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 [Terminé]And saucisses for all.

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Dren Hortys
Lenneth's slave
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Date d'inscription : 27/05/2014
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Localisation : Empire d' Ambre.

MessageSujet: [Terminé]And saucisses for all.   Sam 22 Oct 2016 - 14:44

Léon avait quitté la capitale depuis près d'une lune en compagnie de frère Alband, Dren ainsi que six soldats de l'armée impériale placés pour l'occasion sous son commandement.
Tout était partit d'une simple lettre adressé à l'ordre quelques lunes après le procès pour lequel Dren avait été témoin.
La famille du désormais prisonnier après s'être arrangée avec les hautes instances de l'empire avait conclu que la peine initiale prononcée par le tribunal pouvait être modifiée. Il était temps pour le Pygargue de rembourser ses dettes à Ram.
La somme étant plus qu'  importante. Le prisonnier avait (en dehors du salut financier de sa famille) une valeur inestimable et méritait au moins une protection et l'assurance d'arrivé à bon port.
Restait a transférer le prisonnier vers Ram. On avait fait appel à l'ordre pour cela.

Alors que la nuit était déjà tombée depuis quelques heures Léon et les autres posèrent pied à terre
sous un crachin peu agréable.
Il tendit l'ordre de transfert du prisonnier à un garde qui après l'avoir examiner à la lumière d'une torche s'exclama :
« -Vous v'nez pour l'autre pédé  messire ? 
Un simple regard suffit à faire taire le garde et aussi à lui faire comprendre son erreur.
Erreur se matérialisant par un frère Alband proche de la colère lui rappelant que jugement avait été rendu et que rien ne permettait a quiquonque de proférer ce genre d'insulte envers le prisonnier.
C'est dans ce climat lourd de silence que Léon, Dren et Alband arrivèrent devant la cabane où logeait le prisonnier.
Léon y pénétra puis en sortit presque immédiatement en grimaçant.
« -Présentez moi un prisonnier transférable digne de ce nom. Pas une espèce de bête puante baignant dans ses excréments. Vous avez une heure. »
Les paroles de Léon furent accompagnées de plusieurs commandements lâchés par les soldats qui l'accompagnaient.
Ceux-là souhaitant très certainement intégrer l'ordre. Ils mettaient un point d'honneur à faire exécuter les ordres de Léon aux geôliers.
Le trio s'éloigna de la cabane jusqu'à ce que frère Alband jugea qu'il était suffisamment loin.
« -Et que va t-on faire pendant une heure sous cette pluie ? »
Demanda Dren. Non en avoir déjà une petite idée de la réponse de Léon.
« -A vous de voir maître Dren. »
Les deux faucilles du forgerons glissèrent lentement de leurs étuis.
« -Je n'en attendais pas moins. »
Sans attendre ni prévenir, elle filèrent droit vers Léon qui avait déjà empoigné sa lame. Il en esquiva une puis bloqua la deuxième avec son épée. Lorsqu'il leva les yeux vers son adversaire il avait devant lui deux Dren prêt à en découdre.
Durant les quelques lunes une fois le procès passé, ils avaient sans cesse repoussés l'idée de s'entraîner ensemble et de voir ce que valait l'un et l'autre.
Dren avait sans cesse forgé. Les nombreuses relations du père de Léon lui ayant permises de remplir au possible son carnet de commande et lorsqu'il ne forgeait pas, frère Alband lui avait dispenser des conseils afin de lutter le plus efficacement possible contre les spectres et autres engeances démoniaques.
Pendant près de la moitié d'une heure ils s'affrontèrent sous le regard attentif de frère Alband qui observait distillant impartialement des conseils aux deux combattants.
N'ayant pas vraiment put se départager. Ils cessèrent le combat.
Lorsqu'ils revinrent près de leurs convoi le prisonnier était lavé et rasé.
« Mieux. »
Dit Léon au geôlier qui prit congé en exécutant une révérence des plus maladroite. Puis il ordonna à l'escorte de le placer dans un chariot spécialement prévu pour le transport des prisonniers.
Sur les conseils de frère Alband ce n'est qu' aux premières lueurs du jour que le convoi prit la direction de l'Est. Léon en tête avec trois soldat, Frère Alband et Dren conduisant le chariot et trois autre soldat fermant la marche.
Il ne s’arrêtèrent que pour faire boire les chevaux et s 'alimenter.
Durant ces courtes pauses le prisonnier sous escorte pouvait sortir prendre l'air et satisfaire ses besoins naturelles avec les six soldats autour de lui qui ne se retournaient même pas pour lui laisser de l'intimité. Ils avaient également été priés de garder le silence et de ne pas parler au prisonnier.


Dren n'était pas vraiment enthousiaste de prendre la mer. C'est frère Alband qui réussit presque à le convaincre prétextant que si les démons se nourrissent des peurs des humains, un prêtre se doit de combattre ses peurs.
L'itinéraire fut plus long que prévu. Léon ayant choisit d'éviter les grandes villes de l'empire pour des raisons de sécurité.
Le procès du prisonnier ayant enflammé la population, la discrétion était le meilleurs moyen d'éviter tout lynchage public.
En amont et afin d' éviter de faire appel au ministère de la marine pour le voyage jusque Ram, Léon avait fait appel a un capitaine Ramien qui commerçait souvent avec l'empire.
Ce dernier se trouva honoré de pouvoir rendre service au sultan accepta et c'est dans une petite bourgade côtière de l'empire que la galère les y attendait.
Il fallut plus de temps à Dren de se convaincre à monter à bord qu'à l'équipage entier à préparer le départ, pourtant après une dernière priére à Ariel le forgerons embarqua.
Le capitaine, marchand à ses heures était un homme respecté et respectueux. Un peu blagueur aussi.

« -Messire de Sainte-Croix. Si cet individu doit être esclave sa place et avec les galériens. Le sultan en fera certainement un eunuque. Il en manque dans son harem. Du moins c'est que je me suis laissé dire à Vindex.
-Vindex ? Pardonnez-moi, il me semble que ce n'est pas au Sultan de Ram que le prisonnier est destiné. »
Répondit Léon quelques peu embarrasser.
« - Vous inquiétez pas messire. Voilà déjà un parchemin qui certifie que j'ai vu le prisonnier. Il était propre, rasé et en bonne santé. J'en ai même envoyé un à votre ordre à la capitale en attendant que votre copain se décide à monter à bord. Même si cela ne vaut pas le document que vous attendez, ma parole sur la tête de mes vingt-quatre fils et dix filles que vous n'avez pas à vous inquiétez.
Puis vous savez reprit le capitaine en tendant le parchemin à Léon.
Le sultan Qassim Anar. C'est lui qui décidera si l'esclave va où et fait quoi. Si il est d'une grande valeur il a le droit de le garder pour lui et d'en faire un eunuque.

« -Du moment que j'ai un parchemin officiel qui certifie que le prisonnier est arrivé à destination entier, en bonne santé et que le sultanat de Ram en accuse la réception. J'ai ce qu'il me faut. »

Répondit Léon en regardant l'équipage faire descendre le prisonnier sans ménagement aucun vers les avirons auxquels il resterait enchaîné jusqu'à sa destination.

La traversée fut calme et agréable jusqu'à Ram. Du moins pour frère Alband, Léon et Dren. Bien que ce dernier rendit plusieurs repas au domaine d'Ariel qu'il remerciait de lui enseigner l'humilité.
Vindex était en vue et le capitaine remit le prisonnier à Léon dans le même état qu'il lui avait confié.
Quelques coups de fouet en plus et un peu fatigué à en croire les cernes sous ses yeux, mais rien de bien méchant selon frère Alband qui c'était intéressé à la justice Ramienne durant le voyage.

Pour le trio l'arrivée au port de Vindex était plus que surprenante.
Une fourmilière restait la meilleure comparaison. Des marchands, des porteurs, des esclaves. Un flot de paroles assourdissant aussi écrasante que la chaleur. Sans parler de l'odeur. Un mélange d'épice et d'iode a en donner presque la nausée.
Et que dire des temples. Ariel et Vamor semblaient se disputer la vedette autour d'autres. A défaut de curiosité locale, tous s'accordèrent à qualifier de splendeur la ville qui s'ouvrait à eux. Les soldats impériaux ainsi que Léon furent heureux de s'en remettre à leurs homologues Ramiens pour progresser jusqu'au palais du sultan.
Le capitaine s'occupa du trio non sans user de superlatifs pour décrire quelques curiosités locales parsemant le trajet.
Sans pour autant le dire. Tous les trois s’accorderaient certainement un peu de temps dans cette ville une fois la mission de Léon remplie.
Frère Alband ayant put observer sur le trajet une quasi mise à mort d'un pauvre chapardeur questionna le capitaine à ce sujet.
Ce dernier lui répondit que la divinité qu' il servait avait place à Ram, mais il lui accorda que le système judiciaire du pays différait de celui de l'empire.

« -Je vous l'accorde volontiers ! »

Répondit frère Alband en se raclant la gorge.
Dren pour sa part marchait silencieusement. Bien trop occuper a observer les épées à lame courbe des soldats Ramiens qu'il jugea d'une bonne qualité en entendant l' une d'elles sortir d'un fourreau quand un garde décida de brandir son arme afin de faire avancer le convoi dans les rues noires de monde.
A un moment Léon voulu sortir son fouet, mais le capitaine l'en dissuada bien vite.
« -N'allez pas faire cela messire. Les gardes de Ram prendraient cela pour de l'incompétence et demanderaient punition pour cela. »
Léon surprit par cette attitude se contenta de leur demandez d'accélérer le mouvement du convoi.
C'est alors qu'un garde. Leurs chef certainement. Après avoir entendu cela fit entendre sa voix. Puis ce fut bientôt le double de garde qui vinrent désencombrer la rue de ses passants.
Bientôt les portes du palais se fermèrent sur le convoi.
Un palais et quel palais ! Certes ce n'était que peu de chose comparé au palais impérial, pourtant il y avait tout pour qu'il en porte aisément le nom.
Des jardins, des allées, des portes, le tout richement orné, de pierre et de métaux. Une ville dans la ville à en compter le nombre de serviteurs, soldats qui en arpentaient les nombreuses allées.
Frère Alband se risqua même à comparer la structure à une œuvre de Filyon.
Pendant que le capitaine Ramien discutait et se faisait payer pour son service avec une personne pouvant largement prétendre au titre de valet. Léon avait une conversation bien différente concernant le prisonnier.
« -J'ai pour ordre de mener cette personne contre la remise d'un document attestant de ce fait au sultan. Moi vivant il n'en sera pas autrement !
Une querelle ? Non. Rien de plus que des divergences de procédure qui pourtant alertèrent une partie du palais.
Un nommé Qassim vint mettre un peu d'ordre a tout cela. Certes il portait le même nom que le sultan et le geste de la main qu'il fit pour faire reculer les gardes fit deviner au trio qu'il avait affaire à quelqu'un d'important.
« -Voici pour vous messire de Sainte-Croix. »
Sans en dire plus et en tendant un parchemin que Léon prit le soin de lire attentivement avant de le tendre à frère Alband qui acquiesça.

« -Parfait, il est à vous. »
D'un geste et sans un regard pour le prisonnier Qassim claqua des doigts et le prisonnier disparut. Emmener par des gardes à l'intérieur du palais.
« -Je vais faire appeler des domestiques qui montreront aux vôtres leurs quartiers messire. Quant à vous veuillez me suivre. »
Léon, Dren et frère Alband se regardèrent tous les trois.
« -Dit lui de retirer cela immédiatement avant que je le... » Commença Dren foudroyant du regard le dénommé Qassim.
« -Ces personnes sont mes amis. »
Le coupa Léon.
« -Ils n'iront nulle part sans moi. Laissez-moi vous présenter maître Hortys, enfant de Dwilin et frère Alband prêtre d'Ohiel. »
Après s'être jeter à terre en implorant le pardon des deux prêtres, qui quelque peu gênés lui accordèrent en l'invitant à se relever. Qassim tenta d'expliquer à sire Léon qui lui étant noble son statut était différent de ses amis prêtres, il ne pouvait loger dans les mêmes appartements.
Bien que tous les trois comprenaient le protocole et acceptèrent de s'y plier. Qassim semblait inquiét car si tel était la volonté de Sire Léon de partager le même appartement pouvait-il l'accepter ?
« -Je vais faire appeler quelqu'un plus apte à traiter ce genre de problème messire.
-Il n'y a aucuns problèmes. Nous ferons comme il se doit d'être fait. »
Dit frère Alband.
-Laissez-moi dormir dans la forge s' il le faut. C'est encore là que je me sens le mieux. »

Ajouta Dren conscient que le protocole de Ram était des plus compliqués.

« - Nous patienterons ici à l'ombre de ces arbres dans ce cas. »
Termina Léon en congédiant le serviteur tout en lui désignant un endroit.

« -Je vous fait porter de quoi vous désaltérer immédiatement messire ! » Lança le serviteur Qassim en détalant comme un lapin.

« -Ils sont fous ces Rammiens. »

Dit Léon s'adossant à un arbre alors que ses camarades prenaient eux aussi la même posture que lui profitant de l'ombre des arbres pour se reposer. Léon sortit les parchemins en les montrant à Dren et frère Alband.

« -Mission accomplie mes amis. »
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Le Pygargue
Rajah
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MessageSujet: Re: [Terminé]And saucisses for all.   Ven 28 Oct 2016 - 5:02

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Hugo



Les semaines passées à la rame avaient miné toute sa volonté. Le Pygargue avait pensé qu'on lui attribuerait une cabine, comme à bord du Palais D'Agathe sous le commandement du Capitaine De Klemmens, le fils de Horace. Dans le pire des cas, s'était-il imaginé, on l'aurait éconduit en cage, surveillé et puis on en parlait plus jusqu'à Vindex. Son sort fut infiniment pire. Sitôt que Maître Hortys, celui qui se faisait nommer De Sainte-Croix, Léon de son prénom, et la troisième personne qui les accompagnait, mirent pied à bord de la trirème qui devait les conduire tous jusqu'à Ram, il fut conduit sous l'écoutille, et on l'enchaîna sans une explication à la première rame venue. Il fut fait galérien de force. Un parmi les cent-soixante-dix. Aussi déplaisantes fussent ses expériences en Empire d'Ambre une fois le procès passé, incluant par là la marche de la honte à la cité de Jade Étincelante qui avait fait jaser, puis la confrontation avec le Ministre de la Marine, l'incarcération, le bagne, jamais le Pygargue ne reconnut traitement qui atteignit en ignominie et affliction celui du galérien envoyé à la rame contre son gré. Enchaîné à la rame. La chaleur l'étourdissait, la douleur dansait dans tout son corps, il ne sentait ni ses bras ni son dos. La soif l'éprouvait tant qu'il aurait tué son voisin le plus proche pour un peu d'eau fraîche. La nourriture ne l'aidait pas à se renforcer. Et constamment, les galériens devaient calquer le rythme de leurs mouvements sur les cris stridents du sifflet du bosco. Il crut devenir fou, à entendre à longueur de journée ce "striiii" répété, pincé entre les lèvres du grand noir qui faisait office de geôlier. Le Pygargue nommait ça en son fort intérieur, tortionnaire. Les chaînes empêchaient de se dérober, et lorsque son corps le lâchait, enfin, et qu'il s'affalait sur la rame, n'usant de plus aucune de ses forces afin de l'orienter, le fouet des contremaîtres venait mordre férocement dans son dos, et il se remettait à la manœuvre, forcé, plus mort que vivant. Chaque jour lui semblait durer un Tour entier, et il priait chaque minute Finil et Ariel de l'aider à atteindre Vindex entier le plus rapidement possible. L'une en lui assurant la force mentale nécessaire à sa torture, se persuadant qu'il allait à l'encontre de sa destinée et que cela ne pouvait être autrement ; et l'autre par le biais d'un vent arrière agréable et d'une mer bien docile. Il maigrit grandement durant la traversée. Aucun des galériens ne lui parla. Aucun des contremaître ne le fit également. Et à force de fixer encore et toujours ses doigts dégarnis accrochés ainsi à la rame, les chaînes rouillaient carillonnant autour de ses poignets osseux, il songea qu'il n'était plus un homme, mais un spectre.

«  La rame est contraire à celui qui crache sur le mauvais traitement de l'Homme et le trafic de la chair, songeait Le Pygargue. J'escomte bien là me trouver en face-à-face avec ce que Ram possède de plus affreux. Et je n'y suis pas même encore esclave officiel ! Les lois de l'Empire ne m'ont-elles point condamné aux travaux forcés, pour le bien commun ? Que me voilà, enchaîné ici, comme un chien ! Ah ! Je vous entends, vous, Maison De Everhell, qui aimez à me voir subir les pires tourments de ce monde avant de me faire escorter jusqu'au purgatoire des bas-enfers ! Mes crimes commis furent-ils si horribles que cela, au point de contraindre un homme au supplice de la rame ?

Il était déserteur. Déserteur récidiviste. Et ses dettes envers le territoire Ramien étaient exorbitantes. Au fond de lui, le Pygargue avait toujours su qu'il devrait payer le prix de ses choix. Jamais il n'avait cependant imaginé que la facture serait tant élevée, et tant amer.  Il songea qu'il n'aurait point pu ramer une journée de plus lorsque, enfin, ils atteingnirent la capitale de Ram, suffoquants. Une bonne paire de gardes l'encadraient lorsqu'il pénétra à l'intérieur du palais du Grand Calife de Ram. La tête lui tournait tant qu'il peinait à conserver bonne et fière allure, la fatigue obstruant ses sens. Privé de sa canne d'appui, sa démarche était maladroite, celle d'un éclopé, sans fierté, sans beauté à contempler. Ses bottes étaient usés, ses vêtements maladroits, simples. Il demeurait mal coiffé, mal rasé. Il n'avait aucune allure, et il le savait. Cela le gênait de rencontrer le Grand Sultan en cet état. On n'avait apparement point le temps pour de la toilette. Il rencontra un certain Qassim qui, claquant des doigts, le fit amener par les deux gardes qui l'escortaient maintenant. On le conduisit jusqu'à l'intérieur d'une grande pièce, aux immenses arcades donnant sur les jardins. Un homme, vieux, la barbe grisonnante, petit et ratatiné se trouvait au milieu de ladite pièce, consultant un document, roulé à la manière de parchemins Tahariens. Il lâcha au bout de plusieurs minutes de silence son rouleau, afin d'inspecter sa ''marchandise''. Il vérifia la taille et la carrure de l'homme qui se trouvait face à lui, parut étudier ses yeux clairs, il enleva sa chemise, inspecta la cicatrice qui ornait son épaule et qui s'était ouverte à nouveau, suppurant, à cause de ce long trajet au solde de la rame. Il compta les dents, tâta le torse, inspecta les vêtements. Las, le Pygargue finit par le presser un peu :

- Que dites-vous ?

C'est qu'on ne lui fit aucune réponse.

- Je souhaiterai me flatter d'obtenir une entrevue avec le Grand Sultan. Je lui expliquerai t...
- Silence.
- Laissez-moi au minima m'entretenir avec les trois hommes qui m'ont escorté sans encombres jusqu'à Vindex, Messire. Ou alors, vous fûtes assez aimable afin de leur passer mes remerciements.

Pour votre témoignage lors de mon procès qui me fit innocenter. Je suis sûr que vous comprendrez, Maître Hortys. Enfin, le vieillard leva ses yeux de corbeau vers le Pygargue.

- Un esclave ça ne parle pas.
- Je suis donc esclave. En cet état je gagerai savoir au service de qui ? Le Grand Sultan me désigne-t-il à son office ?

Au vu du regard acide que lui lança le vieux Ramien, le Pygargue n'insista pas plus. Le vieux fit alors appeler un certain Al Ayyubi. Capitaine Al Ayyubi de son état. Un homme au regard aussi impénétrable que les murailles de la cité qu'il servait, aux doigts fermes et refermés sur la garde de ses deux cimeterres passés à sa ceinture. Les deux hommes échangèrent quelques mots, le vieux indiqua au Capitaine plusieurs documents. Moins d'un quart de sablier plus tard, l'on passa une corde nouée autour des poignets du Pygargue que Al Ayyubi tracta en dehors du palais. Il retournait au port expier ses dettes. En tant qu'esclave galérien sur les quinqérèmes du Grand Calife de Ram. Et jusqu'à ce que mort s'en suive, probablement.

~



Spoiler:
 



« Bom ! Bom ! Bom ! Bom ! Bom ! Bom ! ... »

C'était là le bruit que produisaient les machettes que frappaient les contramaîtres, véritables montagnes humaines, contre leur tambours. Cela ne s'arrêtait jamais car cela n'était point destiné à prendre fin. Si sa première expérience forcée à la rame parut au Pygargue le pire des tourments, elle lui sembla n'avoir été qu'une gêne éphémère comparée à celle qui suivit.





De tous les Capitaines que comptait le Grand Calife Kassim Anar, Salahuddin Al Ayyubi demeurait sans aucun doute le plus vicieux, ou, en termes de gentilhomme, le moins porté sur l'attention de ses prisonniers. Qu'ils fussent chiens ou hommes, il ne faisait aucune différence, et le seul langage qui régnait sous l'entrepont de la quinqérème était constitué de ''BOUM'' et de claquement de fouets dispensés parfois même sans raison. On avait dérobé au Pygargue sa ceinture, sa chemise et ses bottes avant de l'enchaîner à la rame. Encore. L'odeur prenait à la gorge. La puanteur et le manque d'air torturait. Les rameurs ne parvenaient pas toujours à suivre la cadance. Grand nombre mourraient. A la manière dont Al Ayyubi traitait ses rameurs, leur espérance de vie d'homme de galère, habituellement déjà très courte, était réduite encore de moitié, si ça n'était plus. Plus d'une fois, Le Pygargue recommanda son âme aux Dieux de Ryscior. Plus d'une fois, il implora Ariel d'emporter dans les abysses la quinqérème. La mort valait bien mieux que cette vie. Le roulement familier du flot montant, jadis paisible à son ouïe, se lia désormais aux claques, au supplice et à la morcure du fouet, des ''BOUM'' et des « suivez la cadence bande de chiens galeux ! ». La chaleur qui régnait à l'intérieur de tels étages le faisait se pâmer souvent. La sueur dégoulinait en flaque de chaque pore de sa peau, il était en déshydratation permanente. Mais il n'avait jamais vraiment le temps de sombrer entièrement ; le fouet empêchait son esprit d'atteindre cette léthargie si souvent réclamée. Il sursautait, se réveillait, et ''suivait la cadance''. Le Pygargue développa une haine féroce pour le travail à la rame, mêlé d'une terreur sans nom. Si on lui eût mis entre les mains un couteau, sans doute se serait-il tranché la gorge afin d'en finir. Il était selon toute apparence le plus mauvais rameur de la quinqérème d'Al Ayyubi. Les contremaîtres s'acharnaient sur sa personne souvent, on le prit en grippe. Son corps ne supportait pas le gruau nauséabond qui était censé le nourrir, lui et ses pairs, il en rejetait à chaque fois. Il se demanda si cela était normal de suer autant, plus que les autres esclaves ; sa sueur à lui était froide. Il tomba malade. La fièvre le gagna, il maigrissait trop. Il finit par tomber après plusieurs semaines de tortures en mer. Le fouet ne le ramena pas cette-fois. Le pensant mort, les contremaîtres ôtèrent la chaîne le liant à son statût et il fut tiré sur le pont principal à l'air libre.

Les Dieux ne voulurent point de lui ; Le Pygargue revint à lui. On l'abreuva, il réussit à manger un peu. Il mobilisa ses toutes dernières forces afin de faire requête auprès du Capitaine, il était question de sa vie. Il demanda l'affectation à un autre poste, la maistrance, la voilure, le gréément, briquer le pont si il le fallait. On lui répondit par la menace de lui arracher la langue et lui crever les yeux ; ceci il n'en avait point besoin pour ramer. Il redescendit aux rames. Son travail laissait tant à désirer, que moins d'une Lune plus tard il fut débarqué, fers aux pieds et corde autour des poignets, à Gallifi dite la Majestie, pour une vente au cœur de son très grand marché nocturne.

Il faut croire que les yeux bleus répugnaient. On disait à Gallifi que c'était l'apenage du démon et de l'impur, et il prit du temps avant de trouver acquéreur. Al Ayyubi avait fixé une somme modique sur sa tête. Un esclave étranger, maigre, récemment malade, aux yeux bleus de surcroît, et très mauvais rameur, ça ne rapportait pas gros. Puis vint l'heure du Capitaine Hikhesh de Guedria. Hikhesh demeurait en manque de rameur afin de longer les côtes Ramiennes de Gallifi, jusqu'à joindre Vindex, pour une entrevue avec le Grand Calife Qassim Anar, et de là repartir pour la cité de Guedria, plus au Sud de Ram, où sa famille habitait et l'attendait.

- Je connais toute l'étendue de la perte que vous ferez, Messire, lui dit alors le Pygargue, en m'envoyant aux rames. Je m'accable au regard de tous vos Dieux : Lothyë et Atÿe. Virel, Ariel, Finil, Edus. Ne m'y envoyez point. Pour porter en rédemption, j'eus droit à la rame. Elle et moi ne nous entendons point. Pour porter en soumission, j'eus droit au fouet. Ma constitution m'épargna le plus gros des coups sitôt que je me pâmais. Je fus de bonne Maison Impériale, Messire. Laissez-moi endôsser le rôle du valet. Je fus marin, Capitaine de caravelle, oyez, et j'excelle dans la connaissance de ces eaux sur lesquelles vous ferlez. Offre moi un poste d'aspirant, de matelot, j'escompte rien de plus ! Je sais gréer un bâtiment, je connais l'art de l'escrime, je domine depuis des Tours la danse à une ou à deux lames. J'ai étudié les œuvres de jurisdiction, d'altimétrie, de philosophie. Je tire fort honnêtement à l'arc, je suis informé de chaque nœud de marine. Je me suis passionné d'ornithologie, de calligraphie et de batellerie. Pour mes idéaux furent mis en place des Tours d'étude de droit commun et de dispensation à quoi régler les conflits. Je saurai vous contenter sous chacun de ces aspects-ci, mais par pitié, pas la rame !
- Tout cela est bien, esclave, très bien même, lui fit en réponse le Capitaine Guedriain. Mais je n'ai besoin que d'un galérien, moi, afin de remplacer ceux de ma quadrirème qui succombèrent de maladie.
- D'autres pourront être ceux-là, Messire. Oyez que je saurai me rendre bien plus utile en un autre domaine !
- As-tu déjà été nommé ? demanda après un silence Hikhesh.
- Le Pygargue.
- C'est un nom étrange. Cela veut dire quoi ?
- Cela signifie l'Oiseau, Messire. De par l'Empire.
- Messire ne veut rien dire, tu dois dire maître. Je t'ai entendu, Oiseau. Mais tu iras aux rames quand même.

Finil doit bien s'amuser des tourments des hommes de toutes conditions, car le Pygargue fut effectivement, pour la troisième fois de sa vie, envoyé aux rames de galère Ramienne. Les conditions de travail étant plus supportables que sous Al Ayyubi, le Pygargue survit jusqu'à Vindex, puis de là jusqu'à Guedria. L'ancien sultanat de Guedria, annexé par Qassim Anar, était une cité côtière du Sud de Ram. L'un des esclaves de Hikhesh vint le trouver au port, un pur-sang à robe blanche tenue au licol derrière lui. Le Capitaine attacha les poignets du Pygargue qu'il tracta derrière-lui, à allure raisonnable. Il l'emmena jusque chez lui, là où l'attendait sa famille. La demeure de ce riche Capitaine, de même âge que l'esclave qui peinait, pieds nus, à le suivre, était la plus grande et la plus élevée de la cité de Guedria. Plus qu'une demeure, il s'agissait presque d'un palais, avec sa bibliothèque, car Hikhesh demeurait un homme passionné de lecture et d'astronomie, ce qui réjouit le Pygargue, de savoir qu'il partageait au moins une chose avec son nouveau maître, à savoir le plaisir d'un ouvrage savoureux et les appas de Finil. Le Pygargue demeurait à un stade où il se fichait bien de savoir ce que serait son lendemain ou même son surlendemain. Il vivait avec deux mots : ''aujourd'huy'' et ''ici''. C'était tout ce qui comptait, car c'était tout ce qu'il avait. La rame lui avait tant retourné l'estomac et le cœur, qu'il en avait maudit sa maison, l'accusant d'excès de cruauté en l'ayant offert ainsi en pâture aux quatrirèmes et quinqérèmes Ramiennes.

- Et cesse de me donner du ''messire'' à tout bout de champs, râlait Hikhesh en tirant d'une main la corde entravant le Pygargue et de l'autre les rennes de son cheval. Tu es esclave désormais, et je suis ton maître. Imagine. C'est comme si, chez toi dans l'Empire d'Ambre, l'un de tes servants t'appelait ''bédouin'' ou ''métèque''. C'est incorrect !
- A l'exception faite que ces titres n'existent pas en Empire d'Ambre. Pas plus que celui d'esclave ou de maître. Nous leur préférons les vocations de valets ou de majordomes.
- Peu importe. Fais en sorte que cette habitude de donner du ''messire'' à chaque fin de phrase te passe, par Lothyë ! Ce mot ne veut rien dire, en plus. Il m'insupporte !

Le Pygargue voulut bien faire entendre à son maître qu'il avait bientôt quarante Tours et que les habitudes à son âge demeuraient difficiles à remplacer.

- Et bien dans ce cas à chaque ''mesire'' sortant de ta bouche, Oiseau, je répondrai par le fouet puisqu'il faut en arriver là. Visiblement tu y as déjà goûté, et tu n'as pas aimé. Cela devrait t'aider à remplacer toutes tes petites habitudes. Tu en dis quoi ?
- Je ferai de mon mieux, maître.
- Bien.

Sitôt qu'ils joignirent, après près de deux heures de marche sous un soleil de plomb, la villa du Capitaine Hikhesh, ce dernier se déchaussa puis confia l'Oiseau au vieil esclave à la peau brûlée qui avait courru jusqu'au port à l'ouïr du retour de son maître afin de lui apporter son fidèle pur-sang. La fraîcheur de la demeure, simplement meublée mais accueillante en dépit de ses centaines d'esclaves à l'intérieur et à l'extérieur, ravit le Pygargue qui sentait le dessous de ses pieds brûler à cause du soleil que Lothÿe frappait sur les rues de Guedria. Un esclave réceptionna le Pygargue à l'ordre du Capitaine, et on le conduisit jusqu'à une salle d'eau. Un bain lui fut préparé. Le Capitaine Hikhesh avait donné simplement pour instruction que son esclave soit présentable. On le laissa seul. Le Pygargue profita du bain, quand bien même l'eau demeurait froide. La chaleur ambiante l'accablait suffisamment d'elle-même. Il put enfin se raser et s'alléger du collier de poils qui lui tenait lieu de barbe depuis presque deux Lunes. Il hésita une fois propre, si il devait se vêtir de ses anciens vêtements, désormais plus des loques qu'autre chose. Un esclave vint lui apporter des tissus propres, à la coupe de Guedria. Le Pygargue remarqua la similarité entre ce bleu turquin Ramien et le fameux bleu cobalt de sa Maison. Il refusa tout d'abord l'aide de l'esclave, prétextant qu'il savait très bien se vêtir seul, secrètement gêné par sa nudité devant cet homme qu'il voyait pour la première fois de sa vie, mais finit par céder lorsqu'on lui fit remarquer qu'il ne savait point comment se drapper avec les mantilles et drappés Guedriains. Les vêtements lui sièrent impeccablement. Il remarqua que cela n'était pas dans les habitudes du Capitaine Hikhesh et des siens de porter des chaussures dans leur demeure. Il s'y plia.

- Tu as les cheveux longs, lui dit l'esclave en les essuyant avec un très fort accent Guedriain.
- Si fait, reconnut le Pygargue. Cela dérange-t-il le Capitaine ? Je les couperai.
- C'est Palomar qui décidera.
- Qui ?

On ne lui fit évidemment pas plus d'explications. Le Pygargue suivit alors l'esclave qui l'amena jusqu'à la salle à manger du maître de maison. Le Capitaine Hikhesh était là, assis au sol, soigné et lavé également. Ses cheveux déjà grisonnants huilés avec de la poudre de colchique de les esclaves mélangeaient au parfum du miel. Il était rasé, et avait troqué sa tenue officielle de serviteur du Grand Calife de Ram pour une toge légère et un turban blanc. A ses côtés se tenait plusieurs femmes, ses huit épouses, assises en tailleurs comme leur mari, autour de cette table qui n'existait pas. De chaque côté des femmes, venaient les fils et les filles du Capitaine. Ils étaient vingt-trois au total. L'une des femmes du Capitaine allaitait, et il semblait que Hikhesh faisait connaissance pour la première fois avec le dernier de ses fils. On l'avait prénommé Izba. Le Pygargue se tenait là, debout face à eux, et tout esclave qu'il était devenu, se surprit à songer aux siens, de l'autre côté de l'Océan des Elfes Noirs. Lui aussi avait un enfant, aujourd'huy, quelque part dans la cité Topaze de Palmyre. Comment l'oublier ? Garçon. Fille. Il l'ignorait. Tout ce qui était sûr, c'est qu'il n'était pas le père de son enfant. Son infortune l'accabla, mais il sut ettouffer tout signe de douleur sur son visage.

- Palomar, mon fils, dit alors le Capitaine Hikhesh en se saisissant à bout de doigts d'une sorte de pâte pimentée qui constituait l'un des plats du dîner de ce soir, je t'apporte de Gallifi cet oiseau. Il vient d'au-delà l'océan et il s'est accoutumé aux mœurs de Ram. Je crois qu'il te sera utile pour ton commandement, et que son savoir, qui est grand, ne doit pas se perdre. Il m'a confié être très bon marin et pilote.

Un silence suivit cette information, seulement brisé par les sons de mastications et de déglutition. Le prénommé Palomar dissimula un sourire en coin, sous ses yeux rieurs. Il est jeune, songea le Pygargue. Quinze Tours, maximum.


- Un oiseau ? S'étonna l'intérréssé.

Il fit signe à l'esclave de son père d'approcher, le détaillant un instant. Le Pygargue se sentit alors terriblement nu en cet instant, et sa toge parut ne rien lui peser. Lui, jadis aristocrate Impérial que même le chef couvrait !

- J'aime bien les yeux bleus ! finit par lâcher le jeune homme. Ils sont rares !

On rit alors, des mains volèrent dans les plats. Palomar replia une jambe, l'entourant de ses deux bras, souriant à ce nouveau cadeau qu'on lui faisait. On n'aurait su dire si il était heureux ou non de ce dernier.

- Comment le trouves-tu ? Demanda Hikhesh. N'est-il pas un bel oiseau ? Il a le regard du faucon des mers lorsqu'il se découvre en piquée ! Bien sûr il est un peu maigre, mais si tu le nourris convenablement, il regagnera du poids, j'en suis certain !
- C'est un drôle d'oiseau, ça ! Lâcha Palomar que les yeux rieurs dévoraient.
- C'est parce qu'il vient de l'Est, expliqua son père.

Le jeune homme fit signe de la main au Pygargue, afin qu'il s'approche.

- Tu es un oiseau, non ? Alors, chante ! Nous t'écoutons.
- Il n'est pas très bavard !avança l'une des fillettes après le silence tonitruant du Pygargue.
- Il a des yeux trop bizarre ! poursuivit l'un des jeunes fils de Hikhesh.
- Pour un oiseau, protesta Palomar, tu ne batifoles pas beaucoup ! Mais j'ai confiance ! Je saurai, moi, te faire chanter !

~



On attendait du Pygargue qu'il suive Palomar comme son ombre. Me voilà donc éducateur de ce Palomar, que pourrai-je bien apprendre à ce prince qu'il ne sache déjà ?

- Je déteste les esclaves indisciplinés et distraits, gronda son nouveau maître dès le premier soir de Pygargue à la maison du Capitaine. Pour que ça se passe bien entre nous deux, Oiseau, vu que désormais tu es mon esclave personnel, il te suffira de te soumettre à tous mes désirs. Si tu es bien discipliné et que tu exécutes absolument tous mes ordres, alors tout se passera bien très bien. Car désormais, je règne sur ta vie, sur tes jours et tes nuits, je serai là dans tes rêves, dans tes cauchemars, tout le temps, et tu ne t'appartiens plus.

Il ajouta après avoir percé de son regard sombre le Pygargue.

- Je vais faire de toi ce que je veux !

Finil, je me complairai en ma condition d'esclave si telle est ma destinée ; mais je vous en conjure, ne m'offrez point aux humeurs d'un gamin sadique qui aime faire la mal pour le mal.

- N'aie pas peur mon Oiseau. Regarde tes pairs, les esclaves qui s'occupent de notre maison. Ils ont l'air misérables ? Ont-ils l'air malheureux ?
- Je ne pense point qu'un homme à qui l'on a ôté sa liberté, Messire, pour lui passer des chaînes, puisse s'estimer heureux.
- Mon père m'a prévenu que tu causais bizarrement ! rit Palomar. Mais ne t'inquiète pas ! Je manie très bien le fouet ! Tu feras mon éducation, je ferai la tienne !

Le Pygargue n'avait point ri.

~



Le Pygargue découvrit dans les jours qui suivirent, en Palomar, un jeune homme fort obligeant et avec beaucoup d'esprit, en dépit des apparences. Son père voulait faire de lui un Capitaine du Grand Calife de Ram, qui se chargerait, tout comme lui, des transactions commerciales entre Guedria et Vindex. Hikhesh avait fait don d'une trirème à son fils, et bien qu'il n'y demeurait pas à bord en tant que Capitaine, son apprentissage se faisait sur les mers. Palomar n'usa jamais de violence envers son ''Oiseau'' . Il lui arriva de s'emporter quelquefois en usant de termes grossiers et mal choisis, mais le Pygargue sut faire preuve d'assez de maturité afin de ne point lui en tenir rigueur. Il lui apprit à manier l'arc de façon fort correct.

- On ne bande pas un arc comme ça, ici, lui fit remarquer le jeune homme. Tu bandes comme à Vindex. Guedria construit des arcs différents, on arme différemment.
- Mieux vaut pour vous, maître, savoir armer efficacement comme à Ram et atteindre votre cible, plutôt qu'armer avec défaillance comme à Guedria, et la manquer. Adoptez ma méthode, le temps que je me renseigne sur l'art du tirer à l'arc en Guedria. Je vous apprendrai ensuite.

Palomar imita le cri de gypaète en guise de consentement. Car, entre plusieurs de ses dons naturels, Palomar possédait celui inné d'imiter le cri du gypaète Guedriain ! Et jamais de mémoire Palomar n'usa autant de ce talent qu'en présence du Pygargue, car il avait enfin trouvé une oreille patiente pour l'écouter, et un sourire charitable qu'il prenait comme un encouragement ! L'esclave s'habitua au maître, et le maître s'habitua à l'esclave. Bientôt viendrait le temps de reprendre les Grand'Eaux.

- Es-tu malheureux d'avoir quitté ton empire ? Ta famille ? demanda un jour Palomar au Pygargue.
- C'est ma Maison qui me conduisit à Ram afin qie j'y finisse esclave.
- Ils ne devaient pas t'aimer beaucoup alors. Tu apprendras qu'ici, la famille c'est ce qu'on a de plus précieux !

Au bout de la première semaine de cohabitation, Palomar choisit de rebaptiser son Oiseau ''Rajah''. Il faisait ainsi référence à un livre de contes pour enfant des milles-et-une-nuit, « Rajah et Palomar » que sa mère lui lisait lorsqu'il était tout jeune.

- Tu pourras manger à ma table lors des repas, désormais, Rajah. Tu auras une place à mes côtés, et tu te nourriras des restes que je laisserai.
- Je ne suis point un chien, avança pour toute réponse le Pygargue.

Cela énerva Palomar. L'invitation était pour l'un toute aussi séduisante qu'estimable quand pour l'autre, il s'agissait d'une opprobre.

- Qui a parlé de chien ? s'étonna Palomar. Tu devrais me remercier !
- Seuls les chiens sont les bêtes qui se nourrissent des restes de leurs maîtres à table.
- Ah ! C'est comme ça ! Ingrat que tu es ! Je t'invite à mes côtés et toi tu m'injures ! Hyène ! Et bien dans ce cas tu n'auras rien pour manger ce soir ! Et mes restes, mes restes je les enverrai aux chiens, voilà tout !

Le Pygargue ne répondit ni à cette réplique-ci, ni au ''minable Rajah !'' qui suivit. Au fond, il appréciait Palomar, et ce, en dépit de ces excès de colère qui éclataient sans prévenir comme un orage en pleine mer.

- Tu sais que j'ai le pouvoir de t'affranchir, si je le souhaite.

Trois semaines étaient passées. Le visage appuyé sur un bras, couché sur son lit, Palomar laissait ses doigts fins se balader, légers, sur l'épaule nue de son esclave. Et il plongeait dans ses yeux bleus comme le ciel, ses yeux de l'Est qu'il adorait, les siens, noirs comme les Sultanats.

- Tu redeviendrais un homme libre.

Le Pygargue, allongé à ses côtés, observait la voûte du plafond de la chambre, sans savoir quoi dire.

- Cela te plairait, d'être affranchi ? Insista Palomar tout en frottant la cicatrice qui barrait l'épaule de Rajah.
- Il est trop tard pour l'Empire.
- Tu n'en as pas envie ? Retrouver ta liberté. Ton vrai nom. D'ailleurs lequel est-ce ?

Le Pygargue n'avait pas cillé en envoûtant son jeune maître du regard.

- Rajah.
- Allez ! Dis-moi ! Insista le fils du Capitaine Hikhesh.

Il lui sembla alors à cet instant que ça n'était plus lui qui était indigne du nom De Everhell, mais bel et bien De Everhell qui n'était plus digne de représenter avec le plus d'honnêteté la personne qu'il était devenu. Un esclave....

- Et vous ? Si vous demandez si cela me plairait que vous m'affranchissiez, je vous demande, moi, si vous en avez l'envie ?

Il fallut à Palomar le temps de la réflexion avant de fournir à son esclave une réponse.

- Non. Si je te libère, tu t'en iras. Tu joindras Alkhalla, et tu te mettras au service de ce calife, ton ami. Je n'aurai plus aucun contrôle sur toi. Je te perdrai. Tu seras loin de moi.

Palomar roula sur le dos de manière à saisir entre ses mains le visage de celui qu'il avait baptisé Rajah. Son Oiseau.

- Alors que là, tu es tout à moi. Esclave peut-être, mais tout le temps à mes côtés. Je ne veux pas que tu t'en ailles ! Jamais ! »

Et il l'embrassa.




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