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 [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.

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Phadria Red
Je suis à toi pour toujours
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MessageSujet: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Sam 31 Déc 2016 - 13:48

Si je demeure, 
Triste, à vos pieds, 
Et si je pleure, 
C'est bien, riez.

Hugo







«  Je suis désolée, s'excusa Phadria tout en retirant ses mains posées sur l'épaule découverte du capitaine. Je pensais que ça avait une chance de réussir.

Si par malheur il lui arrivait de donner de l'espoir, elle pouvait dire les choses les plus ridicules. Tout doucement, elle libéra son esprit, encore embrumé, de la communion qu'elle avait tenté d'atteindre avec Atÿe. La sensation était la même que celle d'une personne se trouvant près d'un feu, dans l'âtre, sous le règne d'Elué, et qui s'éteignait doucement. On sentait cette douce chaleur, unique, tant singulière, s'éloigner, sans violence, lentement mais de façon absolue, et qui finissait par laisser sa place au froid de l'extérieur s'engouffrant par les fenêtres. De la même façon que ce feu mourant, Phadria sentait la main d'Atÿe se détacher d'elle. Elle venait d'échouer. Encore. Elle se languissait de voir ce rêve impossible prendre corps, comme avec le Père Adarien.

- Vous ne portez point encore le rang de prêtresse, compatit le Ramien aux yeux bleus.
- Je suis entrée dans mon second Tour d'étude, lui fit pour toute réponse Phadria comme il boutonnait sa chemise blanche sur sa poitrine nue. Elle suppure souvent ?
- Pestilencieuse immondice.

Phadria laissa courir un sourire sur son visage détendu, calme, à l'angle d'un air détendu presque désinvolte.

- Sur l'équité d'Atÿe, avança-t-elle, osons-nous confier. Tu peux me le dire !
- La nuit quelquefois, la plaie suppure, avança d'une voix calme le Pygargue.
- Depuis tout ce temps ? s'étonna la belle.
- Presque deux Tours, oui.
- Je peux te poser un cataplasme. Désolée de n'avoir rien pu faire de plus.
- Ma peau est noire brûlée par le soleil de Ram et mes cheveux ont blanchi dans les tempêtes d'Ariel. J'ai perdu l'avantage d'une démarche honorable, j'ai perdu jusqu'à mon nom Impérial lorsque je gagnai par deux fois la lame de votre amant dans le corps. En quoi pourrait m'affecter une plaie mal soignée, et qui suppure quelques fois la nuit ?

Devant la mine déconfite de son patient, Phadria Red ne put s'empêcher de rire.

- Pauvre bébé !

Elle lui tendit sa tunique azurée tout en jetant un coup d'oeil en direction de l'entrée de la tente. Le capitaine et elle-même étaient seuls à l'intérieur. Il se rhabillait, sans se presser, d'une main adroite.

- Je vous remercie néanmoins, avança-t-il à son intention. Elle me fait moins souffrir.
- Inutile de me mentir, Pygargue. Atÿe est la déesse de la guérison, et lorsqu'elle guérit, elle ne le fait jamais partiellement. Je n'ai pas réussi à refermer cette plaie. Le Père Adarien Jadar est prêtre d'Atÿe depuis des Tours. Il y arriverait, lui. Je promets de l'emmener jusqu'à toi si jamais nos chemins se croisent de nouveau.

Respectueux mais silencieux comme un lac, l'Impérial acquiesça du chef sans un mot. Il réclama une dernière faveur de Phadria, avant que cette dernière ne se retire. Elle recommanda la quiétude de son âme à Atÿe, et appela sur lui la bénédiction de sa Déesse. Le Pygargue craignait les mouvements dans la nuit, mais pour elle, c'était au lever du jour que les ténèbres, paradoxalement, s'abattraient sur le Nouveau Monde. Sur Teikoku, pour être exact. Car le cheikh Abad el Shrata s'apprêtait à destituer le Roy, et prétendait marcher bientôt sur la capitale. Les affres de la guerre étaient terribles.

- Tu ne devrais pas emmener ton garçon avec toi, souffla-t-elle. Laisse-le en arrière. La guerre fait des ravages dans les rangs comme dans les cœurs.
- Palomar me suivrait jusqu'aux antichambres des bas-enfers, sur une demande, un geste ou un sourire de moi.
- Si tu le laisses combattre à tes côtés, laissa tomber Phadria de la douceur entre les mots, c'est que tu es près, capitaine,  à l'enterrer dans le cas où il ne survivrait pas.

Un silence lourd de mots s'abattit dans l'intimité de leur tente.

- Je ne suis qu'un esclave, Dame.
- Il n'existe ni esclave, ni maître, sous le regard d'Atÿe. Si tu le laisses venir, alors tu dois être près à en assumer les conséquences. Toutes les conséquences.

Un instant, elle se perdit à la contemplation aveugle de son amant, dont les traits lisses et fermes appelaient les baisers. Lui aussi, à l'époque, n'avait pas supporté la seule idée de devoir la perdre. Alors, il l'avait laissée en arrière. Elle n'avait pas compris. Elle avait pleuré. Elle l'avait haï. Incapable de fuir ce regard qui l'appelait et l'enchaînait à elle, le premier soir, il avait retardé son départ. Un poing géant, cette nuit-là, s'était amusé à leur compresser le cœur à tous les deux. Puisses-tu pour comprendre ma peine ne pas avoir à la subir, disait-il. Ne...ne me regarde pas comme ça. Je dois y aller, tu sais que je dois y aller. Elle l'avait retenu, attaché son âme à la sienne. Malgré le destin jaloux, mourrons ensemble. Je t'aime depuis le premier jour.

Mais il était parti. Et pour toutes explications, pour toute réparation, il lui avait laissé une lettre.  

Attends moi, je reviendrais, écrivait-il.

Attends de tout ton cœur !
Attends, quand la pluie sans douceur te chuchote de laisser tomber.
Attends, quand la neige tournoie, quand le soleil rougeoie.
Attends moi, et je reviendrais.


Deux Tours et demi étaient passé. Il n'était toujours pas là. Pressée par l'amour en proie à son délire, Phadria se releva et quitta la tente. L'excitation de l'âme avait laissé place à la tristesse du cœur, et au-dehors, sous un ciel étoilé, la lune pleine et brillante comme un soleil resplendissait. Atÿe, mon amour doit-il souffrir longtemps encore ? Jusqu'à ce qu'il en meure ? On disait sur Ryscior que l'astre lunaire était la mémoire de Finil. Pour Phadria, il n'existait dans tout l'univers de plus grande empreinte liée à Atÿe que cette lune-là. C'était elle qui avait présidé à son union avec Théoden, cette nuit-ci à bord de la Wicked Wench.
Phadria n'avait qu'à lever la tête afin de contempler, au loin, les silhouettes massives de la chaine de montagnes qui titillaient les nues. Que n'aurait-elle tout plaqué, là, maintenant, afin de l'y rejoindre ! Il était juste là. Derrière ces montagnes gigantesques, elle le savait. Par deçà les mondes connus. Àla fois si proche, et si loin. C'en était que plus douloureux.

Phadria croisa la route du jeune Palomar, qui lui demanda si elle désirait un peu de compagnie pour la soirée. N'importe quel autre soir, elle aurait accepté volontiers. La chaleureuse présence de Palomar, la fougue du jeune Nadheeri, contrastant avec l'austérité de son ami Impérial la réjouissait, et lui faisait paraître le temps moins long, l'absence d'Argorg et de Sirk moins oppressante. Mais ce soir, la lune était pleine.

Il n'était guère recommandable, même pour les soldats du cheik, de s'éloigner du campement. Dès le lendemain, le cheik El Shrata conduirait ses troupes à la bataille. Personne ne parvenait à dormir dans le camp des colons. Néanmoins, Phadria parvint à laisser derrière elle le campement et ses palissades de bois sans être inquiétée. Les nuits sur le Nouveau Monde étaient splendides. Tant différentes de celles de l'Ancien Monde. Mille lumières, mille oiseaux, mille chants balayaient les herbes, les arbres et les nues. Les tonalités des plantes et des arbres, si particulière en cet endroit du monde, si neuves, la fascinaient. Il n'y avait pas, sur tout le continent, de cent mille écus de rentes ni de trésors qui puissent contenir cette beauté-là, si sauvage. Inviolée. Au milieu de ces troncs de feu gigantesques, de ce ciel ouvert sur l'infini, et ces milles odeurs, le paysage passait pour Phadria avec la parure de ses plus belles teintes azurées.

Elle savait qu'un lac se trouvait plus bas, et c'était là que la belle désirait se rendre. Le cheik El Shrata insistait pour qu'en quelques entreprises que ce fut, tous ses hommes -et par extension Phadria- devaient toujours demeurer chaussés. Les accidents bêtes arrivaient vite. Le Nouveau Monde était peut-être une perle, mais une perle qui pullulait de prédateurs se mouvant au sol, dont certain n'étaient pas plus gros que des puces, et il ne demeurait pas rare de marcher sur un serpent qu'on ne pouvait voir, ce dernier s'enroulant autour du mollet du malheureux en ultime moyen de défense, y plantant ses crochets, et l'envoyant au prix d'un poison qui faisait mal passer de sales heures cloué au fond d'un lit, le corps livré au feu.

Phadria avait l'étrange impression d'être suivie, et plusieurs fois elle se retourna, prêtant œil et oreille à quelconque prédateur ou naturel, mais n'en contempla aucun. Elle descendit au lac, et la sérénité de l'endroit l'apaisa. C'est victoire, songea-t-elle, de fuir quelquefois l'appât de la vie de camp et le régal de tout-un-chacun. Elle s'agenouilla auprès du lac, le cœur gonflé de tristesse quand dansait devant ses yeux émeraude le nom et le visage de celui qu'elle aimait. Un grondement, à dix pas derrière elle la surprit, puis elle partit en rire en reconnaissant le chat borgne qui la rejoignit en deux bonds. Attila était l'héritage qu'Argorg avait -bien involontairement d'ailleurs- laissé pour veiller sur elle avant leur séparation. Et l'animal semblait prendre sa tâche très à cœur. Ce monstre de muscles, de griffes et de fourrure impressionnait toujours Phadria. Dressé sur ses deux pattes, il était bien plus grand qu'elle, et un coup de dent de sa part était bien capable de déposséder un homme d'un bras ou d'une jambe.

- Attila. Gentil, Attila. »

Docile comme un gros chat -ce qu'il était-, le fauve vint se poser tout près d'elle, et la belle put tirer jusqu'à elle cette grosse tête pelucheuse aux iris ouverts sur des mondes qui n'appartenaient qu'à eux. Non sans un grondement guttural, Attila n'émit aucune restriction, et le front de la jeune femme put baiser le museau embué de la bête. La compagnie d'Attila lui faisait chaud au cœur également, et elle s'étonnait de le voir toujours près d'elle, à veiller. Elle s'était étonnée, aussi, de s'être autant attachée à ce chat gros comme cent chats, et qui puait comme tout un régiment. Délaissant enfin la compagnie de son ami à quatre pattes, Phadria noya son regard humide dans celui du lac stagnant, gros de pleurs.


Plonge en mes eaux profondes, je t'ai fais mille promesses. Et t'informe d'un secret qui fait ma détresse. Oh, mon amour. Sois à mon image ce nageur solitaire, qui vient laver sous la lune sa folie et sa misère.


Pendant que l'âme de Phadria était toute-entière occupée à assiéger d'amour céleste toutes les portes de ses pensées, elle soupira de fatigue, et entreprit de se concentrer sur une buche de bois trônant à deux pas d'elle. Une buche de ce bois bleu, si intense, si vivant, qui ne pulsait qu'ici, sur le Nouveau Monde. Elle avait repris la sculpture ces derniers jours, usant de cet art afin de passer le temps, évoquant les choses du passé, les choses incertaines, la disparition de ses amis, les promesses de son amant. Ainsi, elle portait sur elle une petite lame, dont la taille fine prévalait sur la coupe du bois. Elle adorait donner forme à ce bois bleu qui abondait. Phadria entreprit donc, sous le regard de la lune pleine, de donner vie à ce qu'elle tenait entre ses mains. Ses pensées allaient à la Wicked Wench. Des éclats de bois lui entaillèrent les bras et la poitrine mais elle ne s'en souciait pas, car la buche, devant ses yeux, prenait forme. Chaque coup de lame l'approchait de son objectif final, et elle les portait avec l'ardeur d'une guerrière. Après le dégrossissage, Phadria utilisa la pointe de sa lame afin d'affiner les formes de la quille de la Wench qu'elle désirait offrir au bois. Bien sûr, elle ne sculptait là rien de griandose. Simplement une maquette grossière d'un navire qui aurait pu être n'importe lequel, selon quels yeux se posaient au-dessus. Phadria maniait la lame à la façon d'une gradine, réservée au travail de précision sur les sculptures traditionnelles telles qu'elle en avait vu en Tahar ou à Kelvin. Et elle la maniait avec le même respect qu'une épée. Du bout des doigts, elle vérifia les textures de la surface qu'elle venait de rectifier. Enfin, le cœur gros, elle laissa aller la minuscule embarcation entre ses mains, sur la surface endormie de l'eau argent, qui s'y maintint avant de faire naufrage quelques pouces plus loin, doucement, avalée par le reflet de la lune sur les rides plates.
Théoden, mon cœur a pris des yeux je crois, pour contempler de toi le beau et la vie. Et à présent, j'avance seule sous une forêt d'abîmes et sans feux. Et loin de ton reflet ; que ferai-je de mes yeux ? Phadria contempla un instant les cercles mourant sur la surface de l'eau, à l'endroit où venait de sombrer la Wicked Wench. Sans faiblesse et sans bois vit l'amour et le feu, songea-t-elle. Mais les larmes font mourir les deux. L'eau était sous le feu, comme elle était sous les cieux. Mais le bois de ce feu-là ne se pouvait consummer.

Une larme tomba de la joue de Phadria, cette nuit-là, et vint s'écraser sur le sol du Nouveau Monde. Il n'y en eut qu'une seule, fussent pour témoins le lac, les étoiles et oiseaux de nuit. Et la lune. La lune enceinte d'on-ne-savait quoi. L'aube nous le dirait.

Sans un bruit, Phadria Red ôta alors un-à-un ses vêtements, et s'élança aux bras des eaux paisibles. Une immersion totale lui fit le plus grand bien, et elle se sentit respirer à pleins poumons, et à plein cœur. Pour obéir à ses pulsions dont elle connaissait parfois la fantaisie, et teintée de toute la féminité qu'elle puisse contenir, jouissant pleinement, pour une fois, de la solitude, Phadria rejeta sa crinière flamboyante à l'arrière de sa tête et entreprit de gagner la rive opposée à la nage, au regard des étoiles et de la lune. Et au regard d'Atÿe.

_________________
Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main
Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.


Dernière édition par Phadria Red le Dim 27 Aoû 2017 - 12:28, édité 1 fois
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Commodore Theoden
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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Dim 15 Jan 2017 - 21:28


“On passe une moitié de sa vie à attendre ceux qu’on aimera et l’autre moitié à quitter ceux qu’on aime.” -Victor Hugo

Avalon, la cité bénie. Elle s'était trouvée perdue dans les étendues démoniaques comme un îlot de sable blanc dans une mer agonisante. Théoden n'y avait mit les pieds que depuis quelques heures, et pourtant déjà il lui semblait que la cité blanche redoublait d'éclat.
Il fallait dire que cette nuit qui tombait n'était pas n'importe quelle nuit. Surtout ici, à des milliers de lieux de la moindre colonie humaine. Ce soir, la lune serait pleine. Théoden en devinait déjà les rondeurs, et l'éclat. Appuyé sur le rebord d'un balcon.
Tout en haut des septs niveaux d'Avalon, le Hérault nouvellement nommé avait une vue imprenable sur les terres alentours. Jusqu'au mur d'enceinte extérieur, par delà les champs. Il ne savait pas trop comment il s'y était mit. D'ailleurs, ça s'était plus imposé à lui que l'inverse. Une pipe calée entre les dents, Théoden attendait au dehors. Ses yeux clairs allaient et venaient entre les tours nacrées de la cité, en attendant que son amour se montre par delà l'horizon.
Le temps que le soleil disparaisse semblait s'étirer de plus en plus, retarder continuellement ce spectacle qu'il attendait avec impatience. Cette nuit serait une des premières nuit paisible que connaîtrait le Commodore depuis son départ. Malgré ce destin curieux que les dieux semblent lui avoir réservé. Malgré l'omniprésence de la mort, et la perspective pressante d'une damnation éternelle. Ce soir, son esprit était vide de ses problème. Parce qu'il attendait, le coeur gonflé de mélancolie qu'apparaisse enfin la Lune.

Lorsqu'elle arriva enfin, ce fut avec lenteur et paresse. Deux mots qui se muèrent en langueur, dans l'esprit de Théoden, qui revoyait ça et là des souvenirs de Phadria, perdue entre les draps de sa couche à la veille du départ de l'Odyssée.
Ce fut comme un choc, tant ce vision bouleversa le Commodore. Toute la morte ville d'Avalon s'éveilla soudainement, l'éclat de ses façades rescussité par la lueur nacrée qui avait embaumé le ciel. Il ne fallait pas pleurer.
D'un coup d'oeil sur la gauche, Théoden devina la silhouette du garde qui allait le surveiller toute la nuit. Alors il tira à nouveau sur sa pipe, tentant de noyer la lueur chagrine de ses yeux dans des volutes de fumée.
Que diraient-ils, ces soldats, si ils voyaient celui qui allait les mener au combat pleurer face à un levé de lune ? Théoden balaya cette question en même temps que cette purée de poie blanchâtre qui lui brûlait les yeux. Il se redressa, tourna les talons et retourna dans cette petite chambre que les Soeurs Supérieures de la ville eurent l'amabilité de lui prêter.
C'était déjà mieux que la cellule qui lui était destinée à l'origine.
En passant devant un haut miroir de cuivre poli, Théoden se figea. Il n'avait guère prit le temps de s'attarder sur son reflet ces derniers temps. Il ne réalisa que là à quel point l'Odyssée avait mit son corps à mal. Son coeur et -qui sait- sans doute beaucoup plus.
Les lunes entières de privation avait creusées ses joues, amincie sa silhouette, et taillées sous ses yeux des ravines de fatigue. Sa chevelure blanchissait, sa moustache et son bouc négligé viraient au poivre et sel. Et de minces cicatrices parcouraient l'intégralité de son visage, mordant ses joues et ses tempes.
Souvenir de cette fois où il avait plongé tête baissée dans une faille démoniaque.
Ses habits avaient eux aussi soufferts. Pas que sa longue cape bleue, qui était en lambeau sur une pleine moitiée de sa hauteur. Mais aussi sa veste de cuir, ses bottes...
Un bruit derrière la porte le fit sursauter, et porter sa main à sa rapière. Continuellement à sa ceinture. Même ici, dans cette cité abritée des démons.
Puis ce fut de nouveau le silence. Sans doute n'était ce rien, rien d'autre que son imagination.

Prit de soudaines bouffées d'angoisses, comme souvent depuis quelques temps, Théoden s'en alla prestemment vers une commode dans un coin de la pièce. Il y trouva un bol d'eau clair dont il s'aspergea en vitesse, avant d'y plonger sa tête.

L'eau est une bien étrange matière quand on y pense. A mi chemin entre le solide et l'evanescent. Un élément à la fois ferme et inconstant. On pourrait s'y plonger, sans savoir où ses courants nous porteraient. Comme si Ariel lui avait confié une volonté propre. Le désir inébranlable de se mouvoir, peu importe les circonstances et les contraintes.
Cette nuit là, un phénomène tout à fait inhabituel surprit Théoden. La tête au fond du bac, il se sentit soudainement baloté. D'abord doucement, comme si des vagues lasses taquinaient ses flancs et le repoussaient sur une plage paisible. Puis ce fut un véritable tourbillon qui le faucha. Qui le balota ça et là. Sans trop savoir comment, lorsqu'il rouvrit les yeux, il ne vit pas le fond cuivré de son bac. Mais des plantes, dansant langoureusement sous l'eau.
La surprise l'ébranla tant que le Commodore dû se pincer à plusieurs reprise avant de réaliser. Il regarda autours de lui, craignant s'être de nouveau trouvé aspiré dans un songe divin. Mais il n'y avait là ni épave, ni froide lumière. D'ailleurs, il réalisa bien vite qu'il ne pouvait pas respirer ! Quoi de plus normal ? Il était après tout sous l'eau.
Alors il se mit peu à peu à nager vers ce qu'il reconnu comme étant la berge. Il faisait véritablement de son mieux, grandement alourdit par tous les vêtements qu'il portait. Tous ceux qu'il portait à Avalon, en tout cas. Où il était ? Il était impossible de le dire. Mais il faisait toujours nuit. La lune. Elle scintillait loin au dessus de la surface. Et ses rayons lui éclairaient le chemin. A travers les bras avares des algues d'abord, puis les roches brisées. Et les galets.
Sur son trajet, quelque chose retint l'attention de Théoden.
Une petite barque. Une embarcation curieuse, sommairement taillée dans une pièce de bois à la couleur étonnante. Ce navire là coulait, gros comme un coffret à bijoux. Théoden n'eut qu'à tendre la main pour l'intercepter. La coque se posa dans sa paume sans mal. Ca aurait pu être n'importe quelle maquette, si il n'y avait pas ces figures sur la poupe. Pour tout dire, Théoden en fut troublé. Le gabaris de la coque, les décorations évoquées... pour un peu il songeait au Wicked Wench, mouillant à Heavens Bay.
Pressé par l'oxygène, Théoden reprit sa lage lente. Tant et si bien qu'il pu pratiquement émerger quelques brefs instants après. Sans courants, sans écume sur son visage, il comprit rapidement qu'il n'était pas au bord d'un océan. Mais d'un petit lac. Un petit lac bordé de forêt, et couvert d'une brume épaisse. A moins que la brume ne vienne de lui ?
Il se sentit étonnement faible, dans cet épais voile nacré. Sortir de l'eau fut un véritable supplice. Il ne réalisait pas que son corps se formait là, à mesure qu'il quittait la litière tranquille des fonds du lac.
Comme si son esprit avait été envoyé dans le corps d'un autre, comme si la nature recomposait une demeure à son âme, Théoden posa un pieds maladroit sur la rive. Pour que le second puisse rejoindre le premier, il lui fallut un instant. Les volutes de fumée qui l'entouraient besognaient avec hâte, dans des tourbillons hâtés.
Il avança, peu à peu et leva les yeux. Il avait furieusement froid, dans ses vêtements imprégnés d'eau claire. Mais au dessus de sa tête brillait une lune qu'il n'avait pas vue depuis longtemps. Une lune débarrassée de la noirceur d'Albion.
Etait-il revenu sur le Continent ? Tout un tas de question se bousculaient alors dans l'esprit de Théoden, qui distingua à travers le brouillard une silhouette féminine quasi familière. Comme un de ces mirages auxquels il a dû s'habituer lors de ses terribles nuits de solitude.
Ce n'était pas là n'importe quelle femme qu'il vit. Sans doute ces bouclettes et ces formes si familières eurent raison de tous ses questionnements. Il se prit à sourire, niaisement en retrouvant ce visage qu'il s'était efforcé de ne pas oublier. Elle lui apparaissait de plus en plus clairement, quittant elle aussi les eaux du lac.
Des yeux scintillants, un nez mutin et des lèvres pulpeuses. Même ses cheveux teints, Phadria n'aurait su échapper aux yeux clairs de son compagnon, qui tenta un pas en dehors de son abris de brume.
Elle, elle l'avait remarqué depuis plus longtemps. Il ne l'avait pas vue s'approcher, trop sonné par ces retrouvailles. Il n'avait pas réalisé qu'elle lui parlait, jusqu'à ce qu'elle se jette dans ses bras, et ne lui arrache ce qui fut le plus maladroit et pourtant le plus doux des baisers.

Elle n'avait pas même prit le temps de se sécher ! Tant mieux, à vrai dire. Théoden ne se serait pas vu attendre. Et comme si ce baiser lui rendit la raison, il retrouva pas à pas ses esprits. Les volutes de nuage qui l'entouraient achevaient de se dissiper plus loin.

"- C'est toi...C'est bien toi ! Mon amour !"

Fermement campé sur la berge, Théoden l'avait reçue sans même reculer d'un pas. Elle était si légère, de toute façon. Une véritable plume, comparé au fardeau qu'avait été l'éloignement ! Théoden s'efforçait de quitter son sourire niais, en vain. Il était bien trop heureux de se trouver là, peu importe comment ou pourquoi.

"-Bien sûr que c'est moi ! Tu ne me reconnais déjà plus ma belle ?

- Mais...tu..."

Après un bref recul, le temps d'observer ce qu'il restait de son compagnon, Phadria se blottit de nouveau contre lui, serrant avec plus de force encore son marin. De retour le temps d'une parenthèse bénie.

"- Tu m'as tellement, tellement manqué !" s'exclame-t-elle, en se pressant toujours plus contre lui, jusqu'à le forcer à reculer d'un pas.

Théoden se mordit un instant la lèvre, glissant une de ses deux mains derrière la nuque de Phadria. Il la détaille un instant du regard avec un sourire maladroit.

"-Eh bien... parles moins. Et embrasses moi plus ! Madame la rouquine."

Il est taquin, le Théoden qui n'ose pas chercher lui-même son baiser ! A vrai dire, il n'a jamais été très doué, pour les quémander lui même. Fort heureusement pour lui, le message semble passer. Et tous deux s'embrassent de nouveau, rivés l'un à l'autre comme du lierre contre un tronc de chêne.
Tout en parcourant son visage de ses lèvres, Phadria leva une main sur la joue de Théoden, qu'elle caressa langoureusement. Elle y découvrit ses nouvelles plaies, les marques de son pénible voyage. Et surtout, la vieillesse soudaine qui l'a rattrapé, sous le coup de la mauvaise influence des démons.
Mais ici, loin d'Albion la maudite, Théoden retrouve un peu de sa jeunesse. Libéré de ses fardeaux.

"- Tu n'as pas changé..." murmure-t-elle "Je savais que je te reverrai. Que tu reviendrais ! Tu es toujours aussi beau !"

Et elle vient se serrer contre lui, très fort, pour le caliner. Elle s'épargne, ce faisant, le désolant spectacle d'un homme sanglotant en silence, les yeux levés vers la lune. Son visage s'inonde de pénibles larmes, scintillantes sous les étoiles, alors qu'elle semble s'offrir un instant pour profiter des battements paisibles du coeur de Théoden, contre son oreille.

"- Je savais qu'Atye veillerait sur toi" finit-elle "...Sur nous deux.

-Je t'avoue que... je ne sais pas trop comment..."

Il s'interrompt un moment, sentant sa voix trop hésitante pour continuer. Il ne veut pas inquiéter Phadria, qui trouvait là une certaine quiétude contre lui. Même sur la pointe des pieds, nue et trempée. Alors Théoden laisse un rictus bienheureux lui échapper, tout sourire et caresse avec une lenteur parfaitement contemplative la longue chevelure de Phadria.

"-Ni grâce à qui... mais je suis heureux d'être là..."

Il embrasse la jeune Phadria sur le front, avant de lui faire remarquer.

"-J'espère que tu n'as pas prit l'habitude de te promener sans vêtements, tout de même ! Ce n'est pas que ça me soit désagréable de te retrouver ainsi, mais je ne suis pas véritablement le seul homme dans ces bois, j'imagine."

Il rit un instant, amusé de sa propre blague -comme souvent- et jette un regard alentours. Dans l'absolu, même si Théoden ne reconnaît pas ces étranges contrées à l'herbe bleue, il se doute que Phadria n'y a pas atterrit seule. Mais elle ne semblait pas s'en soucier, souriant jusqu'aux oreilles. Alors elle releva la tête et attira paresseusement à elle le visage de Théoden, afin de l'embrasser à nouveau.
Savait-elle qu'il n'y avait vraiment que ça pour le forcer à abandonner l'idée de tuer quelqu'un ?

"- Tu es le seul !" lance-t-elle, l'air de rien après avoir relâchées les lèvres de Théoden
[30/12/2016 16:17:44] Théoden: Théoden étouffe un nouveau rire, avec une moue pleine de fausse méfiance.

-Il y a intérêt !"

Fait-il, tapotant d'une main le mousquet qui pend à son ceinturon. Bien inutile de toute façon, vue la quantité d'eau qui en dégouline depuis quelques longues minutes.

"-Parce que si quelqu'un essaye de t'enlever à moi, je peux t'assurer qu'il aura une très désagréable surprise."

Tous deux échangèrent un rire complice et Phadria reposa sa tête sur l'épaule de Théoden. Il reprit ses lentes caresses, tout sourire. Le rouge lui allait rudement bien, il en était persuadé. Mais pourquoi ce changement ? Deux tours et demi avaient passés, ils auraient sans aucun doute beaucoup de choses à se dire.
Pour l'heure, Phadria semblait tout à fait insouciante, se dodelinant presque sur ses pieds.

"- Personne, personne ne pourra jamais m'enlever à toi. Ni toi à moi !"

Son exclamation le fit sourire, comme il n'a jamais apprit ce qu'il était arrivé à sa belle depuis son départ.

"- Je plains l'idiot qui essaiera.." termine-t-elle, dans un souffle.

Théoden ne répondit guère cette fois, souriant simplement. Une chose était sûre, alors. Après avoir affronté son propre père, des hordes de démon, un serpent de mer maudit, et une faille démoniaque, il était prêt à tout pour s'assurer que Phadria ne lui soit pas enlevée. A vrai dire, malgré la pleine lune, l'étreinte chaleureuse de sa belle et le soulagement de leurs retrouvailles, une ombre planait sur leur clairière.
Il la chassa vite d'un revers de la main et retrouva dans l'instant un grand sourire, franc et honnête. Celui de quelqu'un qui ne se reproche vraiment rien, et qui est persuadé de vivre un conte de fée...
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Mer 25 Jan 2017 - 16:40





Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Baudelaire




« Je ne la connaissais pas, celle-là...

Balançant sur ses chevilles, Phadria caressait gravement le sillon qui marquait le visage de son compagnon, légèrement au-dessus de la pommette. Après plus de deux Tours de séparation, la belle le trouva étrangement fatigué. Quelques nouvelles rides marquaient son front et le pourtour de ses yeux clairs, se le disputant avec bon nombre de récentes cicatrices ou blessures de guerre plus-ou-moins fraîches. Et il les avait toutes superbes. Emportée par un mouvement de folie, toute à lui, Phadria se pressa de nouveau contre ses lèvres. Après avoir erré si longtemps par-delà le monde connu, comment savoir quels genres de maux oppressaient son amant ?
Après son vrai et si bien acquis baiser, Phadria se laissa transporter par la chevelure nouvellement coupée de son Commodore ! Dieux, que cela lui allait bien ! Et sa mémoire cruelle se mit à lui retracer les moindres parcelles de sa physionomie le jour de leur séparation ! Il avait physiquement changé ! A l'époque, elle aurait pu jurer sur l'équité d'Atÿe qu'il aurait été impossible pour un homme de paraître plus beau qu'il l'était, lui. Aujourd'hui, elle se rendit compte qu'elle s'était trompée. Le changement lui plaisait, à elle, et, l'âme pleine d'amour, elle pouvait sentir son cœur battre de l'aile lorsqu'il la serrait ainsi contre sa poitrine !

Alors que son beau Commodore laissait danser dans sa main la sienne, effleurant du bout des doigts la cicatrice qui traversait de part en part la paume de la belle, elle s'élança tout avant, le tirant derrière elle !

''Je n'ai jamais rencontré nulle part au monde quelqu'un que j'eus aimé autant'' disait-elle. Et à sa course se mêlaient les propos du Grand Ours, sur la Verte.


''Ceux qu'on aime finissent toujours par revenir.''


Chaque seconde était un rêve. Chaque pas une bénédiction. Fini de rêver tout éveillée à ses yeux gris, à ses bras tendres et aux petits soupirs qu'il poussait lorsqu'il l'embrassait ! C'est se vouer à l'enfer qu'aimer autant ! Tout près d'eux, l'eau du lac était calme et cristalline comme un miroir. Nue comme à son premier jour en ce monde, Phadria l'entraîne toujours plus avant, de plus en plus pressée, dans une course effrénée au cœur de l'herbe bleue de ce Nouveau Monde ! La lune éclairait la rive basse, ce pourquoi on la voyait si bien dans les ténèbres. Devant les deux amants, crevant les frondaisons et les appâts de la jungle brillante comme l'argent, un arbre gigantesque trônait avec majesté, prenant ses racines, gigantesques, serpentines, jusqu'à l'intérieur du lac.
Et voilà Phadria qui pousse derrière elle son marin ! Gravissant les racines, si larges, si courbes, bondissant comme elle bondissait le long des agrès, à l'époque ! Son corps était froid comme le marbre pourtant un incendie brûlait sous son sein. Prenant toujours plus de hauteur, ils purent bientôt voir les eaux paisibles apparaître et s'éloigner sous leurs pieds.

- Attends, je crois qu'on est suivi !
- C'est mon tigre !
- Ton quoi ?

Peinant à suivre, tout encombré qu'il était par la charge de ses vêtements et de son équipement, Théoden manqua de peu de basculer lorsqu'un chat gigantesque au pelage rayé passa en trombe tout près de lui, en deux bonds, frôlant le flanc de sa belle, avant de disparaître derrière le tronc gigantesque ! En une série d'autres bonds, le prédateur avait déjà disparu. C'est qu'il n'existait pas d'arbre aussi gigantesque sur tout le Continent ! Le tronc faisait bien des centaines et des centaines de pieds de hauteur ! Phadria, par traction sur la main de son compagnon, le prise bien de ne pas s'arrêter ! Et son expression vaut à elle-seule tous les charmes de la nature ! Il était à elle, cette nuit là, et jusqu'à ce que la lune se cache et renaisse à nouveau.

Regrettant déjà la douceur de ses étreintes, la voila qui ralentit sa course folle au-dessus terre et eaux afin de lui voler un énième baiser. Et avec de l'adresse qui n'est plus à démontrer, Phadria sait attirer l'audace de tels embrassades jusqu'aux baisers de sa bouche en fleur ! A chacun de ses pas, des nuées d'insectes lumineux prennent leur envol en bourdonnant et tourbillonnant autour d'eux. Et le bruissement des oiseaux entre les feuilles les plus basses fait écho au bazar tapant contre la hanche du Commodore ! Il sembla à Phadria, qu'à chacun de ses pas, la brume s'épaississait davantage, et elle dû aiguiser davantage son regard avant de bondit d'une racine à une autre, franchissant un gouffre de plusieurs pieds avec une légèreté amusée ! En proie à l'ardeur de son amour qu'elle a tant de peine à repousser, elle n'a nul besoin de réceptionner Théoden qui, bien que chargé, semble aussi vif qu'à leur premier jour ! Phadria voit son courage : il faisait un joli contraste avec la naïveté de ses dernières entreprises, se plait-elle à songer !

S'engouffrant alors dans ce qui semble être un renfoncement naturel tout près du tronc massif, outrepassant un rideau naturelle de feuilles dansantes et de lianes tombant, elle peut enfin voir ce dont la nuit elle rêvait. La suivant de près, Théoden ne peut esquiver l'épaisse draperie de lianes qu'elle lui renvoie, l'air de rien, riant de tout. Elle avait des façons, vraiment, de désoler un pauvre amant que c'en était vraiment charmant !

Le bras et une partie du torse emmêlé dans tout ce beau monde, Théoden ne semble néanmoins pas contrarié. Se dégageant avec les dents le poignet en une fraction de seconde, il ne tarde pas à rejoindre sa belle déjà allongée sur un voile de verdure. Le tirant par le col de sa chemise jusqu'à elle, Phadria se ferait bien à l'idée de l'avoir impatienté. Une larme coule sur sa joue, s'écrasant avec lenteur sur la rondeur de son sein. Et c'est avec des mots imprégnés de musc qu'elle peut enfin laisser glisser à l'oreille de son amant :

« La lune est déjà haute. Tu attends quoi pour me faire l'amour ? »

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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Mar 22 Aoû 2017 - 20:47

En vérité, ce soir là, Théoden ne pu attendre d'avantage, avant d'allonger son amour dans les herbes tendre du Nouveau Monde. Là, entre deux racines d'un arbre monumental, dans l'insouciance parfaite de l'amour qui se retrouve et se redécouvre, le Capitaine abandonna à Phadria toute sa tendresse pour elle.
Une tendresse qui, libérée de la pudeur et de la retenue se mue rapidement en passion. Une passion ardente, depuis trop longtemps frustrée.
Une étreinte, puis un baiser. Et rapidement, Théoden abandonne son lourd attirail. Celui qui le réchauffe ; mais pourquoi en aurait-il besoin ? Cette nuit là, seule Phadria comptait. Et elle savait parfaitement comment combler le vide glacial qui occupait le coeur de son amant. Il abandonna son arme dans les herbes hautes. Pourquoi en aurait-il besoin ? Phadria avait beau être un petit brin de femme, allongée contre lui, il ne pouvait pas se sentir plus en sécurité qu'avec elle. Il n'y avait pas de démon assez capable pour tourmenter un si doux moment.

Le temps, ni Phadria ni Théoden ne le sentirent passer. Même si la lune retombait peu à peu sur l'horizon au dessus de leurs têtes, ils ne s'en souciaient à vrai dire plus le moins du monde. Parce que sans même le savoir, cette nuit d'amour aurait des conséquences imprévues sur leurs vies. Et même si il l'ignorait, ce serait de toute la soirée leur dernier instant de communion.
Alors tandis qu'ils étaient allongés l'un contre l'autre, après de longues heures d'amour, Théoden ne pouvait s'empêcher de sourire. D'une main paresseuse, il dessinait des cercles dans le dos de Phadria qui perlait de sueur. Mais ça ne l'embêtait pas. Lui aussi avait sué pendant ces dernières heures.
Tous les deux en tenue d'Adam, ils ne parlaient pas -pas encore- se contentant de ces instants de communion silencieuse.

Un sourire fendit soudainement le visage de Théoden, qui se souvint d'un poème qu'il avait lu quelques lunes plus tôt.

"-Nuit penchée au-dessus des villes et des eaux..." commença-t-il à mi-voix, écartant du dos de la main les quelques mèches de cheveux qui barraient le visage de Phadria.

"Toi qui regardes l’homme avec tes yeux d’étoiles," continua-t-il, en amant, se penchant sur elle pour embrasser sa tempe et sa pommette.

"Vois mon cœur bondissant ivre comme un bateau," alors il roula sur le dos, croisant ses bras derrière sa tête.

"Dont le vent rompt le mât et fait claquer la toile."

Alors, Théoden chercha dans les revers de son manteau une petit flasque, qu'il porta à ses lèvres et dégusta les eux clos.

"-Il me tardait de te retrouver, ma tendre Phadria." conclu-t-il, en posant sur son ventre la flasque ouverte, dégageant un doux parfum d'épices et de miel.
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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Mer 23 Aoû 2017 - 2:15

Spoiler:
 



Personne n'aurait pu obtenir de Phadria cette nuit-là qu'elle renonce à Théoden. Ni les hommes, ces créatures dévastées. Ni Ariel, portant en ses entrailles les tourbillons et les hydres de foudre. Ni même la lune, descendante, terriblement descendante, prête à embrasser l'horizon de sa lueur... Atÿe leur avait accordé une nuit, Phadria le savait. Mais quel pouvoir avait Atÿe, maintenant qu'elle était enfin entre les bras de son amant ? Pourquoi d'ailleurs, Atÿe, Déesse de l'Amour, déciderait de les séparer ? Que ferait la Déesse, si Phadria décidait de s'accrocher à Théoden, maintenant ? Si fort, avec tant de passion, de flammes, que même l'aube ne saurait les séparer. Théoden s'en irait ? Elle partirait avec lui ! La simple idée d'une nouvelle séparation la retournait toute entière !

Sur son visage, un instant de pâleur fut remplacé par une vive rougeur. Et Phadria vint se presser de nouveau près de Théoden. Entre ses bras, sa tête posée sur son épaule à lui, négligeant la crinière purpurine emmêlée sur sa nuque ambrée, Phadria s'abandonna de nouveau pleinement à l'homme qu'elle aimait. Théoden la gardait entre ses bras, son à oreille à elle tout près de son cœur à lui. Les Dieux eux-même savaient-ils s'il était possible d'aimer autant ? Phadria en doutait !

Que la lune tombe ! Que l'aube naisse ! Qu'Ariel rappelle son favoris ! Qu'elle tente de les séparer ! Qu'elle essaie ! Phadria n'était pas prête de lâcher le torse de Théoden, qu'elle enlaçait de toutes ses forces ! Elle l'embrassa. Ses lèvres avaient des senteurs d'épices et la douceur du miel. Elle aurait aimé pouvoir se fondre en lui ! Qu'il l'avale ! Comme il avait à l'instant avalé ces quelques gorgées de nectar sucré ! Et elle vivrait un éternel rêve de romance. Quel plaisir cela serait enfin. Périr par ses lèvres pour paraître en son cœur...

Mais son âme enfouie dans les yeux de son aimé la rappela tout-à-coup, avec une violence terrible, à la réalité ! Et Phadria se troubla, tout entière. Sous les doigts de Théoden, un frisson d'une rare violence la mordit des pieds à la tête, et elle sentit immédiatement se nouer sa gorge. Elle ne voulait pas que prenne fini ce moment ! Mais elle devait lui parler.... Franco.

Atÿe, j'offre ma vie pour que ce rêve ne finisse pas en cauchemar !

Ma vie pour qu'il n'apprenne jamais ! Pour qu'il ne soit jamais au courant ! Pour qu'il ne verse jamais les même larmes qu'elle-même avait versé ! Pitié...Tout mais pas ça. Quelle personne au monde voudrait devoir annoncer à la personne qu'elle aimait, yeux dans les yeux, la naissance puis la mort de son enfant ? C'était impensable ! Phadria songea alors qu'elle ne dirait rien. Son amant était tellement tourmenté. Que n'avait-il besoin de cela en plus ! Ce deuil, songea la belle perdue entre les bras de son beau marin, serait son deuil. Elle le lui cacherait, pour ne pas lui faire de peine. Franco, c'était de l'histoire ancienne ! Et sur terre, Phadria n'était plus Guadalmedina, mais bel et bien Red ! Elle laisserait derrière elle, à tout jamais, l'Alvaro de la Marca et les Grand'Eaux ! La terre serait son sanctuaire ! Elle conserverait son nom. Sur terre, elle pouvait aimer...

Et le jour où Franco rencontrera Théoden ? Le jour où Théoden apprendra la vérité...de sa bouche à lui.

Pitié, non ! Pas ça ! Quelle détresse cela serait pour l'âme de Théoden ! Oh, ce serait évident, il penserait qu'elle l'avait trahis ! N'y a-t-il pas d'autres moyens ? Personne pour me venir en aide ? Poourquoi devrait-elle pousser son amant vers un avenir où les baisers étaient en moins et les larmes en plus ? A présent, les yeux émeraude de Phadria cachaient un brasier ! Théoden, fort heureusement, regardait le ciel. L'éclat d'un sourire sur son visage était plus beau que le jour au regard de Phadria. Et elle devait briser cela... Ouvrez-moi les portes de la nuit, que je m'en aille et que je disparaisse...

« Phadria ? Tu m'écoutes ?

Elle n'avait même pas entendu qu'il parlait. Alors, avec la sensation d'un couteau en plein cœur, Phadria se retira de l'étreinte de son amoureux. L'éclat de la lune était assez intense pour que Théoden remarque ceux des yeux de sa belle. Il comprit que quelque chose n'allait pas. Sitôt qu'elle fut debout, Phadria s'enveloppa dans les creux du manteau de son amant. Elle s'y sentit bien. Mais Théoden se leva à son tour, il l'enlaça, la câlina. Atÿe, donne-moi la force...

- Phadria, reprit-il d'une voix soudain plus grave. Qu'est-ce qui ne va pas ?

Que le ciel mette dans ma prunelle la vérité. Qu'Atÿe mette dans mon coeur les mots. Un dernier regard à la lune. Si basse... Phadria se lança.

- Théoden. Quoi qu'il arrive...Quoi qu'il puisse se passer. Il faut que tu me croies !

Il s'écarta. Légèrement. Ses yeux l'interrogeaient. Il semblait perdu. Si beau.

- Je t'aime. dit-il à mi-voix, pressentant le désastre qui s'annonçait.

Il est loin d'en deviner l'ampleur.

- Je t'aime aussi. Je veux que tu le saches. Je veux que tu te répètes ces mots, lorsque tu doutes. Je veux que tu me croies. Je t'aime et je suis à toi pour toujours ! Ceux qu'on aime, mon amour, finissent toujours par revenir. Et même loin, ils restent toujours en nous...

Cette fois, Théoden avait tressailli. Phadria l'avait remarqué. En qui croira-t-il, si je l'ai trompé ?

- Je...Tu connais un pirate nommé Franco Guadalmedina ?

Le visage décomposé, Théoden fit "non" de la tête.

- Je devrais le connaître ?
- Non... En fait, je l'ai rencontré sur l'île de Kaer, peu de temps après notre séparation au départ de l'Odyssée.

Cette fois, il cilla comme si Phadria venait de le gifler. Ca n'est pas ce que tu crois.

- Tu as rencontré...quelqu'un d'autre ? hasarda-t-il.
- Non. Je. Oui. Non.

Phadria soupira. Elle devait se calmer. Je n'y arriverai jamais. Théoden avait l'air aussi grave, à présent, qu'un prêtre d'Atÿe à une pendaison.

- Qui est-ce ? tenta-t-il de nouveau.
- Un pirate qui...qui a...

Elle respira profondément, et tenta de tout lui expliquer depuis le début.

- Atÿe nous a unit à tout jamais Théoden, et rien ne changera cela. Il faut que tu saches ce qu'il s'est passé, ce qu'il m'est arrivé, depuis notre séparation, quand tu m'as laissé dans le palais sur La Verte.

Le frémissement d'un sanglot la prit de court et elle tourna le dos à son amant.

- Oh ! Si j'avais su. Oui, si j'avais pu deviner ce qu'il allait se passer par la suite ! Je te jure que je n'aurai jamais quitté ce palais ! Je t'aurai attendu, cinq Tours, dix Tours, toute une vie s'il le fallait ! Je n'aurai pas cherché à m'enfuir. Je n'aurai pas cherché à provoquer le destin ! Je ne serais pas partie, pour me faire terrassée par le sort ! Si j'avais su. Je le jure !

Elle le regarda alors, dans les yeux. Déterminée.

- Mais je n'étais pas celle-là, Théoden. Oh, mon amour, tu devais le savoir, en m'abandonnant sur l'île, que je ne me laisserai pas enfermer dans un palais ! Je n'ai pas réussi. T'attendre, là bas, sur La Verte ? Sans rien faire ? Attendre bien sagement ton retour ? Ou bien le chapelet qui m'annoncerait ta mort ? Non, c'était impossible ! J'ai rencontré un shaman sur La Verte, lorsque j'étais au plus mal, et qui m'a aidé. A partir de là, j'ai voulu aller de l'avant. J'ai renoncé à la piraterie. J'ai rejoins le culte de l'amour. J'ai déposé les armes. Je me suis rendue jusque sur Athor, revoir ma famille... Mon père. Mon frère. Tu sais, cela faisait des Tours que j'étais partie ! Je suis restée auprès d'eux plusieurs lunes, et j'y ai passé des moments merveilleux... En t'attendant. J'étais heureuse.

Dans cette épaisseur de la création, au sein des herbes hautes du Nouveau Monde, après un léger silence troublé seulement par le souffle du vent dans les feuilles, Phadria poursuivit, s'entourant de ses bras :

- Un jeune garçon que j'ai rencontré sur Athor...Hugo. Un poëte talentueux. Mais qui était amoureux de moi. Il a contacté la garde blanche de l'île voisine. Kaer. On m'a arrêté la veille du mariage de mon frère. Puis j'ai été passée en jugement sur Kaer. Le lendemain à l'aube, on me pendait pour mes crimes, sous Korlanos...

Elle n'avait pas précisé que le terme du procès avait été d'établir sa culpabilité momentanée. Le temps que naisse Artémis...

- Se trouvait là un autre pirate, qu'on devait pendre à mes côtés. Franco Guadalmedina... Il vient de Puerto Blanco. Je ne sais pas comment, ni pourquoi il était ici. On nous a passé la corde au cou, publiquement. Mais je m'en suis sortie. En fait...En fait, c'est Franco qui m'a sauvée. En se sauvant lui-même. Il avait des complices infiltrés parmi la garde. Je pense que tout était minutieusement planifié. Guadalmedina m'a emmené avec lui, en quittant les Îles de Jade. Il a bombardé le port de l'île de Kaer, sans retenu, avant de venir mouiller à Borto Pello à bord de son Alvaro de la Marca. Il y a eut un festin, le soir, une beuverie. C'est ce soir là, je crois me souvenir, que Franco s'est autoproclamé le Roi Pirate. Il a bien parlé et réussi à racoler pour sa cause la quasi totalité des hommes qui boucanaient là-bas. Son but était de voler le Nouveau Monde afin de faire renaître la piraterie sur Ryscior. Nous avons un peu parlé ce soir-là, sur la plage de Borto. Il avait bu. Il a essayé de m'embrasser. Je l'ai repoussé. Il savait que je souhaitais rejoindre le culte d'Atÿe. Il m'a brusqué. J'ai essayé de m'enfuir, mais il m'a rattrapé.
- Est-ce qu'il t'a...commença Théoden.
- Non. le coupa-t-elle. Il m'a juste embrassé.

J'aurai tout donné, tout, pour qu'il se soit arrêté à un ça. Un baiser. Un viol sur la plage merdeuse de Borto Pello. Et ne plus jamais entendre parler de lui.

- Mais le lendemain, il m'a fait une proposition. En fait je..je n'avais pas trop le choix. Il allait mettre le cap sur Puerto Blanco afin de préparer son expédition contre le Nouveau Monde. Son ultimatum était simple. Soit il m'emmenait avec lui, à bord de l'Alvaro, j'acceptais de l'épouser, je partageais le commandement et le titre de Reine des pirates avec lui, et je lui donnais un héritier, soit il me laissait pourrir ici.

Le coup fit mal à Théoden, mais il ne pouvait pas s'empêcher de le recevoir.

- Tu aurais dû refuser ! cria-t-il, la voix brisée. Des navires de passage en provenance des Îles de Jade seraient passés par Borto Pello, tôt ou tard ! On serait venu te chercher ! JE serai venu te chercher !
- Théoden, reprit Phadria la voix coupée de sanglots. Borto Pello n'est plus ce qu'elle était. Franco l'avait vidée de sa population ! La maladie y régnait en maîtresse ! Il y avait environ une femme pour dix hommes ! La seule façon pour elle de survivre était de se prostituer à eux tous ! Je ne voulais pas...
- Phadria...

Elle devait continuer.

- Je suis mariée à Franco. lâcha-t-elle finalement entre ses dents serrées.

Le glas. Théoden ne parlait plus.

- Je l'ai épousé sous le regard d'Atÿe, parce que je ne voulais pas voir notre fille naître et grandir au milieu de tous les vices de Borto...»

La lune tombait, doucement. Après cela, songeait Phadria. Qu'importait le soleil ? Elle n'espérait plus rien des jours. Car elle avait l'impression de voir mourir dans ses yeux l'âme de Théoden.


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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Mer 23 Aoû 2017 - 3:34

Un homme a toujours deux visages, dit-on. Celui qu'il montre en société, à son voisin ou à son banquier. Un visage ferme, avenant mais résolument fermé. Et celui qu'il garde pour l'intimité. Celui qui ne tient qu'en quelques sourires, en des rires ou de simples regards.
Mais que faire lorsque la frontière entre ces deux faces d'une même pièce se brouille, s'effrite et s'affaisse ? Qu'advient-il alors de celui qui se perd dans ses émotions, et qui se trouve engloutit par les ténèbres de la folie ? Dans le cas d'un deuil, toute perception de la bienséance disparaît. On pleure, on cris, on frappe des poings... Dans le cas d'une séparation, tout signe perceptible de joie disparaît, et l'on se met à lentement glisser sur les eaux de la mélancolie.
Dans le cas de Théoden, il n'y avait rien de tout cela. Au beau milieu de cette charmante nuit, qui devait lui permettre de souffler alors qu'il traversait littéralement les enfers, ce ne fut pas un drame qui lui éclata au visage. Mais bien trois. Alors que devenait cette pièce à deux face, qui en tout temps régissait son attitude ? Ce fut comme si soudainement, on lui vola. Comme si on le priva de tout ce qu'il était. De la capacité d'influencer son propre corps.
La terrible vérité était que Phadria s'était mariée en son absence. Sous le regard d'Atÿe ce qui, en son sens devait signifier que l'union fut sincère. Il tressaillit une fois. Phadria pu le voir, mais c'était comme si il était déjà loin. Ailleurs. Dans ce dernier refuge de l'esprit que l'on trouve lorsque l'on est assaillit de toute part. C'est ici, dans cette toute petite chambre que s'était caché Théoden, heurté encore et encore par les révélations de Phadria comme si un buffle venait de lui courir dessus.
Le premier signe de cette détresse, Red put le voir dans les yeux de son compagnon. Ils cillaient, ils s'éteignaient. Ils ne pleuraient pas, mais c'était comme si quelqu'un venait de souffler les bougies qui les animaient, comme on éteindrait une lanterne au matin. Et puis il y avait ce spasme. Une paupière qui tremblote, qui s'agite. Il semble prit de folie.
Les images qui se mettent à occuper son esprit lui inspirent les plus horribles sentiments qui soient. Du chagrin, bien sûr. Parce que ce Franco n'avait pas que fait ravir un baiser à Phadria. Mais parce qu'il lui avait ravit sa main, et ce serait quelque chose qu'il ne pourrait jamais changer. De la colère, ça oui. Parce que Théoden devenait un homme violent, et que sa possessivité l'avait poussé maintes et maintes fois à imaginer d'autres hommes tourner autours de Phadria. Des hommes qu'il fallait tuer, pour le seul fait de s'être imaginés avec elle. Des hommes qu'il fallait briser, qu'il fallait humilier. Même le soit disant gentil Hugo et ses poèmes. Que ferait-il, alors, de ses chansons une fois une rapière passée en travers de sa gorge ?
Il serra un poing, mais ça ne devait être que le début.
Parce que quand l'esprit est heurté par un trop fort traumatisme, il tente de composer. De recomposer l'histoire. Il se rattache à la logique tellement fort qu'il en vient à inventer. Dans l'ombre de Hugo, coupable d'offices de crimes aussi horribles que ceux de Franco, ainsi que du Pirate se dressèrent d'autres amants, d'autres poètes d'un soir. Les images qui assaillaient maintenant l'esprit de Théoden étaient faites de choses comme la guerre en montrait tous les jours. Des femmes trop jeunes, partagées par des hommes trop vieux. Il imaginait de grand sourires sadiques, des hurlements sordides, de la lutte. Et Phadria trônait au milieu de tout cela comme le fruit interdit que l'on croque encore et encore.
Cette fois, il tremblait complètement, exprimant sur son visage un bouquet d'expressions distordues horribles à l'oeil, qui devaient arracher à la pauvre Phadria son jeune coeur. De ses yeux, Théoden faisait tomber des flots de larmes agitées qui s'accrochaient tant bien que mal à ses cils, comme des grimpeurs sous un vent trop fort, et tombaient brusquement. Il n'y avait dans son chagrin rien de beau, rien de touchant. Il s'autodétruisait. Son visage tournait peu à peu au rouge, ses mâchoires se serraient. Puis arriva ce qui devait arriver. Du sang. Théoden se mit à en perdre, par le nez d'abord. La pression en faisait couler abondamment, à travers sa moustache grisonnante et jusque sur son torse. Puis par les oreilles. Il n'entendait plus, sinon de très loin. Phadria s'inquiétait, quoi de plus naturelle pour une âme si douce ? Mais il ne la sentait plus. Elle lui parla, mais sa voix ne portait plus assez pour l'atteindre, dans son refuge.
Puis, ce fut l'accalmie. Un bref instant durant lequel Théoden su desserrer le poing. Il agrippa sa flasque, dans une poigne tremblotante et la porta une fois encore à sa bouche. L'alcool coula dans sa gorge, et manqua de lui arracher un haut le coeur. Mais il s'empêcha de quitter le goulot des lèvres, se rattachant à sa boisson des deux mains comme si il eut s'agit de son dernier bastingage avant les abysses.
De l'alcool, il en bu. Encore et encore, quitte à s'étouffer. Il toussa, quelques fois. Du sang, surtout. Mêlé à ce qui aurait dû être le doux vin de leurs retrouvailles. Mais lorsqu'il se permit de respirer à nouveau, sa flasque de cuir retomba dans l'herbe, vide. Plus, il en aurait voulu plus. Comme si une soif désespérée le prenait, et que seul de l'alcool pouvait l'étancher. Mais il n'y en avait plus.
Alors il renifla, fixant ses mains sur ses genoux avec ce même air contrit qu'il affichait depuis toutes ces interminables minutes. Il renifla, sans songer que du sang emplissait sa gorge et toussa de plus belle.
Puis ce fut le silence. L'immobilité. Et finalement, la parole revint. Timide, éraillée. Absente. Ce n'était plus le même homme. Il ne restait que noirceur et déception dans sa gorge. Un goût amer, sordide. Celui de la ruine.

"-Notre...fi...fille ?" hasarda-t-il, la tête à demi penchée sur le côté. Comme si il cherchait à travers Phadria une signification à tout ce qui lui arrivait.

"-Artémis..." murmura Phadria à mi-voix, avançant timidement une main vers l'épaule de Théoden, avant de la retirer. Elle pleurait déjà avant. Ce ne fut que pire, lorsqu'elle dû remuer les souvenirs douloureux de son enfant.

Artémis... C'était donc le nom. Théoden se mordit la lèvre, sa gorge retenant un sanglot, qui se mua en un gémissement torturé. Son coeur se serrait.

"-Où...Où..." Théoden prit une grande inspiration, joignant ses mains, comme pour les empêcher de trembler. Elles n'en furent que plus agitées, serrées l'une contre l'autre. "Où est..."

Alors Phadria se courba en deux, comprenant la terrible question avant même que son amant ne fut capable de la prononcer.

"-Il l'a tuée..." finit-elle par lâcher, son visage enfouit entre ses paumes.

Les mots de Phadria se perdirent sous la haute canopée du nouveau-monde. Il n'y eut pas un bruit pour lui répondre. Pas un murmure, pas un sanglot. Pas un geste. De longs instants se mirent à s'égrainer comme ça, chaque seconde rendant plus lourde la prochaine. Théoden ne respirait plus.
Puis sa tête tomba lentement en arrière, son dos s'arqua. Ses yeux virent le ciel. L'éclat des étoiles lui échappaient. L'enfer était partout, désormais. Il cligna des yeux, lentement, puis un frémissement lui secoua l'échine. Et soudainement, ses poings se serrèrent, et il hurla.
Il hurla avec toute la force de ses poumons. Il hurla avec toute la rage enfouie dans ses tripes. Il hurla avec tout son désespoir. Il fallait bénir Virel de ne pas l'avoir doté de mousquet à ce moment là.
Sa voix emplit la voûte de la forêt, déchirante. Son âme le quittait, avec toute sa joie et tous ses espoirs. Ce n'est que lorsque ses poumons furent vide, et qu'une toux gorgée de sang le prit que le silence revint. A nouveau ce silence, glacial. Moribond. Théoden haletait. Quelque part en lui, il revenait. Changé, désespéré, mais son esprit pénétra de nouveau son palais mental.
Il tendit la main, le souffle court et attrapa son bas.
Phadria le vit se lever, titubant et maladroit. Comme un mort, qui réapprend à marcher. Il est glacé. Mais a besoin de marcher, comme si il devait se convaincre qu'Elis n'est pas encore venu le prendre.
Non, assurément il n'était pas mort. Ca devait être pire. Pourquoi les dieux le châtiaient ils ainsi ? Lui qui les servait sans discontinuer depuis toujours.
Une brise légère souleva sa chemise, et le fit frissonner. Il rouvrit un instant les yeux, laissant le vent lécher sa peau moite, et tout ce sang qui couvrait son visage. Elye sans doute tentait de lui apporter du réconfort. Savait-elle seulement ce qui venait secouer son domaine ? Quelle rage arpentait ses bois ? La réponse lui vint sous une forme à laquelle il ne s'attendait pas. Dans le vent se mirent à virevolter de larges feuilles. Blanches de couleur, comme des pétales. Elles entourèrent Théoden, de leurs bien heureuse présence et vinrent rejoindre la haute herbe qui couvrait le sol. Il les vit posées là, éclatantes dans leurs robes d'argent et ses yeux surprit y virent là les étoiles qui lui étaient cachées plus tôt. Des étoiles qui fleurissaient là, comme nées de la terre.
D'une main malhabile, Théoden tenta d'en toucher une avec fascination. La feuille se laissa dompter sans se défendre. Elle se mit à tourner, autours de la main de l'infortuné Capitaine, et se posa entre ses doigts.
Alors Théoden la regarda, longtemps. Il la regardait luire entre son pouce et son index, battant paisiblement dans le vent. Il se calma, peu à peu. Puis de sa gorge s'éleva un son. Un soupire. Une complainte. La tempête se terminait, pour l'heure. Et finalement, sans se retourner ni lâcher sa pétale, il murmura...

"-A...Artémis..."

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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Mer 23 Aoû 2017 - 4:32

Parfois, Phadria avait l'impression d'être le mannequin sur lequel le sort posait des haillons. A quoi bon, tout cela ? A quoi bon sourire, jour après jour ? A quoi bon le ciel, les étoiles ? A quoi bon le jour ? A quoi bon la nuit ? A quoi bon la vie, lorsque le monde entier tout autour s'effaçait afin de sombrer dans les ténèbres ? Elle n'avait plus la force. Plus la force de parler. Plus la force de respirer. Plus la force d'écouter, de regarder Théoden. Non. Plus rien. Phadria demeurait là. A genoux, sur le sol. Aussi nue qu'au jour de sa naissance enveloppée du manteau de l'homme qu'elle aimait. Et qu'elle venait de détruire. Elle aurait dû dire quelque chose ! Elle aurait dû aller vers lui ! Elle aurait dû tempérer son cri ! Elle aurait dû lever les yeux vers Théoden ! Lever les yeux vers Atÿe ! Elle aurait dû agir ! Mais les souvenirs horribles, le deuil, la violence, le feu, le fer, la folie, la mort, l'assaillaient en ce moment précis, et Phadria n'était plus capable de rien. Leurs bouches, à elle et à Théoden, l'homme qu'elle aimait, n'avaient plus de baisers aux lèvres. Et elle était la proie de ses cauchemars, en boucle, récurrents, innommables ! Atroces comme jamais ! Artémis... Mon enfant.

La course poursuite à travers les frondaisons ! La lune déguisée en croissant, le ciel bas ! Et contre son cœur, ce petit paquet enveloppé de langes. La clarté et le parfum de sa vie ! Artémis, hurlant et pleurant à la face de la lune ! Et derrière elle, sur ses talons, quoi ? Les chiens ! Les aboiements ! Les chasseurs ! Les sapins épineux et les houx agrippant ses bas, lui lacérant les mollets nus, mordant ses chevilles ! Ne pleure plus, mon bébé. Un jour qui s'envole comme un autre ! Puis la horde qui la rattrape ! Un monstre gigantesque, bien plus grand qu'elle, jaillissant des ténèbres comme un monstre jaillirait de la grande mer ! Quatre jambes gigantesques, de l'écume au bout des lèvres ! Ce sont quatre sabots qui manquent de la heurter ! De briser le petit crane d'Artémis ! Et toujours la horde ! Des hommes par dizaines, puant la sueur, vêtus de peaux de bête, grands, sale, le visage déformé par la chasse, par la pétulance, par le goût du sang ! Mais surtout par l'odeur de l'or que leur a promis Franco ! Des mains aux doigts crochus et déchirés qui la pressent, la jettent au sol, lui arrachent son bébé ! Des rires, des hurrahs, des bottes crottées qui viennent cogner sa tête ! Théoden, mon amour. Toi qui m'a abandonné entre les murs d'un palais...
On crache, on la brusque, on la touche, même ! On la traite de salope, elle n'entend pas ! Elle veut juste qu'on lui rende son bébé, qu'aucun mal ne soit fait à Artémis ! Pitié ! Mais les soudards n'entendent rien, ne veulent rien savoir ! On la ramène aux oubliettes, on la ramène en enfer. On la ramène à Franco.
Il fait claquer la porte de la taverne, sur le port. Elle saute presque de ses gonds. Une bouteille de rhum à la main. Il ne marche pas droit. Il ne marche plus droit ! Avec son front plissé et ruisselant de sueur, un sourcil arqué plus haut que l'autre dans un rictus de haine ! Car la folie de l'ivresse s'est emparé de lui ! Il exhale la haine ! C'est la mer sombre où l'on jette sa proie ! Rendez moi mon bébé !
Et tandis qu'il marche vers elle, le souffle court, la cape noire flottant dans son dos, les bottes martelant le sol à chacun de ses pas, elle le voit la haïr. Malgré l'éclat de ses yeux, il n'a plus rien d'un homme, à présent c'est une bête ! Féroce et privée de raison ! Il éclate en mille morceaux la bouteille sur le sol ! Il approche d'elle ! Autour d'eux, l'équipage et les chasseurs forment un cercle, les chiens aboient, les chevaux hennient. Artémis pleure, pleure, pleure.

« Mais tu n'es rien pour moi à terre ! lui hurle-t-il au visage, debout face à la mer, face à Ariel. Tu n'as pas de nom ! Tu n'as pas de titre ! Tu n'as pas de rang ! Pas de valeur ! Pas de visage !

Et il crie. Il crie, mais elle n'entend que les pleurs de sa fille !

- Je t'ai sauvé la vie sur Kaer, et voila comment tu me remercies ?! Tu n'es qu'une garce ! Une chienne ! Une vermine ! Une pute sans honneur ! Une traîtresse qui s'est joué de moi et qui se joue d'Atÿe !!!

Comment un homme comme lui, une abomination vivante peut-elle parler d'Atÿe ? Qu'on lui rende sa fille ! Phadria lui crache dessus ! En plein visage ! Ils sont très proches l'un de l'autre. Trop proches ! Il n'attend pas longtemps, elle ne voit pas venir le coup de poing en plein estomac qui la plie en deux ! Elle tombe par terre sous le coup, le souffle coupé ! L'arcade sombre de son sourcil à lui se plie en des angles distordus ! Elle essaie de respirer, prostrée sur le sol, à ses pieds ! Il a des allure de démons que consument les flammes dans cette reconstitution finale d'un bûcher de l'enfer ! Franco dégaine son tromblon ! Phadria se relève ! Sa tête lui tourne, mais elle s'en fiche ! Elle ignore sa douleur, son estomac plié ! Il vise sa tête avec son arme ! Elle peut sentir le contact glacial du pistolet qu'il appuie contre sa tempe.

- Je vais t'envoyer rejoindre ta Déesse, Red !

C'est donc comme ça que cela finit ? J'ai été stupide. Oh ! Pardonnez-moi mes aimés ! Atÿe, pardonne sa stupidité à ton enfant ! Artémis, mon bébé ! Théoden, toi que j'aime plus que le ciel, la lune et les étoiles ! Ses dernières pensées, probablement. Franco va la tuer. D'une balle en pleine tête. Je n'aurai jamais dû tenter de le fuir. Ses griffes sont trop longues. Je vais mourir. Théoden, je t'aime. Aimons-nous ! Aimons-nous toujours ! Plus loin que la mort !
Mais voila qu'on lui sauve la vie ! Le prêtre Adarien qui s'interpose ! Il essaie de dévier le bras de Franco ! Mais la bête noire a plus de force ! Franco saisit Adarien à la gorge, il le jette à terre ! Il écume de rage, littéralement ! Des flammes noires dansent au coin de ses cils tandis qu'il larde de coups de pieds le prêtre ! Et à chacun de ses cris de douleurs, le rictus d'un loup malade dans la nuit ! Alors il redresse la tête. Repointe le canon vers Phadria.

- Tire. C'est moi qui t'ai provoqué en fuyant. Pas lui.

Très bien. Il arme le chien. Ses yeux lancent des éclairs. Puis quelque chose passe dans son regard. Une ombre. Une ombre dévastatrice ! Son bras retombe le long de son corps ! Autour d'eux deux, le temps s'est arrêté.

- Vous avez de la chance tous les deux, crache-t-il, vous m'êtes trop précieux pour ça !! En revanche...

Non !

Il s'empare d'Artémis !

Non !!!

- En revanche lui...

NON !!!

-  ...il ne me sert strictement à rien ! A part gâcher mes nuits, ce gosse ne m'est d'aucune utilité !

Elle se jette sur lui ! NON !!!! En même temps que Wallace ! Mais elle se prend un coup en plein plexus, elle tombe au sol !


PAN


La fin du monde.



- J'ai...voulu...empêcher de...Artémis...essayer...de...fuir...Alvaro...

C'est tout ce que parvient à dire Phadria. En pleurs. Le corps secoué de larmes. Le corps secoué de spasmes, de tremblements. Théoden s'est tut, c'est à son tour de briser la plénitude de ce cosmos avec des pleurs, des plaintes, des cris ! Pourquoi ? Elle essaie de sa calmer, elle essaie de respirer de nouveau ! Autour d'elle, un tourbillon de feuilles blanches vole, doucement, comme planerait un oiseau dans l'azur. Artémis. C'est aussi ce que dit Théoden, face à elle. Elle ne veut pas le perdre.

- Je suis désolée...Tout est..ma...faute...Je..t'aime...Il faut..que..tu me crois...je t'aime...Et Artémis...t'aimait aussi...

Alors elle se lève, bondissant presque, pour prendre Théoden en ses bras ! Que l'amour soit lumière, disait Atÿe. Il parait plus mort que vivant, la feuille, étoile vibrant au cœur de ses doigts tâchés de sang.

- Je t'aime, lui murmure Phadria à l'oreille soufflant sur sa joue. Je t'aime, Théoden. Je mourrai. Je mourrai sans toi. S'il te plait.

Elle le serra contre son cœur.  Il fallait qu'il lui revienne ! La lune embrassait presque déjà l'horizon ! Elle voulait lui offrir son amour ! Son étreinte ! Son parfum ! Sa couleur ! Qu'il l'enlace en retour !

- Garde ta foi ! Garde ton âme ! Garde la flamme qui ne peut s'éteindre ! Je t'en prie ! Je t'en prie... »

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Et fais-moi des serments que tu rompras demain
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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   Mer 23 Aoû 2017 - 5:05

A la folle étreinte de Phadria, Théoden ne répondit que par la politesse d'une caresse. D'une main que l'on presse sur l'omoplate, dans un au revoir amer. Dans un adieu hypothétique.
Et il s'écarte, bien vite, les yeux clos et le corps glacé. Il ne sourit pas, grave, tandis que sa feuille s'envole hors de sa poigne. Loin de la cage sinistre de ses doigts.

"-Gardes tes prières, ma douce Phadria. Ne pries pas pour moi, car le Théoden que tu aime a cessé d'exister." lâche-t-il dans un murmure défaitiste.

Il lève les yeux vers elle, plongeant son regard dans celui de la prêtresse. Son expression est neutre, presque étrangère.
Alors il se penche, s'empare de ses bottes, de son baudrier, de son chapeau et soupire.

"-Je ne sais pas si tu aimeras celui que je suis désormais. Déjà, la tendresse de nos retrouvailles me semble loin. Comme le souvenir glacé d'un baiser solitaire, médité au coin du feu de l'âge. T'aimer je le peux encore. Comment cela pourrait-il changer ? Atÿe ne nous réunirait pas, si c'était pour que le sort nous sépare. Mais j'ai apprit depuis longtemps à tenir le cap, peu importe les pertes. Seulement cette fois... il se peut que ce soit mon âme que j'ai perdu."

Il a un dernier regard pour les feuilles à terre, qui se débattent dans l'humidité du matin. Puis il lève les yeux. La nuit déjà s'éclaire des premiers rayons du jour. Et la lune vogue désormais dans un ciel tiède, seule loin de sa cour d'étoiles.

"-Ne perds pas la foi en ce que tu es. Je ne te reproche rien qui ne soit pas déjà ma faute."

Il se rapproche d'elle, doucement, et ses pieds écrasent quelques unes de ces précieuses feuilles. Il y en a une, cependant, qui trouva son nid dans la chevelure ambrée de Phadria. Alors, dans un sourire tendre, il s'en empare du bout des doigts, et caresse sa joue du dos de la main.

"-Nous verrons à mon retour si nous saurons vaincre ces noirs démons qui hantent les couloirs de tes souvenirs. Ta peine est la mienne, mais elle ne saura pas éteindre la tendresse que j'ai pour toi."

Sans l'embrasser, sans l'étreindre nullement, il se penche sur elle et lui saisit doucement la nuque. Ses lèvres trouvent son front, et il l'y embrasse avec amour.

"-A mon retour, tu me raconteras à nouveau ton histoire. Et je l'accueillerais en moi comme si ce fut mon propre chagrin."

Il reste là, un moment, puis s'écarte. D'un pas, puis de deux et lève les yeux vers le ciel. Déjà, derrière lui, le soleil perce derrière l'horizon.

"-Gardes ce manteau, je te le donne. Portes le en tout temps, à toute heure. Qu'il te réchauffe lorsque la nuit est fraîche, et que tu y abrites tout ce qu'il reste de bon en toi. N'oublies pas que c'est de cette Phadria là que je suis amoureux. Et qu'aussi longtemps qu'elle vivra, sa lumière me ramènera toujours jusqu'à ses côtes."

C'est sur cette promesse que Théoden s'incline, laissant le soleil l'envelopper de sa lumière vibrante. Phadria en est même éblouie, tant l'éclat du matin se fait vif dans son oeil. Il éclipse bientôt totalement son amant, qui repart pour les terres désolées d'Albion, et la laisse seule dans cette forêt de nouveau vivante. Un rêve, c'en fut peut-être un. En tout cas, Phadria en ressortit couvert du lourd manteau de son amant et, qui sait, porteuse d'une jeune génération à venir. Une génération qui saurait raviver la plus pure des flammes : celle qui résiste à l'espace et aux temps...
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MessageSujet: Re: [Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.   

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[Terminé][PV Théoden] Au milieu du ciel, mon amour, la lune pleine ébauche un sourire.
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