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 Retrouvailles autour d'un plat de saucisses. (PV Noire)

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Lewis Oscar Lerrington

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MessageSujet: Retrouvailles autour d'un plat de saucisses. (PV Noire)   Dim 18 Juin 2017 - 15:23

Port-Argenterie se calmait enfin. Il trouvait étonnant que le sultan n' ait pas encore rebaptisé ce qui avait été la plus grande cité pirate du monde. Certainement qu' il attendait son dixième mariage pour cela. Ou bien attendait-il que les principaux bâtiments soient entièrement terminés.

Lewis observait tranquillement assit à une terrasse les esclaves qui regagnaient leurs prisons. Il avait cru comprendre que la ville avait été entièrement rasée il y a peu. Il ne pouvait être qu' impressionné par la rapidité avec laquelle les Ramiens ( et surtout leurs esclaves) pouvaient faire sortir de terre une ville. D'où il était il pouvaient voir les dernières galères s' arimer avant la nuit.
Leurs capitaine aboyant des ordres en essayant d' éviter les restes d' anciens galions déjà rongés par l' océan. Derniers stigmates du drame qui avait sonné le glas de la cité et peut-être aussi celle de la piraterie.

« -J' ai terminé messire Lachance. Je vous souhaite une bonne nuitée. 

-Merci bien. A vous aussi. »

Répondit Lewis en sachant que le pauvre cireur de botte irait seulement se coucher alors que lui dormirait déjà depuis longtemps.

Il observait ses bottes reluissantes sans pour autant saluer plus qu' il ne devait le faire le travail de l' homme qui s' éloignait.
Une autres esclave arriva d'un pas pressé. Plus jeune elle fit une brève révèrence avant de poser une bouteille et un verre à sa table tandis qu' il sortait de sa poche un cigare. Toujours sans un mot elle lui proposa de quoi l'allumé. Il refusa d'un signe de la main et l'autorisa à prendre congé.

Il n' avait jamais entendu cette petite parlé et sans avoir jamais demandé, il se doutait que la pauvre enfant ne devait plu pouvoir le faire.

Il posa son doigt à l'extrêmité du cigare et bientôt des volutes de fumée sortirent du coin de sa bouche. Il se servit à boire. Le rhum était fort, mais de bonne qualité et frais aussi. C' était surprennant, mais pas pour autant désagréable surtout par une telle chaleur.

Il aurait aimer profiter un peu plus de cet instant de calme, mais déjà au bout de la rue il pouvait entendre les soldats et leurs fouets se frayer un chemin vers lui.

Toujours immobile, il ne bougeat pas lorsque deux soldats lui mirent les mains sur les épaules.

Juché sur un étalon un garde et un enfant arrivèrent face à lui.

« - Nous avons capturé le terrible pirates. Rends-toi capitaine Lachance ou meurs sous ma lame !

L'enfant sortit un peu maladroitement une épée à lame courbe adaptée à sa taille. La lame était émoussée et la pointe arrondie.

« -Jamais je ne me rendrais ! Mais dites moi. N' est-il pas un peu tard pour une leçon d' escrime votre altesse ?

-Si...

-Aurais-je oublié de payer l'impôt ?

-Non. Je crois pas. Père ne m' a rien dit. Sauf que vous êtes un généreux donateur. Un qadjin, mais un généreux qadjin.

-Et qu' est-ce qu' il vous fait donc croire que je suis un pirate votre altesse ?

Le garde fit descendre l' enfant qui arriva devant Lewis. Il ordonna aux gardes de se boucher les oreilles et laissant libre Lewis de se pencher pour mettre la sienne à la hauteur de la bouche de l'enfant qui murmura :

« -J'ai dis ça parce que je me rappel plus de l'autre mot. »

A son tour Lewis murmura à l'oreille de l'enfant.

« - C'est corsaire. Pas pirate. 

L' enfant ordonna aux gardes de se déboucher les oreilles.

« -Dans ce cas capitaine Lachance vous êtes libre de dépenser votre fortune qu' une sirène vous a donné comme bon vous semble dans cette ville ! J' espère qu' un jour je verrai votre navire !

-Je ne manquerai pas de le présenter à son altesse. Mes hommages à votre père le sultan. L' enfant retourna vers le garde qui le hissa sur l' étalon.

-Vos hommages lui seront présenté capitaine corsaire Lachance.


Une fois le jeune fils du sultan parti. Lewis put à nouveau profité du rhum et de son cigare. Alors que l' odeur particulière des saucisses Ramienne embaumaient l'atmosphère. Le messager ne viendrait peut- être pas ce soir.

Après être revenu à la surface du monde. Franziska n' avait pas trouvé idiot de se séparer. Un sera toujours plus discret que deux. Lui avait prit la direction du Sud espérant revoir la l'océan.
Si comme le pensait Franziska les dieux avaient un plan pour l' un d'eux alors il devait revenir vers l'océan qui l'avait laissé pour mort.

Lorsqu' il réussit enfin a revenir près du domaine d' Ariel, il ne fut qu' à moitié surprit de voir sur un rocher la sirène qu' il avait sauvé étant enfant.

Sa collaboratrice comme il aimait appelé la sirène, lui avait assuré que Cristal ainsi que son équipage avait survécu. Il lui avait demandé bien sûr si la danseuse qu' il aimait tant était àencore à Kelvin, mais la sirène lui apprit qu' elle c'était volatilisé dès l'arrivée de Cristal dans la ville.Si tel était le cas, lui devait être considéré comme mort. Son testament ouvert et tous ses biens attribué comme il avait jugé bon de les distribuer. Il espérait que Cristal avait trouvé le sien.

Non Ariel ne l'avait pas puni, mais lui offrait peut-être l'occasion d'un nouveau départ. Avec pour seul bien ce qu' il avait trouvé durant son périple au centre du monde. La sirène y jeta un œil et fut fortement intéresser par un livre de recette de cuisine essentiellement dédié aux champignons.

Allez savoir pourquoi cette sirène raffolait des champignons. Lui avait besoin d'argent. Il se retrouva bientôt avec à ses pieds plus d'or et de pierre précieuses qu' il ne pouvait en compter. Des breloques sans valeur selon la sirène qui fut ravie d'obtenir pour si peu de chose le précieux ouvrage.

Il avait alors fait route vers la ville la plus proche. Il s' aquitta volontiers de la taxe du sultan sur les étrangers. Construire une ville demande plus d'argent et donc tout est dans ce cas propice a être soumit à la taxe. Il fit des offrande au temple d' Ariel qui put ainsi être terminé plus vite que prévu. Il en fit de même pour celui de Canergën.

Il est simple de se lier d' amitié avec un sultan qui a besoin d'argent pour reconstruire une ville lorsqu' on en a plus que l'on peut en dépenser. Bientôt Lewis devint l' étranger qui investit le plus dans la ville.
La danseuse introuvable désormais, plus rien ne le pressait de rentrer à Kelvin au grand bonheur du sultan de Port argenterie.
On le surnomma capitaine Lachance car bien que sans navire tous ses investissements payaient.

Un jour il apprit de la bouche du sultan lui-même qu' une jeune Kelvinoise du nom de Cristal faisait construire à Vindex un navire hors norme.

Voilà pourquoi il attendait un messager tranquillement assit son regard balayant le port.

Il avait envoyer simplement à l'attention de Cristal un :

« -Je suis vivant. Je suis à Port-Argenterie. »

Près de lui un autre étranger accompagné d'une femme voilée comme l'imposait les Ramiens semblait l'observer. Lui se resservit un autre verre alors que l'homme engagea la conversation.

« -Ainsi donc vous êtes corsaire ? 

-Etait dit Lewis après avoir bu son verre d'un trait.

- Je suis depuis peu comme qui dirait en quelque sorte en retraite pour le moment. A qui ai-je l'honneur ?

-Garrett. Capitaine James Garrett de Kelvin. »

L'homme avait bien assisté sur son grade et avec temps de fierté que certainement il ne devait pas y être depuis bien longtemps.

L'homme se leva et lui tendit la main. L'oeil de Lewis alla de la main de l'homme a son visage, puis il scruta le port et se leva a son tour en serrant vigoureusement la main de ce James Garrett.

« -Baron Lewis Oscar Lerrington. Ici l'on ne surnomme capitaine Lachance. »

Lewis eut le loisir d'observer James Garret devenir bientôt aussi blanc que les pierres neuves de la façade de la taverne.

« - Vous n' êtes... Vous n' êtes pas mort ?

-Vous avez un sens de l'observation impressionnant Capitaine Garrett. Peut- être pourriez-vous vous en servir pour me montrer où ce trouve votre navire. Je ne vois rien qui ressemble à un navire Kelvinois dans ce port. »

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Noire
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MessageSujet: Re: Retrouvailles autour d'un plat de saucisses. (PV Noire)   Jeu 22 Juin 2017 - 14:28

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

A.R



Noire ne saurait dire depuis combien de temps ils étaient là, tous les trois, elle, James et ce Baron, attablé à cette terrasse dominant tout Port-Argenterie. La nuit était tombée depuis longtemps maintenant. Une nuit sans lune, une nuit sans astres, sans étoile.

Noire. Comme toi. Nuit noire. Elfes Noirs. Montagnes Noires. Pavillon noir. Peste noire. Noire.

Noire, qui était partie s'isoler pour pisser, vint retrouver les deux marins. Elle se doutait que Garrett avait profité de cette opportunité pour tout balancer au Baron. Comment elle l'avait sauvé de la noyade ce jour là, plus d'un Tour en arrière, quelque part sur l'Océan des Elfes Noirs après que leur bâtiment se soit fait prendre en chasse par les Ravageurs des Mers. Comment, ensemble, ils avaient regagné Kelvin. Comment il avait été promu Capitaine. Capitaine James Garrett. Un nom qui avait de la gueule, trouvait Noire. Elle aimait bien la tonalité de son prénom. James. James Garrett. Est-ce ça sonnait mieux que Noire ?

Il avait dû expliquer à Lerrington, profitant de l'absence de sa compagne, comment il avait été appelé par l'Amirauté Kelvinoise à prendre le commandement d'un brick armé pour joindre Tanequil, laissant Noire chez lui pendant ce temps, dans sa maison. Comme une brave bête, attendant le retour de son maître. Et comme, moins de trois lunes plus tard, il l'avait retrouvée derrière les barreaux de Kelvin, pour bagarre de rue. Il avait payé la caution, puis l'avait ramené chez lui, sans un mot. Il avait espéré des retrouvailles un peu moins extraordinaire, sans doute. Alors qu'il pensait qu'elle allait pleurer, Noire avait préparé bagages et boussole, et extirpé d'un coffret dissimulé derrière un mur du salon des centaines de pièces d'or.

Oui, Noire savait que James avait expliqué tout ça au Baron. Comment elle lui avait annoncé, coup pour coup, qu'elle n'attendrait pas plus longtemps pour rejoindre l'Île Noire. Qu'elle comptait payer des marins, pirates, marchands verreux, honnête gens, elle s'en foutait, pour qu'ils l’emmènent jusqu'à sa destination. James qui pensait le sujet clos avant son départ pour Tanequil s'était énervé. Noire avait quand même eu le dessus. Il n'arriverait pas à convaincre un si grande tête de bois. Alors il avait engagé des mercenaires. Ils les avaient conduits jusqu'au sud du Royaume Ramien, et là. Pouf. Disparus. Envolés. Avec l'or.

Quel autre moyen avait eu James, afin d'empêcher Noire de concrétiser son projet de malade mentale ? Il savait qui il avait engagé. Des nuits entières, des lunes entières de dur labeur pour elle, à chasser les criminels du labyrinthe, à ramener à l'Amirauté les Pirates, à donner de grands coups de pieds dans tout ce qui rapportait : commerce détaxé, contrebande, mafia des docks. Pour gagner de l'or, de or parti en fumée quelque part sur les côtes Ramiennes. James pensait que Noire lui sauterait dessus, l'égorgerait, essaierait de l’émasculer avec les dents (ce qui aurait été tout-à-fait son genre !) mais elle n'avait pipé mot. Elle lui avait dit "je veux voir Port-Argenterie." et il avait accepté de la suivre. Mais pour lui, c'était là leur dernière escale. Il restait avant tout un Capitaine Kelvinois et, bien que l'Amirauté lui ait donné son congé, il n'aimait pas rester si longtemps si loin du port. On pouvait le rappeler n'importe quand, pour un commandement.

Pourquoi Port-Argenterie, au juste ? avait demandé Garrett à sa compagne. Elle lui avait répondu sans émotion dans la voix. La cité pirate. Phadransie La Noire. Qui ça ? Phadransie La Noire. Connait pas. Durant ce laps de temps qu'avait duré la traversée jusqu'à Tanquil, Noire, qui s'était fort bien instruite à la grand bibliothèque marine de Medron, était tombé sur un bouquin récemment posé là.

"Histoire en vigueur des plus fameux pyrates de Ryscior et d'Argenterie, première du nom, jusqu'à l'Ost Noir."

En fait, le recueil tenait plus d'un dictionnaire que d'un roman historique. A chaque page était répertorié un pirate, fameux de son temps, avec les caractéristiques que lui attribuait l'Amirauté, le bâtiment (ou les) qu'il avait dérobé ou qu'il commandait, et son état actuel : mort ou vif. Délaissé ou recherché. Et combien sur sa tête. Et bien sur, Noire était tombée sur cette coïncidence là. Un dessin vite fait griffonné sur une page de gauche, à la mode des avis de recherche. Et sur celle de droite, quelques mots :

Phadransie La Noire
Seconde du Galion Déité.
Drakk James Korlanos.

Peau blanche.
Brune de cheveux.
Crochet main droite.
Borgne.

Raid Khamsin.
Recherchée mort. Vif.
Maigre compensation.

Œil noir.
Démence.
Dangereuse.

Disparue depuis 5 Tours.


Voila donc le but recherché par Noire ! Convaincue qu'elle avait été pirate dans sa vie, avant de finir sur l'Île Noire, elle avait été frappée par la ressemblance étonnante entre elle et celle qu'elle appelait Phadransie. Et bien quoi ? C'est juste un dessin à l'encre gribouillé vite fait sur une page. Pas même détaillé. Mais non ! Noire s'était mise en caboche que cette Phadransie lui ressemblait, que le fait que toutes deux portent le même nom n'était pas une coïncidence, qu'une partie de son passé était avec cette femme. Qu'elle était peut-être même, cette femme ! James s'était montré patient. Voyons ! Cette femme n'avait qu'une seule main ! Toi tu as tes deux mains ! Alors c'est peut-être une sœur. Donc ça sera Port-Argenterie. Port-Argenterie a été détruite. Tu le sais ça ? Oui, je l'ai lu quelque part.

Essayez donc de résonner Noire !

James Garrett commanda deux verres d'alcool local lorsque Noire revint s'asseoir près de lui, face au Baron.

« J'ai loupé quoi ?
- J'expliquai au Capitaine Lerrington les circonstances particulières de notre rencontre.

Ok. Donc j'avais raison. Tu as tout balancé au Baron. L'Île Noire. Phadransie. Tout.

- Ah d'accord.

Dissimulée derrière son voile, Noire jouissait silencieusement de cet anonymat, propre aux anciens Sultanats, où elle n'avait pas à subir les regards outré, les visages choqué, les moqueries et les railleries péteuses. "Hé ! Tire pas cette tête !" "Ferme ta gueule, connard." Le Baron prit la parole, tout en bourrant sa pipe de tabac.

- Vous êtes bien loin de Kelvin, tous les deux.
- Nous sommes bien loin de Port-Argenterie aussi, lui balança Noire en réplique directe.
- Hum.

Après un silence, le Baron reprit :

- Vous avez connu l'ancienne Port-Argenterie ?
- Je n'y suis jamais passé, reconnut Garrett. On m'aurait fait grief de ce voyage peu recommandable.

Noire ne dit rien, perdue dans ses pensées. Avait-elle connu Port-Argenterie ? Probablement. Cette ville lui parlait tellement ! Mais, il fallait dire, à ce force de lire tellement de choses à son sujet dans les livres, elle en arrivait à confondre ce qu'elle savait déjà avec ce qu'elle avait lu. Phadransie La Noire ? Une pure Argenterienne, c'était évident ! Elle éluda la question du Baron Lerrington après que James y ait répondu. Lorsque Lewis en vint à leur demander quand est-ce qu'ils comptaient regagner Kelvin, James répondit "le plus rapidement possible". Une réponse que Noire ne pouvait pas laisser passer ! Et lorsqu'elle se leva de table, annonçant et clamant poing sur la table qu'elle irait sur l'Île Noire, tous les bavards sur la terrasse se turent, tous les regards convergèrent vers elle ! Elle se rassit.

- Capitaine, je vous suggère de bien vouloir lui expliquer que son aventure est pure folie, lâcha finalement les paupières closes Lewis, tout en fumant sur sa pipe.

Noire l'aurait bien assommé, ce Lewis. En plus la fumée la dérangeait. L'absence de surprise de la part de ce dernier confirmait l'hypothèse de Noire. Garrett en avait déjà causé deux mot le temps durant lequel elle s'était absenté pour aller se soulager.

- J'aimerai éviter d'en arriver là mais c'est une vraie tête de bois.
- Comment espérez-vous prétendre que Médron vous laisse un navire alors que vous n' êtes pas capable de raisonner cette femme ?
- C'est pas faute d'avoir essayé. Vous voulez donc la résonner ? Je vous la laisse ! rit Garrett.

Mais d'un rire jaune.

- Vous avez madame besoin d' aide et vous refusez de l'entendre, lâcha finalement le Baron en reposant sa pipe.
- Je ne vous demande pas de m'accompagner, tous les deux.

Noire s'était relevée, déjà en proie à une frustration grandissante, et sentant poindre une autre de ses crises sanguinolente.

- Je ne suis pas élu divin. Faites-vous donc un peu à l'idée que votre présence ici reste un miracle et vivez donc pour eux à défaut de vouloir les sauver.
- Monsieur, je ne suis pas une dame légère ! balança-t-elle à la gueule du Baron.

Parfois, elle aurait voulu que se taise le monde. Au moins un moment.

- Vous ne trouverez personne pour vous amener jusqu'à l'Île Noire, insista Lerrington.
- C'est du suicide, Noire, ajouta James.
- Dans ce cas j'irai seule.
- Dépêchez-lui une bénédiction Sir Lerrington, soupira Garrett, c'est alors son dernier jour.

Noire le foudroya de son œil. Oui, même au travers le voile. Voila la peste de ce monde, songeait-elle. Un mal que chacun se plaisait d'entretenir. Un ignoble spleen romantique sur lequel elle crachait. Chacun vivait sa petite vie, égoïste, seul, désespérément seul. On bouffait. On buvait. On chiait. On pissait. On se mariait. On enfantait. Puis on crevait. Et on appelait ça "avoir vécu" ? Comment expliquer l'Île Noire, à tous ceux qui ne l'avaient pas vécus ?

- Ils sont la dernière famille qu'il me reste, dit-elle modestement et sans élever la voix.
- Noire, cela fait plus d'un an, lui rappela Garrett.

Au loin, l'aube pointait. Un coq chanta, lui coupant la réplique. Le chant du coq signalait aux survivants que la vie allait repartir pour une journée au moins. Que rien n'était perdu. A vous de jouer ! Débrouillez-vous avec ce délai, on vous l'offre. Vous verrez ce soir ce qu'il en restera, chiures de ruffians.

- Et je n'ai pas beaucoup de temps, lui rappela Noire.

Alors, comme pour ponctuer ses paroles, une quinte de toux lui arracha la gorge, du sang jaillit de son nez, de sa bouche, de ses yeux même, gouttant sur la table de la terrasse, à quelques pouces de la main du Baron. Son voile en fut tâché, elle dut le rabattre un peu. La toux ne voulait pas s'arrêter. Et James et Lewis qui la regardaient, comme un animal de foire, avec des yeux ronds comme des billes. La putain de ta mère. En fait c'était toute la terrasse qui la regardait !

Elle aurait aimé exploser, sous leur yeux. Un ballet de sang, du sang partout, sur les chaises, sur le plancher, sur les balcons, sur l'argenterie, sur le comptoir, sur le serveur, sur les tables, sur les persiennes, sur les clients. Ca vous en bouche un coin, hein ?
Mais Noire n'explosa pas. En revanche, comme sa quinte de toux ne voulait pas cesser, et son sang ne voulait pas cesser de jaillir des pores de sa peau, elle dû se retirer en urgence, aller cracher ce qui lui restait de virus derrière la terrasse. Lorsque le monde autour d'elle cessa de tourner, et qu'elle retira la main de son visage, elle était rouge de sang. Dégoûtant.

- Ca va mieux ?

James lui tendait un verre d'eau. Elle l'avala, lentement, les yeux encore brûlants.

- Non.

Et elle ajouta, en le lui rendant tandis que se pressait derrière lui le Baron.

- Voilà pourquoi je retourne sur l'Île Noire. Mes jours sont déjà comptés, de toutes façons. Je n'ai rien à perdre. Ma vie ne vaut plus rien.

Elle savait qu'elle n'avait pas de famille sur le continent. Juste cette femme. Phadransie La Noire. Œil noir. Démence. Dangereuse. Disparue depuis 5 Tours. Putain. Brume comprendrait, lui. Son cœur se serra lorsqu'elle repensait à Brume et à la meute. Hector. Uric. Perdu le long des côtes de récifs de l'Île. La tête lui tournait encore, et sa gorge l'incendiait. Et bientôt deux Tours que ça durait. A croire que la mort est contre nature, à voir la résistance que la chair et l'esprit lui oppose.

- Vous devriez plutôt trouver un prêtre, avança le Baron Lerington avec une légère compassion.

Noire le trouva courageux de ne pas avoir gerbé en voyant son visage débarrassé du voile.

- Tu crois que je ne l'ai pas déjà fais ? Les prêtres font des promesses, mais à condition de passer mes journées enfermées, dans le temple, à prier tel ou tel Dieu. Je n'ai pas le temps pour ça. J'emmerde les Dieux.

Elle toussa encore, cracha une glaire de sang.

- Et je n'ai surtout plus le temps...
- Un médecin pourrait peut-être...commença James.
- Des charlatans qui se font payer trop cher.
- Vous ne pouvez rester en cet état, lui fit parvenir finalement le Baron Lewis Lorington.

Noire s'autorisa à le corriger.

- Je ne peux rester en cet état pendant que les miens sont prisonniers de l'Île des Elfes Noirs. La réalité de l'île est cachée, Dieux merci, à ceux qui n'y sont jamais allés ! Mais croyez-moi, il est urgent que j'y retourne sans tarder. »
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