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 [PV Argorg] Épilogue

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Phadria Red
Je suis à toi pour toujours
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MessageSujet: [PV Argorg] Épilogue   Mer 15 Fév 2017 - 13:08

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Hugo



Quand l'apogée de la lune vint rendre le départ nécessaire, la peur de Phadria cessa tout-à-fait. De ce moment, elle n'eut plus qu'une pensée. Elle rentrait chez elle, élever l'enfant de Théoden. A ses côtés, l'air sombre et chargé de plainte comme un lac, Franco l'accompagnait. Ils foulaient tous les deux la plage de l'île de Sla sous une lune ronde et brillante. A plusieurs centaines de mètres, Argorg les attendait avec Plagt et Attila, à bord du canot de rade qui devrait les mener jusqu'à leur bâtiment. Phadria avait payé elle-même leur passage à tous les quatre. Franco ne venait pas.

« Tu es bien décidé ? demanda de la morosité dans la voix le pirate en noir.
- Ça sera les Îles de Jade, répondit la belle tout en calmant d'une caresse les agitations de Rupert.
- Le seul endroit où je ne peux te suivre...

Il avait raison. Et cette perspective ajoutait du baume au cœur de Phadria. Craignait-il cet instant, elle partie, se retrouver en tête-à-tête avec ses crimes ? Il ne s'était néanmoins pas opposé à son départ. Pas cette fois. Comme si lui aussi avait pressenti que tout cela avait assez duré. La Guerre du Nouveau Monde avait pris fin. Il était temps d'écrire l'épilogue de cette histoire. Phadria parvint à approcher légèrement de Guadalmedina et lui parler, mais il paraissait songer ailleurs. D'une pression de sa main sur la sienne, elle le sortit de ses pensées.

- Nous avons quelque chose à terminer, je crois.

Elle parlait de sa voix la plus douce, sans le brusquer, sans le presser. Etrangement, depuis qu'ils s'étaient retrouvés, il y paraissait grandement sensible. Il hocha la tête, grommelant un "mouais" et la suivit, pieds dans les vagues, jusqu'à avoir l'écume grondant au niveau de leurs cuisses. D'un geste tenant de la vénération, Phadria extirpa de son manteau un document enroulé sur lui-même. Leur contrat de mariage, signé par les deux partis. Rédigés par Guadalmedina quelques Tours plus tôt (presque trois !), elle n'oubliait pas à quel point ce bout de papier avait ruiné sa vie par la suite. Tout au loin se dessinait sur la ligne d'horizon éclairée par la lune, le flanc de l'Alvaro de la Marca, aussi abrupt qu'une falaise. L'infatigable poussée des vents du nord sur leur visage paraissait rappelait à Phadria à quel point le bonheur, pour elle, était proche.

Le Roi-Pirate ôta le gant qui recouvrait sa main, le calant sous son aisselle avant de chercher dans la doublure de sa veste son briquet à silex. Il l'alluma et embrasa de sa main le document. Phadria observa, sans un mot, le contrat de mariage se consumer sous les étoiles et sous la lune. Au regard d'Atÿe. Avant que les flammes ne lui mordent les doigts, Guadalmedina rendit aux vagues voraces ce qu'il restait dudit contrat, et elles en firent leur affaire.

- Voila.

Phadria hocha simplement la tête, en guise de remerciement. On venait de lui ôter un poids du cœur tel qu'elle n'en avait que peu porté dans sa vie. Elle songea que le feu qui brûlait dans la tête du Loup-Pirate venait de s'éteindre, sans laisser d'autres traces que des rides profondes et prématurées qui sillonnaient son front.

- Tu verras, répondit Phadria. La lune peut luire pour toi comme pour tous les autres.

Il etouffa un rictus et un rire, mais ne répliqua pas. Phadria tourna les talons, s'apprêtant à rejoindre Argorg à l'autre bout de la plage. Leur bâtiment partait à l'aube, avec la marée, et il ne faisait aucun arrêt jusqu'aux Îles de Jade où ils se rendaient. Sur La Verte, précisément. Lorsqu'ils durent escalader un petit promontoire rocheux, Guadalmedina lui tendit sa main, qu'elle accepta, afin qu'elle y parvienne, jambes nues, sans trop de difficulté. Le vent, là-haut, soufflait plus fort. Ils s'arrêtèrent tous deux, quelques temps afin de prendre leur souffle. La grossesse de Phadria la fatiguait et, tout fils ou fille de Théoden qu'il soit, l'enfant avait aussi besoin de souffler après une telle vadrouille. Elle prit le temps de s'asseoir, le regard souriant aux étoiles. Franco fit de même à ses côtés.

- Le Père Adarien restera à bord de l'Alvaro pour la naissance de ton enfant et assister Myrah.

Tout en ôtant son chef, le gardant serré entre ses doigts, Guadalmedina hocha la tête.

- Il a dit que ça ne tarderait plus. Quelques semaines, grand max.
- Une fois ton enfant au monde, il trouvera un moyen afin de me rejoindre sur La Verte.

Un jour, espéra Phadria, Franco comprendra toute la singularité de ce qu'Atyë avait fait pour lui. Et, si il ne demeurait pas un monstre, il aura pour la Déesse de la reconnaissance. Bien sûr, cela prendrait du temps...

- Tu auras une fille, lui dit d'une voix douce Phadria.
- Je veux un fils.
- Tu as pris la vie d'une petite fille. Atÿe te fera don d'une fille, à élever.

Il n'insista pas plus. La nouvelle ne parut pas même le peiner. Franco avait même perdu son ton de voix crucial et son rictus pincé. Il se contenta de tourner vers elle sa tête, ses yeux gris criant quelques phrases muettes, et d'essayer de l'embrasser. Mais elle l'arrêta, simplement, d'une simple pression sur sa poitrine. Il n'insista pas plus.

- Ça sera toujours lui, hein ?
- Je dois te dire une dernière chose, avança Phadria sans répondre à la question. C'est une demande. S'il te plait, abaisse ton pavillon. Dissimule ton loup. Fais-toi discret, ne va pas laisser les vents porter ton nom jusqu'à toutes les oreilles. Théoden rentre bientôt.
- Je devrais craindre un homme que je ne connais même pas ?

Franco. Comment peux-tu imaginer que la seule façon de sauver ta vie et celle de tes hommes sera peut-être d'embrasser la poussière et de la demander ? Il avait beau s'être taillé une légende à la pointe de son sabre, rien ne le mettait à l'abri de ce qui l'attendait.

- Tu as tué sa fille unique, lui fit pour toute réponse Phadria d'une voix redevenue glaciale. Et son père ne prie pas Atÿe.

Phadria ôta de sa poche le médaillon doré qu'elle avait jadis porté au cou et le tendit au pirate. Franco le refusa.

- Tu n'as pas eu le temps d'enterrer tes coffres.
- Je n'en ai pas besoin. Il indique quand même l'emplacement de mon plus grand trésor. Garde-le.

Elle jugea le moment opportun afin de se relever et poursuivre leur route. Guadalmedina l'y aida puis, sur sa demande, la laissa poursuivre seule, la langue visiblement dans les talons. Rupert s'agitait encore. On y est bientôt. Les îles de Jade, leurs monts et leurs nues éclatantes. Leurs cimes émeraudes et leurs vagues azurées. Bientôt, l'aube percerait les cieux de ses rayons dorés. Phadria retrouva Argorg, Plagt et Attila qui l’attendaient, comme convenue. Étrangement, Wallace était avec eux. Sans doute le Second avait-il senti l'appel muet de son Capitaine. Après un clin d’œil pour son ami Peau-Verte, Phadria prit place dans l'embarcation prévue à cet effet. Tout doucement, le ciel prenait des teintes rosées que des poignées d'or relevaient. L'Alvaro de la Marca embrassait l'horizon, loin derrière eux. Franco Guadalmedina, cape au vent, chapeau en main et visage brouillé, assistait au départ de sa belle. Le seul endroit où je ne peux te suivre... Je ne t'oublierai jamais, lui avait-il promis la veille.

Argorg, après un regard noir pour le pirate en noir droit comme un i, prit place dans l'embarcation et se saisit des rames. Attila et Plagt à ses côtés, doucement, la chaloupe quitta les hauts-fonds de l'île de Sla. Ils ne furent bientôt plus qu'une petite esquisse sur la gigantesque toile qu'était la Passe. Au loin se dessinait la silhouette élancée du brigantin qui faisait voile jusqu'à Tanequil. Il ne manque au public, songeait Phadria tout en entourant son ventre de ses mains, à mon égard qu'un peu d'enthousiasme. Wallace aussi aurait préféré qu'elle reste à bord. Mais les instants difficiles passés aux côtés d'un homme qui lui avait volé tout ce qu'elle avait ne permettait pas de remettre en question sa décision de s'en allait. Franco l'aimait, il ne l'avait pas retenue.

Franco s'approcha alors des vagues, jusqu'à porter sur l'écume, les mains en porte-voix, les mots suivants à l'adresse de celle qui fut son épouse ses trois derniers Tours :

- Je viendrai te voir !
- Ta tête est mise à prix dans toute les Îles de Jade ! lui répondit sur le même ton Phadria, couvrant les plaintes du vent !
- Ma tête est mise à prix presque partout sur Ryscior ! Pourtant je suis toujours là !

Elle ne répondit pas, mais un sourire voila sa bouche en fleur. Elle ne doutait pas un seul instant que cet homme-là n'hésiterait pas à braver toutes les lois et tous les danger afin de poser un pied sur les îles de Jade, si il le désirait, en dépit des avis de recherches placardés un peu partout dans les ports ! Quant à savoir si il parviendrait à traverser l'enfer juste pour s'admirer quelques secondes dans ses prunelles, c'était une toute autre histoire ! Wallace et Franco demeurèrent sur la rive jusqu'à ce que le canot de rade atteigne le flanc du brigantin qui les repêcha. Phadria sut jouir, en toute humilité, de la vision de ce Roi-Pirate qui s'éloignait, et s'éloignerait toujours plus d'elle et de l'enfant qu'elle portait.

- Tu verras, sourit-elle à Argorg. Je te présenterai l'Ours de La Verte ! C'est un original qui sniffe des plantes et vit reclus, mais ses pouvoirs chamaniques sont impressionnants !

Elle ajouta tandis que Rupert devait trouver quelque chose de singulier à l'air du large, qui le faisait tressaillir.

- Vous pouvez toujours rester avec moi. Au moins jusqu'à la naissance de mon enfant. »

Argorg était sans contredit, le plus fidèle ami que n'avait jamais eu Phadria, et elle lui devait beaucoup. Et il comprenait, même si cela le peinait, que la belle ne désirait maintenant plus rien d'autre que se retirer des folies du monde et de la guerre, afin de se consacrer toute entière à son enfant. Jusqu'au retour de l'homme qu'elle aimait...

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Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main
Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.
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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Argorg] Épilogue   Lun 20 Fév 2017 - 12:54

Argorg assista aux adieux de Franco et Phadria. Elle avait insisté pour rester en bon terme avec le Loup de la Passe. L'orc ne contredit pas sa demande, mais resta sur ses gardes tout du long. Quand enfin la jeune femme au cheveux teints rejoignit le groupe atypique que formait Argorg et ses compagnons ils prirent la voie de l'océan pour rejoindre leur navire qui les emmènerait jusqu'aux Îles de Jade.



~
 


Leur arrivé au navire ne fut pas sans faire du bruit. La plupart des gens à bord n'avait jamais vu d'aussi près un orc et un ogre. Alors on ne parle pas d'un tigre des Terres Orcs ! Cependant ils ne furent pas mal accueillis pour autant. Le capitaine du navire leur avait réservé une cabine commune des plus spacieuse. Bien assez pour accueillir tous les êtres qui composait leur groupe : Phadria, Argorg, Plagt, Attila, et désormais la petite Spoki -plus si petite- la jeune chienne de Phadria.

Durant le périple, le temps resta calme tout du long. Argorg veilla continuellement sur Phadria et son enfant. Bien qu'il n'était pas médecin il avait déjà assister des mères animales de différentes espèces, autant durant la gestation des petits que pour l'accouchement, il savait donc prendre soin d'une mère enceinte et de son enfant. L'orc avait proposé à Phadria de l'assister durant son accouchement et elle avait volontiers accepté. La confiance qui liait désormais la prêtresse d'Atÿe et le shaman était extrêmement forte, ils se donnaient mutuellement une totale confiance.

Un jour, au cours d'une discussion, l'orc aborda le sujet de l'enfant :


"Phadria, comment tu comptes appeler ton enfant ?


La belle passa quelques secondes à regarder dans le vide, puis un léger sourire se dessina sur son visage :


-Rupert. Si c'est un garçon je compte l'appeler Rupert. *dit-elle en caressant son ventre gonflé*

-C'est un joli nom. *décréta l'orc avec un sourire pour Phadria et son enfant* Et si c'est une fille ?

-Ça sera un garçon. Atÿe me l'a murmurer. Je suis sûre et certaine que j'aurais un fils.


Argorg parut d'abord surpris puis il eut un sourire tendre :


-Si Atÿe te l'as murmurer alors je ne vois pas de raison que ça ne se passe pas. *il posa doucement sa grande main sur le ventre de l'ancienne pirate* Je t'entend d'ici, petit bonhomme. J'ai hâte que nous nous rencontrions, Rupert...


Phadria posa sa main sur la joue d'Argorg et lui sourit sincèrement :


-Le petit a autant hâte que toi. Hâte de rencontrer son futur parrain.


Argorg fit de grands yeux ronds et Phadria en explosa de rire. L'orc finit par la rejoindre ils rirent un bon moment.



~



Alors qu'Argorg jouait avec Spoki et Attila, Phadria les rejoignit, accompagnée de Plagt. Elle posa sa main sur l'épaule du shaman et lui dit d'un ton sincère :


"Argorg... Dans une journée nous serons arrivés aux Îles de Jade. J'aimerais te dire quelque-chose.

-Dis-moi tout. *dit l'orc, interloqué par le ton de son amie*

-Eh bien... Quand mon enfant naîtra, auprès de Grand Ours, sur son île, je ne pense pas que je te suivrai dans le reste de ton périple. Je tiens à élever Rupert en dehors des problèmes du monde. Je sais que cela va te rendre très triste mais nos chemins devront se quitter sur cette île. Evidemment toi, Plagt et Attila pourrez venir me voir quand vous voudrez ! Mais je ne pourrais plus vous accompagner dans vos aventures. Tout ce qui m'est arrivé ces derniers tours m'a...


Argorg serra Phadria dans ses bras, sans lui laisser la possibilité de terminer sa phrase. Après une quinzaine de secondes l'orc lâcha la belle prêtresse, et en lui tenant doucement les épaules il déclara de son regard le plus sincère :


-Les aventures que nous avons vécues resteront à jamais gravées dans ma mémoire. J'ai vécu bien des choses, ma belle, mais avec toi j'ai vu bien plus que je n'aurais pensé. J'ai vécu de magnifiques choses comme des choses horribles. Cependant je ne regrette rien. Je t'ai aimé de bien des façons par le passé. Et je continuerai de t'aimer comme la plus belle chose que je connais et que je chérirai jusqu'à ma mort. Alors... Ne t'en veux pas que nos chemins se séparent, et ne te cherche pas d'excuses. Tu n'en as pas besoin avec moi. Ce n'est pas un "Adieu". Juste un "Au revoir".


Phadria regarda Argorg avec des yeux remplis de sentiments contradictoires. Il sentait qu'elle voulait lui dire milles choses. Cela se lisait dans son visage. Elle finit par verser des larmes, belles comme la rosée du matin coulant sur la feuille, et dit simplement :


-Merci Argorg...

-C'est moi qui te remercie, Phadria. *dit l'orc en versant ses premières larmes depuis une trentaine de tours accompagnées d'un sourire tendre*



~



Ils atteignirent enfin les Îles de Jade. Argorg posa le premier pas sur cette terre dont il ignorait tout. A ses côtés, Attila et Spoki l'encadrait. Phadria lui avait offert la chienne blanche, pour que l'orc se souvienne toujours d'elle. Une nouvelle compagne de jeu pour Attila. s'était dit Argorg en souriant. Plagt et Phadria descendirent à leur suite, l'ogre donnant une attention tout particulière à la prêtresse d'Atÿe, agissant comme si elle était une poupée de porcelaine. Cela amusait la belle au cheveux rouges. Elle s'était attachée un peu plus à Plagt, ce qui n'était pas pour déplaire à Argorg.
Le shaman fit face aux Îles de Jade. Il avait hâte d'enfin rencontrer Grand Ours.
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [PV Argorg] Épilogue   Mer 1 Mar 2017 - 0:31

Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

Aragon






Phadria Red comptait joindre La Verte, dans les Îles de Jade, de manière fort discrète. Il n'en fut rien. Dès leur débarquement, la ménagerie que faisait Argorg et ses compagnons se fit bien vite remarquer par les gardes bleus de l'île. Mais Argorg n'était pas celui qui attirait le plus l'attention. Promise de Théoden, bon ami des puissances de La Verte, le retour de la jeune Phadria fit moult réjouissances ! Voilà déjà plus de deux Tours qu'elle avait quitté les Îles de Jade, La Verte puis Athor, et enfin Kaer où se tenait son procès en même temps que celui de Guadalmedina. Avant qu'elle ne quitte La Verte, Phadria avait été une invitée du palais de cette même île, Théoden ayant obtenu de ses connaissances et amis, en échange de certains services que ces derniers lui devaient, d'héberger et de prendre soin de la femme qu'il aimait et qui aurait dû attendre sagement le retour de son marin. Avant de l'épouser.

Le débarquement d'un Peau-Verte de presque dix pieds de hauteur faillit ébranler toute la garde bleue de l'île ! Les anciennes querelles ont la peau bien dure, décidément, songeait Phadria tandis qu'elle calmait les tensions et présentait Argorg et Plagt aux citadins, aux gardes et aux druides.

« Tu sais, avait expliqué auparavant Phadria à son ami, La Verte est une toute petite île, rien à voir avec le Nouveau Monde où les endroits auxquels tu dois être habitué. Il y a qu'une seule ville, petite, qui jouxte un port de manufacture naine, le plus beau et le plus grand port des Îles de Jade !

Après un silence, elle avait ajouté en un souffle :

- Théoden aime beaucoup cette île. Ainsi que ce port...

Puis elle avait reprit :

- On trouve au centre de l'île une montagne, ainsi, toute l'île est en fait une gigantesque pente. Des forêts magnifiques couvrent chacun de ses versants. Je sais qu'un minuscule village de pêcheur a récemment vu le jour derrière la cime, à l'opposé de l'île. Les villageois n'y sont pas plus d'une quarantaine. Puis la forêt qu'on appelle forêt bleue, après la ville. Si tu vas par l'est, alors tu te perdras dans un sanctuaire unique, le bois sacré. Mais les étrangers n'ont pas le droit d'y aller, et c'est un endroit plein de mystères que les druides protègent jalousement. Je ne suis jamais allée l'explorer.

Elle avait également parlé à son ami du palais de La Verte, là ou l'avait laissée Théoden des Tours plus tôt. C'est d'ailleurs ici qu'elle se trouvait en ce moment même, en la compagnie d'Argorg et son régiment d'amis : Plagt, Attila et la jeune Spoki qui ne pouvait s'empêcher de renifler tout ce qui demeurait à portée de truffe. C'est donc entourée de la garde bleue et des vieux dirigeants de l'île que Phadria prit son premier déjeuner sur La Verte. Les bonnes intentions ne manquaient pas ! Et elle raconta à tous ces gens auxquels elle se sentait liée et redevable l'ampleur des péripéties qui l'avaient prises de court ces derniers Tours. Mais elle devinait aisément, avant même qu'ils en viennent eux-mêmes aux mots, leurs véritables intentions, en insistant afin de l'inviter au palais.

Les dernières nouvelles que ses îles natales avaient de Phadria Red étaient celles d'une pirate qui avait assisté -peut-être même participé !- au bombardement du port de Kaer après son invasion aux côtés de celui qui se faisait appeler à ce jour le Roi-Pirate. Après son arrestation et son procès expédié sur Kaer, les mauvaises langues disaient qu'elle avait renié ses serments de prêtresse pour se faire femme du Loup de la Passe ; celui-là même qui l'avait vengée en assassinant à grand renforts de bouches à feu la populace de l'île.

Avaient-ils entièrement torts ? Phadria avait bien épousé Franco.

Les dirigeants de La Verte attendait d'elle au minima une explication -et leurs regards criaient qu'elle avait intérêt à être solide !- , et au mieux une coopération sans limite dans la traque puis la capture de Guadalmedina. Phadria dit toute la vérité, puis leur laissa son Journal de bord, l'authentique, l'unique, qui tenait comptes sur l'Alvaro et disait tout de ceux qui le montaient et d'elle-même.




Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.




J'ai trouvé cette poësie, écrite par un vieux prêtre d'Atÿe au fond de l'un des livres que possède le Père Adarien, et elle m'a fait penser à toi. Je viens de terminer de couvrir d'encre les pages du premier livre qui fait mon journal de bord. Comme tu le remarqueras, mon Amour, si un jour le courage te prend de parcourir ces pages, j'y ai tout relaté. Depuis le début, ma fuite de La Verte -Oh ! comme je le regrette à présent, mon doux Théoden !- , mon apprentissage avec l'Ours, mon arrivée sur Athor, puis ma rencontre avec Franco, et bien au-delà, toutes les horreurs, toutes les peines, toutes les joies -même si elles furent fort rares- qui ont suivies ! Je sais qu'un jour, toi et moi, mon aimé, nous retrouverons.


Ceux qu'on aime finissent toujours par nous revenir. Et même loin, ils restent toujours en nous.


Je sais que nous sommes liés l'un à l'autre, comme nous nous le sommes promis cette nuit sans étoile, amants bien heureux, bien naïfs, avec pour seule témoin la lune ronde et si lointaine qui nous souriait. Si tu ne devais jamais rentrer de ton Odyssée, bien que je prie tous les jours la Déesse de veiller sur toi, je sais que je te retrouverai au royaume des morts, sous le sein d'Atÿe, et là, libérés des exigences et des fardeaux de ce monde, nous serons enfin libres de nous aimer, pour l'éternité.

Mais si jamais tu reviens, si jamais tu rentres un jour, mon cher Théoden, tu retrouveras ma trace. Tu verras alors que je me suis mariée. Tu découvriras que je suis retournée à la piraterie -l'âme d'un pirate jamais ne meurt, il se dit !- , que j'ai quitté définitivement les îles de Jade. Tu apprendras pour le bombardement de Kaer, abjection sans nom que je déplore. J'aurai sans doute eu un enfant avec Franco. Je ne sais pas si les mots auront la puissance nécessaire afin de percer ton cœur de granit endurci par tous ces Tours de voyage en mer. Je ne sais pas si tu m'écouteras, si tu pourras me comprendre, si tu sauras me pardonner. Il se peut que tu refuses de m'écouter. Je sais que tu croiras que je t'ai trahis, mais je t'en conjure, crois moi. Je t'aime, je t'ai toujours aimé et je t'aimerai toujours. Je suis à toi pour toujours, Théoden, et rien ne changera jamais cela.

Si les mots n'ont pas la puissance désirée, je voudrais que tu lises mes journaux de bord, j'y ai tout relaté. Concernant mes aventures avant que je ne devienne Capitaine de l'Alvaro de la Marca, mais également tout concernant l'Alvaro lui-même. Ses dépenses, ses coût, son fret, le nombre de tonneaux, le bétail qui y entre, le bétail qui y sort, les cordage, les stocks des magasins et tant d'autres choses. Cependant, la rédaction de ce journal de bord n'a qu'un seul but. T'informer, mon aimé, et te convaincre de la sincérité de mes sentiments, de l'utilité de mes choix, toucher ton cœur afin d'espérer le reconquérir, afin que je sois toute à toi, un jour peut-être, et à tout jamais. Tu as mis dans mon cœur tes yeux doux comme la lune. N'oublie jamais, c'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. N'oublie jamais mon nom : Phadria Mary Red. Et n'oublie jamais que je t'aime. J'espère de toute mon âme qu'à travers ce Journal, James de Nevers, le seul homme que je n'ai jamais aimé, tu sauras me comprendre, me pardonner, m'aimer et m'épouser.



Á toi pour l'éternité.





Phadria Red Guadalmedina.





Des dizaines et des dizaines d'autres pages courraient devant et derrière celle-ci. On la garde au palais, en compagnie d'Argorg et de ses amis, le temps que les anciens, les druides et les dirigeants de l'île puissent délibérer. Phadria convient qu'ils furent bien traités en tout point. Nuls doutes, l'épais recueil écrit de sa main qu'elle venait de confier à ces gens ferait son petit effet. Franco ne serait bientôt en sécurité nulle part.

Mais il sait. Il savait, songeait Phadria, lorsqu'il a accepté de me laisser retourner sur les Îles de Jade et qu'il a brûlé ce contrat. Il savait que je parlerais contre lui. Pour le Loup, la terre de Jade était de l'ennemie.

Phadria n'oubliait pas, avant qu'ils ne se séparent, de quelle manière il l'avait regardé dans les yeux, implorant muettement. Ne me vole pas mon fils, Phadria. Et alors il avait cédé. "D'accord, je te raccompagnerai jusqu'aux Îles de Jade." Ca n'est pas ton enfant, Franco, je te le jure. Crois-moi. Je te jure que je ne te vole pas ton fils. Elle avait l'impression que personne ne les voyait et ne les comprenait, sauf peut-être un petit enfant invisible qui les montrait du doigt. Elle avait beau lui expliquer qu'elle avait vu Théoden, cette-nuit là à Amar-Medina, qu'ils avaient fait l'amour sous le regard d'Atÿe, il ne parvenait pas à la croire. Sans doute la pensait-il même folle. Il est de ceux qui louent Ariel, il n'entend rien aux secrets d'Atÿe. Argorg l'avait cru sur parole, lui.

Franco Guadalmedina pensait surement : il lui avait volé un enfant, il lui devait un enfant. La culpabilité le rongeant avait fait son oeuvre. Il est devenu avec moi aussi souple qu'un cuir Oréen. Mais qui savait si un beau jour le Loup ne braverait pas tous les dangers afin de venir récupérer "son" fils ? A cette seule pensée, un frisson parcourut la nuque de Phadria.

Elle profita du temps de délibération des dirigeants afin de descendre sur le port et retrouver en ville les vieux amis de Théoden ! Des vétérans Kelvinois, ayant trouvé l'amour sur place, après une décennie de captivité et qui avaient choisis de faire leur vie là-bas. Ces diables-là avaient des choses à raconter, ce qui ravit Phadria et son ami Peau-Verte ! Comme la fois où son cher Théoden avait fait sauter une tour de l'académie pendant un exercice de tirs au canon... Trop de poudre, pas assez de précautions, disait-on à l'époque !

Phadria se languissait le retour de son Commodore !

On l’amnistia finalement de ses crimes et fautes passées en échange de sa coopération ! Phadria ne cachait plus son vœu de fidélité envers Atÿe. Dorénavant, ses mains donneraient et préserveraient la vie, plutôt que de la prendre. Devant tant de bonne foi, elle gagna sa liberté.

- Alors Argorg, tu es prêt à rencontrer ce Vieil Ours ?

Phadria prévient néanmoins son ami que le dirigeant suprême de La Verte se faisait nommer également le Grand Ours, et qu'il était plus prudent de ne pas désigner par le même patronyme le vieux guide que Phadria avait rencontré dans les bois, des Tours plus tôt.

Accompagné d'Argorg, de Plagt, d'Attila et de Spoki, Phadria Red, enceinte de plusieurs Lunes, s'enfonça dans la forêt inondant presque le village de La Verte. Le chemin qu'elle avait parcouru la première fois, elle l'avait foulé ivre et de nuit. Elle ne s'en souvenait plus du tôt.

- Mais comment allons-nous trouver le Grand Ours alors ? demanda Argorg en veillant sur Phadria comme si elle eût été sa fille.

Et elle répliquait "Je ne suis pas une Dame légère, moi, monsieur !" en riant.

- Plus sérieusement. Le Grand Ours, tu dis ? Je suis certaine qu'il est déjà parti à notre rencontre ! »

En s'enfonçant dans la forêt, elle aimait écouter le silence des hommes, il la berçait. Ici, elle était tout-à-fait incapable de se ronger le cœur. Tout les parfums l'apaisaient. Ici, qu'importe Demain et qu'importe hier ?




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Argorg Uktathagh
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MessageSujet: Re: [PV Argorg] Épilogue   Mar 11 Avr 2017 - 16:33

Quand ils entrèrent dans la forêt, Argorg fut assailli par une sensation de plénitude totale. Il avait rarement rencontré une forêt aussi apaisante. Le parfum des grands arbres rentrait dans ses narines et l’envoûtait. Il adorait ce cadre. Spoki trottait à sa droit, humant tout ce qu'elle pouvait, et étant comme une folle dans ce cadre inconnu, elle qui longtemps était restée dans un navire. Attila était parti exploré l'endroit seul. Plagt et Phadria étaient derrière. L'ogre s'était ouvert à l'ancienne pirate et depuis ils discutaient souvent. Phadria était très patiente avec l'ogre et riait innocemment de ses légers problèmes d'élocutions tout en l'aidant à se corriger. Elle a le don pour s'attirer la douceur des plus forts. pensa l'orc, en se souvenant de sa relation avec elle, et de comment elle avait réussi à apprivoiser Attila. Il ria intérieurement et continua de profiter de l'endroit.


~


Après un long moment de marche, Argorg entendit quelque-chose marcher plusieurs pas à leur droite. Il sentait une présence plutôt imposante. Pas un petit animal. se dit-il. Il indiqua silencieusement à ses camarades que quelque-chose l'intriguait. Il avança jusqu'à la source de la présence, et là une surprise l'attendait.
Un animal se déplaçant sur quatre pattes, mesurant 1m80 et ayant des bois très développés était en train de boire à un ruisseau. L'animal possédait un gros mufle et était bien plus grand qu'un cerf. Quand il releva la tête et s’aperçut de la présence d'Argorg, il se contenta de lui faire face et de secouer ses bois. L'orc n'avait aucune intention de déranger l'animal, mais il était fasciné par la puissance qui se dégageait de cet herbivore. Soudain il se souvint du nom de cette bête : il s'agissait d'un élan. Ravit d'avoir enfin pu rencontrer cet animal dont il n'avait jamais rien vu, il décida de faire demi-tour, doucement, mais l'élan commença à humer l'air. L'orc sentit la panique s'emparer de l'élan, et ce dernier s'enfuit dans la direction inverse à Argorg. L'orc ne comprit guère ce qu'il se passait. Il huma l'air, cherchant une trace de danger. Au bout de plusieurs secondes, il commença à sentir quelque-chose. A ce moment, le reste de sa troupe le rejoignit :

-Eh bien Argorg ? *commença Phadria* On avait peur qu'il te soit arrivé quelque-chose !

-Ouais ! *approuva Plagt* Qu'est-ce 's'passe ?

Argorg hésita puis sourit à ses amis :

-Rien, j'étais fasciné par un élan. C'est la première fois que j'en rencontrais un ! C'est une sacrée bestiole !

Phadria rit un bon coup.

-Ces grosses bêtes te fascinent ? Tu veux en adopter une ?

-Je préférerais quelque-chose qui puisse supporter mon poids ! Ou un oiseau !

Spoki aboya joyeusement et Argorg lui caressa la tête.

-Mais oui, c'est toi la plus belle, ma Spoki chérie !

Ils reprirent la route, mais Argorg avait une mauvaise impression. Un puissant prédateur était présent dans cette forêt, et ce n'était pas Attila.


~



A un moment, en fin d'après-midi, le groupe arriva au pied d'un séquoia, l'un des plus grands arbres du monde ! Le groupe décida de se poser là pour la nuit. Après avoir ramasser des baies, des racines, et des restes de lards qu'Argorg avait emporté, l'odeur inquiétante revint au nez du shaman. Une odeur forte. Soudain, un ours jaillit des fourrés. L'animal était énorme, aussi grand qu'Argorg, si il se mettait debout. Ce dernier s'était levé. Il était près à affronter l'animal. Mais d'un coup d'un seul, un éclair rayé bondit de la droite de l'ours et le fit basculer : Attila avait sauté sur l'ours ! Les deux fauves roulèrent quelques secondes puis Attila fut projeté. L'ours se releva, les crocs découverts, et Attila lui refit face, les poils hérissés et sa gueule rugissant. Argorg s'interposa. Chacun de ses muscles était bandé, prêt à accueillir l'attaque du prédateur. D'un œil extérieur, une puissance terrifiante émanait du combat de regard entre les eux adversaires.

Puis, ce fut un coup de surprise : L'ours se transforma en homme. Il jeta un regard doux et sage à l'orc puis à Phadria. Il s'adressa ensuite à elle :

-Te revoilà, Phadria. Et avec de sacrés amis.

L'orc en déduit une chose : Il s'agissait du fameux Grand Ours.
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MessageSujet: Re: [PV Argorg] Épilogue   Sam 15 Avr 2017 - 1:37

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Hugo






Le temps avait passé. Le visage de Franco s'était quasiment entièrement dérobé à sa mémoire. Il n'en restait que quelques morceaux, flous et disperses. En revanche, elle n'oubliait pas celui de Théoden. Chaque souvenir de son promis éveillait en elle un instant de délice. Cela faisait bientôt neuf lunes qu'elle ne l'avait plus vu. Plus de trois Tours qu'il était parti pour son interminable odyssée par-delà le monde des Hommes. Presque deux Tours qu'elle voyageait désormais avec Argorg, Plagt, Attila et Spoki, inséparables. Et ils avaient tous ensemble retrouvé ce vieil illuminé que Phadria aimait de tout son cœur, et qu'elle appelait "Vieil Ours". L'étrange chaman était continuellement accompagné d'un jeune ours brun, que Phadria avait identifié comme le "Petit Ours" présent lors de son premier séjour sous le toit du vieil homme. Petit Ours était devenu grand, et pesait plus de cinq-cent livres. La bête -puante, à son goût- mangeait l'équivalent de son poids chaque jour, et Phadria s'étonnait toujours de la facilité avec laquelle "Petit Ours" s’accommodait de tout ce qui lui tombait sous la patte. A bien des égards, il ressemblait à ce "Vieil Ours mal léché" d'ermite. Phadria les aimait tous deux beaucoup. Bientôt, la compagnie d'un tigre, d'un Ogre, d'un chien de montagne et d'un ours lui devint familière. Autant que le lait de biche qui composait quasi chaque journée du Grand Ours.







Comme le bois est sur le cerf, la Déesse Mère est en toi. Phadria se souvenait mot pour mot de cette phrase, une des premières qu'elle avait échangé avec ce fameux Ours, trois Tours auparavant. A l'époque, il avait un visage beaucoup plus jeune, se souvenait Phadria. A le voir tel qu'il se tenait à présent devant elle, elle avait l'impression que trois Tours étaient passés pour elle et le reste de Ryscior, et trente pour le Grand Ours. Mais ce genre d'événement surnaturel n'était que le premier d'une grande liste qu'elle aurait pu tenir. Lorsqu'on avait côtoyé le Vieil Ours de La Verte, on s'attendait à tout et plus rien ne pouvait surprendre !

« - Les personnes sur le continent, expliquait le Vieil Ours à Argorg en remuant devant le museau du géant un index décharné, divisent ce qu'elles ne peuvent comprendre. Leurs croyances sont infondées et illogiques. Lorsque le soleil brille sur les océans, il attire l'eau à lui. Cette eau se change en nuage, qui vont jusqu'aux montagnes dans le ciel. Puis lorsque la terre pleure, l'eau retombe, elle ruisselle le long des montagnes et descend, jusqu'aux océans qui bordent La Verte. Et cette eau, où va-t-elle quand le soleil luit ? Elle retourne aux nuages. Qui ruissellent sur les montagnes, jusqu'aux océans. Et le cycle recommence. Savais-tu, Argorg, toi qui te prétend chaman, que tous les êtres vivants qui respirent, naissent et grandissent à la lumière, étaient composés d'eau ? Les Hommes, les Nains, les Elfes. Plus de la moitié de notre corps contient de l'eau.

Et il se perdait en un tas d'élucubrations et de raisonnements, tandis qu'Argorg, assis en tailleur avec Spoki dans les bras, n'en perdait pas une miette. Phadria voyait l'Orc boire presque littéralement tous les mots du Grand Ours. Phadria n'avait jamais su d'où il venait. Elle était certaine que le vieil homme -était-ce seulement un homme ? Par les dieux !- n'avait pas passé toute son existence sur La Verte. Il avait voyagé. Il connaissait Ryscior.
Lorsque l'Ours lui avait demandé si l'enfant qu'elle attendait était le fruit de l'amour de la Déesse, Phadria avait hoché la tête en portant les mains à son ventre.

- Je ne désire pas d'un autre amour, avait-elle répondu.

Artémis aurait bientôt un petit frère.

~



- Peut-on s'extasier dans la destruction ? demandait un beau jour le Vieil Ours à ses deux invités.

Tandis qu'Attila calmait la frénésie de Spoki à grands coups de pattes et qu'Argorg lapait son lait de biche à grand coups de langue, Phadria prit le temps de s'asseoir à la fenêtre, laissant le soleil la réchauffer toute entière. Elle et le bébé.

- Je suis un mercenaire, expliquait l'Orc en désignant ses deux grosses haches de guerre qui gisaient dans un coin de la chaumière et qu'il n'avait quasi plus touché depuis leur arrivée chez l'Ours, mais je préfère protéger la vie de ceux qui en ont besoin plutôt que semer la destruction.
- Si tu aimais plus que tout protéger la vie, la veuve et l'orphelin, alors tu serais chevalier, pas mercenaire.

Le Vieil Ours avait répondu à Argorg sans aucune animosité dans la voix, tout en resservant au géant vert un bol de lait de biche.

- Les Orcs ne peuvent pas être chevalier, s'était presque excusé Argorg.
- Un mal que chacun se plaît d'entretenir, était intervenue Phadria.

Elle souriait à son ami.

- Un jour, mon ami, le monde des Hommes reconnaîtra tes talents. Ils t'accepteront pour qui tu es !

Elle dissimula un fin sourire en songeant à la scène que lui jouerait son amant lorsqu'elle lui apprendrait que Argorg et sa joyeuse compagnie viendraient dîner dans la soirée. Pauvre Théoden ! Voilà bien là une bataille que tu as perdu d'avance.

- Tout change ou meurt dans la nature, expliqua le Vieil Ours. La terre perd ses fruits. Les forêts leurs parures. Le fleuve perd son onde du vaste sein des mers ; par un souffle des vents la prairie est fanée et le char de celle que vous nommez Isielle au penchant du Tour roule déjà poussé par la main d'Elué.


Phadria souriait chaleureusement à Argorg.

- Ce vieux singe a raison ! Il est peut-être temps pour toi, Argorg, de faire de grandes choses et de laisser tomber le mercenariat !
- Pour s'élever, l'aigle a son aile, ajouta le Vieil Ours en suçant un de ses doigt couvert de miel.
- Et l'homme a son bras. Son bras armé, poursuivit Phadria en un soupir.
- Il existe d'autres méthodes.
- La prière ! dit la jeune femme en relevant la tête. Les Dieux se mêlent parfois des affaires des hommes, et ils nous amènent à de grands exploits !

Et elle caressait son ventre énorme.

- Rupert en est la preuve vivante. Sans Atÿe, Théoden et moi n'aurions pu nous unir de nouveau.

Le Grand Ours se laissa aller en arrière sur la buche de bois lui servant de chaise.

- Les amants enlacés tombent ensemble, c'est la volonté de la Déesse Mère.
- La volonté d'Atÿe, le corrigea gentiment Phadria.

Le chaman se montra tolérant.

- Si tu veux.

Phadria se leva afin de poser une main réconfortante sur la joue d'Argorg qui paraissait troublé après une telle discussion.

- Ne te torture pas toi-même, Argorg. Tu as encore le temps afin de repenser à tout cela. L'avenir est incertain.

Grand Ours se leva à son tour et s'en fut par la porte, suivit par "Petit Ours" qui grogna de plaisir. Sa voix fut la dernière à s'en aller.

- La sève dort et le bourgeon sans force est pour longtemps engourdi sous l'écorce.

~



Au bout de plusieurs semaines, ce qui devait arriver arriva. Non pas Rupert, qui semblait se complaire à l'intérieur du ventre de sa mère, mais Argorg. Argorg qui alla trouver le Vieil Ours afin de lui demander de lui enseigner tout ce qu'il savait. Phadria ne doutait ni de la bonne volonté d'Argorg, ni de la pédagogie de son futur professeur, mais quant à transmettre l'intégralité de son savoir... Jusqu'à quel âge pouvait vivre un ours ? Phadria ne le savait même pas. Les journées étaient chaudes. La forêt sans cesse baignée de lumière d'or. On trouvait un peu de fraîcheur et d'ombrage parmi les frondaisons et près de la rivière. Phadria louait à chaque instant les Îles de Jade. Elle songea que n'importe où ailleurs sur le continent, qu'il soit Ancien ou Nouveau, on s'adonnait aux plaisirs excessifs de la chasse où les guerriers allaient chargés d'armes à feu traquer les bêtes qu'ils disaient sauvages jusque dans leur tanière.

Très vite, les journées se succédèrent. Elle, se fatiguait de plus en plus, se déplaçait moins, buvait davantage. De vieilles douleurs au dos se réveillèrent ainsi que d'autres ankyloses. Avec l'aide de Plagt et d'Argorg, le Grand Ours put entreprendre quelques "travaux d’agrandissement" chez lui. Phadria se demandait comment diable l'Orc avait réussi à convaincre cet énergumène là de "s’agrandir". Elle n'eut jamais la réponse.

A présent que le Vieil Ours avait pris Argorg comme son élève, les journées de Phadria pouvaient être des plus insolites ! Elle ne quittait rarement la maison, sauf pour aller se rafraîchir au bord de la rivière et y tremper les pieds. Et puis, parfois, alors qu'elle se détendait et parlait à son fils, elle voyait passer non rien de moins qu'un géant vert à demi nu les yeux bandés qui courait en ligne droite en pleine forêt, escorté par Attila et Spoki -qui paraissait prendre un réel plaisir à ce jeu !- jusqu'à ce qu'il vienne s'abîmer la face sur le tronc d'un ou deux arbres ! Alors, le Vieil Ours le réprimandait, et ils recommençaient ! A quoi rimait ces toquades là ? Phadria conclut qu'ils étaient entre chamans et que parfois, ils valaient mieux ne pas s'en mêler !

D'autres fois, le Grand Ours envoyait Argorg, nu, dans la rivière pêcher le poisson à main nue. Ces mains qui avaient si souvent maniées la hache et explosées des crânes ! C'était là une expérience tout-à-fait comique dont Phadria se délecta plus d'une fois ! Argorg ramenait rarement du poisson. Spoki pataugeait joyeusement dans la rivière, aboyant jusqu'à ne plus avoir de voix. Il n'y a pas à dire, ce cleb là à de la gueule, par Atÿe !

Il y avait aussi Argorg médite en haut des arbres, Argorg piste l'élan les jours de pluie, Argorg nage à contre-courent, Argorg jeun, Argorg danse autour d'un pin sylvestre, Argorg imite le cri de la pipistrelle, Argorg apprend à reconnaître l'odeur de chaque chose -et on le voyait ainsi sniffer durant des jours entier tel ou tel tronc ou tel ou tel lichen !-, Argorg fait pousser des framboises, Argorg psalmodie sous les étoiles, Argorg et les bijoux de la castafiore et Argorg au Tibet.

Rupert ne voulait pas naître.

~



L'ancienne pirate ne put que louer l'honnêteté avec laquelle ses amis se forçaient à tenir leur parole. Lorsqu'elle était allée les trouver, index brandi, en expliquant à Argorg yeux dans les yeux que "l'herbe à fumer" qu'ils inhalaient la nuit sous les étoiles était exactement la même que celle qui se revendait à prix d'or parmi les catins et les ribauds d'Argenterie -à comprendre par là une drogue naturelle qui aidaient les esprits à s'illuminer- et qu'elle ne voulait plus qu'il en consomme, il avait été forcé d'accepter et de donner sa parole.

- C'est promis, avait-il dit en baissant la tête comme un petit enfant. On n'en fumera plus.

Mais Grand Ours avait apparemment plus d'un tour dans son sac. Effectivement, elle ne reprit jamais Argorg et son hôte à inhaler de l'herbe. A cela, le Vieil Ours mal léché préférait maintenant les infusions après une bonne omelette maison ! Phadria renonça à les embêter davantage. Après tout, Argorg était un grand garçon.

Elle demanda néanmoins un soir à ses amis à quoi rimait toute cette comédie. Quel en était le but.

- Argorg pourra-t-il...je ne sais pas moi..parler avec Attila, par exemple.

A cela, le grand Orc lui avait souri de toutes ses dents tandis que le Vieil Ours se curait les ongles.

- Mais je sais déjà parler avec Attila !
- Attends ! Tu veux dire...lui parler...comment lui parler ? Tu comprends ce qu'il dit ?
- J'entends sa voix, dans ma tête, lui avait patiemment expliqué l'Orc. Et inversement, je peux lui dire ce que j'attend de lui, par la pensée.

Phadria en était restée coi.

- Et bien ! Et Spoki ?

La petite chienne était pour l'heure occupée à se rouler sur le dos, les quatre fers en l'air. Argorg se grattait la tête.

- J'essaie, mais je pense qu'elle est encore un peu jeune pour tenir des discussions sensées.
- Seigneur ! disait Phadria. Tu as déjà entendu la voix de Spoki ? Dans ta tête je veux dire ?

Argorg riait.

- Bien sûr ! D'une certaine manière !
- Et bien ça alors ! Et que dit-elle ?

Argorg avait porté à sa gueule le bol de lait de biche.

- Rien de très intéressant...Tu sais, elle est encore jeune.

Phadria n'insista pas plus. Plusieurs fois les jours suivants, elle questionna ses amis sur leurs pouvoirs et magie chamanique, elle qui se trouvait à des centaines de lieues de cette science-là ! Elle remarqua également qu'Attila étaient devenu bien plus beau. Son poil paraissait étinceler de mille feux, son œil était vif, ses muscles sans cesse gorgés de sang. Il paraissait avoir pris en taille et même en muscles ! Elle ne doutait pas que l'élève et le maître avaient dû travailler très dur pour arriver à ce résultat-là !

Les seins de Phadria se gorgèrent de lait. Ils avaient, songeait-elle, des teintes de fraises et leur mamelon était devenu douloureux. Cette nuit, la lune était pleine.

- Argorg mon ami, dit-elle en posant une main amicale sur les épais biceps de son camarade. Je te veux à mes chevets, cette nuit.

Et elle observait le ciel argenté.

- C'est pour ce soir.

L'alouette monte au ciel avec le jour, expliquait la veille le Viel Ours. Moi, je monterai au ciel avec mes enfants. Atÿe plaçait tout son amour et son réconfort en son sein et, alors qu'elle aurait dû être effrayé à l'arrivée de cette naissance loin de tout, loin de la ville, Phadria était sereine. Elle savait qu'elle n'avait pas perdu Artémis. Artémis était avec Atÿe. Quel immense honneur, pour ce petit enfant, qu'être bercé tous les soirs par la Déesse de l'amour en personne ! Phadria écrasa une larme sur sa joue. Non, elle ne tremblait pas ! Elle était d'un calme exemplaire. Si le sort l'avait séparée de sa fille, il ne lui ôterait pas son fils. Théoden aurait une drôle de surprise à son retour ! Elle s'endormit sur une prière, et apaisée.

~



Au beau milieu de la nuit, Vieil Ours exigea d'Argorg qu'il l'accompagne à l'extérieur. Les entraînements nocturnes n'étaient pas rares depuis que l'Orc était formé par l'Ours, mais cette fois-ci, Argorg dû poliment refuser.

- Phadria va accoucher, disait-il en susurrant afin de ne pas la réveiller. Je veille. Je veux être là pour l'aider.

Se pouvait-il qu'Argorg, après le récit des ignominies de Franco sur la fille de Phadria, demeurait terrifié à la seule idée que l'accouchement se passe mal et que son amie perde aussi son deuxième enfant ? Il ne voulait en tout cas pas la laisser seule, surtout après qu'elle ait requis auprès d'elle sa présence, mais le Vieil Ours ne voulut rien savoir. Il entraîna Argorg au-dehors, avec Spoki. Attila resta à l'intérieur, avec Plagt, lové près de Phadria endormie.
Au bout d'une marche qui parut interminable à l'Orc nerveux, Grand Ours s'assit en tailleur, non loin du lit de la rivière grondante. A la gauche de l'Orc, le chaman. A sa droite, "Petit Ours".

- Que dois-je accomplir ici ? demanda Argorg déjà pressé de rentrer auprès de Phadria.

A cela, l'Ours se dévêtit puis, les mains posées paumes à plat sur les genoux, répondit :

- Écoute.
- Seulement ça ? Écouter la rivière ?
- Seulement écouter la rivière.
- Et...hum..ça prendra longtemps ? Parce que Phadria va...

Le vieux chaman répondit par un coup de bâton en pleine figure !

- Écoute.

Alors l'Orc imita son mentor, se dévêtit, s'assied puis ferma les yeux. Vieil Ours ne parlait pas. Il ne psalmodiait même pas. Cet exercice semblait bien différent de tous les autres. Argorg se demandait pourquoi.

~



Phadria s'éveilla en sursaut d'un rêve doux comme de la soie ! Transpirante, elle était prise de contraction.

- Argorg ?

Attila était à ses côtés, il s'était levé, sentant que quelque chose n'allait pas.

- Argorg ? Grand Ours !

Alors que la panique la gagnait petit-à-petit, elle constata que ni l'un ni l'autre n'était présent dans la maison ! Attila roulait de grands yeux en frottant de grands yeux près de sa main, mais Phadria demeurait incapable de lui rendre sa caresse.

~



- C'est lourd ! Ça fait plus d'une heure que je suis là, à "écouter" ! Mais il ne se passe rien ! Je dois retourner avec mon amie, Vieil Ours, pardon !

Argorg se releva, le cœur battant la chamade, mais le vieil ermite haussa la voix, soudain grondante comme un coup de tonnerre !

- Tu ne vas nulle part Argorg Uktathagh ! Je veux que tu restes assis ici ! Sans bouger, jusqu'à l'aurore !
- Mais Phadria...
- Elle peut se débrouiller seule ! Laisse la Déesse Mère s'occuper de ce qui lui incombe !
- NON ! cria l'Orc. Je dois...Je lui ai donné ma parole ! Je dois être près d'elle !

Alors les yeux du Vieil Ours se révulsèrent au clair de lune.

- Tu peux être près d'elle.
- C'est vrai ? Alors je peux y retourner ?
- Tu peux être près d'elle tout en restant ici.

~



Un brasier de feu s'était allumé dans le corps de Phadria, et une douleur immense la prit d'assaut, ne lui laissant aucun répit. Les contractions l’essoufflaient et les larmes lui brouillaient la vue. Elle avait cessé de s'inquiéter de l'absence d'Argorg ! Un problème plus urgent nécessitait toute son attention ! La naissance de son enfant ! La naissance de Rupert ! Plagt s'était levé, nerveux comme il n'était plus permis de l'être ! Quand Phadria lui avait demandé de chercher de quoi faire un feu afin de mettre de l'eau à bouillir, il avait sauté d'un bond, renversé la moitié du mobilier de la maison, puis s'était mis à courir en rond en criant "feu ! feu ! feu !" avant de réaliser qu'il paniquait trop pour réussir à en allumer un ! Un incendie flambait à travers les yeux de la belle et elle avait l'impression que son cœur lui déchirait la poitrine ! Alors que ses gémissements se transformaient en cris, Attila, nerveux et las de frotter sa grosse tête pelucheuse contre son amie sans recevoir l'effet escompté, se mit lui aussi à gémir doucement. Dressé sur ses deux pattes arrière, il s'était mis à éponger le front de Phadria à grand coup de langue tandis qu'elle serrait les draps à s'en faire blanchir les phalanges ! Elle avait l'impression que sa condition durait depuis des heures ! Le bébé venait !

~



- La goutte d'eau manque au désert. L'homme est un puits où le vide toujours recommence. Certains existent sans être. D'autres vivent sans voir. » dit Grand Ours.

_________________
Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main
Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.
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MessageSujet: Re: [PV Argorg] Épilogue   Lun 1 Mai 2017 - 23:50

Argorg ne comprenait pas ce que voulait dire Grand Ours ni même ce qu'il pouvait faire pour etre auprès de Phadria tout en restant ici... Il se cassait l'esprit à trouver une solution, aussi désespérée soit-elle. Il étudiait chaque possibilité, minutieusement. Quand soudain il finit par comprendre : Il devait étendre son esprit jusqu'à Attila. Il devait prendre le contrôle du corps de son ami. L'orc se remit en tailleur et poussa un très long soupir. Il se détendit de son mieux, vidant son esprit de toute pensée. Il ne pensait plus à rien, il ne faisait plus que sentir son environnement. Il sentait qu'il pouvait aller n'importe où...

Soudain son esprit capta la présence d'Attila et de ses autres amis. Il "fonça" jusqu'à eux.


~


Attila s'agitait de plus en plus, recherchant désespérément un peu d'attention de la part de Phadria, ne comprenant pas ce qui lui arrivait. Mais un éclair dans sa tête l'arrêta net, et il perçut la voix d'un être familier, celle d'Argorg : Du calme, mon grand. Laisse-moi géré ça. Prête-moi ton corps. Le tigre sentit quitter son corps et il perdit conscience.


~


Argorg était maintenant dans le corps du tigre. Il sentait tout comme lui, désormais. L'orc vit Phadria en train de se tordre de douleur et de suer comme jamais : Le bébé arrivait. Il se calma et partit d'abord chercher un morceau de que Phadria pourrait mordre. Quand il l'apporta, la prêtresse n'eut pour toute réponse que :

-Peut pas... Jouer à... Envoie le bâton...

Argorg s'approcha plus d'elle et plaça de force le bâton dans la bouche de son amie. Avant qu'elle ne le recrache d'incompréhension il mordit plusieurs fois dans le vide pour montrer à son amie de mordre le bâton. Elle finit par comprendre et concentra ses efforts à casser en deux le morceau de bois à la force de sa mâchoire.
Ensuite, l'orc en tigre se dirigea vers les jambes ouvertes de la prêtresse et expira plusieurs fois tout en montrant le sens où passera le bébé et finit son imitation en poussant de ses pattes arrières l'air. Après plusieurs minutes d’incompréhension et de tentative d'imitation, Phadria comprit qu'il fallait bien pousser tout en respirant bien pour faciliter l'accouchement. L'Attila a esprit d'orc tapota Plagt pour qu'il l'accompagne et l'aide à faire du feu pour faire bouillir l'eau. L'ogre était toujours aussi nerveux et n'arrivait à rien. Un rugissement sonore traversa la gueule du tigre et, transperçant de ses yeux félins ceux de Plagt, il lui intima de se calmer en soupirant plusieurs fois longuement. Cela fait, l'ogre fut plus habile et fit bouillir l'eau.

Soudain, un cri de Phadria déchira la maison :

-IL ARRIVE ! LE BÉBÉ SORT !!

Plagt et Attila déboulèrent en trombe, voyant Phadria pleurant de douleur et Rupert en train de montrer le bout de son crâne. L'orc en tigre s'approcha d'elle, essuyant son front de l'une de ses grosses pattes, doucement, essayant d'apaiser la belle d'un ronronnement. Plagt secouait ses grandes mains pour ventiler Phadria. Argorg fonça chercher l'eau chaude ainsi qu'un tissu. Le bébé avait la tête totalement sortit, le tigre restait concentré sur l'enfant, surveillant son arrivée. Quand ses jambes furent sortis il poussa un grognement victorieux et Phadria soupira, soulagée, accompagné de quelques derniers petits sanglots de douleurs et de joie. L'orc en tigre prit allors le tissu et tenta de l'humidifier. Cela se retrouva être une tâche compliquée, et essuyer l'enfant avec était impossible. Il se résolut à le lécher comme le font les tigres dans la nature. Le liquide amniotique couvrant Rupert n'avait pas vraiment bon goût mais il sentait que cela réchauffait le petit être. Il coupa le cordon ombilical avec une de ses griffe et fit bien attention à ce que cela ne s'infecte pas. Quand la toilette de l'enfant fut finit il le réchauffa au creux sa fourrure. Il sentit le petit être qu'était Rupert palpiter de vie et hurler toute son envie de vivre à travers sa petite bouche. Phadria appela le tigre :

-Est-ce que... Je peux le voir ?...

Attila regarda Plagt et lui indiqua une couverture. Celui-ci la pris et l'orc en tigre lui indiqua ensuite l'enfant :

-J'dois l'ent'rer de ça ? *dit l'ogre en montrant la couverture*

Le tigre approuva et Plagt entoura très délicatement, pour l'ogre qu'il était, l'enfant et le fit passer à sa mère.

Les yeux de Phadria se remplirent de larmes de joie et elle allaita son fils. Elle regarda avec tendresse le tigre et l'ogre et leur dit d'un ton affaiblit mais rempli de douceur :

-Merci... Merci milles fois à vous deux...

Elle embrassa Plagt sur sa joue et caressa la grosse tête pelucheuse d'Attila.


~


Argorg revint enfin à son corps et trouva Grand Ours, un sourire léger sur ses lèvres :

-J'ai... J'ai réussit. J'ai pris le contrôle du corps d' Attila et j'ai pu assister Phadria lors de son accouchement. Le bébé est...

-Je sais tout cela. *l'interrompit le shâman* J'étais avec toi tout ce temps. Tu as très bien agit. Tu as compris comment transmettre ton esprit jusqu'à ton familier, et tu n'as fait qu'un avec lui, avec la nature. Bientôt tu pourras le faire avec n'importe qu'elle animal ou végétal. Mais cependant... *il eut un regard dur* Utilise ce pouvoir correctement ou la Déese-mère te le fera payer.

-J'agirai au mieux et n'abuserai pas de ce pouvoir. *déclara Argorg, sincère*

-Bien. Maintenant rejoignons Phadria et les autres.
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MessageSujet: Re: [PV Argorg] Épilogue   Sam 17 Juin 2017 - 11:53

Si tu le veux bien, divine Ignorante,
Je ferai celui qui ne sait plus rien
Que te caresser d'une main errante,
En le geste expert du pire vaurien,

P.V



Une lune avait passé depuis la naissance de Rupert. A présent, peu désireuse d'imposer sa présence à son hôte, Phadria et Argorg entreprirent la construction d'une chaumière modeste à une lieue de celle du Vieil Ours. Argorg s'était chargé avec un enthousiasme grandissant de superviser ce chantier pour le moins particulier. Escorté de ses amis, Plagt, Spoki et Attila, le quatuor s'était mis en branle et la cahutte de bois prenait forme rapidement !

Phadria se remettait de son récent accouchement. Si les muscles de son ami Peau-Verte étaient assez vaillants pour supporter tous les fardeaux que ce dernier leur imposait, son cœur à elle, à présent gonflé de joie et de reconnaissance, pouvait bien porter tous les fardeaux de l'univers. Lorsqu'elle serrait son fils contre son cœur, elle sentait pulser contre son sein les premiers battements du monde.

« Tu es sure que tu veux vivre ici ? lui demandait Argorg en désignant la future hutte. Le froid est rude dans les Îles de Jade. Et tu es loin du village le plus proche ! Si tu as besoin un jour de quelque chose en particulier, comment feras-tu ?

Mais elle le rassurait d'un sourire amical.

- A quelques lieues, pas plus. Je pourrai y passer régulièrement. Atÿe pourvoira à mes besoins. Et à ceux de Rupert. Il n'est pas d'autre endroit sur terre où je veux vivre, ajoutait-elle en embrassant le front de son fils. Ne parlons plus guerre, meurtres, rapines et pirates. Il est temps de nous livrer à notre nature. Dans l'oubli charmant de toutes choses. Loin de l'agitation, de la folie, du trouble des hommes.

Argorg hochait la tête, souriant, comme s'il la comprenait.

- Et puis, ajouta-t-elle, je ne compte pas m'établir ici toute ma vie. C'est le temps de quelques Tours. Jusqu'à ce que Rupert grandisse.

Elle aurait voulu ajouter "jusqu'à ce que Theoden rentre de son odyssée" mais les mots ne parvinrent pas à franchir la bordure de ses lèvres.

- C'est vrai que les hommes sont fatigants ! rit Argorg. Ca ne vous fera pas de mal de vous mettre au vert quelque temps !
- Sans compter que La Verte n'est pas loin.
- Ce sera bon pour Rupert d'avoir une enfance paisible !

L'Orc huma l'air frais de la forêt.

- Loin de l'odeur de la poudre, de la cendre et du sang !
- Les hommes...soupira Phadria. Chaque fois qu'ils ferment les yeux, ils se voient comme des types très bien.
- Comptes-tu faire de ton fils un prêtre d'Atÿe ? demanda Argorg.
- Je lui enseignerai à quel point l'amour de la Déesse peut être grand. Je le mettrai également en garde contre les dissemblances qui existent, entre les panthéons des Îles de Jade et ceux du Continent. Je lui parlerai d'Ariel, de son père. Au final, le choix lui appartiendra.

Argorg hocha de nouveau la tête, tandis que Plagt battait des mains, l'air heureux ! Les amis de Phadria semblaient approuver ce choix.

- Ne crains-tu pas les bêtes sauvages, toi qui vient de l'océan ? demanda le Vieil Ours d'une voix gutturale.
- Je suis née ici, lui rappela Phadria.

Puis elle éclata de rire.

- Quelles bêtes sauvages ? Tu veux parler des ours ?

Argorg l'imita, hilare !

- De toutes manières, sourit la belle, tôt ou tard Rupert retournera à l'océan... Après tout, il a été conçu quelque part au-delà de l'horizon.
- Si la Déesse Mère avait voulu voir l'homme sur mer, elle ne les aurait pas dotés de mains et de pieds, mais de nageoires ! grogna le Vieil Ours avant de porter à ses lèvres un plein bol de lait de biche.

Argorg haussa les épaules. Phadria laissa Rupert trouver seul la mamelle maternelle afin d'honorer également, et à sa façon, l'heure du dîner. Phadria se souvint de cet instant, quelques minutes après l'accouchement, où elle avait demandé à le prendre dans les bras. Ce bébé, minuscule petit tas de chairs et d'os, gigotant blotti contre l’épaisse fourrure noire, ambre et argent d'Attila. Les premiers cris, les premières bouffées d'air, les premières images du monde autour de Rupert ! Et il vivait tout ça dans le giron du gros matou, petite chose vibrant de vie claquemuré contre le flanc gigantesque du fauve ! A coté de Rupert, le corps d'Attila faisait penser à une falaise ou un château fort ! Quand elle regardait dans les yeux gris de son fils, Phadria voyait Artémis. Et elle y voyait Théoden. Nous sommes une famille, maintenant.

Un instant, elle songea sur le continent, sur les océans, à tous ces criminels fous furieux qui avaient fait un métier de leur art, et demanda à la Déesse de garder son bébé loin de ça. Elle trouvait vraiment sur La Verte le havre de paix et de nature que son âme réclamait. Elle en oubliait le Nouveau Monde. Elle en oubliait la guerre. Elle en oubliait même Franco. Seuls restaient présents dans son esprit le souvenir de son amour parti par-delà les mondes. Le souvenir de l'océan. Le souvenir de Théoden. Et de leurs deux enfants.

~




Rupert avait à présent deux lunes. Argorg avait repoussé son départ pour l'aventure et le Continent, veillant et s'occupant du fils de Phadria comme s'il fut le sien ! Et jamais l'on ne vu un Orc autant dorloter un bébé ! La chaumière de Phadria était enfin prête ! Argorg et elle-même avaient pris soin de ne pas détériorer l'environnement naturel en imposant leur demeure. Une rivière cristalline coulait à deux pas. Phadria n'aurait pas à se rendre tous les trois jours au village afin d'y puiser de l'eau ! Rien ne semblait pouvoir manquer à ce petit foyer.

- J'arrive en retard, il semblerait !

Phadria se leva de sa chaise en remarquant par la fenêtre l'homme qui arrivait ! Elle sourit, debout dans l'ombre de l'encadrement de la porte, Rupert silencieux dans ses bras.

- Mon Père !

Argorg laissa tomber au sol le tabouret sur lequel il s'échinait depuis des heures ! Entre les mains gigantesque du géant vert, tout le mobilier qu'il construisait pour Phadria semblait prendre soudainement des formats de poche !

- Mon Père ! répéta Argorg en réceptionnant le prêtre d'Atÿe dans ses bras colossaux !

On aurait dit qu'il venait de voir la réincarnation d'Atÿe tant son visage rayonnait de bonheur de retrouver le prêtre.

- Il ne m'a pas été facile de vous retrouver ici, répondit Adarien Jadar en souriant à son ami Peau-Verte. Ce sont les habitants du village qui m'ont indiqué cette forêt. Mais impossible de vous localiser précisément ! Alors c'est ici que vous vous êtes établis, tous les trois ? Au milieu des arbres, des loups et des ours ?

Phadria sourit en accueillant le Père Adarien chez elle.

- Loin des loups, mon Père.
- L'accouchement à l'air de s'être bien passé. J'ai pris plus de temps que prévu afin de joindre les Îles de Jade. Puerto-Blanco n'est pas à la porte à côté, s'excusa l'homme en souriant au jeune Rupert.

Phadria ne jugea pas même utile de préciser qu'il était tout excusé.

- Il s'appelle Rupert.

Elle laissa le prêtre prendre l'enfant. Adarien Jadar semblait tant ému qu'on aurait dit qu'il voyait son propre fils pour la première fois.

- Bonjour, Rupert...»

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