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 Shiver my timbers [PV Franco]

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Franco Guadalmedina
Roi Pirate
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MessageSujet: Shiver my timbers [PV Franco]   Jeu 22 Juin 2017 - 1:44

Lorsque les vents de la Garce fortifieront nos voiles, nous vous entraînerons en enfer.

Franco Guadalmedina





Spoiler:
 



Le pilote du Dhau Ramien posté à côté du Capitaine, sur le pont supérieur, n'y voyait pas grand chose à cause de l'éblouissement.

« Alors ? demanda-t-il, incapable de tenir sa langue plus longtemps.

Le Capitaine abaissa alors sa lunette, fixé sur le bâtiment au loin et qui serrait le vent au plus près. Le Second s'approcha.

- Pavillon noir. lâcha d'une voix froide le Capitaine. Un pirate.

Il reporta la lunette à sa vue, réglant la précision. Le bâtiment réduisait la distance entre les deux voiliers.

- On dirait...un Joly Roger, avec une tête de loup. Jamais vu ça.

Le pilote ravala sa salive. Il se sentait la sueur dégoulinait sous sa chemise, dans son dos.

- Que fait-on, commandant ?
- Nous avons de quoi les repousser. Dites aux hommes de se battre ! Postez les archers.

Après quelques minutes, le bâtiment au pavillon noir arbora un second pavillon sur son Artimon. Alors que les deux navires étaient à quelques brasses l'un de l'autre, le capitaine du Dhau Ramien était, ni plus ni moins, invité à bord du pirate, qui s'était immobilisé. Comme s'il n'avait pas d'intentions hostiles à l'égard du marchand. Il mit même à flot un canot de rade, pourvu de deux avirons, et un jeune garçon rama jusqu'au Dhau.

- Voyons ce qu'ils nous veulent.

Lorsque le Capitaine Ramien foula le pont de la "Caïman" , prêt à marchander en toutes circonstances, il fut accueilli par le Capitaine pirate. Ou plutôt la Capitaine. Cette dernière l'invita dans sa cabine, afin qu'ils puissent délibérer seul à seule et loin des hommes de bord. La première chose qui frappa le Capitaine du Dhau fut la fumée de pipe. Forte, brûlante, omniprésente, elle irritait les yeux et la gorge. Et comme pour imposer sa maîtrise des lieux, la Capitaine pirate à la peau noire porta une pipe à ses lèvres, tout en s'asseyant derrière son bureau. Elle invita le Ramien à faire de même.

- Voilà le deal. Je vais vous faire une proposition, au nom du Roi Pirate. Choisissez de vous rendre. Ce que vous transportez sera alors à nous. Pas de mort. Pas de blessé. Pas de déporté. Nos chemins se sépareront après ça.

Froissant entre ses doigts noueux le chapeau qui lui tenait lieu de tricorne, le Capitaine gratta son épaisse barbe. Cette femme lui glaçait les os ! Même sa voix semblait sortir des abysses. Et elle continuait à fumer, tranquillement, une jambe sur l'autre, des yeux noirs braqués sur lui, avec dédain. Il dut refuser la "proposition" de la pirate. Son Dhau n'était pas sans défense ! Plutôt que de se laisser voler sans bouger le petit doigt, il préférait encore saisir sa chance d'envoyer cette pute, et tous ses enfants de putain, par le fond ! Après tout, n'avait-il pas honoré Ariel avant de prendre la mer ? Mais la pirate poursuivit :

- Tu te rends. On prend le butin. Il n'y aura ni mort, ni blessé. Nous choisirons quelques-uns d'entre vous parmi les bras les plus solides pour qu'ils soient déporté comme esclaves. Nous prendrons aux autres les habits qu'ils endossent. Nos chemins se sépareront après ça.

Et lorsqu'il se leva de sa chaise, refusant encore :

- Voici votre dernière chance. Rendez-vous. Nous nous accaparerons toutes votre marchandise. Il y aura morts et blessés. Les plus chanceux seront tous déportés. Je vous pillerai. Vous déshabillerez. Vous humilierai. Votre bâtiment sera sabordé.

Le Ramien eut du mal à ne pas demander si une quelconque personne saine d'esprit accepterait cette "reddition" tout à fait injuste. La Capitaine ne le retint pas. Elle laissa le Ramien regagner le Dhau marchand seul dans le canot de rade.

- Il y est presque, commenta le Second en calant sous son bras la lanterne.

Alors, d'une voix claire, Madame ordonna de se préparer au combat. Les ordres furent suivis comme si elle fut bonne procureur de l'Amirauté Kelvinoise ! Très vite, le Caïman vira de bord. Les deux navires se trouvèrent presque flanc contre flanc, prêts à l'abordage. Les archers Ramiens postés sur la hune, bras et arc tendus. Quand soudain jaillit de la brume un voilier noir, aussi imposant que le premier ! A son Grand Mât flottait le même pavillon ! Tête de loup sous sabre entrecroisés.

- Par la Garce ! cria le Capitaine du Dhau. Nous sommes perdus. Ils sont deux !

Alors, le beaupré du second vint, comme une lance, s'insinuer par-dessus le flanc du Dhau, le faisant heurter le premier bâtiment ! Pris en tenaille, les archers déchainèrent leurs flèches, mais le cri de guerre de Ram fut de courte durée.

- Une ligne de fusiliers ! Ils ont des fusiliers à leur bord !

Postés sur les huniers, les fusiliers de Samokaab nettoyèrent les hunes ennemies en une salve assassine !

- Je crèverai en enfer avant de me rendre au service d'un pirate ! beuglait le Capitaine tandis que le Dhau accueillait le premier assaut de pirates, armés de sabres pour la plupart, de pistolet pour les plus chanceux !

- Guadalmedina !
- Grande Lagoon !

Aspirant à un triomphe doré, les flibustiers du sud attaquèrent sur les deux bords, et ce ne fut bientôt plus qu'un souvenir de l'obstination Ramienne qui s'endormit sous le lit d'une prompte mort ! Alors que le voilier virait la quille en haut, le pont recouvert de sang, les pirates organisèrent le plus rapidement qu'ils le purent le pillage. Habitués à ce genre de noble activité, le tout en un temps limités, les hommes du Roi-Pirate étaient passés maître en l'art de piller rapidement ! Le butin d'abord, la vie ensuite ! On brisa les drisses du gouvernail, on emporta toute la toile, on perça la coque et le Dhau ne fut plus qu'un funeste souvenir. Sur le pont du "Trashell", un géant noir le corps tout peinturluré de blanc, bras croisés, assistait silencieusement au naufrage. Les cales déjà un peu plus remplies, il songeait silencieusement, entouré de la tumulte des forbans qui souquaient aux bras pour border les voiles qu'on venait de déployer. Le regard fixé sur le cul du Caïman, le Profanateur, pieds-nus sur le pont de son noir voilier, finit par regagner sa cabine.

~



Pendant ce temps, sur Puerto Blanco, dans l'Archipel de Blue Lagoon, le Roi Pirate gérait son commerce. Enrichis de leur dernière entreprise contre Teikoku, contre Ram, contre tout le monde en vérité, les forbans de l'Alvaro de la Marca se saoulaient et se gavaient chaque soir. Et même si on avait le premier soir pris une minute afin de déplorer les nombreux morts tombés au combat, on en avait bu que davantage. Leur part revenait aux survivants ! Les morts soupaient en enfer, avec Canërgen ! Quelques nombreux esclaves avaient été ramenés de l'expédition, essentiellement des Ramiens. Il y avait bien, dans le lot, une poigne de Teikokujins. Ceux restaient à terre demeuraient verts de jalousie lorsqu'ils venaient se presser, chaque soir, à la taverne Saint Domingue et assistaient à cette démesure d'agapes, de jeux, de débauche et d'alcool. Se faire pirate sur Puerto-Blanco, c'était s'assurer bombance chaque soir ! Nombreux furent les jeunes, las de ne plus avoir le sou, à s'enrôler auprès du Roi Pirate ! On le pressait de repartir en course afin de revenir riche pour s'enivrer. Lorsque tout fut dépensé en ripaille et en débauche, et que les nombreux camarades morts -car oui, il était possible de mourir de ripaille et de débauche, sur Puerto Blanco !-  furent comptés, le Roi Pirate avait commencé à mettre en oeuvre cette seconde expédition. Très différente de la première. Il ne s'agissait pas de composer un grand équipage afin de donner un gigantesque coup de pied dans la fourmilière qu'était le Nouveau Monde cette fois-ci, mais au contraire, de "remettre sur flots un nombre considérables de vaisseaux" afin d'aller titiller les échanges entre Ram et l'Empire qui se faisaient, par l'Océan des Elfes Noirs. Franco Guadalmedina restait sur Puerto Blanco, supervisant tout ça.

L'île connaissait un nouvel essor, grâce aux denrées pillées, qui se revendaient dans les Archipels voisins, en plus de ce qu'il restait sur le butin du Nouveau Monde. Et les esclaves. Toujours plus nombreux, ces derniers travaillaient à l’édification de l'île. Le chocolat du Nouveau Monde avait été planté, en compagnie de quelques autres fruits, et Guadalmedina misait gros sur leur récolte. On avait également ramené des élevages par centaine de vers à soie. Il avait fournis assez d'esclaves pour agrandir et rénover le port. Dans un même temps, il entreprenait des travaux d’agrandissement dans sa demeure. Les cultures de l'Ancien monde, nombreuses, de coton, de tabac, d'herbes à inhaler, d'épices, de manioc et de bananes proliféraient.

Et comme il n'y avait jamais assez d'esclaves, il remettait à flot un nombre considérables de bâtiments. Volés, pour la plupart. Réparés, rebaptisés, un nouveau pavillon à leur mât, et les voiliers de toutes sortes reprenaient le chemin de la Passe et de l'Océan des Elfes Noirs, prêts à tomber sur des Impériaux ou sur des Ramiens. En ce moment, la chaleur sur Puerto-Blanco était étouffante, et nul forban ou maître ne sortait de chez lui. Ainsi, les plages étaient désertes. On s'enfermait l'après-midi chez soi, à dormir ou à boire du rhum, puis le soir on se donnait rendez-vous au Saint-Domingue, pour chanter des chants pirates, danser, fumer, jouer et baiser. Concrètement, c'était ça la vue sur Puerto-Blanco.

Et si les maîtres demeuraient avides de se préserver du soleil meurtrier, il n'en était pas de même pour les esclaves, qu'on espérait toujours plus nombreux, et qu'on envoyait travailler de l'aube au crépuscule et du crépuscule à l'aube. Esclaves qui étouffaient sous un immense fardeau et dont la chair n'était plus qu'une masse informe et brûlée de cloques, à moitié consumées par les mouches et les moustiques, qui se partageaient leurs proies. On guettait donc le retour des Seigneurs Pirates de Guadalmedina avec une grande impatience, et beaucoup d'espoir quant à la nature de la cargaison. Du moment que ces derniers ne se pointaient pas au beau milieu de la journée !

- Je suis venue pour mon époux, dit la jeune femme face à Franco. J'ai appris qu'il était retenu ici, contre son gré.

Elle n'osait pas dire le mot "esclave". Le Roi-Pirate, attablé dans son propre salon, l'écoutait tout en sirotant un rhum que la température ambiante avait rendu chaud et moite.

- Il travaillait sur un brick, en partance des Cités. Il devait se rendre jusqu'à Guedria, pour y trouver sa soeur. C'est un homme honnête, messire. Bon et travailleur. Il ne..Il ne mérite pas un tel traitement. Sa place est auprès de moi, et de ses enfants. Nos enfants.

Franco trouva que les gémissements de la femme lui gâchaient son rhum. Il lui fit signe d'abréger de la main.

- Et cesse de me donner du "messire". Je ne suis pas un monsieur.
- D'accord mess... Capitaine.
- Tu as apporté quelque chose ?

Timide, la femme déposa sur la table une petite bourse qu'elle ouvrit. Cette dernière contenait une quinzaine de pièces d'argent. L'un des esclaves de Franco l'apporta jusqu'à la main de son maître. Il n'eut pas même besoin de recompter.

- Ca n'est pas assez.
- Mais je n'ai que ça, supplia la femme.
- Je peux baisser le prix, lui concéda le Loup de la Passe. Je te rends ton mari pour cinq pièces d'or.
- Cinq pièces d'or ! Mais...Mais cela fait cinquante pièces d'argent ! Je ne...Nous ne sommes pas riche, messire.
- Pas de messire. Cinq pièces d'or, c'est mon dernier mot. Et estime-toi heureuse ! Les prix en vogue sur le marché de Puerto Blanco pour une telle tête sont de dix pièces d'or ! Les cours ont augmenté.

La femme s'était mise à pleurer, secouée de gros sanglots.

- Je n'ai pas cet argent.
- Dans ce cas je ne peux pas te rendre ton mari.

Baignant dans ses pleurs, les yeux ne s'ouvrant plus qu'à demi à cause de la chaleur et la suffocation, les robustes esclaves noirs de Guadalmedina entraînèrent la visiteuse jusqu'à la porte. Le Roi Pirate prit la parole en se servant une tasse de chocolat :

- Tu peux toujours demeurer ici. Et essayer de trouver du travail sur l'île.

La femme se retourna, tremblante.

- Du travail ? Ici..? Mes...Messire je...Que voudriez-vous que je fasse ? Les femmes se prostituent pour vivre, sur Blue Lagoon.
- La prostitution est un travail qui paye, lui répondit d'un ton neutre son interlocuteur en se levant de sa chaise, déjà alourdi de chaleur et pressé de s'allonger. A toi de voir.

Puis il la congédia.

Franco Guadalmedina ne put dormir bien longtemps. Wallace, son fidèle Second vint très vite le trouver. On était au beau milieu de l'après midi, et même les oiseaux habituellement bavards et colorés semblaient s'être tus, accablés de chaleur. Une longue vue braquée sur l’œil, les deux personnages fixaient le port de l'île du haut du balcon de la demeure du Roi Pirate.

- Qu'en dis-tu ?
- Pas de pavillon, constata Franco.
- Mais le navire te parle autant qu'à moi.

Guadalmedina rangea la longue-vue à sa ceinture.

- Valentino.
- Tarenzione, compléta le Second.
- Que diable vient-il faire à Puerto Blanco ?
- Tu as déjà l'Ancien et le Nouveau Monde à dos, lui rappela Wallace. Tâche de ne pas faire de Nerel un ennemi.

Franco pensa que son ami allait ajouter "comme Atÿe" mais il s'abstient.

- D'accord. Descends jusqu'au port. Ordonnez, par des signaux, l'amarrage de son bâtiment au niveau de la baie des Noyés. Il aura plus de place pour y jeter son ancre.

Alors que Wallace posait un chapeau sur sa tête et quittait la demeure de son ami et Capitaine, Franco ajouta :

- Guide-le ensuite jusque chez moi. Je le recevrai volontiers. Autour d'un verre de chocolat. »
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Dargor
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Lun 3 Juil 2017 - 1:38

La, ré, fa. La, ré, fa. Si, ré, fa. Si, ré, fa. Fa, la, ré. Fa, la, ré. Les notes du premier mouvement de cette sonate, dite de la grandeur de Finil au sein de la bonne société kelvinoise raisonnaient dans la cabine de Valentino au gré de la façon dont sa harpe était délicatement manipulée par ses doigts experts. Cette sonate était un hymne à la beauté de la lune, dont Finil était dépositaire. Et puisqu’elle vantait la lune, elle vantait aussi la douce lumière dont elle baignait le monde quand elle resplendissait durant la nuit. Cette douce lumière, c’était celle qui éclairait les amants qui escaladaient le balcon de leurs bien-aimées, mais aussi celle qui éclairait les jeunes filles qui, à l’inverse, réfléchissaient déjà à leur père pour justifier le détour fait et l’heure tardive. Cette lumière vantait donc l’amour caché, celui qui ne pouvait être avoué. Valentino Tarrenziore trouvait cela beau.
Mais il trouvait aussi qu’il y avait plus que le simple amour à attribuer à cette chanson si délicate. La lumière de la lune, c’était aussi celle des marins qui, alors que les gréements raisonnaient sur le port, consommaient leur bière de trop, riant de leurs malheurs et de leurs joies à la fois, de belles filles sur les genoux, prêts à repartir d’ici quelques jours. C’était aussi la lumière qui illuminait ceux qui devaient travailler la nuit. Et la nuit était le royaume des voleurs. Le royaume des intrigues, des complots, et des malfrats. Il avait la sensation que la sonate n’avait pas seulement capté le côté romantique de la nuit, mais aussi son côté plus mystérieux, plus sombre. Car si la lumière bleutée de la lune était douce aux amants, elle produisait des ombres sombres, qui étaient le domaine favori de son dieu. Nerel. En y réfléchissant bien, il pourrait tout à fait s’entendre avec Finil, songea Valentino. Il ne prétendait bien sûr pas parler pour les dieux, et encore moins d’amour. Mais il trouvait juste que la lune et les ombres étaient parfois faites pour s’unir. C’eut été beau.

« Tu joues bien, dit Anabelle, en s’étirant doucement. »

Il sourit et, continuant de jouer, tourna le regard vers la beauté kelvinoise qui se trouvait dans son lit, tandis qu’elle se levait et, exposant pour lui son corps, se dirigeait vers lui. Elle se déplaça dans son dos, et plaça des mains à la fois protectrices et légèrement dominatrices sur sa poitrine, tandis que sa tête se posait sur son épaule.

« Merci du compliment, dit-il. »

Leur navire, voguant plein sud, se trouvait maintenant dans des zones de fortes chaleurs, aussi tout moyen de détente était-il apprécié, dès lors qu’il ne demandait pas une trop grande activité. Les hommes d’équipage eux-mêmes fonctionnaient selon un service minimal, ce qui convenait bien à Valentino. Du moment que le navire continuait à avancer à bon rythme et en sûreté vers Puerto Blanco, il ne leur en voulait pas de préserver leurs mouvements. Et à vrai dire, lui-même aimait prendre des moments à ne plus rien faire dans sa cabine. L’équipage de son petit sloop le connaissait de toute façon à présent. Depuis qu’il était élu, il s’attachait à garder des marins fidèles, qui resteraient à son bord toute leur carrière durant. De sorte qu’un bon esprit de groupe régnait sur le navire, puisque cette génération travaillait désormais ensemble depuis plus d’une décennie.

« Nous arrivons bientôt ? demanda-t-elle, levant les mains de sa poitrine, et les plaçant derrière ses épaules, entreprenant de le masser. »

Il relâcha sa harpe et saisit un verre de vin oréen qui trainait sur sa table. La fraicheur était une notion qui avait depuis longtemps abandonné ce précieux liquide, mais il était hors de question de le gâcher pour autant. Cela aurait été un crime envers le bon goût. Un crime que même lui n’aurait pas osé commettre. Surtout après avoir emprunté cette bouteille. Avec intention de la rendre, bien sûr, car il était un gentilhomme. Il ne garantissait juste pas du bon état de son contenu au moment de la restitution à son propriétaire.

« Nous devrions arriver dans la journée, dit-il. Je suis monté faire le point il y a une petite heure, pendant que tu faisais la sieste. Avec un peu de chance, nous arriverons même au moment où les heures chaudes commenceront à décliner.
-Non pas que cela fasse une différence entre hors de cette cabine et dedans, dit-elle.
-Certainement pas, répondit-il, savourant son verre. Mais tu pourrais malgré tout vouloir te rhabiller avant de sortir d’ici. L’équipage est constitué d’hommes que je qualifierais de bons, mais ils n’en demeurent pas moins de fieffés coquins et des pirates. Et puis cela fait trop longtemps qu’ils n’ont pas touché de femmes… Surtout des adorables femmes au cœur de leur jeunesse de blonde grasse. Je ne voudrais pas qu’ils fassent de mal à l’amour de ma vie.
-Cajoleur, dit-elle en riant d’un rire vrai et frais à la fois. J’ai à peine trente tours, tu dois en avoir dix fois plus, et je suis l’unique amour de ta vie ?
-J’ai deux fois dix fois plus de tours que toi, répondit-elle en rejoignant son rire. Et quand on est élu, on dit que chaque génération de notre entourage est une vie différente pour nous.
-Vous dites vraiment cela entre élus ?
-Non.
-M’aimes-tu vraiment ?
-Demandes-tu cela au pirate ou au gentilhomme ?
-Aux deux personnes qui sont en toi.
-Le pirate qui est en moi te trouve belle et séduisante, mais il n’a hélas pas leur cœur à la romance. Mais sache que le gentilhomme ne dira jamais à une femme qu’il l’aime sans le penser.
-A moins que ce soit un séducteur.
-Ca, ma chère, c’est le pirate. »

On frappa alors à leur porte. Anabelle se jeta sur des vêtements et les enfila à la va-vite, tandis que Valentino donnait l’autorisation d’entrer. C’était Andréo, un oréen, actuel second de Valentino depuis maintenant une vingtaine de tours. Poliment, il se tourna le temps qu’Anabelle finisse de se couvrir, puis s’adressa à Valentino.

« Puerto Blanco est en vue capitaine. Avec les gars, on pensait que vous vouliez être sur le pont pour l’arrivée.
-Parce que cela vous arrive de penser ? piqua Valentino.
-Parfois, dit Andréo. Disons qu’il y avait la fois où on a dû embarquer un peu en urgence, dans l’Empire. Vous savez, vous aviez volé une tapisserie. Puis il y a eu cette fois dans les Marches d’Acier… En fait j’hésite un peu. »

Il hésitait surtout parce qu’il avait du mal à retenir son rire. Valentino l’invita à le laisser éclater en commençant à pouffer. Très vite, les deux hommes se tinrent mutuellement les épaules, leurs bouches grandes ouvertes par un rire qui leur déformait le visage.

« Ah mon ami, dit Valentino. J’ai bien de la chance de t’avoir. Des seconds comme toi, on en fait plus de nos jours.
-On en faisait avant ? demanda-t-il.
-C’est toujours mieux avant, dit-il. Les jeunes femmes kelvinoises n’étaient pas jalouses de conquêtes mortes et enterrées et les seconds ne savaient pas encore penser.
-Des conquêtes mortes et enterrées dans une roseraie dont tu payes l’entretien, mon ami, dit Andréo.
-Chut, dit Anabelle. Je n’ai pas le droit de parler de ça sinon je n’y reposerai pas à la fin. »

Les laissant à cette discussion pour savoir s’ils étaient vraiment appréciés, Valentino les quitta et monta sur le pont. Est-ce qu’il aimait vraiment son amante ? Oui. Est-ce qu’Andréo était aussi bon ami que second ? Bien sûr. Mais il ne pouvait pas leur en vouloir de douter de la sincérité de ses sentiments. C’était le fardeau d’un élu qui avait toujours cherché à s’entourer. Il n’avait pas envie de devenir comme Satus Borien, qui ne jurait désormais que par les bêtes ou les elfes, et même ces derniers disparaissaient pour lui. Le contact humain lui manquerait trop. Aussi parce qu’il aimait voler. Et qu’il n’y avait rien à voler quand on était solitaire. Et de plus, un pirate solitaire, ça n’avait pas de sens. Alors oui, il appréciait sincèrement cette compagnie.

Mais le temps n’était désormais plus au romantisme et à l’amitié. Anabelle et Andréo l’avaient clairement compris quand il était remonté. Toute la petite communauté formée par l’équipage avait fait très bon voyage, mais ici, il s’agissait très probablement de retrouver leurs plus bas instincts de pirates. Valentino connaissait un peu le capitaine qui dirigeait l’île, et savait d’avance qu’il allait trouver un enfer humain. Digne des pirates, mais pas des gentilhommes.
Pour s’intégrer dans une telle cité, une seule solution, en faire partie. Cela faisait quelques années qu’il n’avait pas fait un brin d’honnête piraterie. Ces derniers temps, il s’était surtout concentré sur la terre, laissant son équipage jouer aux cartes et boire des bouteilles financées par lui tandis qu’il allait voler de ci de là. Mais pour aller à Puerto Blanco, un terrien serait des plus malvenus. Aussi, sur le chemin, avait-il pillé quelques navires. Pas de gaieté de cœur, car il n’était pas en ce moment dans une humeur de pirate, mais par nécessité.
Bien sûr, il était un gentilhomme. Aussitôt que le pavillon du navire abordé était capturé, il ordonnait la fin des combats et laissait les survivants partir avec leur navire, mais pas leurs richesses. Dans l’ensemble, cela s’était bien passé. Les capitaines des navires abordés avaient été positivement surpris par le fait d’avoir affaire à un homme d’honneur et semblaient ne pas avoir su comment vraiment réagir. Il était également fier de son équipage. Il y avait eu des femmes à bord d’un navire et pas un n’avait ne serait-ce qu’eu un geste déplacé envers elles. C’était une bonne chose pour lui, mais il redoutait cependant les conséquences que cela aurait pour ces ramiennes. Si elles se faisaient une vision trop romantique des pirates après leur premier contact, qui savait le malheur qui pouvait leur arriver si elles venaient à en croiser d’autres ? Il les avait bien averties de se tenir éloignées de la mer, espérant avoir été écouté, mais ne pouvait rien faire de plus.
Toujours était-il que son navire était désormais chargé d’un très lourd butin. Ses cales débordaient littéralement. Or, tentures, bijoux, vases… Tout ce qui pouvait se faire de précieux sur le vieux continent était dans ses cales. Il n’avait pas souhaité rivaliser sur les terres du Nouveau Monde. Marcher sur les plates-bandes des autres ne serait pas bien vu pour se faire présenter. Et puis il avait amené un cadeau particulier.

« Tout le monde sur le pont ! demanda-t-il alors que le navire se rapprochait de plus en plus du port. »

Il était temps de faire une dernière inspection de l’équipage. La trentaine de marins qui pilotaient le sloop se réunit alors.

« Messieurs, dit-il, je sais que depuis que vous êtes à mon service, je vous demande une conduite exemplaire. Il va falloir l’abandonner en ces lieux. La piraterie qui se livre ici est plus sauvage que celle que j’apprécie de donner et à laquelle je vous ai habitués. Vous l’avez tous connus, aussi je sais que vous serez capables de vous faire à cette atmosphère. Je ne vous donnerai pas d’instructions, vous savez tous quoi faire. Toutefois, j’apprécierai de vous retrouver tous en un seul morceau à la fin de ce séjour. Est-ce clair ? »

Un grand oui lui répondit. Valentino se doutait en fait bien que c’était sans doute la dernière fois qu’il voyait certains des membres de cet équipage. Mais certains sacrifices devaient être faits, pour accomplir ses projets. Il continua son inspection, puis tomba sur Andréo.

« Ecoute-moi bien mon ami, dit-il. J’aurais aimé que tu m’accompagnes, mais je veux qu’à la place tu veilles sur ce navire. Je n’ai aucune confiance dans la garde du port qui va nous être donnée. Mais en toi, j’ai toute confiance. Cela te convient-il ?
-Bien sûr, répondit l’intéressé. »

Une tape sur la joue, et Valentino passa à la suite de sa petite communauté. Sa petite famille, en fait, comme il appréciait de l’appeler dans sa tête. Les membres d’équipages seraient ses cousins, Andréo son frère, et Anabelle ne pouvait être personne d’autre que sa femme.

« C’est la première fois que tu mets les pieds dans une cité de pirates ?
-Oui.
-Tu ne sais pas à quoi ça peut ressembler ?
-Je sais que c’est sauvage.
-Tu n’en as pas la moindre idée. Quand nous débarquons, tu restes avec moi. Quoi qu’il arrive, tu ne me quittes pas. Et bien sûr… »

Il se tourna vers la ravissante petite fille qui tenait la main de sa mère, en rang avec le reste de l’équipage.

« Toi ma petite chérie tu ne lâches pas la main de ta maman, d’accord ?
-Oui papa, dit Comnena sans hésiter.
-Anabelle, dit-il en se tournant vers son amante. Ecoute-moi bien. Si les hommes de cette ville arrivent à te séparer de moi, ou à nous séparer de notre fille, aucune d’entre vous n’en sortira vivante. Ce ne sera pas forcément leur objectif, mais il pourrait bien le faire, ne serait-ce que par accident, si la foule est trop compacte.
-Je sais, dit Anabelle, dont le visage trahissait une profonde inquiétude. Mais je serais plus rassurée si tu prenais la petite sur tes épaules pour l’occasion.
-Et toi ?
-Je te tiens la main, dit-elle. Si nous sommes séparés, que je sache au moins qu’elle est en sûreté. »

Valentino finit par accepter l’idée. Il avait choisi d’emmener leur fille avec lui à terre contre l’avis d’Anabelle, parce que bien qu’Andréo soit digne de confiance, il n’était pas infaillible et ne pouvait pas surveiller et le navire, et Comnena à la fois. La première erreur avait en fait été de l’emmener avec eux pour ce voyage, mais Anabelle avait insisté quant au fait qu’elle ne voulait pas confier leur enfant à sa famille pendant les longs mois de ce voyage. Valentino avait accepté, car il n’aimait pas sa belle-famille, et savait que celle-ci, qui le considérait comme un séducteur et un voleur de fille à bien marier, le lui rendait bien. C’était pour la même raison qu’Anabelle ne pouvait pas rester seule à Kelvin : Des rumeurs de vendetta s’étaient faites entendre. Aujourd’hui, les deux parents réalisaient leur erreur.

« Rassure-toi mon amour, dit-il en chuchotant à Anabelle. Ce n’est pas mon premier enfant, et ce ne sera pas la première fois que j’en emmène un ici. Je veillerai à sa sécurité. »

Si Anabelle fut rassurée, elle n’en montra rien. Valentino ne lui en voulait pas. Elle avait grandi dans la soie des maisons nobles de Kelvin. Se retrouver ainsi mêlée aux pirates n’allait pas être une expérience facile pour elle. Valentino espérait toutefois qu’elle serait formée. Il passa à la dernière personne.

Celle-ci n’était pas membre de sa famille. Pas même une cousine. C’était plutôt un cadeau qu’il avait apporté en plus.

« Ta nouvelle vie commence ici, Taki, dit-il. »

L’intéressée leva les yeux vers Puerto Blanco. Valentino l’avait trouvée en demandant à ses hommes d’écumer les bordels kelvinois, de basse qualité comme de luxe, c’était lui qui payait et de trouver la meilleure prostituée de la ville. Ils étaient revenus avec Taki. Une fille issue d’un bordel de bonne qualité, mais pas de luxe pour autant. Cela convenait à Valentino. Car une fille de petite ampleur n’aurait aucune chance d’être un bon cadeau, et une prostituée de luxe n’aurait jamais accepté de venir. A cette hauteur-là, on pouvait en faire un cadeau et la faire venir en même temps.
Et puis il devait admettre qu’elle était fort belle. Bien faite, attirante, et paraissait-il très douée. Il avait su l’attirer en lui promettant que de tels talents en feraient la pute attitrée des capitaines pirates dans cette ville. Elle avait accepté, reconnaissant qu’il serait plus simple de vivre une vie confortable ainsi qu’en trimant à Kelvin.

« Et s’ils ne veulent pas de moi ? demanda-t-elle, formulant la crainte qu’elle avait formulée dès le premier jour.
-Dans ce cas, je te ramène. De préférence avant qu’ils ne te fassent de mal, dit-il. »

Dans les faits, tous deux savaient que s’il la ramenait, elle était condamnée. Elle avait quitté son maquereau sans prévenir, et ça, peu importait qu’elle fasse le trottoir ou fréquente les palais, c’était un signe d’arrêt pour sa carrière à Kelvin. Elle n’avait plus d’autre choix que de réussir ici. Elle baissa les yeux. Valentino s’éloigna d’elle.

Puis il donna les ordres.
On arrivait au port après tout. Il fallait être un bon capitaine.
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Franco Guadalmedina
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Mar 4 Juil 2017 - 15:18

"Si je vous ouvre mon cœur, peut-être serai-je à vos yeux bien moins sage que vous."

M.



Le coche tracté par un cheval, et qui menait Valentino Tarenzione jusque chez lui arriva environ deux heures après que Wallace ait quitté la propriété. Le soleil était encore brûlant et haut dans le ciel, recouvrant Blue Lagoon d'une chaleur moite et intense. Les deux robustes esclaves à peau d'ébène qui gardaient l'entrée de la propriété ouvrirent les grilles. Wallace, assis à côté du cocher, gardait le visage dissimulé sous un large chapeau de panama. Finalement, ce fut un Valentino très élégant, qui sortit du coche. On les introduisit à l'intérieur de la propriété. Située davantage dans les hauts de l'île, il y faisait deja plus frais. Et à l'intérieur de la propriété en agrandissement du Roi Pirate, on retrouvait même un brin de fraîcheur !

De nombreux esclaves à l'ombre, qui se reposaient un peu de temps au jardin à ces heures les plus chaudes de la journée (repos qui n'était pas celui des autres esclaves de l'île) dévisagèrent sans mot dire le curieux trio qui s'extirpa du coche. Wallace, après un rapide remerciement pour le cocher, mit pied à terre également. Il amena alors l'Élu Divin jusqu'au grand salon, à l'intérieur.

Cela faisait de nombreux Tours que Franco n'avait plus vu Valentino Tarenzione. S'étaient-ils déjà parlés par le passé ? Il ne s'en souvenait plus. Valentino était encore plus vieux que Port-Argenterie elle-même ! Il avait beau tenté de se souvenir, depuis sa plus tendre enfance l'ombre du pirate gentilhomme, comme l'on disait, flirtait entre les murs et les docks d'Argenterie. Son visage n'avait pas subi le roulis des Tours.

Valentino Tarenzione était le marin parfait, et des Lunes entières passées en mer n'avaient jamais réussi à ébranler son élégance et sa beauté. Diable d'homme.

« - Capitaine Tarenzione. Un plaisir que de vous retrouver sur Blue Lagoon. Particulièrement en cette canicule. Vous n'avez donc peur de rien !

Tout droit venu de la houle à l'assaut des récifs, ce fut un visage fin, avec des traits tant délicats qu'ils paraissaient presque féminins, qui lui fit réponse sous deux yeux bruns et brûlants d'aventure :

- Apprenez Capitaine Guadalmedina qu'un pirate ne doit jamais connaitre qu'une seule crainte, et ce n'est pas la chaleur. Dès lors, qui aurait pu me retenir de venir ici ?

Valentino inclina très légèrement la tête, le couvre-chef à bout de main. Guadalmedina croisa les bras, laissant le silence prendre son souffle. Même parlait fatiguait, avec cette chaleur.

- C'est vrai que vous allez bien où vous le voulez.

Les deux hommes n'échangèrent ni sourire, ni poignée de main. Pourtant, aucune animosité et aucune violence se lisait sur leur visage ou ne transparaissant dans leurs paroles. C'est alors que Guadalmedina remarqua la fillette qui, jusque là blottie près de la compagne de Tarenzione, parut se décoller légèrement de sa mère. Car à les voir toutes deux ensemble, l'on devinait la fille et l'on devinait la mère. Franco hocha amicalement la tête, en la direction de l'enfant. Rien de plus.

- N'y voyez aucune hostilité de ma part bien sûr, reprit Valentino. Mais puisqu'un nouveau royaume pirate naissait, il m'a paru normal de m'y rendre.
- Vous y êtes le bienvenu.

Wallace les rejoint, déposant sur la table du salon son chapeau de panama. La chemise déboutonnée à demi, elle laisser apercevoir quelques gouttes de sueur qui perlaient sur sa poitrine. Il croisa, lui aussi, les bras, un demi sourire à l'égard de Franco. Une jeune esclave noire, vêtue légèrement mais décemment, vint apporter une cruche d'eau et plusieurs verres. On en donna un à Franco, puis naturellement à Valentino, la femme, la fillette et Wallace.

- Votre épouse, je présume ?
- Exact. Je manque à tout mes devoirs, je m'excuse. Anabelle, voici le capitaine Franco Guadalmedina. Capitaine, voici mon épouse Anabelle, et notre fille Comnena.

L'épouse de Valentino -par la Garce ! Mais quelle genre de femme aurait épousé un tel homme ?- salua Guadalmedina à son tour, très polie. Elle paraissait avoir le même âge que son époux, et était charmante. Pour le charme, Franco ne le remettait pas en question. Quant à l'âge. Les apparences étaient trompeuses. Quel était l'écart entre ses deux là ? Cinq cent Tours ? Six cent Tours ? Mille Tours ? Les chiffres faisaient presque tourner la tête du Roi Pirate.

Il lui reconnut tout de même qu'elle était plutôt bien balancée, sans être vulgaire, et avait l'air d'aussi bonnes manières que son époux de pirate ! Tous s'assirent finalement à table, ou une panière de fruit les attendait. La petite avait descendu son verre d'eau d'une traite. L'esclave la resservit avant même qu'elle n'ait besoin de redemander. Franco fit signe qu'il n'était pas nécessaire de faire de même pour lui. Il prendrait du rhum.

- Quelles sont les nouvelles du Nouveau Monde ? attaqua-t-il de manière à engager la conversation.

Bien sûr, il avait plus ou moins des procédés afin de se rendre compte par lui même de l'actualité du Nouveau Monde, mais si Valentino Tarenzione possédait des informations plus neuves, il ne crachait pas dessus ! La raison de la présence de l'Élu de Nerel ici le troublait. Des vacances ? Une simple visite, amicale ? En tout cas, à ce qu'il prétendait. Franco voulait tout de même rester prudent.

- Je n'y ai encore jamais mis les pieds.
- Un voyage peu recommandable. Beaucoup de vampire. D'indigènes. De bestioles bizarres.

Franco écrasa du plat de la main un moustique qui s’apprêtait à piquer sur son cou.

- Et de moustiques.
- J'ai pourtant cru comprendre qu'il vous fournissait un bon commerce.
- Il faut être ami des batailles !
- J'y préfère les courses rapides et bien exécutées, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
- Connaissant Nerel, je ne peux pas vous en vouloir !

C'était vrai.

- Ce n'est pas tant ça que mes propres goûts en matière de piraterie.
- Ah ! La piraterie, venons-en, justement. Depuis la chute de Port-Argenterie, ça n'est plus que riant souvenir. Quelques coquins éparpillés par-ci, par-là, tout juste bon à caresser la corde. Un ou deux drôles qui lutinent la gueuse sur Blue Lagoon. Les mers sont aux Ravageurs. Il fallait bien que quelqu'un fasse quelque chose.

La discussion paraissait s'engager, naturellement. La femme de Tarenzione laissait la parole à son mari, sans que cela ne paraisse l'ennuyer, la gêner ou la frustrer.

- Je ne m'inquiète pas outre mesure des corsaires elfes noirs. Ils n'ont jamais été une concurrence digne de ce nom. Mais je vois que vous agissez néanmoins, répondit Valentino en écartant les mains.
- es corsaires Elfes Noirs, je les laisse à leurs affaires ! Ils ont le pôle noir de Ryscior tout à eux et, ma foi, s'en contentent. Mais oui, comme vous le voyez, j'agis. J'ai déjà levé une première compagnie avec le soutien de Puerto Blanco, contre le Nouveau Monde. Le Tour dernier. Ma foi, ça a rapporté. Maintenant, il faut que je m'affirme sur ces terres. On prétend que la piraterie est morte. Je ne suis pas d'accord. Elle se meurt c'est vrai. Mais après tout, elle reste une engeance endurcie !

Il ajouta :

- Puisque le Nouveau Monde était à vendre, il m'a semblé naturel de le voler.
- Un sentiment très légitime, dit en souriant son interlocuteur.
- Mais assez parlé de moi. Que venez-vous visiter dans Blue Lagoon ? L'île de Puerto-Blanco ? Ou le Roi Pirate ?
- Un peu tout à la fois je pense. Je suis intéressé par le projet, et je souhaitais juste voir son état d'avancement.
- Vous le voyez.
- Pour le moment, je vois l'actuel roi pirate, rien de plus.
- C'est parce qu'il est encore trop tôt. Le soleil est trop haut. Le sable, sur les plages, trop brûlant. Attendez la tombée de la nuit, et là vous verrez. C'est le soir que Puerto-Blanco vit et s'anime.

On apporta le rhum.

- En un sens, le souvenir de Port-Argenterie est respecté.
- Port-Argenterie vous manque-t-elle ? demanda Franco du tac-a-tac.
- J'ai appris à vivre sans, mais je n'aurais pas été mécontent qu'elle reste debout.
- Vous avez vu ce que Ram en a fait ? Un caveau didactif oriental, à la gloire de Lothÿe. Un immense souk, comme ils savent si bien en faire ! Des épouses voilées, des fumeries à narguilés, des termes chaudes. Des édifices qui poussent de terre comme de la mauvaise herbe. En tout cas, on ne peut pas enlever à Qassim Anar son ambition. Le port de la nouvelle Port-Argenterie devrait renflouer à lui-seul les dettes du royaume entier ! C'est pour ça que je m'en prends désormais à Ram.
- Et que vouliez-vous qu'ils en fassent ? Ils avaient une opportunité en or de se débarasser de cette épine. Nous faisons un métier dont nous connaissons les risques, il est inutile de se choquer quand ils se réalisent.
- J'ai l'air d'être choqué ?
- Votre discours le laissait transparaitre. Vous en voulez à Ram parce qu'ils ont réagi comme ils se devaient de le faire s'ils ne voulaient pas passer pour des imbéciles heureux aux yeux du monde entier. Loin de moi l'idée de les innocenter, mais il n'y a rien de choquant dans leurs actes.
- Alors c'est que je me suis mal exprimé, répondit Guadalmedina en se servant lui-même un verre de rhum.  Non, plus rien ne me choque.

Il servit également Valentino, qui se muait dans un silence lourd de signification. Il me croit pas. Valentino accepta volontiers le verre de rhum que lui servait Franco, et il fit de même pour son épouse.

-  Puisque nous ne savons pas de quoi parler, parlons donc des détails pratiques. Où pourrons-nous trouver à loger ici ? Et par là, je veux dire un endroit sûr. Si c'est comme Port-Argenterie, la première auberge venue ne fera pas l'affaire.
- Vous n'avez qu'à loger ici. Il y a bien assez de place pour vous, votre femme et votre fille. Votre équipage quant à lui pourra tout-à-fait trouver une auberge décente en ville.
- Je n'ai aucun problème concernant mon équipage. Mais je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité.
- ll n'y a là aucun abus ! La propriété est sure. Et il n'y a personne d'autre ici, à part moi, Wallace et mes esclaves.
- Dans ce cas, je n'ai qu'à vous remercier.

Remerciement suivi par ceux de la femme, puis de la fille. Franco leur répondit par un hochement de tête signifiant qu'il "n'y avait pas de quoi". La présence de Valentino et sa petite famille chez lui ne le dérangeait vraiment pas. Ca lui permettrait même, sûrement, de se rendre compte des intentions de Valentino. Il ne le soupçonnait pas de vouloir s'immiscer dans ses affaires, bien sûr, mais demeurait méfiant. D'un autre côté, songeait Guadalmedina, si il était venu foutre la merde, il aurait tenu sa fille à l'écart. A moins qu'il n'ait voulu prendre le contre pied et qu'il l'ait justement emmené pour ça. Hmm.

- Ici, vous ne risquerez rien, reprit le Loup de la Passe. Mais veillez quand même sur votre épouse et sur votre fille, lorsque vous sortez. Il est inutile de vous le préciser, j'imagine, mais Puerto-Blanco est animée à la diable, la nuit !
- Je m'en doute bien.
- Cela dit, l'île n'est pas Argenterie pour autant. Il y a quand même un semblant de milice. Vous l'ignorez peut-être, mais si je suis le roi de Puerto, il y a aussi un Gouverneur.
- Il y avait un conseil et des gardes à Argenterie, et vous le savez, avança Valentino sourire en coin en sifflant un peu de rhum.
- Ouais. Tout comme il y a un Gouverneur et des gardes sur Puerto-Blanco ! rit un peu Franco. Mais bon, je ne m'en plains pas !
- Vous avez bien fait de les mettre en place. D'aucuns diraient que vous n'auriez pas été roi longtemps autrement. Mais méfiez-vous de ne pas vivre la même aventure que cette chère Bloody Seth.
- Bloody Seth... L'Empire d'Ambre, c'est bien cela ? Sordide petite condamnation. Bwa. Vous l'avez dis vous-même mon cher, nous connaissons notre métier et les risques que nous encourrons ! D'ailleurs, à vous dire tout, j'aspire à reprendre un peu l'action et l'aventure. Voilà le principal avantage d'un gouverneur en place sur Puerto-Blanco ! Je peux m'en absenter sitôt que je le désire. Vous avez parlé tout à l'heure de courses rapides et bien exécutées. Qu'à cela ne tienne ! Que dites-vous de partir en course contre l'Empire, justement ! Vous et moi ! Cela me détendrait, et pourrait vous rapporter gros !
- Non je ne parlais pas d'elle, l'arrêta son interlocuteur. Je parlais de Lily. La première reine des pirates. Celle qui a fondé Port-Argenterie. Celle dont vous avez parlé porte le même nom, mais c'est uniquement sa descendante.

Ah oui. Cette Bloody Seth.

- D'accord. Et bien, j'entends votre mise en garde !

Lily Bloody Seth. Autoproclamée Reine-Pirate, qui avait dû rendre la "couronne" en l'échangeant contre sa vie. Un avertissement de la part de Valentino ? Un simple conseil amical ? Franco ne parvenait à déchiffrait ce singulier personnage, dont les yeux en cet instant rieurs étincelaient sous quelques boucles de cheveux brunes, collées à son front. Phadria disait qu'elle arrivait à connaître le cœur et les intentions des gens, en les regardant dans les yeux. Les yeux étaient le reflet de l'âme, paraissait-il. Franco se demanda si Phadria, en cet instant, aurait su lire l'âme de Tarenzione.

- Je vous ressers ?
- Ma foi, ce serait impoli  de refuser.

Anabelle déclina la proposition en toute politesse.

- Quoi qu'il en soit, Valentino Tarenzione, je suis heureux de vous retrouver après tous ces Tours ! Ryscior ne saurait se passer d'une aussi habile main et d'une aussi habile lame que les vôtres. Santé !

Après avoir bu, Franco s'adressa plutot à Anabelle.

- Si vous désirez vous reposer, on va vous conduire à votre chambre. Vous l'aurez compris, ici, les gens sortent plutôt la nuit.
-  Je n'ai pas mis longtemps à le comprendre, en effet, répondit Valentino. Et je dois dire que j'ai été un peu trop habitué aux basses températures de Kelvin.

Franco se saisit d'une mangue orange comme un crépuscule qu'il lança à Valentino, avec un sourire !

- Vous verrez que Puerto-Blanco aussi a ses charmes ! J'aurai pu ajouter "et ses femmes". Si vous n'étiez pas marié !
- Vous auriez pu le faire, mais je n'aurais pas garanti de la réaction de mon épouse. Anabelle ?
- Je t'aurais averti de ne pas essayer d'en profiter, mais je n'aurais pas reproché à notre hôte de nous vendre sa ville, répondit l'intérréssée.
- De toutes façons il n'y a rien de bons dans ces bordels, reprit Guadalmedina. Ou plutôt, toutes mauvaises qu'elles soient, les gueuses se sont faites bonnes. Mais c'est tout. Tout le monde est libre de son culte, après tout.
- Celui de Nerel s'est très bien répandu dans la communauté pirate, avança Wallace en se resservant du rhum.
- Attention à ce qu'Ariel ne perde pas la domination des lieux. Je doute qu'elle tolère longtemps une nation pirate dévouée à Nerel.
- Ariel a une place d'honneur sur Grande Lagoon !
- Je ne m'en fais pas pour ça, ajouta Wallace.

La suite de la discussion se déroula tranquillement, et sans encombre. La jeune esclave noire conduisit finalement Valentino, sa femme et sa petite fille jusqu'à leur chambre. On leur donna des vêtements, plus légers, si jamais ils souhaitaient se changer. De l'eau leur fut apportée également. Franco leur donna carte blanche à l'intérieur de sa propriété. Ils pouvaient se déplacer où et quand ils le voulaient. Les esclaves qui travaillaient à l'intérieur, majoritairement des femmes, s'occuperaient de chacun de leurs besoins. On attendait la nuit, afin de sortir. La nuit, Puerto Blanco s'animait autour de la taverne Le Saint Domingue.

~



La nuit était à présent tombée. Franco, muni de ses ceinturons, ses deux rapières battant les flancs, pistolets à la ceinture et cape noire sous une chemise blanche légère faisait le tour des plantations avec le contremaitre. Globalement, ses esclaves le contentaient, et il était rare qu'on doive les punir. Ils travaillaient, chez lui, de l'aube et crépuscule, dormaient dans les combles la nuit, pouvaient boire quand ils le voulaient, mangeaient deux fois par jour, avaient une pause l'après-midi, si ils le souhaitaient. Franco exigeait juste un travail bien fait, une maison entretenue, un jardin taillé, une propriété surveillée et du chocolat et des cultures soignées. Il allait de soi que sur Puerto, les esclaves de Guadalmedina et ceux du Gouverneur étaient les mieux lotis. Il comptait à ce jour, chez lui, vingt-neuf têtes d'esclaves, exactement.

Une fois son tour fait, il regagna la fraicheur de la propriété. Valentino était prêt, Annabelle et la petite également. Le coche les attendait à l'extérieur. Wallace était présent aussi. Mais alors que le Roi Pirate s’apprêtait à y monter, une voix se fit entende :

- Je veux venir aussi !

Déjà à l'intérieur, Franco discerna sur son côté Valentino et sa petite famille pencher légèrement la tête vers l'extérieur. Myrah se tenait là, droite, les sourcils froncés, bras croisés et tapant du pied du haut des marches du perron. Franco soupira et grimpa à l'intérieur du coche.

- Non.
- Et pourquoi non ?

Putain.

Sans doute ses hôtes devaient se demander qui était cette enfant, jeune Ramienne qui sortait de la propriété du Roi Pirate comme une diable sort d'une boite ! Franco sortit du coche, il la tira par l'épaule, afin de la ramener en haut des marches qu'elle venait de débouler.

- J'ai dis non. Tu restes ici. C'est trop dangereux pour toi, seule la nuit.
- Je ne serai pas seule, lui opposa Myrah en se débattant. Je serai avec vous ! Avec vous et monsieur Valentino !
- Comment tu sais que Valentino est ici ?
- Valentino Tarenzione ! Tous les esclaves ne parlent que de lui. Bien sur que je le sais.

Franco croisa les bras.

- C'est non quand même. Ma fille a besoin de sa mère.
- Il y a Ewa !
- Ewa a fait sa journée, elle a besoin de dormir.
- Mais je m'ennuie ici toute la journée !

Et Myrah vint le tirer par la manche, de façon si déplaisante qu'il se contint afin de ne pas lui décocher une bonne baffe sous l’œil curieux de Valentino !

- Je vais au Saint Domingue, Myrah ! Ne viens pas m'emmerder ! Camille a besoin de sa mère !
- Camille a Ewa, répéta la jeune femme. Ne suis-je pas votre femme ?
- Non.
- Je viens !
- Par l'enfer ! Que vas-tu faire au Saint-Domingue ? Je croyais que tu n'aimais pas les pirates !
- Je veux faire les boutiques !
- Tu les feras demain.
- Il fait trop chaud la journée, les boutiques ferment !

Finalement, vaincu après une petite joute verbale, Franco capitula. Il fut obligé de la présenter lorsqu'elle monta avec eux dans le coche, s'asseyant entre lui et Valentino.

- Myrah. Ma femme.
- On n'est pas marié ! précisa tout sourire Myrah en se trouvant une petite place entre les deux hommes.

Ce qui fit sourire Valentino. Franco grommela un "gmrbl" guttural et le coche se mit en branle. On partit.

La soirée au Saint-Domingue surpassa toutes celles que Franco avait connu ! Même pour son retour du Nouveau Monde, on avait tiré moins de rhum et compté moins de rhum ! Trop petit pour accueillir toute l'île, le bâtiment, sur deux étages, se voyait pris d'assaut par Puerto-Blanco tout entière ! Ce qu'on y célébrait, ça n'était pas tant la venue du Roi Pirate, car Franco venait souvent boire au Saint-Domingue. C'était plutôt l'arrivée sur l'île de l'Elue Divin Valentino Tarenzione ! Ainsi que, Franco venait tout juste de l'apprendre, le retour de ses Seigneurs Pirates, Madame de Samokaab dit le Profanateur ! Ramenaient de leur entreprise sur les côtes Ramienne une vieille galère démâtée ainsi qu'une dizaines de têtes. Les futurs esclaves de l'île. Et comme ils étaient peu nombreux pour une vente dans tout l'archipel, on s'apprétait à les vendre dès ce soir, au Saint-Domingue !

Le Saint-Domingue, c'était les hommes juchés les uns sur les autres pour voir par les fenêtres ! C'était les serveuses, wenches Argenteriennes, qui se baladaient seins nus entre les tables en tenant à bout de bras des plateaux pleins de choppes ou de coques de fruits débordant de rhum et de punch ! C'était les musiciens, le vieux pianiste dans le coin, les bardes borgnes, les cantatrices édentées, les vieilles putes qui dansaient souvent nues mêlées aux poules, aux chats errants et aux chiens ! C'était aussi les clients ivres qui ne résistaient pas, à une certaine heure, à la tentation de mettre des mains aux fesses à tire larigot et, pour ceux qui avaient le bras trop court, planter la pointe de leurs fourchettes dans l'intimité des serveuses ! C'était la fumée de pipe, l'odeur du cary, des haricots, du chocolat de Franco ! C'était le connard qui vomissait, ivre mort dans un coin de l'auberge, et qu'on foutait dehors à coups de pieds pour aller s'expliquer avec les rats ! C'était le bon vieux souvenir d'Argenterie, les jeux de carte, l'or qui entrait dans les bourses -et parfois s'en échappait sans que l'on s'en rende compte grâce à une canaille munie d'une bonne pointe de couteau !- , l'hydromel, les duels à mort qui se réglaient dehors, les duels au poing qui se réglaient sur les tables -et on pariait ! et on riait- ! C'était, lorsque la nuit était bien avancée, les wenches qui, monnayant un peu leurs services, se laissent travailler directement sur le comptoir, les dards massifs qui pointaient fermes, les haches qui volaient sans raisons et les rires gras lorsqu'un pauvre faquin se la recevait sur la tête sans comprendre !

C'était aussi et surtout une table d'honneur pour les Grands de l'île. Des courbettes pour le Roi Pirate, pour le grand Valentino Tarenzione, des flatteries pour son épouse et la meilleure table pour tous ! Autour de plats copieux et fumant, Franco et deux de ses esclaves, Wallace, Madame, Samokaab, le Second du Profanateur -et sa langue, car Samokaab ne parlait pas-, Myrah, Valentino Tarenzione, Anabelle et la petite Comnena. Pas même de chaises, des grands divans, des coussins, des sofas, les plus confortables de l'île, et l'on pouvait ainsi avoir l'impression si on le voulait de manger dans son lit ! Et du rhum. A flots. A foison. Beaucoup de rhum !

- Je crois qu'elle ne se sent pas bien, dit Wallace en posant une main sur l'épaule de Franco.

Ce dernier tourna la tête. Effectivement, Myrah ne semblait plus du tout dans son assiette ! Elle tenta de se lever, sans doute pour aller vomir quelque part, mais le sol se déroba sous ses pieds et elle s'écrasa à ses bottes ! Franco la releva et fit signe à l'un de ses esclaves d'approcher. Il fallait crier pour se faire entendre, au milieu du tintamarre et de la musique !

- Ramène-là à la maison.

Sans mot dire, le gaillard hissa la jeune Myrah sur son épaule et l'emmena sans demander son reste. La soirée était déjà bien avancée, et la petite Comnena qui jusque là ne s'était pas plaint, enchaînait désormais les baillements. Franco avait profité du retour de deux de ses Seigneurs pour discutait de la dernière entreprise menée. Valentino avait donc pu y assister, et se tenir un peu au courant des événements en vogue sur Blue Lagoon ! Franco Guadalmedina avait fait un vrai métier de son art. Ou plutôt, il avait fait un art de son métier ! Les deux marchaient.

Puis vint l'heure de la vente. Franco expliqua à Valentino qu'il touchait la plus grosse part sur le tout, puis on partageait équitablement le reste entre les deux Seigneurs Pirates. La vente d'esclaves Ramiens sur Puerto Blanco n'était qu'un petit début en soi. Il y avait surtout toutes les denrées et marchandises volées à revendre ! Mais chaque chose devait se faire en son temps. On chanta alors, tapant du poing sur la table ! "Dans la rue au dur labeur, il avait mis deux de ses soeurs !" puis "Voler un vampire, allons ! il y a des crimes bien pires !"

Approcha alors, face à Guadalmedina et Valentino, une jeune femme de loisir balancée qui, sans doute pleine de rhum, se dénuda sans mot dire pour venir prendre la place de Myrah, la tête reposant sur l'épaule du Roi Pirate.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Pour toute réponse, Franco n'eut qu'une main qui passa à l'intérieur de sa chemise, et il passa en retour son bras autour des épaules ambrées de la beauté ive. Après tout. Madame, fumant la pipe, un tabac si fort qu'il avait souvent fait pleurer les yeux de Franco, hocha la tête lorsqu'on fit de la place pour faire monter, alignés les uns à coté des autres, les captifs Ramiens. On attendait toujours la fin de la soirée pour la vente. Ivres, les acheteurs enchérissaient beaucoup plus et beaucoup plus facilement. Guadalmedina tendit à Valentino Tarenzione un verre de chocolat, mêlé de lait et de miel.

- Il n'y a rien de meilleur sur Ryscior. Goûtez ! C'est la boisson des rois. »

Déjà, la première vente se soldait par un duel plutôt pimenté entre deux fiers-à-bras qui se cognaient l'un sur l'autre, roulant sous la table ! Le vainqueur tua son adversaire d'un coup de sabre en pleine poitrine. On l'applaudit, et il rafla la première tête.
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Abad El Shrata du Khamsin
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Mar 4 Juil 2017 - 20:25

C’était une nuit sans lune qui planait au-dessus l’archipel de Blue Lagoon. Sur la petite île de Puerto Blanco, seul le port donnait encore des signes de vie.  Les cris qui s’échappaient de la taverne Saint Domingue envahissaient littéralement les rues du port et montaient jusqu’aux habitations dont les propriétaires avaient fermé les volets à défaut de leur demander de la fermer, craignant tous les représailles. Depuis que les pirates étaient revenus, c’était comme ça tous les soirs. Eskam Dandelion continua sa route en haussant les épaules. Il avait cru s’être débarrassés de ces foutus pirates le jour où ils avaient tous levés les voiles vers le Nouveau Monde. Mais ces salauds étaient revenus, plus riches et plus puissants que jamais. Eskam était un homme grand et blond qui aimait l’ordre et qui comptait bien le rétablir rapidement. Certes la piraterie avait toujours existé sur Puerto Blanco mais ce n’était pas le fait qu’il y ait des pirates sur l’île qui le dérangeait mais plutôt qu’ils aient chamboulé tous les codes d’éthiques qui y régnaient avant qu’ils n’y foutent les pieds. Avant chacun avait ses quartiers, maintenant c’était la débandade. Il dépassa l’auberge et descendit droit vers le mouillage. Il longea les bateaux qui appartenaient tous à ce maudit Franco, même ici ils faisaient là fête et alors qu’il passait devant l’un deux il fut trempé par un des pirates qui avait été jeté par-dessus bord. Il poussa un juron et doubla la marche. Quelques minutes plus tard il était arrivé à destination. Il délia le nœud qui accrochait sa petite embarcation au quai puis s’éloigna en ramant vers le large.

Eskam:
 

    Après une bonne demi-heure de rame il arriva aux abords d’un galion.
Sur la coque on pouvait lire en lettres dorées " Le Goujon Cendré " mais la dorure s'en était allé par ci par là, révélant le bois brut qu'il y avait en dessous. La coque aussi était mal en point, par endroit des planches étaient manquantes ou fissurées et la partie immergée, n'ayant visiblement pas été récurée depuis des lustres était recouverte d'algues et de coquillages en tous genres. C'était pourtant un beau rafiot : un deux mats joliment profilés, profitant d'un pont large à double étage ; surement de manufacture Ramienne.
Une corde pendait le long de la coque avec à son bout une petite clochette argentée. Il hésita quelques secondes regardant autour de lui, pour vérifier que personne ne l'avait suivi puis sonna la clochette. Le tintement se répercuta autour de lui, clair dans la nuit calme. Tout à coup il entendit fuser au-dessus de sa tête. L'instant d'après il maintenait celle-ci entre ses bras, jurant de douleur.
«  Maudits pirates, maudit rafiots » maugréa-t-il.
Il regarda autour de lui, une main toujours posée sur son front endolori quelle était la cause de sa soudaine douleur. Il trouva alors une échelle qui pendait là, à côté de la clochette. Celle-ci avait été jetée par-dessus bord et avait atterri directement sur sa tête. Il crut entendre un ricanement au-dessus de lui mais lorsqu'il leva les yeux vers le pont cinq mètres plus haut il ne vit rien.
Alors il prit son mal en patience et grimpa avec précaution à l'échelle. Lorsqu'il arriva sur le pont, il fut réceptionné par deux pirates à l'allure peu commode. Celui à sa droite était grand et fin. Il portait une chemises blanches sales dont le col en V plongeant était lacé de cordages. A sa ceinture pendait un cimeterre. Il ne sut dire là venait mais l'autre était sans aucun doute Ramien. Petit, la peau halée, les yeux et les cheveux noirs, et les avant-bras velus, il portait sur lui tous les traits de l'Ouest.
« Tes armes, dit le Ramien en tendant la main.
- Sérieusement ?
Ils hochèrent la tête.
Avec un râlement il se décida à obtempérer. Il leur donna l’épée qui pendait à sa ceinture et un poignard qu’il cachait planqué dans sa botte.
- Allez suis nous. »

    Il traversa un pont à l'image de la coque, sale et décrépit puis fut conduit jusqu'aux cales. Alors qu'il descendait les marches menant aux entrailles du bateau il entendit des rires provenir du fond. Entre les poutres, les cordages et les barils, il aperçut une porte entrouverte d’où s’échappait une lueur orangée et une fumée épaisse dont l’odeur de tabac avait déjà envahi toutes les cales. Ils l’emmenèrent jusqu’à la porte avant de s’y placer de part et d’autre puis lui firent signe d’entrer de la tête.
Il poussa alors la porte et s’engouffra dans un nuage de fumée. Devant lui avait se trouvait une table ronde recouverte de feutrines, autour étaient assis trois hommes qui s’arrêtèrent net de discuter lorsqu’ils l’aperçurent. Une bonne dizaine de chupitos avaient été amassés dans un coin de la table, signe que la soirée durait déjà depuis longtemps. La faible lumière qui émanait du lustre chandelier au-dessus de leur tête creusait leur visage en clair-obscur. Seule la table était éclairée, le reste de la pièce était plongé dans un noir presque total.

Armando:
 

   Le joueur d’en face se leva d’un bond à sa vue. C’était Armando et le capitaine de ce rafiot. Il portait un pancho rouge à ponpons excentriques traversé d’une ceinture à pistolet qui n’en contenait aucun et arborait de fines moustaches qui pointaient vers le haut sur les côtés. Il avait bientôt la soixantaine à présent et était né sur l'île de Santa-Sarah tout au Sud de l'archipel. Sa mère et son père étaient deux esclaves qui travaillaient dans les champs de coton. Son père avait prit dix coups de fouet pour avoir engrossé la sauvageonne et avait été transféré dans une autre plantation. Sa mère dix coups aussi, pour avoir été une traînée. Elle avait travaillé pendant tout sa grossesse et avait accouché un soir dans la cabane où dormaient les esclaves. Miraculeusement la mère et l'enfant avait survécu, mais Armando était né frêle. Il ne pleurait jamais et passait ses journées et ses nuit à dormir. Sa mère devait le réveiller pour lui donner le sein. Un sein bien maigre ... le gosse était mal nourrit mais il survécu. D'un naturel charmeur, il devint la coqueluche de la plantation. Il était un peu comme le fils de toutes les femmes esclaves qui vivaient là bas. C'est surement ce qui lui valut sa perpétuelle quête d'amour féminin. Une légende raconte qu'à seize ans il avait déjà couché avec toutes les femmes de Santa Sarah. Après que la plantation ait prit feu à ses dix-huit ans, prenant la vie de sa mère au passage, il embarqua dans un bateau pirate. D'année en année il monta les échelons jusqu'au jour où, ayant accumulé assez d'or de côté, il achetât son Goujon Cendré et devint un capitaine influent dans les eaux du Sud ... jusqu'à ce que le Loup des Mers mette pied sur l'archipel. " Le Nouveau Monde est le Nouvel El Dorado, avait-il dit, embarquez et revenez avec plus d'or qu'il n'en faut dans une vie". Mais Armando était casanier (ce qui n'est pas banal pour un pirate) et n'avait jamais quitté ses eaux du Sud, ce n'était pas à bientôt soixante ans qu'il allait prendre la mer pour traverser le monde. La barre de son Gonjon Cendré dans une main, un verre de rhum dans l'autre et une pute entre ses jambres c'est tout ce qu'il lui fallait pour être heureux.
Il regretta amèrement son choix quand Franco revint les cales pleines d'or et d'esclave. Chassé du port pour que ses galions puissent mouiller il avait été contraint de jeter l'encre aux abords du récif corallien.
Cependant en soixante ans on en connait du monde, et Armando, qui s'était juré de retrouver sa gloire d'antan, n'avait pas perdu toute son influence sur Grande Lagoon.

- Eskam, mon ami, nous t’attendions. Assis toi, assis toi par Ariel fait comme chez toi !
Eskam tira la chaise qui se trouvait en face de lui et s’assit. Les cadavres de chupitos se trouvaient juste devant lui. Ils dégageaient une forte odeur de rhum.
Armando se rassit à sont tour puis il reprit :
- Alors qu’est ce qui t’a pris autant de temps ! Nous avons dû commencer à jouer sans toi.
Eskam eut un rictus. Il n’avait aucune idée de ce qui avait pu se dire dans son dos et il n’aimait pas ça du tout. Il jeta un œil aux deux autres, de part et d’autre de la table.
C’était au bal des pendus qu’il assistait ce soir.

    A sa gauche Piccolo, sa réputation n'était plus à faire : né dans les ruelles pourries sur Porto Bello engagé sur un bateau pirate à l’âge de 16 ans il était revenu sur l’archipel plein aux as après un bon raid durant l’Âge d’or. Il s’était alors établit sur Puerto Blanco et avait profité de ses contacts sur l’île pour établir le plus grand trafic d’esclave du Sud de Ryscior !
Après la tombée de Port-Argenterie, Piccolo s’était frotté les mains :
"Puerto Blanco va devenir la nouvelle capitale de la piraterie. La clientèle va migrer vers le Sud s’était-il dit, et je vais tripler mes rendements" et il avait toutes les raisons d'y croire. Cependant il n'avait pas pris en considération une chose :  certes ceux qui avaient survécu migrèrent vers l’archipel, mais ruinés ou pour les plus chanceux qui disposaient encore d’un coffre d’or dans leurs cales, pour prendre leur retraite. Avec la guerre que faisait le continent aux pirates et la mainmise de la bourgeoisie sur la poudre, nombreux furent ceux qui abandonnèrent le Joly Roger. Mais le trafic d’esclave n’était pas mort pour autant, particulièrement grâce à la toute jeune Ram qui avait besoin de main d’œuvre pour se reconstruire. Piccolo utilisa deux de ses galions pour approvisionner le continent en esclave, mais ce n’était plus ce que c’était. L’Âge d’or était loin derrière. Cependant le coup de grâce n’arriva que trois ans après, lorsque le même Franco Guadalmedina, auto proclamé Roi des Pirates posa les pieds sur Puerto Blanco, les cales pleines à craquer d’esclaves. Fort de sa et marchandise si nombreuse, il cassa véritablement les prix au point de vendre ses esclaves deux fois moins cher que Piccolo. Celui-ci essaya de s’aligner, mais il ne put pas le suivre longtemps. Peu à peu les bourses se vidèrent et lorsque ses revendeurs sentirent le vent tourner, on vint réclamer les paiements à crédit et en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire il fut ruiné. Lui qui possédait jadis une flotte de plus de dix caravelles et dormait sur un galion aux voiles dorées créchait à présent dans une auberge du port, et une fois arrivé au bout de ses économies il serait bientôt réduit à faire la plonge.
Piccolo avait une peu d'ébène et le crâne rasé. Le lobe de ses oreilles avait été déformé par de lourdes créoles d'or qu'il avait depuis revendu. Il était cependant toujours aussi gros.

- Je te rappelle Armando que je suis capitaine de la garde au Palais et que si je suis surpris à discuter avec l’un d’entre vous je finirai la tête au bout d’une pique. J’ai dû attendre que tout le monde rentre et acheter ma couverture auprès d’une dizaine de gardes. Mais après m’être cassé les pieds pour venir sur ta bicoque me voilà accueillit comme un puant : obligé de quitter mes armes et pas une goutte d’alcool surtout que tu mets sous mon nez toute votre beuverie, dit-il en pointant l’amoncellement de verres.
Armando tapa sa main sur son front :
« Décidément, je manque à tous mes devoirs. Je vais te nettoyer tout ça. Au fait rhum, bière, vin ? C’est plus du tout luxe ici mais au moins il reste de l’alcool.
- Une blonde fera l’affaire.
Alors Armando siffla un coup et un instant plus tard ce fut le Ramien qui lui ramena une chopine de bière et vint débarrasser le tas de chupitos. Eskam but une longue gorgée puis essuya la mousse blanche qui était restée empêtrée dans sa moustache.  
- Alors qu’est-ce qu’on attend pour jouer ? lança Eskam.
- Eh bien on attendait plus que toi mais maintenant que tu es arrivé commençons ! dit Armando en se saisissant du paquet de carte qu’il commença à mélanger à la manière de Puerto Blanco.
Puis il fit claquer le paquet sous le nez du gars de droite :
« A toi de couper Rick. »

Rick:
 

    Rick était un homme d’une quarantaine d’année, à la barbe hirsute et aux cheveux poivre et sel. Il portait un pourpoint et un pantalon noir et blanc qui avaient été un jour à la mode et ses doigts étaient cerclés d’une dizaine de bagues, seules témoins d’une richesse aujourd’hui passée. Encore un an auparavant, il était un des hommes les plus riches de tout l’archipel. Devenu parrain de la mafia de Puerto Blanco, il avait la main mise sur toutes les plantations de canne à sucre jusqu’à ce que Franco revienne du Nouveau Monde. Celui-ci avait racheté toutes les plantations de Porto Bello à Santa. Après les récoltes il revendait la marchandise sur le continent et reversait quarante pourcents aux paysans.  Ceux-ci avaient, certes choisir entre Rick et Franco était comme choisir entre la peste et le choléra mais au moins avec Rick ils étaient encore propriétaires de leurs terres. Ils avaient fait des réclamations auprès de Monsieur Fleurimont mais il avait fermé les yeux. Sa femme le tenait par les couilles et tout le monde savait qu’elle se tapait Franco. Eskam avait vu plusieurs fois le chacal venant pour la monter la nuit tombée.
Tout à coup Eskam fut tiré de ses pensées. Rick avait envoyé valsé le paquet de cartes dans toute la pièce. Eskam apporta une main à sa hanche, mais il se rappela qu’on lui avait soutiré ses armes.
« Qu’est-ce qu’il t’arrive Rick, si tu ne voulais pas couper il suffisait de le dire
- ASSEZ ! cria Rick. La mascarade a suffisamment duré. Nous savons tous la raison pour laquelle nous sommes là ce soir. Il est temps d’aborder ce putain de sujet !
Un silence de plomb était tombé dans la pièce. Les deux pirates entrèrent mais Armando leur fit signe de déguerpir.
Rick restait là les bras sur la table. Tout le monde attendait qu’il reprenne mais au lieu de ça il allongea son bras vers la seule carte qui était restée sur la table, face recto. Il la tira vers lui, la tourna et rit d’un rire nerveux.
- Décidément jusqu’ici cet enculer nous poursuit, dit-il calmement.
Puis il déchira la carte, lentement, avant de jeter les deux morceaux sur la table. Un des deux morceaux fusa vers Eskam. Celui-ci plaqua sa main sur la carte pour arrêter sa course avant la mener devant ses yeux.
La tête du roi de Pique.
Il leva les yeux vers Rick :
-Franco doit mourir, dit-il.


Dernière édition par Abad El Shrata du Khamsin le Ven 7 Juil 2017 - 18:23, édité 1 fois
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Dargor
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Jeu 6 Juil 2017 - 22:45

Le premier jour de Valentino Tarenziore à Puerto Blanco fut tel qu’il se l’était imaginé. Des siècles d’expérience l’avaient privé de toute surprise concernant ce qu’il allait trouver sur cette île. Il s’était attendu à une sorte de Port-Argenterie encore jeune, immature, et c’était effectivement ce qu’il avait trouvé. Le dialogue avec Franco Guadalmedina avait à ce titre était très instructif. Il s’était senti pousser des ailes, et il souhaitait les utiliser pour voler le plus haut possible, à n’en pas douter. Mais comme Lily Bloody Seth aux débuts de Port-Argenterie, Valentino avait tendance à parier qu’à voler trop près du soleil, il allait se les brûler. D’où son avertissement. Il n’y avait là aucune hostilité ni menace de sa part en vérité. Seulement un constat. Le constat selon lequel il se dirigeait vers le même avenir s’il fallait lui demander son avis. Mais que pouvait-il faire, à part le mettre en garde de la façon la plus subtile du monde ? Il n’était pas là pour lui faire la morale, pas là pour le menacer. Uniquement ici pour savoir si Puerto Blanco pouvait devenir la nouvelle Port-Argenterie.
Car c’était effectivement l’ambition du Roi Pirate, comme il s’appelait lui-même.

De Port-Argenterie, Puerto Blanco n’avait encore ni l’ampleur, ni la puissance, ni la population, ni le rayonnement. Mais elle contenait des fondations solides. Les mêmes que celles que Valentino avait vues à l’époque de la fondation de ladite cité. Cependant, elle avait clairement été construite trop vite. Valentino comprenait cela. Franco avait à n’en pas douter trop apprécié la puissance de Port-Argenterie pour attendre de la retrouver. Mais à ne pas attendre, il négligeait un facteur de taille. Cette puissance, Port-Argenterie l’avait acquise graduellement, au cours de siècles de pirateries. Quand Lily Bloody Seth était morte, alors qu’elle l’avait fondée, elle n’était encore qu’une petite ville, avec au mieux une dizaine de navires qui s’y arrêtaient régulièrement. Puis elle avait grandi, petit à petit…
Puerto Blanco lui faisait plutôt l’effet d’une Port-Argenterie jeune mais qui voulait grandir trop vite. Cela lui fut confirmé lors de sa visite dans la ville elle-même. Le mode de vie y était le même qu’à Port-Argenterie. Mais ses habitants ne comprenaient-ils pas qu’ils privaient leur nouvelle cité d’avenir en agissant comme si ce dernier était déjà acquis ? Ils pouvaient se permettre d’agir ainsi du temps de Port-Argenterie car cette dernière avait été solidifiée par les siècles.

« Cette cité explosera dans un avenir plus ou moins proche, confia-t-il à Anabelle dans la soirée, s’arrangeant pour que leurs hôtes ne puissent pas les entendre. »

Le vice y régnait en maître. La femme du roi pirate n’était qu’une enfant, les esclaves étaient innombrables… Tout allait trop vite. Beaucoup trop vite. Mais lorsqu’on lançait une calèche à pleine vitesse, dans les quartiers aisés de Kelvin, elle ne finissait pas s’emballer, et l’une des roues cassait sur les pavés de la ville. Etait-ce le destin qui attendait Puerto Blanco ? Oui, songea Valentino en assistant à la vente aux esclaves et au duel qui l’accompagna. Cette vente était beaucoup trop importante pour une cité aussi jeune au vu du nombre d’esclaves qui s’y trouvaient déjà. Et ce duel n’aurait jamais dû être toléré. La cité était déjà en partie aux mains du chaos. Elle y sombrerait à n’en pas douter bientôt. La question était pour Valentino de savoir si Franco accepterait d’entendre son avertissement. Pour cela, rien de mieux que de parler un peu avec Madame, l’un des soutiens du Roi. Il savait que sous ses airs excentriques se cachait une capitaine qui savait quelque chose de la politique. Après tout, elle avait fait partie du conseil de Port-Argenterie….

« Madame, dit-il en allant la trouver après le duel.
-Capitaine Tarenziore, dit-elle, fumant lentement sa pipe. C’est un plaisir.
-C’est un plaisir pour moi aussi, dit-il. Cela fait longtemps que nous ne nous étions pas vus si je ne m’abuse.
-J’ai perdu pas mal de mes contacts, avec la chute de Port-Argenterie. Fort heureusement, le Capitaine de l’Alvaro de la Marca était là pour réparer les torts des Elfes Noirs.
-Je vois cela, dit Valentino, choisissant de la mettre en confiance sans lui faire part de ses doutes. Je suis venu voir comment se déroulait son travail.
-Du Nouveau et de l’Ancien Monde se faisant l’ennemi, il y a bien là un petit air de Port-Argenterie, vous ne trouvez pas ? »

Elle était donc dans l’erreur elle aussi. De croire que Puerto Blanco était déjà Port-Argenterie. Celle-ci pouvait se permettre d’être l’ennemie du monde car elle pouvait se défendre. Pas Puerto Blanco. Pas si tôt…

« Un peu oui, dit-il.
-Quelles sont les nouvelles de votre côté ? Nerel a toujours le bras long ? C’est flatteur, pour Guadalmendina, d’accueillir sur la petite Puerto Blanco, son île natale je crois bien, la venue d’un capitaine aussi influent que vous.
-Ne vous faites pas d’illusions, je ne vais que là où me mènent mes pas, et je ne suis pas venu pour honorer Franco. Je suis venu ici pour examiner l’ampleur de son travail. Voir s’il est digne d’intérêt.
-Et votre avis ?
-Je le réserve encore, mentit-il.
-Il va sans dire que cette petite vente n'est pas représentative de ses travaux. L'entreprise du Nouveau Monde a tant rapporté qu'à son retour, le "Roi Pirate" aurait pu racheter Grande Lagoon tout entier, s'il avait voulu. Il l'a d'ailleurs fait. Mais comme il ne lui restait plus rien après, nous avons dû repartir en course
-Vous avez qualifié cette vente de petite ? tiqua Valentino. J’ai vu beaucoup d’esclaves, mais sont-ils si nombreux sur l’île ?
-Il commence à y en avoir beaucoup oui. Si cela continue, le nombre d’esclaves surpassera celui des maîtres.
-Mais que pouvez-vous en faire ?
-On fait tout avec des esclaves. Plus personne ne travaille sur Puerto Blanco.
-D’accord, dit-il, souhaitant mettre fin à la conversation. Passez une bonne soirée, Madame… »

Il s’éloigna. La fin de leur échange était à la limite du soutenable. La situation était donc pire que tout. En vérité, la cité était plus encore livrée au vice que Port-Argenterie. Etait-ce parce que les pirates étaient trop heureux d’avoir à nouveau leur ville ? Ils auraient dû travailler. Personne ne travaillait ? Alors la cité allait sombrer dans le chaos. Les esclaves ne suffisaient pas. Ils ne suffiraient jamais. Et ça n’était pas dépendant de sa haine de l’esclavage. S’il n’avait tenu qu’à lui, il serait intervenu, mais il n’était pas là pour les sauver…

Sa décision était prise. Franco avait besoin de conseils. Peu importait le temps qu’il passerait sur cette île à présent. Il adhérait entièrement au projet d’une nouvelle Port-Argenterie. Mais tout allait trop vite ici. Il fallait ralentir les choses et les repenser. Il offrirait Taki pour l’amadouer, et si ce cadeau lui plaisait, il en profiterait pour lui donner des conseils. Et il resterait pour les voir être mis en place. Pour que Puerto Blanco devienne la nouvelle Port Argenterie. Et pour essayer de libérer une partie de ces esclaves d'autre part. Car après tout, Puerto Blanco ou non, il n'aimait pas l'esclavage...

---

Le doux bruit du ressac encadrait cette scène proche du paradis. Elle avait relevé le bas de la robe légère qui lui avait été donnée à son arrivée sur l’île pour tremper les pieds dans la mer. Après le duel, Valentino s’était éloigné, et avait parlé à la femme présentée comme étant Madame. Puis il était revenu vers elle, et lui avait proposé de s’éloigner. Une crique, loin de la ville. Ils étaient plus au calme là. Et la fraicheur de la mer les encadrait. Elle regarda vers le rivage. Franco y était assis, la tête de Comnena, qui dormait profondément, posée sur ses genoux. La pauvre petite n’avait pas eu une journée facile. La chaleur l’épuisait, et elle avait vécu l’une des plus longues soirées de sa jeune vie. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit épuisée.
S’il n’en avait tenu qu’à elle, Anabelle n’aurait pas forcément emmené sa fille dans la ville. Mais apparemment, elle était invitée également, aussi n’avait-elle rien dit. Elle aurait probablement dû, ayant littéralement passé la soirée à mettre ses mains sur les yeux de sa fille pour l’empêcher de regarder ou à lui boucher les oreilles pour l’empêcher d’écouter. Comnena, bien sûr, avait compris que sa mère ne voulait pas qu’elle regarde et écoute. Cela n’avait donc pas manqué : Elle avait fait son maximum pour regarder et écouter. Mais Anabelle n’avait pas du sang kelvinois en elle pour rien. Les gens de Kelvin, habitués à la vie en bord de mer et traumatisés par les ravages que les pirates avaient causé à la cité lorsque le Duc Medron était encore jeune, étaient devenus tenaces. C’était la fierté de la ville. Les kelvinois ne lâchaient jamais rien, contrairement au reste du monde.
Et en tant que mère, il était donc hors de question de céder aux caprices de sa fille. Si elle avait décidé qu’elle ne regarderait pas les serveuses aux seins nus de l’auberge, et n’écouterait pas tous les jurons qui étaient proférés, elle avait tenu sa promesse. Il en résultait que la petite avait montré, outre de la curiosité, des signes d’énervement toute la soirée, lassée du petit jeu de sa mère. Petit jeu qui n’avait cessé que lorsqu’elle avait commencé à tomber de sommeil.

« Que penses-tu de la ville ? demanda-t-elle à Valentino, se doutant de la réponse.
-Je te l’ai dit dans la soirée, dit-il. Je pense qu’elle va bientôt exploser.
-Et que vas-tu y faire ?
-Je vais travailler à éviter que ça n’arrive, dit-il. J’ai beaucoup de respect pour l’œuvre que Franco essaye de mettre en place, mais je pense qu’il s’y prend mal. Il est trop pressé de retrouver toute la gloire de Port-Argenterie. Mais à aller trop vite, il finira par se prendre les pieds dans le tapis.
-Tu penses qu’il t’écoutera ?
-Je l’espère, pour son propre bien, dit-il. Autrement, tout cela pourrait virer au drame. Je suis dans une situation difficile. Je sais qu’il aura tendance à m’écouter pour ce que je suis, mais il est probable qu’il se méfie de moi. Alors si je commence à lui donner des conseils… Il est possible que nous restions ici plus longtemps que prévu. Le temps qu’il accepte mon aide. Que je lui donne des recommandations. »

Elle grimaça. Elle avait accepté de venir avec lui pour échapper à quelques ennuis qui l’attendaient à n’en pas douter à Kelvin, mais il lui avait garanti que ce voyage ne durerait pas longtemps. Après tout, même si elle en aimait hein, les pirates n’étaient pas des gens très populaires à Kelvin.

« Je vois ta réaction, dit-il. »

De façon évidente, il se serait bien levé pour la rejoindre, mais il servait pour l’instant d’oreiller à Comnena, et ne semblait pas disposé à la laisser reposer la tête dans le sable.

« Je la vois et je la comprends. Je suis presque autant kelvinois que toi, avec tous les tours que j’ai vécu là-bas. J’ai également vécu le raid comme un traumatisme, sans compter les multiples attaques de vaisseaux pirates qui parfois causent des difficultés à des amis armateurs de la ville.
-Que tu n’hésites pas toi-même à voler, dit-elle en allant s’asseoir à son côté. »

Puisqu’il ne pouvait pas bouger, autant qu’elle le fasse elle-même. Elle comprenait que c’était une conversation importante et qu’il avait besoin d’être auprès d’elle pour la mener.

« Je les vole de façon raisonnable et tu le sais, dit-il en souriant. Je ne m’autoriserais jamais à les envoyer à la rue à force de les dévaliser. Pourquoi le ferais-je ? Je suis déjà riche. Voler de temps en temps m’aide à me maintenir en forme, à me rappeler de qui suis-je l’élu. Mais j’ai appris qu’il était plus rentable de voler les gens en leur proposant des marchés à leur désavantage. Je suis tranquille. L’ère du vol à la tire ou du cambriolage est fini pour moi, de même que la piraterie. Mais si je dois aider une telle aventure à se remettre en place, en tant qu’élu de Nerel, c’est mon devoir. Tu comprends ?
-Tu ne me feras jamais aimer les pirates, dit-elle. Mais je comprends ce que tu ressens. Et je l’ai de toute façon accepté depuis longtemps. Quand tu m’as dit cette nuit-là qui tu étais vraiment, il était évident que je devrais faire ce choix si je souhaitais poursuivre avec toi. Mais tu avais déjà trop bien fait le travail, je n’avais plus vraiment le choix. Alors oui je trahis sans doute Kelvin, mais si tu veux du temps pour rester et aider les pirates, je resterai à tes côtés. Ne me demande pas d’aller piller des navires, mais je veux bien supporter la chaleur étouffante qui règne ici si cela peut aider cette entreprise à bien se passer.
-Tu es une femme adorable, sais-tu cela ? dit-il en l’embrassant.
-On m’a élevée pour être cela, dit-elle en haussant les épaules. Dans l’esprit de mon père, je n’étais qu’une fille à marier. Il m’a enseigné les chiffres, pour que je puisse tenir les comptes de mon futur époux, mais rien de plus. Le reste de l’intérêt que j’avais résidait dans l’endroit d’où vient Comnena.
-Ton père n’était pas quelqu’un de tellement recommandable, je confirme, dit Valentino.
-Je n’ai pas de honte à le dire, dit-elle. Cette attitude est en baisse nette à Kelvin depuis plusieurs générations. Mon père est quelqu’un de traditionnaliste, au mauvais sens du terme. Il n’a pas réussi à me marier ? Bien fait pour lui. Il n’apprendra pas la leçon. Mais à tout le moins, il n’a que ce qu’il mérite. Quant à moi, je suis heureuse du choix que j’ai fait. Et puisque tu m’as présentée à Franco comme étant ta femme et non ton amante, j’aimerais qu’on parle un peu de cette présentation… »

Valentino était piégé et il le savait. Elle revenait régulièrement à la charge sur ce point depuis la naissance de Comnena, souhaitant officialiser la paternité de Valentino. Non pas qu’elle ait le moindre doute, mais après tout, si son père était traditionnaliste, elle avait conservé ce qu’elle jugeait de bon dans les traditions. Alors elle revenait de temps en temps à la charge. Et ce soir, elle avait réussi à particulièrement bien le piéger. Il ne s’en sortir qu’en l’embrassant pour la faire taire. C’était aussi une solution, songea-t-elle en caressant les cheveux de sa fille, qui dormait paisiblement.

---

Comnena avait senti Maman lui caresser les cheveux quand elle était fatiguée sur la plage, puis ensuite, Papa l’avait portée sur le chemin du retour, jusqu’à la calèche, où elle s’était couchée sur la banquette. Et puis elle avait dormi. La journée qui suivait avait bien commencé. Il faisait chaud mais elle aimait quand même bien cet endroit. Ça changeait beaucoup des jardins kelvinois. Il n’y avait seulement pas d’autres enfants avec qui jouer, mais elle était tout le temps avec ses parents. C’était parfait. A ceci près qu’il faisait très chaud, et donc que tout le monde passait son temps à faire la sieste ou à boire un peu. Hier, les gens avaient parlé au moins. Mais aujourd’hui, tout le monde attendait que le soir revienne, parce que son Papa avait promis à Franco que dès que les températures seraient à nouveau supportables, il lui offrirait un cadeau, qu’il devait faire venir de son navire. Du coup en attendant, c’était la sieste toute la journée, chose qu’elle n’aimait pas vraiment. Apparemment, Monsieur Guadalmedina était parti s’occuper de logistique dans son bureau, et ses parents se reposaient à l’ombre, même si son Papa lui avait proposé de l’aider. Et elle n’avait rien à faire.
Aussi, dès qu’ils eurent le dos tourné, elle se prit à explorer la grande maison dans laquelle ils logeaient, et d’en explorer les couloirs. Elle savait que son père aimait faire ça dans les fêtes à Kelvin. Elle avait entendu ses parents en parler plusieurs fois. Et à chaque fois, il revenait avec des objets dans les poches. S’il ne le faisait pas aujourd’hui, eh bien elle le ferait. Ce serait certainement très intéressant. Des petits objets, pas trop gros, pour que ça rentre dans ses poches, et fouiller la maison.

Chemin faisant, alors qu’elle était encore dans les jardins, elle trouva la porte. En bas, il y avait la ville. Dans la ville, il y avait certainement d’autres enfants avec qui jouer. Mais seulement, pour ça, il fallait escalader le portail. Et le faire devant les messieurs qui avaient l’air de garder la porte. Mais peut-être que si elle leur demandait gentiment, ils accepteraient de la laisser sortir ?

« Pardon messieurs, dit-elle. Mais je veux aller voir s’il y a d’autres enfants en bas dans la ville. Je peux sortir ? »
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Lun 10 Juil 2017 - 20:35

Ah, si je bois c'est pour me soûler, non pour boire !

Verlaine



Franco Guadalmedina fut interrompu dans ses comptes par l'arrivée de Wallace. La chaleur lui rendait la peau moite.

« On a un problème.

Le Roi Pirate déposa la plume qu'il tenait entre ses doigts.

- A croire qu'on a que ça. C'est qui encore ?
- La petite. Valentino Tarenzione la cherche partout.

La chaude accalmie s'effaça doucement. Franco soupira, se laissant tomber sur le dossier de sa chaise, frottant sa barbiche d'une main.

- Disparue ?

Wallace quitta le bureau du Roi Pirate.

- Oui, disparue. Comnena.

D'un pas ferme, Franco descendit les grandes marches des escaliers de son domaine. Effectivement, il croisa Anabelle, les mains posées à plat sur sa poitrine, et qui était hors d'haleine. Elle lui demanda si il n'avait pas vu Comnena, et il dû répondre par la négative. Peut-être l'un des esclaves ? Franco lui promit de s'en rendre compte sur l'heure. Très vite rejoint par Valentino et Wallace, le quatuor franchit le perron et se rendit dans la cour. Guadalmedina interrogea les contremaîtres, une lanière de cuir passée à la ceinture, et qui jurèrent ne rien avoir vu. Ils se rendirent alors jusqu'au portail, gardé par deux solides esclaves à la peau d'ébène et au crane rasé, et qui portaient les armes.

- Elle est sortie, répondit l'un d'eux.
- Comment ça ?
- Elle est sorti, maître, répéta le gardien noir d'une voix neutre.
- Qui a donné l'autorisation ?
- Je pensais qu'elle l'avait de Monsieur Tarenzione.
- Tu l'as laissé sortir seule ?
- Non, maître. L'un de vos esclaves l'accompagnait. La petite disait juste vouloir s'amuser en ville.

A cela, Anabelle poussa un grand cri, qu'elle etouffa rapidement entre ses mains. Valentino Tarenzione lui, paraissait très calme. Franco également. Pourtant, tous deux n'ignoraient pas les multiples dangers que contenait une île aussi ardente que Puerto-Blanco ! Sans compter des courants marins, qui auraient pu l'emporter définitivement.

- Qui accompagnait Comnena ?
- L'un de vos esclaves. Je ne connais pas son nom.

Franco commençait à désespérer.

- Comment ça, tu ne connais pas son nom ?
- Il est arrivé hier dans la propriété. Hier soir. Vous l'aviez acheté lors de la vente, au Saint Domingue.

Franco se souvint alors, effectivement, avoir acheté deux hommes au Saint Domingue la veille ! Pourquoi l'avait-il fait ? Les travaux n'avançaient pas assez vite à son goût, et il lui tardait, mine de rien, de voir l’agrandissement de sa propriété à son terme ! En tant que Roi Pirate, il lui fallait aussi, quand il en avait l'occasion, rappeler à Puerto-Blanco qui il était ! Et pour cela, quoi de mieux que d'acheter, stoïque et sur un coup de tête, deux ou trois têtes qui venaient tout juste d'arriver sur le marché ? Quand Guadalmedina fixait un prix pour une tête, personne ne surenchérissait.

- Décris-moi l'esclave.
- Grand. Sec. Tresse brune. Un Ramien.
- Tu as laissé la fille du Capitaine Tarenzione s'en aller seule en ville, accompagnée d'un de mes esclaves ?
- Il m'a assuré avoir votre permission, maître.

Franco n'insista pas plus. Il fit un signe de la main à Wallace ! Rapidement, un coche fut dépêché, un cheval attelé et l'on descendit les proéminences de l'île au galop ! Wallace, Valentino et Anabelle à l'intérieur, Franco jura en constatant qu'il était sorti sans ses pistolets à la ceinture ! Il portait ses deux rapières, battant l'air de leur fourreaux, contre ses flancs ! On mettait le "cap" sur le Saint-Domingue ! En plein centre ville.

Soudain, arrivant en l'autre sens, un coche que Franco reconnut immédiatement ! Leur cocher fut obligé de s'arrêter. Lorsque les deux voitures se croisèrent, à quelques centimètres seulement l'une de l'autre, Guadalmedina reconnut les visages familiers et monsieur et madame de Fleurimont, aux fenêtres. Ce dernier salua respectueusement Valentino Tarenzione, en un grand lever de chapeau ! Très élégant sur lui, une barbe blanche impeccablement taillée, la chemise blanche lissée et fermée jusqu'au col, monsieur le Gouverneur de Puerto-Blanco avait tout d'un élégant personnage ! Il assiégea Valentino Tarenzione d'éloges et de civilités, tant et tellement que ce fut sa femme, Anabelle, qui se sentit obligée d'intervenir dans la discussion, précisant qu'ils étaient tous deux à la recherche de la petite Comnena qui avait disparue sur Puerto Blanco, à l'aide d'un esclave Ramien qui avait profité de la situation afin de saisir sa chance de regagner sa liberté ! L'abruti. Mais monsieur de Fleurimont insista auprès de Franco, afin qu'il passe de son coche au leur, car il avait à l'entretenir d'affaires d'importance. Aussi, ajouta-t-il, leur recherche serait bien plus efficace si deux coches parcourait Puerto-Blanco, au lieu d'un seul ! Choisissant d'écourter l'instance de l'Elu de Nerel et de sa femme, Franco Guadalmedina s'y plia, et quitta le coche pour entrer en celui du gouverneur. Il n'était, par ailleurs, ni plus grand, ni plus luxueux ! Madame de Fleurimont était face à lui, sans sourire, un éventail représentant des fleurs roses et bleues lui offrant de temps en temps un peu de confort. Guadalmedina replia sa cape sur lui-même. A côté de lui, le Gouverneur s'animait, racontant déjà sa journée ! Les rumeurs parlant de Tarenzione. La soirée hier soir au Saint-Domingue. La vente d'esclave qui avait bien rapporté. Où en étaient les autres Seigneurs Pirates. Comment allait Myrah. Comment avançaient les travaux. Il expliqua qu'il souhaitait engager davantage de gardes pour hausser et encadrer la sûreté des rues de Puerto, la nuit.

- Qu'est-ce qui peut vous faire croire que la sûreté de l'île a besoin d'être haussée ? demanda froidement Franco.

Madame de Fleurimont ne l'avait pas lâché des yeux, une main roide et ridée posée à plat sur le fauteuil du coche. Un nid-de poule les secoua.

- L'un de mes hommes a évoqué l'idée, à plusieurs reprises, poursuivit monsieur de Fleurimont. La nuit dernière encore, nous avons comptabilisé plusieurs morts.

Franco n'avait pas vraiment la tête à cela, aujourd'hui. Quelles seraient les conséquences, pour lui, de la mort de Comnena ? Comment réagirait l'Elu de Nerel, plusieurs fois centenaire, en découvrant le corps sans vie de sa fillette, brisé, quelque part sur la plage contre les récifs. Violée même, peut-être. Par ce Ramien. Par l'un de ses propres esclaves. Il n'avait toujours pas confiance en Valentino Tarenzione, et pour rien au monde n'avait envie de subir le courroux ou la malédiction d'un Elu Divin ! Ce fut madame de Fleurimont qui le tira de ses pensées, avec une voix et un sourire étonnamment doux.

- Il aime cet enfer comme il aimerait n'importe quel paradis.

Elle parlait de Franco, bien sûr. Il choisit de clore la discussion en avançant un délai.

- Attendons le retour de Cortez avant d'aménager de nouveaux postes dans la garde.
- Le Capitaine Gabriel Cortez ? Savez-vous quand est-ce qu'il...

Monsieur de Fleurimont ne termina jamais sa phrase car le coche freina brutalement !

- Et bien, et bien, s'offensa madame de Fleurimont en passant le visage hors du coche. Qu'est-ce donc ?

Franco sortit. Sur la route se trouvait un homme, le visage et le corps entièrement recouvert d'une large cape qui avait dû etre blanche, dans une autre vie. Et surmontée d'un capuchon de même couleur. Le Roi Pirate, la main sur son épée, s'avança.

- Et bien ? Qui es-tu pour bloquer ainsi la route ? Nous sommes pressés !

Alors se levèrent lentement vers lui deux yeux ardents, et Franco songea qu'il ne devait rien avoir de plus saississant au monde que ce regard là. A part celui de Red. La femme -car il s'agissait d'une femme- abaissa son capuchon, lentement, tandis qu'il tirait sa rapière, prêt à lui offrir du bel acier à bouffer.

- Range cette arme, Roi Pirate. Je ne suis pas venue pour te provoquer.
- Qui es-tu ? répéta Guadalmedina avançant d'un pas, suffisamment pour toucher sa joue avec sa lame.

Elle leva le menton, sans ciller.

- Les échafauds ont parfois des aspects d'autel. Je suis là pour t'aider. La seule vraie Reine m'a menée jusqu'à toi.

Et elle répéta, tandis que le Gouverneur sortait à son tour du coche.

- La Grande Reine des océans. Celle que tu as négligé ces derniers temps. Ariel.

~




Franco avait dû abandonner derrière lui Monsieur et madame de Fleurimont avec la promesse de sa présence pour le dîner du soir. Il ne savait pas si il pourrait honorer ce serment. Tout dépendait du fait que l'on retrouve ou non Comnena. Côte à côte avec cette "prêtresse".

- Votre nom ?
- Calcite Yorel.
- Je ne vous ai jamais vu sur Puerto-Blanco.
- J'y suis arrivée très récemment.

Des yeux violets, aussi pénétrants que de l'acier. Une peau cendrée. Incrustée au milieu de son front, une perle qui souffrait de coloris aussi changeants que troublants, tellement que Franco aurait été incapable d'en définir une seule. En son centre, les teintes paraissaient tourner, s'entremêler, naitre et mourir sans réelle raisons. Et ces yeux. Des yeux capable d'atteindre sans équivoque l'âme de n'importe qui. Des yeux qu'il essayait depuis leur rencontre de dominer, en soutenant avec le sien ce regard-là. Il revenait sans cesse à l'assaut, et cette soi-disant prêtresse avait tout pour le troubler. Et cet accent, venant de nul part, marquant, qui lui faisait détacher chacun de ses mots lorsqu'ils jaillissaient.

- Vous avez entendu parler de moi ?  ironisa Franco, mais son interlocutrice ignora sa remarque.
- Je suis venue t'aider, dit-elle plutôt.
- Je n'ai que faire de ton aide.
- Tu es parti voler le Nouveau Monde, insista-t-elle tandis qu'ils foulaient cote à cote une plage déserte. Sais-tu comment les marins appellent les rivages et les baies du Nouveau Monde ? Des noms qui en disent longs.
- Je connais la gueule des noyés.
- La passe des rivolins. Le golfe du diable. Les calanques quinteuses. La côte noire. Le cap hurleur. Penses-tu que les teikokujins qui ont découvert ces endroits avant toi les ont nommé ainsi sans raisons ?
- Je ne sais pas ce que tu insinues, la coupa Guadalmedina, mais j'ai navigué sur ces eaux. Et je les connais bien mieux qu'eux.
- Voila ou je veux en venir. La Grande Reine a bénie ton entreprise. Elle bénie chacune de tes entreprises. Et qu'est-ce que je découvre en venant ici, sur Puerto-Blanco ?

Elle arrêta alors son pas. Franco garda la tête haute, s'arrêtant également à côté d'elle.

- Quoi ?
- Un autoproclamé Roi Pirate. Des esclaves par milliers.
- Qu'as-tu contre l'esclavage, femme ?

Encore une fois, elle éluda sa question.

- Une propriété qui est, soi disant, presque aussi grande que le palais du Gouverneur. Des travaux d'agrandissements entrepris. Un port en pleine croissance. Une île qui s'épanouit. Et pas même une maison pour Ariel.
- Il y a un temple pour la Garce, répliqua Franco en reprenant sa marche mains dans le dos, plus loin, sur le port.
- Pas un temple.
- Un autel. C'est la même chose. Il a toujours été là.
- Un autel. Une seule prêtresse. Pour tous les bénéfices que tu as ramené du Nouveau Monde ! Et tous ceux que tu extorques encore à l'ancien monde !
- Que veux-tu exactement ? lâcha Franco. Deux prêtresses pour Ariel ? Tu es là. Voilà, ça en fait deux. Maintenant lâche moi, j'ai du travail qui m'attend.
- Tu peux m'écarter. Tu n'écarteras pas la colère de la Déesse des mers.
- J'ai toujours honoré Ariel. Comme un honnête marin.
- Puerto Blanco est une injure à son nom. Quand était-ce la dernière fois que toi, autoproclamé Roi, tu as honoré ta déesse ?
- Je n'ai plus pris la mer depuis un moment. Plusieurs Lunes.
- Mais tu continues de t'enrichir.
- Mais Ariel est plus souvent marâtre que mère, lui opposa Guadalmedina.
- Le navire qui n'obéit pas au gouvernail obéira aux écueils ! La colère de la Déesse est sans appel !
- Que veux-tu exactement ? insista Franco, une pointe d'agacement dans la voix.

Elle s'approcha de lui.

- Achète davantage d'esclaves. Interrompt tous les travaux que tu entreprends en ce moment. Fais construire un temple, digne des plus éminentes architectures de Ryscior. A la gloire d'Ariel. Qu'elle soit mise à l'honneur dans tout Blue Lagoon. Que son nom soit enfin sanctifié. Et elle éloignera de toi son courroux.
- Qu'est-ce qui me prouve qu'Ariel est courroucée.
-  Je suis là.

Franco posa une main sur la joue de son interlocutrice. D'abord avec douceur, puis il la referma sur son visage, sévère.

- Je me méfie des faux prêtres et des faux dévots.
- Tu auras bientôt une preuve de qui je suis.

Il sussura à son oreille, un sourire en coin.

- Rien que ça ?

Alors elle s'écarta. Lorsqu'elle parlait, jamais elle ne laissait transparaitre quoi que ce soit entre les mots. Un diable de femme.

- Fais moi don de ton bien le plus précieux, "Roi Pirate". Et tu verras.
- L'Alvaro de la Marca n'est pas à vendre !
- Je veux que tu sois à moi. Alors je serai à toi. Et ensemble, nous ferons de grandes choses.

Il s'avança de nouveau, jusqu'à elle. Yeux dans les yeux, le vent jouant entre leurs visages, il lança, aussi tranchant qu'une lame :

- J'ai du mal à te croire.
- Mais tu sais que tout ce que j'ai dis est vrai. La Déesse est vraiment mécontente.

Il approcha son visage du sien, sans la lacher du regard. Il ne lui céderait pas cette partie-là.

- La Déesse, aussi noire que nous le sommes, s'en prendrait à moi ?

Elle posa une main sur son col, sans toutefois le repousser.

- Sois à moi. Et je serai à toi. Ne lève pas des poings stupides vers les Dieux.
- Je ne suis pas un grand ami des prêtresses, tu sais...
- Je ne prie pas Atÿe.

Il eut l'impression qu'elle venait de le poignarder. Là où ça faisait mal.

- Je ne serai jamais à toi, concilia-t-il. J'aime ailleurs.

Elle laissa tomber aux pieds des vagues voraces sa robe. Des petits crabes courraient sous les vêtements, sur sa peau nue. Franco la trouva tout de suite à son goût.

- Je ne te parle pas d'amour. Si tu me fais don de ton Alvaro de la Marca, je te ferai don d'un fils.

Il laissa son bras aller presser sa taille frêle. Et il se débarrassa de ses rapières et de sa cape.

~

Il rentra chez lui à la nuit tombée, et seul. Il avait trouvé un coche, qu'il avait payé, pour l'aider à regagner sa demeure. Pas de nouvelles de Comnena. Putain, faites que Tarenzione ait retrouvé la gosse. Sa surprise fut grande lorsqu'il retrouva une Comnena confuse, l'air entière, sur le perron de sa demeure. Myrah et Ewa, Camille dans les bras, était là aussi.

- Tu es rentrée ?

La petite hocha la tête, balbutiant des excuses.

- Valentino Tarenzione t'a retrouvée ?

Mais Comnena expliqua qu'elle n'avait pas vu ses parents. Sans doute, Valentiono Tarenzione et Anabelle la cherchaient encore dans tout Puerto Blanco. On amena alors à Franco l'esclave, la Ramien tressé, qui avait "enlevé" la fillette. Il prétendit qu'il l'avait juste accompagné en ville. Elle voulait s'amuser avec d'autres enfants. C'est lui, et de lui-même, tout esclave qu'il était, qui l'avait ramené. Franco choisit de l'épargner. Libre à Valentino de lui loger une balle entre les deux yeux quand il rentrerait. Il lâcha simplement, à l'intention de ce nouvel esclave, un :

- Reste à ta place désormais. »

Et ce fut dix coups de fouet pour chacun des deux gardiens, à l'entrée.

Sur ce, Franco Guadalmedina partit se laver. Il but un chocolat qu'il but sec, endossa des vêtements neufs, et monta de nouveau à l'intérieur du coche. Il avait rendez-vous pour un dîner chez monsieur de Fleurimont. Il s'excuserait pour l'Elu de Nerel et son épouse. Myrah voulut, bien évidemment, venir avec lui mais il la repoussa sans une once de commisération. Lorsque le coche de mit en branle, il balança du bout des doigts par la fenêtre un petit crabe gris qui filait sous sa chemise. Calcite Yorel. Cela rimait avec Ariel.



Calcite Yorel:
 
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Franco Guadalmedina
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Jeu 20 Juil 2017 - 2:52

Spoiler:
 




Quand il expira, vide et riche comme Tyr, tas d'esclave ayant pour gloire de sentir le pied du maître sur leurs nuques, ivre de vin, de sang et d'or. […] Ce fut un noir spectacle et dont on s'enfuyait.

Hugo





Il arriva chez Monsieur de Fleurimont avec du retard. De toute évidence, il n'eut pas même besoin de présenter l'Élu de Nerel, Valentino Tarenzione, car ce dernier brillait par son absence. Franco rassura néanmoins ses hôtes quant aux retrouvailles de la petite Comnena. La filette était seulement sortie faire un tour. À cet âge-là, on ignorait le danger. La table était déjà dressée. Franco Guadalmedina prit place, un brin fatigué des événements de la journée. Il songea qu'il devait aussi payer ses Seigneurs Pirate la part qui leur revenait sur la vente des Gyrkimes qu'ils avaient ramenés du Nouveau Monde. Franco avait réussi à les revendre auprès des plus grands royaumes de Ryscior. Et il les avait vendu au prix fort. Un prix qui avait, bien sur, été encaissé d'avance, mais qu'il n'avait toujours pas équitablement distribué. Il se promit de s'en occuper dès le lendemain. Le Roi Pirate n'avait nullement l'intention de doubler ses alliés.

Tibocco et Vicente, deux de ses esclaves les plus puissants, formaient une sorte de garde personnelle. Il avait pris l'habitude, depuis son retour du Nouveau Monde, de ne jamais se séparer de ses deux géants noirs lorsqu'il sortait. C'étaient, en plus d'être des esclaves loyalement achetés, des esclaves fidèles. Tibocco était un Taharien issu de la Tahar noire. Haut de près de sept pieds, Guadalmedina l'avait acheté sur Puerto-Blanco même, il y avait presque quinze Tours maintenant. Il l'avait formé lui-même, des Lunes entières, à manier le sabre, l'arc, le fouet et la rapière. Un esclave qui maniait le fouet, cela avait été tout de suite mal vu, mais Franco s'en était peu soucié. À l'époque, il avait besoin d'un esclave de confiance, pour veiller sur...

Lointaine époque.

Vicente était un ancien gladiateur Ramien, et Franco appréciait ses talents. La plupart du temps, c'étaient Tibocco et Vicente qui veillaient sur sa personne, qu'il soit chez lui, au Saint Domingue ou ailleurs. Depuis plus de quinze Tours. Il n'avait jamais levé la main, ni même un fouet, sur eux. Et en échange, Tibocco et Vicente ne l'avaient jamais déçu. Un investissement plus qu'intéressant.

«  Êtes-vous avec nous, Franco ?

Guadalmedina porta à ses lèvres sa coupe de vin. Un vin noir. Un vin épicé.

- Non, répondit-il.

Il mâchona distraitement une part de son coq au vin. Fleurimont. Les petits plats dans les grands.

- Non, reprit-il. Il n'y a nulle tumulte sur l'île.
- En êtes-vous sûr ?

Ca n'était, bien sûr, pas une question. Monsieur de Fleurimont était Gouverneur à vie, et ses sources demeuraient probablement plus sures que celles du Roi Pirate qui n'avait ces derniers temps plus une minute pour lui.

- Si tumulte il y a, mettez-y fin. C'est vous le gouverneur.

Il but encore.

- Moi je règne. Vous, vous gouvernez.
- L'expension de Puerto-Blanco est grande. Nos voisines, Porto Santo et Portazura nous ouvrent pleinement leurs portes. Elles souhaiteraient d'ailleurs se ratacher, de manière officielle, à nous.
- Cela signifierait un seul gouverneur ? Demanda Franco.

Monsieur de Fleurimont acquiesça en portant à ses lèvres une cuillère de haricots.

- La trinité reine de Blue Lagoon.
- Si ils sont prêts à accepter l'autorité du Roi Pirate. Du moment qu'ils ne nous entrainent pas à notre perte. Je n'ai aucune raison de m'y opposer.
- La vie sur Porto Santo est encore plus difficile qu'elle ne l'était avant sur Puerto Blanco, remarqua monsieur de Fleurimont. Je gage qu'un jugement réservé serait pour l'instant meilleur qu'un jugement haté. La délinquance tourbillone encore au-dessus de leur tête.

Franco Guadalmedina ne parvenait pas à se sentir véritablement concerné. Il avait déjà suffisament à faire avec ses navires, ses esclaves, ses Seigneurs pirates, ses équipages et ses butins. Au diable Porto Santo et Portazura ! Que lui importait une sorte de trinité divine au sein de l'archipel ? Il était parti de rien pour édifier son royaume.

Monsieur de Fleurimont s'excusa suite à une quinte de toux. Une quinte de toux, nota Guadalmedina, qui dura plus qu'elle ne l'aurait due. Il se surprit à l'observer, derrière son assiette et son verre. Très élégant, la chemise repassée, le torse toujours couvert, le col jamais nu. Boutons de manchette. Bottes vernies. Cheveux blancs peignés. Des yeux bleus venaient soutenir l'arc de ses sourcils. Blancs, eux-aussi. Bien sur. Franco connaissait son âge exact. Soixante-dix-sept Tours. C'est vieux, ça.
En tout cas, Monsieur le Gouverneur n'avait rien perdu de ses facultés mentales, même avec l'âge. Fieffé artiste, il jouait souvent du violon, de la viole, du violoncelle ou du luth -quand un orgue ne lui tombait pas sous les doigts- et il se targuait de poësie. Un art que Guadalmedina n'avait jamais réussi à épouser. Remarque, Fleurimont faisait la paire avec Tarenzione. Sauf qu'il ne voyait pas Fleurimont s'introduire chez les gens pour en dérober l'argenterie.

Merde, c'est ça qu'il fallait que je fasse. Élever la garde autour de l'Alvaro de la Marca. On ne sait jamais.

- Quoi ? Demanda-t-il.
- Kafkon Samuel, répéta monsieur de Fleurimont en hochant la tête. Savez-vous où il se trouve ?
- Loin.
- Quel coup de maître, avança madame de Fleurimont, pour cette jeune sentinelle Ramienne. Cet Abad. Les colonies lui appartiennent dorénavant. Ram va devenir une nation puissante.
- Ram l'est déjà, lui fit remarquer Franco en laissant la jeune esclave du gouverneur remplir de nouveau son verre de vin.
- Elle a distingué comme émissaire pour le Nouveau Monde un jeune seigneur plein de valeur apparement.
- Si c'est lui qu'elle a distingué, elle a choisit le meilleur de nous deux, siffla Franco.

Personne ne rit, mais l'on sourit à la plaisanterie.

- Vous n'êtes pas un si mauvais garçon que vous le prétendez, assura monsieur le gouverneur tandis qu'on enlevait les plats.
- Vraiment ?

Cet avocat-là plaiderait toutes les causes.

- En l'ombre où nous sommes tous, répondit monsieur de Fleurimont, il nous faut faire preuve de bravoure et d'autorité. Je comprends cela.
- C'est de la flatterie, je suppose ?

Monsieur le gouverneur ne répondit à Franco que par l'enchaînement de quelques vers murmurés, comme pour lui-seul.

- Il a des soifs inassouvies. Dans son passé vertigineux. Il sent revivre d'autres vies. De son âme il compte les nœuds.

Guadalmedina n'avait rien à répondre à cela. Il préféra passer rapidement au dessert. Monsieur de Fleurimont essuya les coins de sa bouche avec une serviette, avant de reprendre l'air grave :

- Franco, puisque monsieur Tarenzione n'est pas présent ce soir, je peux vous tenir informé.
- Et de quoi donc ? Je vous écoute.
- De la succession de Puerto Blanco.

Franco entendit dans le lointain un chien aboyer.

- La succession. La mienne ? Ou la votre ?
- Je sais que vous vivez dangereusement, concéda le gouverneur à Franco, mais je prie les dieux que votre existence ne s'éteigne pas avant la mienne. Je voulais parler de ma succession à moi.

Guadalmedina se laissa tomber au fond de son fauteuil, jambes pliées l'une sur l'autre. On apporta les panières de fruits, le pain à l'ananas, les digestifs et le chocolat. Dans cet ordre. Le gouverneur poursuivit :

- Je me fais vieux, mon ami. La santé décline.

Madame de Fleurimont, émue presque jusqu'aux larmes, prit la main de son mari tandis qu'il parlait. Elle lui caressait de son pouce le haut du poignet.

- Je vais proposer le gouvernement de Puerto Blanco à monsieur Tarenzione.

La mangue que Franco était en train de peler lui glissa presque des doigts.

- Valentino Tarenzione ?

Il haussa les épaules, le choc de la nouvelle passé.

- Monsieur, offrir Puerto Blanco ? Á un nordiste ? Tarenzione n'a que foutre de Blue Lagoon !
- Nous n'avons pas de fils, Franco. Ni de fille, d'ailleurs.
- Vous avez bien des prétendants au titre.
- Des rapaces. Des vipères. Des charognards. Des mafieux, ça oui ! Non, je n'en veux pas. J'aimerai que Puerto Blanco vive une véritable expension, connaisse une croissance bénéfique. Il faut quelqu'un qui se préoccupe réellement de Puerto Blanco. Et de ses populations.
- Mais Valentino Tarenzione ! Que vient-il faire là-dedans, sérieusement ?
- Ajoutons la durée de nos trois vies, la votre, la mienne et celle de mon épouse et prenons ensuite la somme finale de cette addition. Nous n'en serons pas même à la moitié de l'âge de monsieur Tarenzione.
- C'est un Élu Divin. Il n'a que faire de Puerto.
- C'est justement parce que c'est un immortel que nous avons songé à lui.
- Vous me semblez bien sur de vous.
- Je ne demanderai pas à monsieur Tarenzione de s'asseoir sur mon siège et de régner pour cent ou cent cinquante Tours sur l'île. Libre à lui de trouver, et élire un autre gouverneur, si il ne désire pas rester parmis nous. Un gouverneur de qualité ! Vous n'imaginez pas, Franco, la valeur d'un homme tel que monsieur Tarenzione ! Il a vu naître Port-Argenterie. Il l'a vue tomber. Il sera capable de mener Puerto-Blanco à son apogée. Ou de nommer la bonne personne à sa tête. Un immortel tel que l'Élu de Nerel connait tout de Ryscior et de ses engrenages. Avec Valentino Tarenzione à la tête de Puerto Blanco, je ne m'inquièterai plus pour Blue Lagoon.

Franco Guadalmedina sucra son chocolat avec du miel, et porta le tout à ses lèvres. La décision de Monsieur de Fleurimont était prise.

~



L'Elfe Noir Andelzzer se tenait debout sur le pont de son galion noir, le Grand Val. Une peau de nacre venant soutenir deux yeux de givre, aussi froids que les hivers des Marches. Il était vêtu simplement. Une capuche sombre tombait sur son front, encadrant des cheveux longs et fins, de jais. Le Capitaine du Grand Val parlait peu et ne sortait presque jamais de sa cabine. Alors, lorsque l'équipage avait la chance de le voir arpenter le pont, ou même se tenir immobile, mains croisées derrière le dos, sur la dunette de son bâtiment, comme c'était le cas aujourd'hui, la subjugation le disputait à la fascination. Et à la dévotion !

Si l'Elfe Noir avait dérogé à ses propres règles à bord du Grand Val, ça n'était pas pour rien. Aujourd'hui, on jetait l'ancre sur Puerto Blanco, dans Grande Lagoon. Aujourd'hui, on se ravitaillait et on vidait les cales des esclaves en partance des Sultanats. Les quartiers-maître avaient, autour d'une chaîne, attachés entre eux les esclaves. Un collier de fer cinglé autour de leur cou, les poignets liés dans le dos, on faisait débarquer le fret en premier. Franco remarqua que la marchandise faisait la bouche en cul de poule et ne parlait qu'entre eux. Puis ce fut au tour de l'équipage d'obtenir sa permission, et tous foulèrent le sol de Puerto Blanco en hommes libres. Le Grand Val appareillait d'ici une dizaine de jours, avec la marée. Andelzzer aussi était descendu à terre. Et tous s'écartaient sur son passage, sans un mot, en murmurant.

Franco mit pied à terre également. Il se tourna vers son compagnon et ami, Wallace, le mage gris. Il remarqua la main calleuse de Tomas, le père de Wallace, posée sur l'épaule de son fils. De ce que lui avait dit son comparse, Wallace était un mage parce que sa mère était mage. Son père, en revanche, n'était qu'un humble marin à bord du Grand Val de l'Elfe Noir. Son fils avait fait preuve d'une étonnante faculté envers la magie dès son plus jeune âge. Mais le père ne comprenait rien à cela. La magie, grise, bleue, rouge ou noire, le dépassait simplement. Lui était marin, et la seule chose qu'il arrivait à sentir était l'alizé qui l'amènerait au large. Il le sentait, comme on sent dans un bois les ailes sous les feuilles. Franco aimait bien le père de son ami Wallace, même si il jurait beaucoup. Déjà autour de lui, tous les marins riaient et se précipitaient voir les gigolas des docks de Puerto Blanco. Le père de Wallace gromela quelque chose au sujet de tout cet argent jeté à l'amour et qui se gagnait en risquant sa vie. Wallace proposa à son ami de se joindre à leur duo, ils allaient se remplir la panse avec un bon gueuleton du coin, mais Franco dû décliner leur offre. Il serra fort entre ses doigts moites la petite pièces de huit, légèrement émaillée, et qu'il avait durement gagné.

Il avait sa propre voie à suivre.

Franco Guadalmedina avait huit Tours. Il erra plusieurs minutes dans les docks et les rues de Puerto Blanco, évitant soigneusement de regarder dans les yeux les femmes qui exposaient -et soldaient, même!- leur poitrine. Non, lui il ne voulait pas de ça ! C'était des affaires d'adultes, sales et répugnantes. Franco savait où il allait et, même si il avait eu du mal à retrouver son chemin après tout ce temps, il lui sembla qu'il reconnaissait déjà le chemin à emprunter ! Il se mit à le grimper au pas de course !

- Hé !

On ne l'avait pas entendu. Il appela une seconde fois. Plus fort.

- Hé !

Enfin, la dizaine d'esclaves nus qui travaillaient dans le champ levèrent les yeux vers lui. Tout en leur montrant la fameuse pièce de huit émaillée, il demanda ce qu'il était advenu de la maisonnée qui se trouvait à la place de la plantation, quelques Tours avant.

Franco n'avait jamais aimé les esclaves de Puerto-Blanco. Ils puaient de la bouche, du corps et d'ailleurs. Ils transpiraient comme des bœufs. Mais surtout, ils avaient un dialecte spécial. On aurait dit, lorsqu'ils parlaient, qu'ils baragouinaient une langue étrange et connue d'eux seuls. Aussi dut-il leur demander une seconde fois de répéter leur réponse.

- La maison qui était ici, vous ne savez pas où elle est passée ? C'était celle de ma maman.

L'un des esclaves, pour toute réponse, lui administra une tape sur l'épaule en baragouinant quelque chose, et Franco tomba sur les fesses. Il se releva vite. L'esclave, à l'aide de grands gestes, fit comprendre au garçon qu'il n'était pas le bienvenue sur la plantation, et qu'il devait rebrousser chemin ! Mais Franco ne pouvait pas s'en aller. Il les questionna une troisième fois, et cette fois-ci, on lui lança des gros cailloux à la figure ! Le flot profond n'est cependant pas un chanteur de romance, et Franco, tout garçon qu'il était, savait déjà se défendre ! La bouche fraîche emplie de jurons, il insulta la bande d'esclaves qui ne voulait pas lui répondre. Grand mal lui en fit. Une meute de chiens jaillit de nulle part et bondit sur lui, prête à le déchiqueter comme s'il fut un gibier ! Franco laissa tomber les esclaves et la plantation et dû prendre les jambes à son cou pour sauver sa vie ! Mais les clébards avaient la course endurcie, et, les sentant sur ses talons, il vola presque jusqu'au centre ville de Puerto Blanco ! Empruntant des quartiers un peu au hasard, il s'engouffra dans une ruelle boueuse -merdeuse, même, et qui puait la pisse!- et glissa in extremis par-dessous une palissade de bois ! Ce fut bien sa veine que d'atterir là en plein jour de marché et, tandis qu'il venait tout juste de se relever, un coche tracté par deux chevaux bais massifs manqua de lui passer sur le corps ! Ce fut la hardiesse du cocher, tirant ferme sur les rennes et déchirant la bouche de ses bêtes, qui épargna la vie du jeune garçon !

Franco ne se préoccupait que de sa pièce de huit, qu'il avait perdu quelque part entre les lourds sabots ! Il la récupéra et la fourra dans sa poche. On entendit alors un cri de femme, et sortit du coche une femme richement vêtue ! Elle courut vers lui, se souciant peu des pans de sa robe que la boue tâchait ! Un collier de perle mettait en valeur sa gorge, qu'elle avait profonde et bien placée, et des boucles d'oreilles de nacre pendait à ses oreilles. Deux yeux bleus sous un chevelure brune nouée en chignon venait egayer le beau visage. Elle ne devait pas avoir plus de trente Tours.

- Par Atÿe ! cia la jolie jeune femme en prenant Franco dans ses bras. Tu n'as rien ?

Sa pièce de huit bossue allait bien, donc Franco n'avait rien. Il s'excusa néanmoins, plusieurs fois. Pour avoir glissé sous le coche. C'est seulement là qu'il remarqua la main douce qu'un homme à l'allure aristocratique venait de poser sur son épaule crottée.

- Fais attention à toi, mon jeune ami ! C'est là une plaisanterie que les chevaux n'apprécient pas trop !

Le pourpoint de fin camelot noir lacé d'argent, par-dessus la chemise blanche garnie aux poignets et au col de mousseline, impressiona le jeune Franco.

- Ne reste pas là, reprit d'une voix éternellement chaleureuse la jolie dame. Où allais-tu ?
- Je..Je cherchais quelqu'un, mademoiselle.

Un instant, les yeux de la dame se plissèrent affectueusement tandis que ses yeux à lui la regardaient.

- Je m'appelle madame de Fleurimont, se présenta-t-elle. Et voici mon époux, monsieur de Fleurimont.
- Madame ? Répéta Franco. Vous êtes bien trop belle pour être déjà une dame !

Les mots étaient sortis naturellement ! Consciente de gêner le passage des piétons et des chevaux, madame de Fleurimont lui sourit, puis proposa au jeune garçon de prendre place avec eux, à l'intérieur du coche. Ce qu'il fit.

- Tu fais parti de l'équipage du Grand Val, c'est cela ?
- Oui, c'est ça.
- Comment t'appelles-tu, mon garçon ?

Le parfum de madame de Fleurimont embaumait tout le coche, et Franco aimait bien ce parfum. Si féminin. Cela changeait de l'odeur de rat puant des hommes qui filait à travers la proue et la poupe du Grand Val !

- Franco, madame. Franco Guadalmedina. Je cherchais ma maman. Elle est ici, sur Puerto Blanco.
- Et ta maman, comment s'appelle-t-elle ? Demanda madame de Fleurimont en soutenant son menton de son index.
- Alcaza. Alcaza Guadalmedina !

Il était si fier de s'être souvenu du nom ! Des Tours entiers à se le remémorer chaque soir, afin de ne pas l'oublier ! Il l'avait sorti d'une traite ! Ce qui avait fait de nouveau sourire la jolie dame.

- Tu sais où elle habite ?

Franco fit la moue.

- Non. Sa maison s'est envolée.

L'image d'une maison volante dut tellement attendrir monsieur et madame de Fleurimont, qu'ils emmenèrent le jeune garçon jusque dans leur demeure. Très vite, Franco fut subjugué par tant de grandeur et de luxe ! Jusqu'au petit limier blanc, roux et noir, Pongo, qui faisait lieu de chien de compagnie à madame de Fleurimont !

- C'est normal que nous possédons un palace, lui expliquait la jolie femme. Monsieur de Fleurimont est le Gouverneur de l'île de Puerto-Blanco.
- Quand tu seras grand Franco, dit monsieur de Fleurimont, fais-toi construire une demeure dans les hauts de l'île. Tu y verras la mer sans être accablé par les chaleurs et la cannicule de Puerto Blanco. Tu y seras bien !

Franco doutait très sérieusement d'avoir un jour suffisament d'or afin de pouvoir se... ''faire construire'' -aussi simplement que ça !- une demeure sur Puerto Blanco ! Mais pour l'heure, il avait d'autres soucis qui le préoccupaient. Madame de Fleurimont l'invita à s'asseoir à table, on lui servit une panière de fruit avec des biscuits au citron.

- Ils viennent droits d'Oro ! avait-elle dit en souriant. Tu n'as que ces vieux vêtements avec toi ?

Franco se détailla de pied en cap. Quelle étrange question !

- Ben oui.
- Nous allons chercher pour toi où a bien pu s'en aller ta mère, Franco. Pour mon mari, gouverneur de l'île, cela devrait être faisable. Il va juste falloir que tu t'armes de patience, d'accord ?

Il avait acquiescé en enfournant un biscuit au citron. C'était bigrement bon ça, le citron !

- J'ai amené ça pour ma maman, avait-il dit en montrant à madame de Fleurimont sa fameuse pièce de huit amochée. Je sais que ça lui plaira. C'est une vraie ! Elle vient de Port-Argenterie !

Avant d'ajouter, fier :

- J'y suis déjà allé ! Je suis un pirate ! Et je sais que ma maman aime beaucoup l'or. Je l'ai volé là-bas, pour elle.
- Et bien, lui dit madame de Fleurimont, si tu promets d'être sage cette nuit et de ne rien voler, tu peux rester dormir ici. Nous rechercherons ta maman dès demain. Il se fait déjà tard.

Monsieur de Fleurimont lui avait apporté des vêtements propres, bien que légèrement grands pour lui, mais il ne s'en était pas plains ! On lui avait offert le confort d'un bain et d'une chambre. La chambre d'ami, avait dit madame de Fleurimont. Pongo, le chien, avait adopté Franco et s'était allongé au pied du lit. Mais les draps moelleux de la chambre d'ami de monsieur et madame de Fleurimont ne convenaient pas à Franco ! C'était très différent par rapoprt au Grand Val ! Ici, on n'entendait pas le roulis incessant des vagues contre le bois de la coque, et les balancements plus ou moins prononcés de la mer bercée par Ariel. Il n'arrivait pas à s'endormir, lui qu'on avait habitué au bois dur et humide du navire. Vers le milieu de la nuit, il emmena avec lui son oreiller et changea de place avec Pongo. Le chien prit le lit, et lui le sol. Il s'endormit sur l'instant comme une masse et dormit comme une buche.

La journée du lendemain fut l'une des plus agréables de sa jeune vie. Assis sur les genoux de madame de Fleurimont, elle lui enseigna les bases de l'alphabet et de la lecture, tandis que de son côté, le Gouverneur de Puerto-Blanco se renseignait sur la fameuse Alcaza Guadalmedina. Vint en fin de journée la nouvelle, cueillie au fond d'un registre datant du Tour passé : Guadalmedina avait simplement déménagé à Porto Santo.

Soulagé, Franco avait pris congé de ses hôtes. Il ne lui restait qu'à reprendre le bateau jusqu'à l'île voisine ! Rien de bien compliqué ! Madame de Fleurimont accrocha autour de son cou une ficelle avec laquelle elle avait accroché la fameuse pièce de huit ! Comme ça, Franco était sur de ne pas la perdre durant son épopée ! Monsieur de Fleurimont lui avait en toute bonté rédigé un billet sur lequel était inscrit le nom du prochain départ pour Porto Santo ! Ainsi qu'une lettre pour le Capitaine dudit navire, afin qu'il prenne avec lui le gamin. Dix pièces de bronze en poche, et le voila à bord du Sancta Clara, à destination de Porto Santo ! Il s'était rembarqué sans tambour ni trompettes ! Sans même une pensée pour son ami Wallace.

La traversée avait été rapide, sur une mer turquoise ! Moins d'une journée plus tard, Franco foulait aux pieds le sol de Porto Santo ! Il parvint à retrouver le chemin de la maison grace aux indications que lui fournirent -parfois en les monnayant !- les uns et les autres, pirates, pêcheurs des baies ou gueuses des quais ! Exténué mais rayonnant comme un roi, Franco avait trouvé la maison de sa maman ! S'assurant à travers sa chemise que la pièce de huit amochée était toujours là et tombait bien contre son cœur, il était entré sans frapper, en criant à son retour triomphal chez lui !

La pièce était plongée dans le noir, et seul l'éclat de la lune au-travers les persiennes d'acajou éclairait la maison. C'était, par ailleurs, une petite maisonnée plutôt confortable ! Au rez-de chaussée, la table avait été dressée pour deux personnes. Donc, Franco gravit deux à deux les marches d'escaliers le menant au premier étage où il entendait des bruits et, probablement, le ruissellement de l'amour maternel.

Ce qu'il vit tout d'abord, ce fut une masse informe de chairs et de poils entrelacés. Puis cette masse monstrueuse, grouillante, bougea et se divisa, et alors Franco vit qu'il s'agissait d'Alcaza Guadalmedina et d'un autre homme sur le lit. Alors qu'elle écarquillait les yeux en le voyant, des yeux très différents des siens, des yeux noirs, sans iris, il restait là sur le perron, serrant sa pièce de huit à travers son col, balbutiant ''je suis rentré..''. Alors Alcaza Guadalmedina cria. Mais ça n'était pas un cri de surprise. Efrayé sur le coup, Franco recula de quelques pas. Déjà, sa mère s'était saisie d'une bouteille de rhum posée sur le sol, à demi pleine, et qu'elle s'envoyait, l'air de rien. L'autre homme, celui qui était en train de la travailler quand il était entré dans la chambre, avait plus l'air d'un ours que d'un humain, tant il avait le corps recouvert de poils. Franco trouva tout ça anormal.

- Je suis rentré maman. C'est moi.
- Je vois bien que c'est toi ! avait crié Alcaza Guadalmedina. Qui d'autre, par l'enfer ? Qui d'autre ! Pourquoi ne pas être resté au bord de l'autre Elfe plutôt que revenir me casser les couilles ?
- Le..-il trouvait ses mots difficilement- Le Grand Val est revenu au mouillage. À Puerto Blanco.
- Rien que ça ! Puerto Blanco ! Andelzzer t'a ramené où il t'a pris, on dirait ! Le chien !

Elle s'était retourné vers l'ours, assis sur le lit, jambes écartées, et qui affichait au coin des lèvres un sourire mauvais. L'engin énorme qu'il avait entre les cuisses pointait droit, et Franco déplora qu'il y eut un autre dans la maison. C'était leur maison, à eux ! La sienne, avec sa mère ! Il n'avait pas le droit, cet enculé, d'être ici ! Pour baiser sa mère, en plus !
Il ne vit pas arriver la poigne de sa mère, qui l'aggripa par le col de la chemise et le secouait, comme une poupée de toile !

- Ah c'est bien ma veine, moi ! Me faire engrosser d'un merdeux par le premier fils de pute venu ! Et il a fallu qu'Andelzzer te ramène à moi ! Comme si je n'avais pas eu assez de mal à me débarrasser d'une aussi mauvaise graine !

Franco était devenu de marbre, aussi dur que la pierre ; il lui semblait que les mots ne l'atteignait plus. En arrière plan, le rire gras du soudard. Elle avait beau le secouer, la mulâtresse, il s'en foutait et ne l'écoutait plus qu'à demi.

- Et une mauvaise graine qui s'accroche à la vie, avec ça ! Par Ariel, pourquoi ça me tombe dessus à moi ? Quoi, on voudrait en plus de ça que, touchée par un coup du sort, je m'abaisse à élever ce pisseux qui me suivra au giron toute ma chienne de vie ! Mais mon pauvre enfant, depuis tout petit tu étais là et tu voulais y rester ! Avant même que tu naisses tu faisais de moi une malheureuse en me taxant du fric lorsque j'essayai de me débarrasser de toi !

Elle l'avait lâché et il était tombé dans les escaliers.

- Et voilà le résultat ! Toujours là, le gamin ! À me regarder avec ses yeux de merlan frit ! J'ai encore été trop bonne, de vouloir en faire un marin et de lui avoir donné un nom ! Alors écoute-moi bien Franco, parce que maman ne te le répetera pas ! Je veux que tu te tires ! Va-t-en ! Et si tu reviens merdeux, si tu reviens, je jure devant Ariel que je te BUTE ! JE TE BUTE, TU AS COMPRIS ? VA-T-EN ! VA-T-EN !

Franco avait regagné Puerto Blanco, sans le sou, dix jours plus tard. Aucun brick ne faisait de trajet direct, et il avait dû faire un changement à Sancta Sara. Il avait loupé le départ du Grand Val. Il avait tout perdu. Seule sa pièce de huit, unique témoin de l'intense tragédie qui s'était jouée sous ses yeux, butait encore doucement sur sa poitrine lorsqu'il avançait.


~



Pour nourrir, il avait été contraint de faire comme à Port-Argenterie où, sitôt arrivé, il s'était fait voler sa bourse. Il devait voler à son tour. Au milieu de tous les hommes contentes de vivre, buvant, riant, au milieu des commerçants qui exposaient leurs marchandises, victuailles, artisanat ou humains, Franco errait comme une ombre. Et lorsqu'il avait jugé le moment opportun afin de dérober une poigne bien pleine de noix, la garde de Puerto Blanco lui était tombée dessus ! Il avait beau se débattre, il n'était qu'un enfant encadré de quatre solides mains qui le tenaient au collet !

- Et estime-toi heureux, merdeux, qu'on ne soit pas dans les Sultanats ! Là-bas on t'aurait tranché net la main!

Il s'était retrouvé en prison. Franco y était resté plusieurs jours, recroquevillé dans une cellule moisie sentant la pisse, le vomi et la merde. Il aurait été incapable de dire ce qui l'attendait à ce moment précis de son existence.

Un ange.

Comme il était de coûtume à Puerto Blanco, lorsque la prison de l'île devait se vider, monsieur le Gouverneur laissait entrer un marchand d'esclave qui se chargeait de régler l'amende des détenus qui l'intérressait. Des détenus qui seraient, bien évidemment, rapidement exposés sur le marché local. Ce jour-là, tandis qu'on explorait les celllules et qu'on enlevait à tour de bras tel ou tel prisonnier pour le ferrer, madame de Fleurimont qui inspectait la transaction reconnut Franco ! Et lorsque l'immense ours velu qui faisait l'esclavagiste avait prétendu :

- J'achète celui-là aussi, en parlant de Franco.

La femme du gouverneur de l'île avait racheté sa part. Le môme n'était pas à vendre. Madame de Fleurimont avait offert au garçon sa liberté.

- Je te croyais à Porto Santo, Franco. Ta mère n'y était pas ?
- Elle est morte.

Il avait répondu à madame de Fleurimont en un souffle glacial, sans baisser les yeux, sous le regard inquisiteur de la pièce de huit émaillée sous sa chemise.
Ce soir-là, le cœur empli de bonté de cette mère sans enfant avait pris sous son aile le garçon. Quelques semaines plus tard, monsieur de Fleurimont et son épouse le présentaient à l'orphelinat d'Armand Bay, qui venait de voir le jour sur l'île. L'établissement indirectement dirigé par madame de Fleurimont comptait une vingtaine de garçons et de filles, âgés de cinq à douze Tours, et l'on y enseignait la lecture et l'écriture. La lecture et l'écriture, pour Franco Guadalmedina, c'était l'école. Et l'école, c'était non plus la possibilité, mais l'assurance d'être un jour un grand capitaine de navire ! Il ne revit plus Wallace durant trois Tours puis, ce délai passé, se mit à rêver de la mer, et reprit le large ! Le cap était sur Argenterie, la cité pirate !

À dix-huit Tours, il avait parcouru presque toutes les mers de Ryscior. Il connaissait par cœur chaque cap, chaque baie, chaque alizé et chaque estuaire de la Passe. Il avait appris à se défier des Ravageurs des Mers. Il avait mouillé presque dans chacun des grands royaume de Ryscior.  Il avait vu Kelvin tout comme il avait vu les pyramides de Tahar. Il avait navigué sous les ordres du Capitaine Roc ! De Bartoloméus ! De Jonathan l'Oréen ! Il avait rencontré Valentino Tarenzione ! Il avait chassé le bœuf dans le nord, sur la petite île de Borto-Pelo, puis était parti chasser l'Impérial sur l'Océan des Elfes Noirs ! Et maintenant qu'il était -à dix-huit Tours seulement !- Capitaine de l'Alvaro de la Marca, les bouches coquines jasaient sur les quais de Port-Argenterie ! Avec sa crinière brune foisonnant sur l'encolure, sa cape flottant au vent et ses yeux gris acier que relevait un regard charbonneux, on disait que Guadalmedina était le plus beau garçon de la cité pirate ! Après Tarenzione. Franco, désormais flanqué de son fidèle Wallace, était de ceux qui faisaient des cocus à la dizaine dès qu'il s'arrêtait quelque part. Ce ne fut que sept Tours plus tard que Franco Guadalmedina remit un pied sur Puerto Blanco, son île natale.

Il avait retrouvé madame de Fleurimont, la bonne madame de Fleurimont, et la trouva vieillie, mais toujours aussi belle ! Certaines beautés, songeait Franco, demeuraient impérissables. Alors que monsieur de Fleurimont était en déplacement et qu'ils dînaient chez elle tous les deux, il avait noué autour de son cou la fameuse pièce de huit émaillée, abîmée, qu'il lui avait présenté dix Tours auparavant. Puis il avait déposé un baiser brûlant d'amour et de luxure au creux de sa nuque, un baiser qui avait ravivé d'un coup tous ses sens ! La première fois qu'il l'avait prise, c'était sur la grande table du salon. Ils avaient fait ça deux fois, dans la même soirée. La seconde, c'était dans le lit conjugal.

- Je pensais que tu avais choisis Port-Argenterie, plutôt que Puerto Blanco...sussurait-elle à son oreille alors qu'il baisait sa poitrine.
- Mon cœur est à Puerto.. Mais j'aime Port-Argenterie. Si il faut avoir une patrie, pourquoi pas deux ?

Plus tard, ils s'étaient ouverts l'un à l'autre. Il lui avait raconté la vérité de ses retrouvailles sur Porto Santo, dix Tours en arrière. Sans doute avait-il besoin, même après tout ce temps, d'en parler à quelqu'un afin de faire définitivement le deuil de sa mère. Elle, lui avait avoué l'impuissance de monsieur le Gouverneur. Elle était stérile et le déplorait car elle rêvait d'être mère. L'orphelinat avait d'ailleurs fermé ses portes.

- J'ai laissé partir un enfant, murmurait madame de Fleurimont beauté superbe en étalant ses douces caresses sur la joue de son amant, et je retrouve aujourd'hui un homme.


~



Franco laissait glisser entre ses doigts la pièces de huit émaillée -la fameuse- qui se trouvait dans le coffre à bijoux de madame de Fleurimont ! Elle, les bras en arrière pressés derrière sa tête, reprenait son souffle, nue sur le lit. Cela faisait plusieurs Tours que le mari et l'épouse faisaient chambre à part, et Guadalmedina ne s'en plaignait pas. Dos à elle, assis à son bureau, il fouillait distraitement parmi ses perles, ses anneaux d'oreilles, ses colliers, ses bagues et ses voiles. Des voiles qui portaient toujours le même parfum, même après trente-cinq Tours. Comment était-ce possible ?
Trente-cinq Tours, cela changeait un homme. Il n'était pas amoureux de madame de Fleurimont. L'avait-il un jour été ? C'est possible. Quoi qu'il en soit, Guadalmedina restait attaché à cette mère de substitution. Mais ces derniers Tours, il avait l'impression de ne plus parvenir à l'atteindre. Ou plutôt, il avait l'impression de ne plus parvenir à l'atteindre autrement qu'en la mettant profond pour la faire jouir. Fut un temps, ils parlaient beaucoup, tous les deux.

Il laissa retomber au milieu des froufrous et des breoques la fameuse pièce de huit, conservée tous ces Tours, en un ''tiing'' sonore. Il se servit un verre de rhum qu'il porta à ses lèvres, s'observant au travers le miroir qui se trouvait face au lit.

- Valentino Tarenzione, dit-il. Rien que ça. Le vieux est devenu sénile. Faut l'abattre.
- Tais-toi, le réprimanda-t-elle.
- Le seul Gouverneur sur lequel je ne pourrai pas avoir d'emprise...
- Je sais que tu voulais la place, avança madame de Fleurimont en se redressant sur le lit et en passant une robe de chambre. Mais tu ne ferais que t'enfoncer.

Elle posa une main sur son épaule. Il était nu.

- Tu as changé, Franco. Les Tours t'ont endurci. Et ce Nouveau Monde. J'ai peur pour toi. Tu vois dans le meurtre une addiction virtuelle qui te maintient.

Il la dégagea, avec violence.

- Je ne voulais pas être gouverneur de Puerto Blanco ! Mais j'aurai voulu avoir la mainmise sur lui ! Et ton enculé de poëte vient de faire tomber à l'eau tous mes projets ! Qu'Ariel le mette bien profond dans son giron !
- Ca n'est pas lui qui ait suggéré Valentino Tarenzione, le défendit-elle. Valentino était mon idée.
- Je savais que regarder son prochain se quereller et s'étriper à toujours été une vieille coutume sur Puerto Blanco ! J'ignorai juste que tu t'essaierais à ce jeu-là avec moi !
- Mais enfin ! Qu'est-ce qui te dérange ? Tu ne voulais pas gouverner, tu l'as dis toi-même ! En quoi t'importe ce nouveau Gouverneur ?
- Ce qui m'importe, c'est que Tarenzione était invité ce soir !

Un silence fila entre eux-deux, dru. Franco lâcha, glacial :

- Vous ne comptiez pas m'en parler. Ni l'un, ni l'autre.
- Franco... Tu vois dans la richesse une chose qui se transporte et qui doit etre arrachée à l'ennemi.
- En quoi suis-je différent de Tarenzione ! Mis à part que je n'ai pas mille Tours !
- Je m'inquiète pour toi, ne le vois-tu pas ? s'emporta madame de Fleurimont ! Enfin, combien as-tu d'ennemis sur cette terre et sur ces mers ? Un vampire te court après, Franco !

Et elle pleurait presque, en tortillant entre ses doigts noueux les pans de sa robe !

- Ram et l'Empire d'Ambre ne laisseront pas tes agissements impunis très longtemps ! Le Nouveau Monde a envers toi une dette de sang ! Les Îles de Jade ont envoyé tous les mercenaires de l'ouest à tes trousses ! Tu as choisis la piraterie mais tu sais très bien qu'en un tel métier, se voir passer la corde au cou est une affection contagieuse ! Tes propres Seigneurs n'hésiteront pas à te poignarder dans le dos pour t'offrir à Kaer, sitôt que tes entreprises ne rapporteront plus assez ! Tu sais que je tiens à toi, et tu vis dangeureusement ! Je m'inquiète pour ta vie, Franco.
- Je suis le Roi Pirate, lui fit-il pour toute réponse.
- Tu crois que cela te met à l'abri d'un vampire ? De Ram ? Que tes gens mourront pour un roi qu'ils n'ont jamais vu, qui ignore leur nom et qui, s'il les croise dans un quelconque cabinet, ne leur adresserait même pas la parole ?

Il la prit dans ses bras. Elle pleurait tout-à-fait, à présent.

- Je n'ai pas le choix car je suis allé bien trop loin pour reculer, maintenant.
- Tu ne veux pas reculer, n'est-ce pas ? Pleura silencieusement la vieille femme tout contre la manche de Franco.
- Je ne reculerai pas.
- Tu sais, on s'étreint plus fort lorsque on se sent suspendu sur un abîme..

Les trombes, les ressacs et les courants de l'amour le prirent à la gorge. Madame de Fleurimont continuait.

- Accepte mon aide, renonce au contrôle des terres. Laisse le à Valentino Tarenzione. Tu es un marin, Franco. Ton royaume doit être sur les mers et sur les mers seulement. Ou tout ce en quoi tu crois se retournera contre toi.

Il choisit de la croire. Plein d'un soudain élan de tendresse, il la baisa sur les lèvres.

~



Calcite Yorel n'avait pas fait d'apparition depuis la dernière fois qu'il l'avait retournée au creux des vagues. La tête ailleurs, Guadalmedina avait fait rénover la petite chapelle qui abritait l'autel destiné à la Reine des mers, sur le port. Le chantier avait duré quelques jours, et Ariel disposait à présent d'un autel tout à fait convenable. Pas un temple, mais une chapelle. C'était déjà ça. Il avait voulu aller prier, lui qui se languissait déjà de la haute mer et de la Passe, mais n'avait pas réussit à trouver le temps. Il espérait que la grande Garce des profondeurs serait compréhensive lorsque viendrait pour lui le moment d'armer en course son Alvaro de la Marca. Alvaro de la Marca qu'il avait d'ailleurs fait étroitement surveillé, tant que Valentino Tarenzione était sur Puerto Blanco. Même si l'Élu de Nerel et lui-même n'avaient jusqu'à présent eut aucun sujet de mésentente, il se méfiait toujours du roi des voleurs. On n'était à l'abri de rien, avec Valentino. Franco pouvait très bien se réveiller un beau jour pour trouver à la place de l'Alvaro un magnifique vide béant ! Il remit également à un valet un courrier, qu'il destinait à La Verte, dans les Îles de Jade. Puis il songea à une distraction supplémentaire à Puerto Blanco, entre deux courses, et on inaugura une corrida. Franco fondait grand'espoir en ce sport nouvellement élu sport national, le premier tour fut un succès, et déjà toute l'île attendait la seconde démonstration de force avec impatience ! En tant qu'ancien boucanier, Guadalmedina se dit qu'il piquerait volontiers la bête lui-même, ce qui le détendrait un peu ! Un moyen comme un autre, la mise à mort, de satisfaire son ennui grandissant et l'appel de la Passe ! Cela forgeait également les populations, un peu de sang n'avait jamais fait de mal à personne.

Trois jours après ce fameux dîner chez monsieur et madame de Fleurimont, Guadalmedina prit contact, par le biais de l'un de ses esclaves, avec celui qui était, disont-on, meilleur escrimeur de Puerto-Blanco ! Un certain Eskam, chef de la garde chez monsieur le Gouverneur. Un type rude à l'air de butor, que Franco avait croisé quelquefois au cours de sa vie, sans toutefois s'y s'attarder.

- Un PO par leçon, disait l'offre du Roi Pirate à Eskam. Vous venez directement à la résidence du Maître. Cela vous intéresse ? »

Dans un même temps, le Loup de la Passe passait commande d'acier des Marches afin d'aller plus puissant au combat. Ainsi que d'ivoire et d'argent.

Avec l'ivoire, il se fit confectionner le plus beau pistolet de Blue Lagoon, tout encerclé d'entrelacs en relief manuellement dorés à l'or fin. Avec l'argent, une rapière de douze pouces. Il ne croyait pas vraiment à une vengeance du vampire Kafkon Samuel. Mais si tel était un jour le cas, alors il ne tiendrait pas le rôle du pauvre vaincu dont s'empare le monstre.
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Abad El Shrata du Khamsin
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MessageSujet: Re: Shiver my timbers [PV Franco]   Sam 19 Aoû 2017 - 22:51

Armando:
 

Armando était assis à son bureau lorsqu’on lui apporta une lettre. Après qu’il l’eut invité à entrer, le sbire posa le document sur le bureau poussiéreux et s’en alla.
Armando la regarda un instant cette lettre, le dos bien enfoncé contre le dossier de son fauteuil capitonné.  Il n’allait pas l’ouvrir tout de suite, ce n’était pas un homme pressé. Il ouvrit le tiroir et sortit sa pipe d’ivoire qu’il alimenta avec le tabac posé sur le table. Il alluma le tout et tira une longue bouffée puis ouvrit la lettre.
Pas de réunion cette semaine. Difficile de quitter mon poste. Chargé d’apprendre l’escrime à notre Roi Pirate.
Armando rebuta un rire alors qu’il inhalait une bouffée et faillit s’étouffer. Il éventa le devant de sa figure en toussant pendant quelques secondes puis reprit sa lecture :
Valentino Tarenzione est sur Puerto Blanco. Monsieur le Gouverneur veut le nommer son hériter.
Armando fronça les sourcils.
Ne me répondez pas, je suis surveillé.
E.


Armando tourna la lettre, rien n’était écrit sur son dos. Il la reposa doucement tout en tirant une autre bouffée de sa pipe.
Tarenzione à Puerto Blanco, que vient faire cet oiseau de parade dans ce trou à rat ? C’était plus grave que ce qu’il pensait.
Il se caressa la barbe. Il ne se l’était fait pousser que très récemment et il trouvait que cela lui allait plutôt bien : cela cachait un peu les rides qui marquaient ses joues et les commissures de ses lèvres. Mais au fond cette lubie n'avait été que le fruit de l'ennui qu'il ressentait sur ce rafiot et ne savait plus comment combler. Même ses deux prostituées attitrées l’ennuyaient. 
Cela lui ferait du bien de voir un peu le monde extérieur. Il regarda sa montre à gousset : sept heures du matin.
Sa décision fut prise en un quart de seconde et il se leva de sa chaise d'un bond. Il entra dans sa chambre sans calculer Arisha et Malina qui dormaient nues sur le dos, leurs seins pointant vers le plafond et se dirigea vers son armoire. Il mit plusieurs minutes à choisir un costume adéquat. Il opta pour un costume trois pièces à carreaux gris en crèpe de laine dont il avait fait l'acquisition lors d'un raid sur navire marchand des Sultanats ... Non, de l'Empire d'Ambre ? Il ne s'en souvenait plus, après tout c'était il y a plus de vingt ans. Pourtant il se souvenait pourtant bien de la tête de celui qu'il le portait lorsqu'il avait ordonne qu'on le pousse sur la planche, l'ayant préalablement soulager de son costume ; ça marque ses choses là. Armando n'avait pas tué beaucoup d'hommes dans sa vie, et se souvenait des visages de chacun de ceux qu'il avait passé au fil de sa lame en combat singulier ou fait exécuter selon les lois de son navire ; peu de pirates pouvaient en dire de même.
Il savait qu’il aurait chaud dans cet attirail mais cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas quitté son bateau et eut la joie de bien s’habiller qu’il en accepta le prix.

Il amarra sa barque un peu à l’écart la où le port s’effilochait en de petits pontons de bois où ceux qui n’avait pas le pécule d’amarrer leur embarcation les accrochaient là. C’était aussi le repaire des contrebandiers mais cela c’était une autre histoire.
Armando ajusta son chapeau melon sur son front et se dirigea vers le port, le vrai. Sur le chemin il passa près de plusieurs pirates saoul, comatant sur le sol après une nuit de beuverie. Tous étaient des hommes de Franco comme en témoignait la tête de loup brodée sur leurs vestes. Armando aperçut flotter un corps dans l’eau, apparemment celui d’une prostituée, c’était monnaie courante de nos jours.
Ce quartier était pourtant si calme à l’époque.
 
 
Ce fut entre au milieu des étalages qu’il le vit. Armando savait qu’il le trouverait là, Valentino avait toujours aimé flâner sur le port le matin, observer les hommes qui s’affairent, contempler les arrivages et parfois dérober quelques bourses :
« Faire vous-même votre marché, pour un homme de votre stature, c'est peu commun. Seriez-vous devenu un homme du peuple Valentino Torrenzione ? "
Valentino leva la tête, il était en train de caresser du doigt un cageot de cabosse. Sans doute étais-ce la première fois qu’il voyait du chocolat à son état originel. Il le dévisagea un instant puis un éclat traversa sa pupille et l’instant d’après les deux hommes s’enlaçaient d’une franche accolade.
« C'est bon de vous revoir. A vrai dire je visite, dit Valentino lorsqu’ils eurent fini leurs étreintes.
« Vous n'avez pas pris une ride. Moi par contre cela doit-être autre chose, je suis même étonné que vous m'ayez reconnu.
« Je suis physionomiste.
« Ne restons pas là mon ami. Que diriez-vous de rattraper le temps perdu autour d’un bon repas ? Il s’avère que je n’ai pas pris mon petit déjeuner et mon ventre crie famine. 
« Alors nous somme deux, répondit Valentino en souriant.
Valentino se dirigea instinctivement vers le Saint-Domingue.
« Je connais une autre auberge, si cela ne vous dérange pas. Les vieux messieurs ont leurs habitudes après tout, lança Armando qui connaissait le Saint-Domingue comme le quartier général de Franco.
« C’est vous le patron. »
*
« Alors que prendrons ces mess ... mais qui vois là, Armando ? Pourquoi te caches-tu vieux béta tu ne dis pas bonjour à Géraldine ta serveuse préférée.
Il n’y avait personne ce matin à la Hulotte Cajaque, Armando et Valentino avaient pris place au fond du magasin, à côté des barils de rhum.
- Géraldine, je te présente Valentino Torenzione.
Elle déglutit
« Le ... le Valentino Torenzione ? »
« Lui-même. Mais ne vous dérangez donc pas pour moi, dit Valentino arborant son sourire charmeur qui n’avait pas changé.
« Milles excuses, Mon Seigneur, si j’avais su je me serais apprêtée, dit-elle en ajustant son chignon. Que voudrez-vous manger ce matin ? Pancake à la banane et poisson frit ou fromage de chèvre au miel avec des toasts et confiture de fraises ?
« Le pancake pour moi.
« Comme il voudra. Quelque chose à boire pour accompagner ? Nous avons du rhum ou du vin. C’est que nos caves sont un peu maigres ces temps-ci, ce n'est pas le Saint-Domingue ici, ajouta-t-elle sur un ton de reproche.
« Du vin pour moi, merci.
Et elle partit sans même prendre la commande d’Armando.
« Ce n’est pas grave je lui dirai ce que je veux à son retour. » Il sortit sa pipe de son veston et la bourra de tabac. L’allumette fit un crac sonore et un instant plus tard le tabac flamboyait dans le foyer. Un petit nuage de fumée enveloppa les deux hommes.
- J’ai beau me creuser la tête, je suis incapable de me rappeler quand était la dernière fois que nous nous sommes croisés mon cher Valentino. Ma mémoire me fait défaut. Peut-être un brin trop d’absinthe durant ma jeunesse.
Il sourit, si bien que ses yeux se plissèrent.
Valentino leva les yeux au ciel, réfléchissant à la question :
- Cela doit faire dix Tours à présent.
- Vous résidiez encore au conseil des pirates de Port Argenterie dans ce cas.
- C’est exact.
- Ah la bonne époque. »
A nouveau il inspira une grande bouffée, ses lèvres habilement pincées sur le bec de la pipe. C’était son ancien second qui lui avait appris à fumer comme ça : de cette manière la fumée ne vient pas directement toucher la langue en vous donnant un gout amer dans la bouche et vous colorant les dents en jaune. Armando tenait à ses dents.
« Maintenant que vous les dîtes, ajouta Armando, je me rappelle. Oui je me rappelle bien, vous étiez venu faire une visite d’état. Voir la « deuxième cité pirate de Ryscior », dit-il en étouffant un rire.
Puis il regarda Valentino droit dans les yeux :
« C’est bizarre, Port Argenterie tombée et vous voilà ici. Vous qui êtes venu ici une fois en un millénaire, deux fois dans la même dizaine cela prête à réfléchir non ?
- J’observe et je constate, répondit-il du tac au tac.
- L’ampleur des dégâts ?
- Vous exagérez. »
Armando eut un rictus. Il tira une longue bouffée sur sa pipe, le tabac crépita.
La serveuse amena le cidre et le plat.
« Géraldine tu me mettras la même chose s'il te plaît ? Avec du vin. »
Quand elle s'aperçut qu'elle avait oublié sa commande elle ouvrit la bouche mais Armando coupa court d'un signe de la main. Elle se dirigea vers la cuisine.

 « C’est pour bientôt la nouvelle Port-Argenterie ? lachat-il enfin.
- Cela ne saurait tarder.
- Pourquoi ? Armando frappa du point sur la table.
 
 
- Car c'est une bonne chose pour la piraterie d'avoir une capitale, un havre de paix.
- La piraterie est avant tout nomade, dit-il en buvant une gorgée de vin. Sauf qu’en se concentrant dans une capitale on devient plus vulnérable, une attaque de Ram -qui se développe d’ailleurs à vitesse grand V- et on est réduit à zéro. Vous êtes en train de reproduire le même schéma qu’à Port Argenterie.
- Nous ne fûmes pas toujours tous nomades. Il fut un temps où un pirate était sûr de trouver un port dans le monde où il ne risquait pas d'être pendu pour ses crimes. Que ce port reparaisse est une excellente chose. En se rassemblant on devient plus fort, on amassa plus et on se développe tout autant. Franco est conscient de cela mais il veut aller trop vite. Il faut une dizaine d’année pour instaurer un régime stable. Voilà la raison de ma venue, je suis là pour le conseiller sur la bonne voie.
Au son de Franco Armando cracha par terre.
- Franco. A ce qu’il parait il est né ici ? Moi je ne le connais pas. Personne ne le connaît et voilà qu'il s'auto proclame Roi Pirate. Qu’il soit roi sur son rafiot ça c’est son problème mais personne ne me commandera et encore moins sur Terre. Par Nerel où est passé la piraterie libre ? "
- Veillez à ne pas jurer Nerel devant moi, Capitaine Vasquirel.
Armando se tut.
Au même moment, Géraldine revint avec le plat. Quand elle fut repartie, Armando reprit :
« Pourquoi pensez-vous qu’il n’y ait que du vin ou du rhum dans cette auberge ?
Valentino se tut, lui lançant un regard qu’il l’empressait de continuer.
« Franco a imposé un impôt sur toutes les denrées provenant de ses raids et comme il a la main mise sur toutes nos mers, il a complètement gelé le marché. Maintenant c'est se joindre à lui ou crever la dalle. "
- Il impose son autorité en quelques sortes.  
- Sauf que cela gronde parmi les insoumis.
« Si Franco a pu s'établir, c'est qu'il a des soutiens. Pourrais-tu garantir qu'ils seront dans votre camp ?
« Franco a deux aristocrates dans sa poche. Nous avons le peuple.
« C'est vite dit ça. Je n'ai pas vu beaucoup d'agitation en sa présence, l'autre soir.
« Il faut voir plus loin que ça. Croyez-vous que cela plaise aux habitants la hausse des meurtres sur notre île ? Les rues impraticables la nuit, les prostituées retrouvées mortes sur les quais ? Il souffle un vent de révolte chez la population, il suffit de tendre l'oreille pour l'entendre. Nous, et vous m'en serez témoins, on savait se tenir de notre temps. Les Dandy’s Pïrates en étaient un bon exemple, paix à leurs âmes "
Valentino compte sur ses doigts sous le regard perplexe d’Armando.
 « Je t'interromps parce que j'essaye de comparer le nombre de fois où un tel discours a été prononcé sans que rien ne se passe par rapport au nombre de fois où la population s'est effectivement révoltée. Donne-moi quelque chose de tangible, mon ami. Je n'ai pour l'instant que ta bonne parole.
" Je ne pense pas que vous aimeriez voir la chose tangible, lança Armando en lui lançant un regard qui en disant long. Je fais-moi même tout mon possible pour pouvoir la retarder, si vous voyez ce que je veux dire. "
Un groupe de paysans passa à leur côté.
" Excellent ce riz, n'est-ce pas ? feint Armando qui ne voulait pas être entendu.
« Viens-en au fait. Que veux-tu de moi ? chuchota Valentino en se penchant sur la table, un brin d'agacement pointant dans sa voix.
Il me tutoie maintenant ? Très bien.
« Je voudrais que tu parles à ce Franco. Qu'il commence par calmer ses hommes, bordel, lança-t-il comme si c’était une évidence.
- Ça, c'est possible à faire. Mais est-ce que ça suffirait, si la révolte venait vraiment ?
- Cela commencerait par calmer les petits gens. Quand aux pirates libres ils veulent lever l’embargo que fait subir Franco aux eaux du Sud.
Sauf que les ‘’loups de mers’’ qui refusaient de s’allier à Franco s’approchaient plus du cabot que de la bête féroce et prenaient leurs retraites sur les eaux turquoise de Grande Lagoon après avoir déterré un ou deux coffres mis de côté pendant les années d’or, aussi ils n’étaient qu’une très faible menace pour les hommes du Loup de la Passe mais cela Armando omit de le dire.
Il marqua une pause.
" Mais moi ce que je ne veux surtout pas c'est voir notre si belle ile réduite à la guerre civile à cause d'un gosse à l'égo surdimensionné."
- Là je te l'interdis. Franco est un homme bien plus intelligent qu'il n'y parait. Il n'y connait juste rien en fondation de cité. Coup de chance, je connais un peu mieux la politique que oui. Je peux l'aider.
« Tu peux même le commander ... »
Amrando laisse peser sa réplique, donnant à Valentino le temps de répondre.
- C'est possible, mais ce n'est pas mon objectif, dit-il finalement.
- Pourtant commander est bien le devoir d'un gouverneur à ce que je sache ? lança Armando en levant un sourcil, le coude appuyé sur la table, sa cueillère a la main.
- Que veux-tu dire ?
- La rumeur court mon cher ami, et elle voudrait que ce soit toi que Le Gouverneur ait choisi pour le succéder et quelque chose me dit qu'il n'en a plus pour longtemps, dit-il avant de se remettre à manger.
Valentino semblait pris de court.
- C'est un choix dur à faire. J'ai aussi mes propres projets à prendre en compte. Mais si c'est mon devoir... , murmura-t-il pour lui.
- Accepte. Cela serait une bonne chose pour notre île et calmerait un peu les ardeurs de notre Louveteau. "
- C'est sur... Ecoute, je me donne la nuit pour y réfléchir. Je dois en parler à Anabelle. C'est ma femme, elle a son mot à dire dans cette affaire.
- C'est que vois-tu, il serait préférable que tu attendes que le Gouverneur te propose officiellement le poste avant d'en parler autour de toi.
- Anabelle peut garder sa bouche cousue. Je lui fais confiance pour ça. Je dois y aller. Merci pour cet entrevue, dit-il en se levant doucement et le saluant de son chapeau.
Il lança une pièce d’or sur la table et sortit de l’auberge.
Il n’avait pas touché à son plat.
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Shiver my timbers [PV Franco]
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