, armé de deux tromblons fraîchement chargé y fit son apparition. Devant l'effet de surprise que prodigua cette apparition du double du Capitaine, la poudre en profita pour voler ! Le Franco qui menaçait Teossi le Joliff l'abattit d'une balle dans la tête. Le second Guadalmdina descendit tous les mutins, prostrés sous l'effet de surprise.

- Sorcellerie !

Franco tira alors sur Teodros, menaçant Phadria, qui s'affala sur le sol ! La balle s'était niché dans l'épaule. Phadria songea qu'il aurait pu la tuer d'un simple geste du poignet en chutant, si il l'avait voulu, mais n'en avait rien fait. Wallace le Mage Gris regagna sa véritable apparence.

- Sale petit fils de pute !! gueula Guadalmedina en piétinant Teodros. Tu croyais quoi ? Personne ne me prendra mon navire ! Et personne ne me prendra ma femme !

~



Le Roi-Pirate prit effectivement les devants. Le corps des mutins furent liés à la corde de chanvre, pendus en haut de la grande vergue de l'Alvaro de la Marca. Ainsi, avançait le Loup des Mers, ils seraient les premiers à apercevoir l'or de la terre qu'ils convoitaient tant. Teodros, toujours en vie, fut envoyé dans les geôles du vaisseau noir. En dépit de ses aveux, comme quoi c'était lui-seul qui avait convaincu son frère, Teossi, de s'impliquer ainsi dans la rébellion, Franco ne fit preuve d'aucune clémence. Teossi étant mort, il ajouta à ce cadavre celui du père, le Capitaine Athanase le Joliff de son temps, le fléau des Sultanats qui, pourtant, ne paraissait en rien lié aux derniers événements. "Il évitera ainsi de se venger sur moi de la mort de ses deux fils" avait lâché Franco au visage de sa femme. Il tint devant l'intégralité de l'équipage tout un discours, faits en de beaux termes -et les Dieux savaient qu'on ne pouvait que reconnaître à Franco ses qualités d'orateur !- dont le but demeurait de convaincre tous ceux qui le suivaient de l'utilité d'un tel voyage ! Il gueula que oui, le Nouveau Monde leur apporterait de l'or ! Que oui, il rentrait sur le Continent plus riche qu'un roi ! Que oui, il était le Roi-Pirate légitime et ferait renaître la piraterie ! Et oui, tous ensemble ils accompliraient des prouesses et des exploits qui feraient pâlir même les souverains derrière leurs palais de marbre ! Il ajouta afin de porter créance à ses dires que les prises qu'ils avaient fait sur le navire Teikokujin qui avait refusé ses redditions valaient à elles seules presque tout l'or qu'aurait pu contenir à l'époque Port-Argenterie -et en évoquant d'une voix forte Port-Argenterie, il évoquait également la nostalgie de l'âge d'or dans toutes les mémoires et tous crièrent de nouveau son nom-. Le Roi-Pirate se fit reconnaître de nouveau !

- Sitôt que l'Alvaro sera plein à craquer de nos prises, mes frères, mes sujets, nous regagnerons l'Ancien Monde afin de les écouler !

Il avait brandi bien haut un Joly Roger !

- Et nous nous en ferons les maîtres !!!

On avait acclamé le Roi-Pirate.

Ce ne fut pas tout. Il était évident que Teossi, Teodros, Algonden et la paire d'hommes qui avaient fait irruption dans les appartements du Capitaine et de son épouse n'étaient pas les seuls impliqués. Franco, aidé de Wallace et d'une bonne paire d'hommes chargés de la maistrance, passa les journées suivantes à obtenir des informations sur l'identité des autres mutins. Les pires, selon ses dires, ceux qui n'avaient pas osé se mouiller, et qui attendaient auprès de leur Seigneur Algonden qu'il leur livre le Roi-Pirate à genoux sur le pont de l'Alvaro de la Marca. Il ne perdit pas de temps sitôt qu'il eut les noms. Il y avait près de quatre-vingt-dix nom, en plus des dix premiers. Franco Guadalmedina fit lancé au loin à la mer, parmi les débris de toutes sortes, les corps livides des dix premiers. Il se débarrassa ainsi de la nuée d'oiseaux charognards qui se déplaçait depuis plusieurs jours au même rythme que l'Alvaro, attiré par cette nourriture facile, faisant au sombre vaisseau un cortège morbide ! Il fit dresser quatre-vingt-dix autres potence d'infortune dans la mature de l'Alvaro de la Marca. Soucieux de ne point gaspiller ses précieuses réserves de poudre, il procéda à une "opération de nettoyage" à bord de son navire, aidé de ses Lieutenants, des officiers et des Seigneurs-Pirates, sabre en avant. L'Alvaro de la Marca fut nettoyé. Et les quatre-vingt-dix mutins finirent par se balancer aux vergues, tout là-haut. Finn, le jeune Dague Verte et protégé de Sirk, était des leurs. La mort se fit cul-et-chemise avec le navire, et l'odeur de pestilence tractée sur les ailes d'oiseaux noirs rendit à Phadria, Argorg et bon nombre de marins, l'humeur plus que acariâtre.

~



Phadria songea qu'elle ne tiendrait plus longtemps face à son loup de mari. De nouveau, elle se retrouvait l'envie de lui résister. Pire que ça, le dégoût et la rage ultime que lui conférait sa seule vue lors des premiers jours parut de nouveau, et cela se ressentit sur ses humeurs. Elle souriait moins, parlait peu et traînait avec elle un air renfrogné et un regard sombre, même lorsqu'elle s'adressait à Argorg. Elle qui pensait que son influence auprès de Guadalmedina empêcherait un carnage. Jamais elle ne s'était tant trompé de toute sa vie. Comme toujours, il n'avait pas tenu compte de son avis, de ses ordres, de ses tapages, et en avait fait qu'à sa tête, soutenu comme il l'était par Wallace qui avança à Red pour tout argument que "chaque homme à bord connaissait le code et ce qu'ils encourraient en cas de non-respect de ce dernier". Phadria apprit que Franco avait gardé le fils Teodros en vie dans ses geôles pour une seule raison. Pour une raison qu'elle ne comprenait pas, son mari déversait sur le jeune homme toute sa haine ainsi que la responsabilité de cette mutinerie. Il souhaitait l'offrir en pâture au bourreau engagé à son bord, le bâtard Noir Dylévir dont Red avait croisé le chemin quelquefois. Cet Elfe lui avait toujours fait froid dans le dos, et laissé sous la langue un goût acide inquiétant. Franco désirait le faire confesser les noms de tous ceux qui étaient, de près ou de loin, impliqués dans la mutinerie, quand bien même l'affaire était réglée depuis des jours, et surtout, il espérait le faire hurler, et que tous à bord de l'Alvaro l'entende. Ceci afin de lancer à ses hommes un ultime avertissement pour les éventuels rebelles, si il en restait. Exaspérée, incapable de le pousser à renoncer à cette folie, Phadria avait dégoté l'aide d'Argorg afin de récupérer Teodros de l'arsenal de Dylévir avant que ne commence la "purge".

- Je ne reçois mes ordres que de Guadalmedina, avait craché avec froideur l'Elfe.
- Je suis Guadalmedina !

Et soutenue par son ami Peau-Verte, Plagt et Attila, il avait bien dû céder !

- Nous ne nous entendons pas, avait lâché Phadria Red avant qu'ils ne quittent la cabine de l'Elfe Noir, ça n'est pas une surprise. Je vous intime, monsieur, de quitter l'Alvaro de la Marca sitôt que nous toucherons terre. Vos gages vous seront payés, et j'y ajouterai même une gratification si vous y consentez. Je ne pas de bourreau à bord !

Elle songea qu'elle avait échappé de peu à une gifle de Franco lorsqu'elle lui conta le soir-même qu'elle avait fait libérer Teodros de Dylévir, et l'avait placé hors des griffes du loup, dans la cabine d'Argorg. Mais Guadalmedina sut se contenir et il n'insista étrangement pas. Cela faisait longtemps qu'il ne lui avait plus cédé. Ils ne couchèrent pas ensemble ce soir-là.

~



Phadria Red Guadalmedina, environ une semaine après ces derniers événements, avait convié Argorg et la vieille chose verte qu'était Sirk pour un entretien en privé, tous les trois. Bien sûr, ce dernier se déroulait dans la cabine du Gobelin. Lum était absente, l'aubaine était donc grande. Phadria avait mûri depuis plusieurs jours et plusieurs nuits son projet, et souhaitait obtenir l'aval de ses amis avant de mettre le Père Adarien dans le secret. Elle ne désirait plus rester sur l'Alvaro de la Marca. La preuve venait d'être faite, en dépit de tous ses efforts et de ceux d'Adarien Jadar, que Franco était une bête sauvage assoiffée de règne et de sang, à qui l'on ne saurait jamais faire porter un licol et qui n'entendait rien à l'amour. Il lui avait déjà pris ce qu'elle avait de plus précieux de monde. Que pourrait-il lui faire subir de prie ? Sitôt que le noir vaisseau s'ancrerait sur les côtes du Nouveau Monde, ce qui ne saurait tarder, et que tous auraient quartier libre à terre, Phadria fuirait. Avec l'aide de ses amis Peau-Verte, elle espérait joindre Teikoku sous le commandement de Kafkon Samuel, et en échange d'informations sur le Roi-Pirate qui avait attaqué l'un de ses bâtiments -et ne comptait pas s'arrêter là !- , espérait gagner une place à bord de l'un de ces navires à destination de l'Ancien Monde. Là bas, elle serait à l'abri des griffes de la bête. Jusqu'au retour de Théodeon. Jusqu'au retour de Théoden...

- Et toi Papy, tu pourras retrouver les Dagues Vertes avec Lum, et leur livrer Franco comme tu comptais le faire depuis le début...

Un silence suivit cette affirmation. Depuis le début, elle avait deviné les attentes de son ami Gobelin. Il ne s'était pas embarqué à bord de l'Alvaro de la Marca pour ses beaux yeux... C'était Franco que lui et les siens voulaient. Et Lum, tout comme Finn, étaient dans le coup, évidemment.

- Cool, maugréa finalement le Peau-Verte. Il va sûrement mourir
- J'ai hâte de voir cette pourriture aux mains des Dagues vertes ! vociféra Argorg, adossé à l'un des murs de la cabine du Gobelin.

Phadria laissa un silence planer. Elle se sentait confondue. Heureuse à l'idée que le monde soit débarrassée de Guadalmedina. Heureuse qu'il paye pour ses crimes. Mais en même temps, Atÿe déposait dans son cœur une compassion qui était grande pour cet homme qui l'avait choisie pour femme. Elle avait tenté de l'aider, vraiment. Et là elle renonçait. Au fond d'elle-même, les voix de la Déesse semblaient lui murmurer qu'elle faisait erreur. Phadria tenta de se reprendre :

- Pourquoi ne pas l'épargner ?
- Il est trop arrogant, répondit Sirk. Il veut avoir un impact sur le monde, une cible de choix pour les Dagues Vertes.
- Sirk, écoute. Tuer n'est pas necessaire, cela ne vous rapportera que des problèmes. Après lui, un autre "Roi-Pirate" viendra. Puis encore un autre ! Et un autre ! Cela ne s'arrêtera jamais.
- N'oublie pas non plus ce qu'on est Phadria, railla Sirk. Disos veut faire tomber la tête des rois, on est pas des justiciers. La plupart sont chez les Dagues Vertes simplement pour survivre, et ceux qui ont une couronne sur la tête sont des menaces pour nous.
- Tu peux employer ta notoriété auprès des Dagues Vertes afin de le faire enfermer, insista la belle. Il ne vous menacera plus. Sabordez ensuite l'Alvaro de la Marca. Le véritable Roi est celui qui en aura le commandement. Guadalmedina en vie, ou non.
- Il a tué Finn. Il mourra. Une vie pour une vie. Et L'Alvaro sera simplement brûlé. L'âge de la piraterie est fini. un Roi n'a pas à exister.
- Finn a été le premier à lever l'arme, Papy.

Elle soupira puis apres un silence, l'air fatiguée, demanda :

- Il sera torturé ? Pour la mort de l'un des votres ?
- Non. C'est inutile. Peu de Dagues Vertes ont ce genre de passion malsaine pour la torture.
- Il n'a pas pris qu'une seule vie de toutes façons...
- Mieux vaut qu'il meurt, plutôt qu'il ait une vie de torture ! intervint Argorg.
- Atÿe est contre le meurtre.

Ce fut Sirk qui lui donna la réplique.

- Je suis un assassin Phadria. Je tuais que tu n'étais même pas encore née.
-Je sais, Papy, je sais.

Phadria ravala sa salive, et laissa un soupire fatigués fuir ses lèvres.

- Je suis désolée pour Finn...
- Il était sympathique, mais bon. C'est pas notre première perte. On connaît les risques de ce que l'on fait. Au moins il est mort comme une Dague Verte.
- Sans parler des Dagues Vertes, m'accompagnerez-vous, sitôt que nous toucherons terre, jusqu'à Teikoku ? reprit Phadria. Les risques seront grands. Franco me recherchera, c'est certain. Il nous fera poursuivre. Nous pourrions rencontrer des indigènes ailés, les Gyrkimes et qui sont hostiles aux colons. Sans parler de l'immense voyage que cela nous fera, en territoire inconnu. Aucun d'entre nous ne connaît le Nouveau Monde.
- Moi je suis pour, avança Sirk. Lum et moi ne sommes pas des novices en survie.
- Ça fera une petite balade pour moi et mes compagnons ! Nous, on t'accompagnes !
- Papy, essaie de tenir Lum. Je sais que perdre Finn est douloureux pour vous, mais elle ne doit pas essayer de tuer Franco. Attendons de toucher terre, quittons l'Alvaro, regagnons le Continent et ensuite, la Dague Verte fera ce qu'elle a à faire.
- Lum connaît les enjeux maintenant. La mort de Finn lui a fait prendre conscience du danger.
- Je ne te cache pas que Franco meurt d'envie de l’exécuter pour mutinerie.

Sirk répondit alors, avec du tranchant derrière les dents et une lueur dans le regard qui fit frissonner Phadria :

- Il mourra s'il le fait.
- C'est exactement ce qu'il m'a répondu en parlant de toi lorsque je lui ai expliqué ce qu'il encourrait si il touchait à ta protégée. Il a râlé, mais il se tient tranquille. Sur ça au moins, il m'écoute.
- Pour combien de temps ?
- Si Lum ne fait pas de conneries, je prie Atÿe pour que la situation tienne jusqu'à ce que l'Alvaro touche terre !
- Ça devrait bien se passer, maugréa le Gobelin.
- Phadria, annonça Argorg qui était resté silencieux jusqu'à présent. Si l'on s'enfuit nous serons forcés de, à un moment ou à un autre, tuer ceux qui s'opposeront à nous. Seras-tu prêtes à supporter ça ?
- Tu fais sans doute référence aux Gyrkimes.
- Je compte également nos poursuivants, si ils nous rattrapent.

Phadria, posa une main avec tendresse sur le bras musclé d'Argorg.

- Je ne peux plus porter les armes maintenant que je sers Atÿe. Mais je ferai en sorte qu'aucune guerre, ni contre les indigènes, ni contre Franco et Wallace, et leurs hommes, n'éclate. Mais si vous devez quand même faire couler le sang afin de protéger vos vies, je ne pourrai m'y opposer. Je tiens à vous. A vous tous.
- Ne t'inquiète pas, nous ne sommes pas des monstres assoiffés de sang. Nous ferons couler le moins de sang possible, conclut le géant Orc en la prenant entre ses épais biceps.

Elle venait de sceller le destin de son mari.

~



- Navire en vue ! cria la vigie depuis le nid-de-pie.

Ce fut rapidement le branle-bas-de-combat sur le pont de l'Alvaro et du Black Flag. Barbe-Brune qui commandait le Black se mit sur le pied-de-guerre, affichant avec une certaine majesté qui faisait admirablement concurrence au Roi-Pirate de l'Alvaro sa bandoulière sur laquelle pendait six mousquets flambants neufs originaires d'Argenterie !

- A son pavillon et son gréement, c'est un Teikokujin ! Un autre !
- Guindez les perroquets ! ordonna Franco ! Du monde aux pièces ! A lever les sabords ! Montrez-leur les dents ! Larguez-moi en grand les écoutes ! Timonier, garde le cap ! Nous allons le doubler !

Franco Guadalmedina enfonça son tricorne noir sur ses oreilles. La vultuosité avec laquelle sa grande cape flamboyait dans le vent marin frappait la foule ! Il y avait bien là quelque-chose d'à la fois terrible et majestueux en ce Roi-Pirate !

- Donnez l'ordre à Barbe-Brune de faire virer au vent le Black Flag !
- Aye, Aye, Capitaine !
- Et bougez-vous tas de marauds ! Nous allons leur tomber dessus, bwaha !! Je veux que vous vous déchirez les mains sur les cordages si j'ordonne d'ajouter de la voile, vous m'avez entendu !?!
- Aye, Aye, Capitaine !!!
- A mon signal ! Larguez le grand foc et le petit hunier ! Lâchez les aiguillettes de la misaine et de la grande !! Et sortez-vous les doigts du cul putes des mers !!!
- AYE, AYE, CAPITAINE !!!
- APPELEZ-MOI MAJESTÉ MESSIEURS !! Car bientôt nous serons encore plus riches que nous le sommes déjà !!!

A la vue de ce bâtiment Teikokujin, qui surpassait bien par deux fois en taille et en tonnage le précédent, tous les flibustiers s'activèrent avec une frénésie certaine ! Car cette-fois ci, non sans attendre à trouver des tonneaux emplis d'or, tous étaient persuadés que la cargaison du bâtiment valait au moins autant que cela ! Argorg serra ses deux haches dans ses poings massifs, un large sourire déchirant son visage.

- Que le massacre commence !

Le Black Flag et l'Alvaro tirèrent en choeur, comme deux frères, un coup de semonce, puis on serra le vent au plus près et on prit en chasse la proie qui tentait d'échapper au loup ! Le Black Flag, plus élancé et léger que l'Alvaro de la Marca, tomba rapidement sur l'ennemi, et découvrit également ses huit bouches à feu sur le pont principal ! Des grappins jaillirent de toutes parts, lacérant la coque et le pont du Teikokujins !

- Maître Bosco ! Communiquez à Barbe-Brune de tenir ses hommes en retrait !

Franco tourna alors la tête vers son épouse, accrochée à l'un des haubans, qui observait dans une longue-vue le bâtiment.

- Il ne s'agit pas de faire un carnage.

Elle lui rendit son approbation d'un hochement de tête. L'Alvaro de la Marca glissait sur les Grand'Eaux de l'Ouest avec la férocité d'un fauve !

- Il y a rat de terre et rat d'eau, avança le Père Adarien. Le sang pour les pirates, est comme le vin. Plus on boit, plus on veut en boire. La folie suit l'ivresse, et avec les excès se multiplient les horreurs.
- Tu ferais mieux de te retirer dans ta cabine le Prêtre, commanda Franco. Tu es notre seul chirurgien de bord, ta vie est sacrée. Tu n'as rien à faire ici.

Adarien y consentit, il proposa à Phadria de le rejoindre, mais elle refusa.

- Ce sont mes hommes et mes amis qui risquent de se battre. Je veux être là.

A la vue de ses amis Peau-Verte, Phadria devina qu'ils étaient déterminé à user de représailles et à rendre coups sur coups, n'importe d'où ils vinssent. Déjà, Franco avait envoyé du monde sur les vergues par le biais des cadènes des haubans, afin de se préparer à l'éventuel abordage. Avec suprême, noblesse et beauté, les quarante-huit mètres de long de l'Alvaro de la Marca et ses cinquante canons, et son Joly Roger claquant au vent infernal, vint se placer à bâbord du Teikokujin, comme le Black Flag le tenait en respect à son tribord. A l'aide d'un parlophone, les propos suivants furent rapportés au bâtiment pris pour cible :

- Le Roi-Pirate, le Loup des Mers Franco Guadalmedina n'a pas d'intention hostiles à votre égard, Teikokujins ! Vous allez recevoir sa visite à votre bord, et il vous proposera une reddition qui, si vous l'acceptez, vous permettra de conservez votre bien le plus précieux : votre vie !

On mit le canot de rade de la Marca à la mer, et Franco, accompagné de Phadria et quelques-uns de ses Seigneurs Pirates et officiers mirent pied sur le pont de l'ennemi. Comme la première fois, il leur fit la reddition suivante :

- Choisissez de vous rendre. Nous nous accaparerons votre marchandise. Il n'y aura ni mort, ni blessé, ni déporté. Nous vous laisserons les habits que vous endossez. Une fois le pillage fait, nous vous laisserons poursuivre votre route.

Le Capitaine du bâtiment Teikokujin, portant entre ses bras un pavillon aux couleurs de la nouvelle Teikoku, cracha presque à la figure du Roi-Pirate.

- Teikoku est une nation en plein essor, nous ne plierons pas face à l’exigence de rats des mers ! Si vous voulez nous voler, vous vous frotterez tout d'abord à nos sabres !

Franco Guadalmedina esquissa un sourire sous sa moustache.

- Que la Garce me préserve de l'entêtement du Nouveau Monde ! Je vous le redis : Choisissez de vous rendre. Nous nous accaparerons toute votre marchandise. Il n'y aura ni mort, ni blessé. Nous choisirons quelques-uns d'entre vous parmi les belles gens afin qu'ils soient déporté dans l'Ancien Monde comme esclaves. Nous prendrons aux autres les habits qu'ils endossent. Une fois le pillage fait, nous vous laisserons poursuivre votre route.

Cette fois-ci, il y eut des rires parmi les marins Teikokujins ! Comme si un homme allait accepter de se soumettre à cela ! Franco s'amusait visiblement de l'honneur suicidaire de ces hommes-là, quand bien même leur canot demeurait pris en rade entre deux châteaux noirs flottants !

- Je comptabilise plus de cinq cent flibustiers sur mes deux bords, avertit le Roi-Pirate. Voici votre dernière chance ! Rendez-vous ! Nous nous accaparerons toutes votre marchandise ! Il aura morts et blessés ! Les plus chanceux seront tous déportés afin de finir esclaves sur l'Ancien Monde ! Nous vous prendrons à tous vos habits, et une fois le pillage exécuté, votre bâtiment sera soulagé de ses voiles, démâté, je ferai briser son gouvernail et démonter ses vergues ou bien je le saborderai selon mon humeur !
- Pour votre vie, Capitaine, avança Phadria avec autorité, et celle de vos marins, je vous supplie de vous plier à cette reddition !
- C'est une frégate de bon tonnage que vous avez là, Capitaine Guadalmedina. Mes hommes et moi sommes Teikokujins. Nous nous battrons jusqu'à la mort.

Le grincement des affûts et des balistes disposées sur les flancs du navire parût lui-même se taire lorsque Guadalmedina parla.

- La Garce aie pitié de vos âmes !

Il fit un volte-face, et regagna l'Alvaro de la Marca. A bord du Teikokujin, l'escouade de fusiliers bâbord lâcha sur l'Alvaro une première salve qui n'eut quasiment aucun effet, le bâtiment étant protégé par cette immense muraille qui faisait office de coque !

- Aux bras sous le vent ! Parés à abattre ! Défendez vaillamment vos vies, mes frères ! Et ne faites pas de quartiers !

Le flanc et le frégatage du vaisseau faisaient songer à une falaise. Alors l'Alvaro lâcha ses hordes de guerriers depuis le pont et les voiles, destinés à atterrir plusieurs mètres plus bas sur le pont du Teikokujin ! Franco Guadalmedina, un tromblon armé dans une main et son sabre d'abordage dans l'autre, fonçait à la tête de ses gens, et tout autour de lui, déployé comme une couronne, ses fameux Seigneurs hurlant à sa reprise le "Pas de Quartier" et "Bénis soit mon nom" !

Grand nombre de guerriers entamèrent leur voyage par le fond, pourfendus par le sabre de leurs assaillants ! Mais les teikokujins vendirent chèrement leur peau et emportèrent par dizaine les pirates ! A cela près qu'ils n'avaient à opposer aux canons silencieux du Flag et de l'Alvaro des décharges de mousqueterie, et aux tromblons vrombissant de leurs ennemis, des épées et des haches !

- Capitaine, il y a quelque chose par tribord ! gueula l'un des Teikokujin tandis que Guadalmedina croisait le fer avec le Capitaine adverse et que, près de lui, Argorg faisait jaillir des marées de sang de ses deux haches !

Sur le pont, sous l'écoutille, pullulaient ces centaines de diables dans une abominable représentation d'un bûcher final de l'enfer ! C'étaient des tourbillons de chair, d'acier, de poudre et de sang ! Des tripes constellaient le pont, et il était difficile de ne pas glisser à cause de tout le sang mêlé à l'eau de la mer que le vent en rafale portait sur son aile ! Phadria tourna la tête au moment précis où Lum courrait sur Guadalmedina, couteau en main, tandis qu'il parait une attaque du Capitaine !

- Lum ! Non !

Guadalmedina n'était pas loup pour rien ! Tout se passa en une seconde ! Sa lame argentée traversé le poitrial du Capitaine, qu'il manqua de peu d'ouvrir en deux, puis d'un revers bien placé il fendit sur Lum...que Phadria protégeait ! L'attaque la heurta de plein fouet, et seul le corset qu'elle portait empêcha la lame qui frappa contre les côtes de l'ouvrir en deux !

- Phadria ! cria Franco !

Une voix. Un mugissement gigantesque ! Et soudain, une ombre jaillit des abysses, balayant tout le pont du Teikokujin ! Guadalmedina, ainsi que tous ceux qui demeuraient debout, furent jetés à la gueule des Grand'Eaux !

- Par Ariel ! C'est quoi ça ?!
- Un serpent des mers !

Phadria demeurait à terre, couchée sur Lum et du sang s'échappait de son flanc en flaques. Elle ne comprit pas ce qui venait de se passer. Déjà, le serviteur d'Ariel s'en était pris au Flag qu'il compressait entre ses immenses anneaux, faisant céder la coque, la mature et le pont ! Des cris montaient au ciel, et les pirates restés à bord se jetaient tous à la mer en hurlant au démon, la voix brisée par la terreur ! Jugeant l'opportunité unique, l'un des Lieutenant du petit navire Teikokujin prit la barre et éloigna le petit navire et de l'ombre du géant Alvaro, et des anneaux du serpent qui semblait lui préférer deux autres proies, plus importantes. Démâté, à l'agonie, mais vivant, le Teikokujin qui répondait encore miraculeusement à la barre, échappa ainsi au Roi-Pirate. Phadria était à son bord.

~



- C'est de la folie ! implora Wallace à bord de l'Alvaro de la Marca une fois le serpent, rassasié du Black Flag qui avait sombré corps et âme et que tous les dégâts furent réparés ! Vous ne pouvez faire cela.

A la barre de son navire, entier, Franco gardait les yeux virés sur l'horizon. D'ici quelques heures, les côtes du Nouveau Monde seraient en vue. Il comptait mouiller près des côtes et caboter, afin de joindre Teikoku et récupérer sa femme.

- Vous allez tous nous faire tuer, Capitaine, avança l'un des Seigneur-Pirate. Nous venons d'attaquer deux de leurs vaisseaux !
- Je dois la récupérer.
- Mais que croyez-vous que fera Kafkon Samuel lorsque vous vous présenterez à lui ? Nous allons tous finir pendus !
- J'irai seul.
- Aye ! Vous n'êtes même pas sûrs qu'ils iront joindre Teikoku ! Leur navire s'est fait faucher, ils ont peut-être coulé !

A cela, le Loup des Mers répondit que si il y avait un espoir, un seul de revoir sa femme, c'est à Teikoku, capitale du Nouveau Monde qu'il le trouverait. Il s'en voulait de l'avoir blessée. Si il n'y avait pas demédecin à bord du Teikokujin, Phadria était perdue...

- Prenez avec vous l'Orc et monsieur Jadar, conseilla Wallace avec prudence. Il est toujours mal vu d'emprisonner un prêtre d'Atÿe. Et Argorg intimidera Samuel.

Franco y convint. Quelques semaines plus tard, il fit jeter l'ancre à l'Alvaro de la Marca non loin du port de Teikoku, bien qu'à l'abri du regard indiscrets du phare de ce dernier. Il embarqua ainsi dans un canot, y gréa une voile afin de serrer au mieux au vent, et invita Argorg et le Père Adarien à le suivre. Dans moins de six heures, ils devraient toucher terre. Et le Roi-Pirate y trouverait le Roi du Nouveau Monde.

- Phadria, sombre idiote ! J'arrive. »

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Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.
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[PV Phadria ; Argorg ; Sirk] Qu'est-ce pour nous que les nappes de sang ?
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