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 [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.

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Commodore Theoden
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MessageSujet: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Sam 18 Juil 2015 - 14:48

Comme toujours, le petit Artwork du plaisir:
 


Les Îles de Jade s'éloignaient à présent depuis plusieurs heures. Le vent, toujours bon pour le navire d'Ariel soufflait avec une force et une régularité remarquable. Le soleil se couchait, à présent, et une quiétude apaisante envahit lentement le Seigneur Emeraude. Les marins avaient finit par se taire, pour la plupart à la manoeuvre et même les mouettes avaient finit par s'incliner devant la grâce du couché de soleil qui se dessinait lentement à l'horizon. Là bas, par dessus les volutes des nuages que l'heure rendait ténébreux était venues s'étendre les dernières lueurs du jours comme prises par une formidable fatigue.
Sur les eaux calmes il sembla que leurs reflets ambrés prenaient à nouveau vie et venaient caresser la coque usée du Seigneur à la façon d'une mère consolant son enfant après une longue course.
La nuit suivit bientôt le meurtre de la lumière. Et là où se tenait douze heures plus tôt le soleil monta la lune. Bientôt, le navire de Théoden avança en eaux plates et seul se mouvait autours du bâtiment une fine couche de brume qui semblait ramper sur l'onde comme autant de serpents argentés.
Le vent finit tantôt par tomber et avec lui les voiles du Seigneur. D'une voix calme, Théoden lança donc à ses marins de quart de ramener la voilure. L'on noua fermement chaque pièce à une vergue et en une demie heure de temps tout le vaisseau fut immobilisé sur les eaux, en panne. Les ancres furent jetées afin d'éviter que le vaisseau ne dérive. Les deux amarres de fonte plongèrent avec lourdeurs dans les eaux, fendant la brume et la quiétude de l'onde comme une ultime injure à la beauté du moment. Après quelques moments d'un vacarme infernal, les chaînes et les cordages achevèrent de courir contre la coque, signe que les ancres avaient touchées le fond. Le Capitaine ordonna que l'on barre d'une pièce d'acier les deux cabestans commandant à la remontée et au lâchage des ancres de sorte que la longueur de chaines séparant le navire de ses amarres ne fluctue plus.
Ces ultimes mesures prises, le Capitaine se défit de son tricorne et décida de quitter la hauteur de la dunette pour s'enfoncer dans les ponts inférieurs du navire où résidait son équipage. Là, il trouva ses hommes en plein repas, assis autours des canons ou entre les caisses de vivre. Théoden, qui n'avait pas encore mangé, salua donc ses gars les uns après les autres sur son passage d'une poignée de main ou d'une accolade et s'en alla prendre une écuelle de bouillie de céréale aux cantines.
Après quoi, il se trouva une place parmi ses hommes et décida d'aller profiter d'une partie de la nuit parmi eux, avec la bonhomie et la simplicité de n'importe quel homme du bord. C'était une de ces soirées que Théoden choisissait pour aller nouer d'avantage avec ses hommes et partager la précarité de leurs conditions de vie. "C'est la moindre des choses." avait-il coutume de dire, à chaque fois...
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Noire
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Mer 22 Juil 2015 - 22:34

« Allez les gars, larguez les amarres ! »

Elle perçut très clairement le son autant caractéristique qu'il était singulier, des chaînes soutenant les deux lourdes ancres propriétées du Seigneur Emeraude. Ces chaînes ci produisaient une sonorité à la fois agréable et désagréable à l'oreille, et différente de toutes celles qu'elle avait pu entendre lorsqu'elle se trouvait à bord d'autre vaisseaux d'infortunes, tels le Grand Val ou, bien sûr, le Galion Déité de Korlanos. En guise de Korlanos, là c'était un Théoden qui avait la barre pour lui. Ce gars là l'intriguait plus qu'il ne l'aurait dû, Phadransie en était consciente. Elle savait qu'elle le haïssait, elle savait qu'elle avait de bonnes raisons de le haïr, mais elle savait aussi qu'elle avait de bonnes raisons de l'apprécier, mais ne parvenait pas à l'apprécier. Ou peut être était-ce l'inverse ? Peut être qu'il l'intriguait tant parce qu'elle l'appréciait alors qu'elle n'avait aucune raison de l'apprécier, et n'arrivait pas à la haïr autant qu'elle le devrait. A moins que ça soit encore autre chose. Peut être qu'elle avait toutes les raisons du monde de l'apprécier, mais qu'elle le haïssait et donc s'en voulait de le haïr. Et le haïssait d'autant plus qu'il l'amenait à se remettre en question, voire s'abhorrer elle même.

Phadransie cracha sur le faux pont du Seigneur Emeraude, malgré tout le respect qu'elle éprouvait pour ce navire. Une vague de remord plongea et fondit sur elle, et elle l'essuya d'un coup de manche en maugréant avant de se relever. Marre de ruminer. Il faisait enfin nuit, il était grand temps pour La Noire de prendre son tour de garde.

Pour le principe, elle tira un coup sur la bouteille de rhum qui ne la lâchait jamais d'une botte et la rangea de nouveau dans sa chemise, puis se saisit à bout de bras d'une petite lanterne dont la flamme timide dansait de manière presque aguichante à l'abri des parois transparentes. Elle croisa un autre de ces putains d'elfes. Phadransie réussit à manœuvrer un rapide écart afin de ne pas avoir à le froler. Oh, un petit écart, et de quelques centimètres seulement, mais trop brutal pour ne pas être remarqué par ledit marin. Néanmoins, aucun mot ne fut prononcé, et les deux personnages continuèrent leur chemin.

Si Brecianne avait été là pour guider le Seigneur, y aurait-il eu en ce moment tout plein d'elfes à bord ?

Elle avait tellement envie de casser les dents du Capitaine pour ça. Certes, les elfes blancs étaient disciplinés, énergiques et efficaces durant les manœuvres. Mais ils restaient des putains de siresse d'elfes, et noirs, blancs, bleus ou verts, elle ne souffrait de faire aucune différence. Elle ne les aimait pas, et, sans le leur faire volontairement sentir, ne s'emmerdait pas non pour leur faire croire le contraire. D'ailleurs il avait suffi d'un regard entre elle et l'autre princesse blanche de merde, l'autre soir, pour que la fisure déjà ouverte entre leurs deux races devienne un fossé. Théoden était un idiot pour ne pas voir le vide insondable qui grondait sous ses bottes dès qu'il tentait de faire un pas de plus en direction de ses petits amis les elfes.

Phadransie monta sur le pont, et prit le temps de sentir sur sa nuque et son visage le vent du large. Putain qu'elle était bien ici. Ce navire avait tout pour lui plaire, vraiment. Elle arrangea minutieusement son tricorne, s'assura par mesure de sécurité qu'un sabre était bien passé à son côté, de même que Lame D'Or, qui coulissait de façon acceptable dans son fourreau, au niveau de son ventre, et entreprit avec le plus grand sérieux du monde de procéder à la tâche que Théoden lui avait conféré en la sortant de ses geôles. Peu importe sur quel navire elle marchait, et quel Capitaine elle servait, Phadransie La Noire avait toujours accompli avec grand sérieux le travail qui lui était confié à bord.


~


« Hé toi !

Phadransie grinça des dents. Ce fils de pute ne l'avait pas entendu -ou faiait semblant de ne pas l'avoir entendue-. C'était vrai qu'il était dos à elle, assis sur une caisse de bois, et visiblement en pleine discussion, mais cela ne l'excusait en rien ! Phadransie accéléra le pas afin d'arriver à sa hauteur.

-Ho, t'es sourd ou quoi idiot ? Tu fous quoi avec cette épée au côté ? Les simples marins comme toi n'ont pas le droit de porter une arme, ordre du Capitaine Théo...

Elle ne finit pas sa phrase et leva un sourcil, plus amusée que confuse.

-C'est vous, Capitaine ?

Putain mais qu'est-ce qu'il foutait là ce con ? Et vêtu ainsi en plus ? Il n'avait même pas son tricorne sur la tête.

-Je ne vous avais pas reconnu. Je veux dire, sans le manteau et...et le tricorne, quoi. »

Elle n'avait pas envie de lui parler plus longtemps, ni à lui ni à Phadria Red et les autres marins qui semblaient le trouver assez intéressant au point de piailler autour de lui comme une nuée de mouettes, heureuses d'être enfin écoutées. Phadransie dépassa tout ce beau monde. Le silence s'était fait à son approche. Un bien mystérieux type ce Théoden. Elle s'éloignait de plus en plus vite. Comme ça si jamais il l'interpellait, elle pourrait toujours jouer la carte du ''j'ai pas entendu, Capitaine.'' Un classique. Néanmoins, classique ou non, elle savait très bien que cet homme là ne se serait pas laissé berner. Elle croisa Gibbs. Là aussi, un  petit écart pour ne pas le toucher ou devoir maugréer un « excusez moi ». Ils se frôlèrent presque. Elle sentit le vieil homme tressaillir à son contact, et les poils de ses bras se hérisser légèrement, malgré lui. Elle sourit.

« Une belle nuit que nous avons là, Maître Gibbs. N'est-ce pas ? »

Il ne lui répondit pas, ou alors si mais elle ne prit pas la peine de tendre l'oreille. Phadransie souffla la lumière de la lanterne. Son quart était terminé, et il était temps pour elle de retourner aux ténèbres. Elle songea qu'elle n'avait pas mangé et décida, plutôt que de devoir faire un demi tour et repasser devant Gibbs et Théoden, que la compagnie d'une bouteille de rhum serait une meilleure augure. Elle s'installa dans un recoin du Seigneur Émeraude qu'elle avait adopté depuis plusieurs jours déjà et trinqua.

« A Théoden, héhé.

Elle but une large goulée et s'avachit, croisant les bras derrière la tête et ferma les yeux une demi seconde.

-Inutile de faire le timide Capitaine, je sais que vous êtes là. Je ne suis pas discourtoise au point de refuser le partage d'une bonne bouteille avec vous.

Le Capitaine s'avança un demi sourire aux lèvres. Un putain de sourire qui allait vachement bien sur sa gueule, en fait. Phadransie reprit.

-La prochaine fois, portez quand même le Tricorne. On sait jamais.
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Commodore Theoden
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Dim 6 Mar 2016 - 14:44

Le noir de la cale. Théoden le connaissait bien. Tout jeune déjà il se plaisait à se cacher en ces salles immergées, parmi les caisses empilées et les colonnes entières de tonnelets. Mousse, puis matelot, il ne cessa jamais de se retrancher ici lorsque les sanctions de son tuteur se faisaient trop dures ! Ou lorsque une jeune noble sur la traversé succombait à ses charmes... audacieux. Charmes qui lui valurent en son temps quelques bonnes séries de coups de fouets d'ailleurs ! Mais il en aurait fallut le double pour réfréner la fougue de ses jeunes années.
Alors, lorsqu'à la faveur de la nuit et de l'ivresse générale de son équipage Théoden se glissa d'escaliers en escaliers jusqu'à fond cale, un sentiment de confort invraisemblable l'envahit. Il lui sembla que du Seigneur, il avait marché jusque dans les entrailles de son cher Wicked Wench. L'écho d'un rire, au détour d'une coursive. Deux silhouettes qui s'enlacent à la lumière d'une chandelle, sur les volutes épaisses d'une voile de rechange. Les griffures de mains de femmes sur le bois tendre d'une cloison. Un sourire fendit le visage de Théoden, alors qu'il reportait son attention vers la lueur ambrée qui dansait au plus profond de ses cales.
Elle était là, Phadransie. Et d'ailleurs, comme il avançait, il reconnu l'audace impudente de sa voix.

«-A Théoden, héhé."

Théoden la vit s'avachir à son approche, portant à ses lèvres une bouteille ayant vraisemblablement échappée aux réserves de bord.

"-Inutile de faire le timide Capitaine, je sais que vous êtes là. Je ne suis pas discourtoise au point de refuser le partage d'une bonne bouteille avec vous.
La prochaine fois, portez quand même le Tricorne. On sait jamais."

"-Je peux te poser une question, Phadransie ?" fait le Capitaine en se hissant à sa porté, baissant la tête pour s'éviter une rencontre aussi peu courtoise qu'élégante avec une poutrelle soutenant l'entre-pont.

Théoden préféra ignorer une à une chacune de ces insultes qui auraient normalement valu à la Noire un séjour aux fers de plusieurs semaines. Elle n'était certainement pas n'importe quel marin de son bord. Et le Code Naval de Kelvin ne l'aiderait pas pour traiter avec celle qui -avait-on dit- aurait vendue l'Elue de la Déesse des Océans à un bien triste sort. Alors, en lieu et place de recourir à la moindre forme de sanction directe, ou à une rigueur on ne peut plus dépassée sur un navire libre de toute juridiction Continentale, Théoden s'arma de sa seule répartie pour désarmer la revêche Phadransie. Et, éventuellement, tâcher de s'en faire une alliée.

A sa question, elle tourna un instant la tête vers lui. Mais la contemplation du vide du plancher rappela vite la pupille de son œil noir.

"- Dites toujours.

-Tu dois trouver le nouveau Seigneur affreux après avoir vogué à bord de celui de Brecianne, hm ?"

- Pourquoi un homme comme vous s'intéresserait a mon avis sur ce sujet ? Le Seigneur reste le Seigneur." lâche-t-elle, sans offrir un second regard au Capitaine.

"-Un homme comme moi, Phadransie ?" il s'adossa à une poutre verticale, croisant les bras. A la lumière de sa lanterne, les deux yeux du Capitaine semblaient briller comme autant de petites étoiles. Des étoiles de malice, de ruse.

"- Ne faites pas semblant d'ignorer que tout le monde a bord vous appelle "Elu"

-Et en quoi le fait d'être désigné comme Elu indiquerait que je me fiche de l'avis de mes marins ?"

Phadransie sembla prise de courte par la réplique, hésitant à répondre. Lorsqu'elle bu une gorgée de son rhum, l'air de rien, Théoden devina qu'il avait fait mouche. Et un sourire de contentement étira un instant ses lèvres.
Perdait-elle déjà contenance ?

"- Que voulez-vous savoir exactement.. Venez-en au fait, inutile de prendre des pincettes avec moi Capitaine !"

Elle perdait déjà contenance.
Théoden flatta un instant sa moustache, usant de ses deux mains pour en faire rouler les deux pointes et en faire de légères boucles. Ses yeux plissés lui lancèrent un air joueur.

"-Je crois Phadransie avoir été.. clair, hm ? Tu as bien un avis, je me trompe ?

- Les nouvelles modifications apportées au bâtiment lui seront utiles."

Et alors qu'elle se taisait, un rictus d'amusement éclaira le visage de Théoden.

"-Ca par exemple !"

Il se redressa, décroisant les bras.

"-Je me serais attendu à plus de loquacité de la part de Phadransie la Noire !"

Phadransie, tournant cette fois pleinement la tête vers Théoden se leva. Elle s'offrit une autre gorgée de rhum et avança vers lui, lentement et de façon très calme. Noire s'accouda à la poutrelle, a quelque centimètres de lui et lui tendit la bouteille, qu'elle plaqua contre sa poitrine tout en lachant :

"- Mais. Comme je l'ai dis tout à l'heure. Le Seigneur, reste le Seigneur."

Théoden déposa la lanterne, se penchant sur elle. Il se pencha si près qu'il distingua chacune des nuances de sa prunelle. Là, et là seulement il s'empara de la bouteille.

"-Alors pourquoi te murer à fond'cale ainsi, hm ?"

Et d'une levée de coude vive, il s'expédia une bonne lampée de rhum derrière les dents. Lorsqu'il lui rendit sa bouteille, avec la même fermeté qu'elle avait employée pour lui offrir, il lui souffla dans un sourire, au creux de l'oreille.

"-Mon navire gagnerait à te voir arpenter son pont au clair de lune. Je n'en doute pas, Noire."

Phadransie le repoussa un peu, ce qui ne fit qu'aggrandir le sourire de Théoden. Elle se servit de son crochet qu'elle brandit entre eux deux pour le forcer à tenir des distances.

"-Deux mots. Les blancs.

-Que voilà une décevante réponse Phadransie."

Il haussa les épaules.

"-Tu es pourtant leur égale sur ce vaisseau. Et je te ferais remarquer que leurs quartiers sont dans cette même cale où tu te terres à chaque instant que tu ne passes pas à la manœuvre !

-Est-ce une manière subtile de me faire comprendre que je fais mal mon travail sur ce vaisseau ?"

A ces mots, Théoden rit. Qu'elle était courte d'esprit, parfois !

"-Bien sûr que non, Phadransie ! Je suis moins subtile dans mes reproches que dans mes discussions.

- Alors n'en attendez pas moins de moi, la subtilité c'est pas le fort de La Noire, il se dit. Pourquoi elle vous a choisit vous ?

"-Hmm... tu ne dois donc jamais avoir entendu mon nom, Noire.

-Preuve si elle en est que vous ne devez pas etre tant réputé que ça." Fit-elle en souriant légèrement, un brin de provocation dans la voix et l'œil pétillant d'une certaine malice mêlée à du défi. Mais malgré l'affront, Théoden ne pu que rire à nouveau. A défaut d'être un modèle d'intellect et de civilité, Phadransie avait au moins le mérite d'être distrayante.

"-Tu serais surprise, Phadransie, si tu savais.."

Il haussa les épaules, songeant à la renommée que lui avait valu son coup d'éclat à la Gardienne ou à Kelvin. Ou encore dans les Îles de Jade.

"-Pour te répondre, fait il avec innocence, tu connais notre Déesse. Toujours imprévisible ! Et elle semble aimer choisir son héraut parmi les inconnus sans talents.."

Sa dernière phrase s'épuise dans un souffle, comme une confidence. Après quoi le Capitaine se redresse et empoigne sa lanterne.

"-Bonne nuit, Phadransie. Je gage que demain, nous voguerons droit vers l'enfer."

Phadransie hesita un moment dans son dos. Puis, elle se releva d'un bond et le rattrapa en plusieurs enjambées. Une fois à sa hauteur, elle lança.

"-Je n'ai jamais connu un Capitaine qui aille se mettre au lit aussi tot !"

Par dessus son épaule, Théoden lui jeta un regard amusé. Il avait anticipé qu'elle le suivrait ainsi. Peut-être avait-ce été son but ? En tout cas il souriait, satisfait par son effet.

"-Qu'est-ce qui te dit que je m'en vais dormir, Phadransie ?

-L'intuition.

Elle le suit un moment à travers les deux ponts inférieurs du Seigneur Emeraude puis demande, avec une certaine curiosité.

"- Et vous nous préparez quoi demain exactement ?"

Alors, Théoden qui avait déjà posé le pieds sur la première marche de l'escalier menant à l'extérieur se retourna vers elle. Sa main, tenant haut sa lanterne vint l'accrocher à un crochet au plafond.

"-As-tu déjà entendu parler d'un 100 canons nommé le Gerfault, Phadransie ?"
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Noire
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Jeu 31 Mar 2016 - 16:07

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Baudelaire



Phadransie La Noire ne fut pas à la prise d'une quelconque ivresse qu'elle balança par-dessus bord la bouteille de rhum qui ne l'avait point quittée de la journée, sans pour autant en avoir reçu beaucoup de bien. Elle soupira et s'accouda quelques instants au bastingage, contemplant l'immensité des eaux ainsi que l'astre solaire qui s’appretait à disparaître au loin, comme de l'or fondant au creuset de ses lèvres azurées. A quelques pas d'elle, sur le pont, deux Elfes Blancs discutaient entre eux. Phadransie, et elle n'aurait su l'expliquer, sentait leur présence. Elle n'avait point besoin de les voir pour savoir qu'ils étaient là. Elle n'avait point besoin de leur parler pour connaître le son de leur voix. Pas besoin, non plus, de les tuer pour savoir que ce serait là assurément un instant plaisant. Elle l'avait déjà fais par le passé.

Blanc. Noir. Il n'y avait aucune différence pour la protagoniste qu'elle se vantait d'être.

La Noire scrutait l'horizon tout en songeant à un vieux proverbe, quelque chose que disait souvent Korlanos, quand elle était dans sa cabine avec lui et qu'il maugréait dans sa barbe.

"Plus la fortune nous est contraire, plus elle se plaît à l'être. La Garce est une femme difficile à satisfaire."

Phadransie rabattit son tricorne sur ses yeux et se détourna du paysage. Putain de Garce... La Reine était bien plus que "difficile". Un mot comme "impitoyable" ou encore "cruelle" et "sans pitié" lui convenait mieux. Mais Phadransie était une adoratrice de la Reine des Mers, la Grande Reine des océans, et bien mal lui en prenait que de critiquer sa Souveraine. Elle l'avait condamnée à servir à bord du Seigneur, c'était vrai. Mais alors qu'elle avait cru que le Capitaine Théoden la ferait pendre sans tarder, la nuit dernière l'avait convaincue d'une toute-autre chose.

Brecianne...Korlanos...Théoden. Elle esquissa un sourire. Elle aimait ce navire plus que tout, et se surprenait à apprécier son Capitaine. Comme condamnation, il y avait pire, en fin de compte.

Sauf que là, elle commençait vraiment à se faire chier.

La Noire avait guetté toute la journée les mouvements du Capitaine, autant que les mille Brecianne dansant dans son esprit le lui avaient permis, mais ce dernier n'était sorti de sa Cabine qu'une fois, le temps du déjeuner. Le bon état du vaisseau ainsi que l'aspect paisible de la traversée ne devait pas lui donner beaucoup de peine, et donc, selon la logique de Phadransie La Noire, il ne devrait plus tarder à immerger de ses appartements.

Elle entendit de là où elle était la porte grincer légèrement sur ses gonds. On y est. La Noire se saisit d'une lanterne qu'elle alluma à l'aide de son briquet et se dirigea sur l'homme qu'elle s’apprêtait à cueillir...peine perdue ! Une certaine femme vêtue de rouge l'avait précédée, et déjà abordait Théoden de l'air le plus naturel qui soit, la bouche rieuse et les yeux pétillants. La Noire préféré rester dans l'ombre, attendant que Red ait finit son numéro.

Mais elle changea rapidement d'avis. C'était elle, Phadransie La Noire, l'Officier de bord, et non cette traînée ! Un sourire mauvais étira ses lèvres comme elle s'immisçait entre Théoden et Phadria. Cette dernière s'était penchée un peu sur l'homme, sans pour autant le regarder lorsqu'elle lui parlait. Phadransie crut comprendre qu'ils parlaient des Îles de Jade. Elle leva sa lanterne, près, si près du visage de Phadria que le feu l'éblouit.

« Les matelots n'ont rien à faire sur le Gaillard, tonna-t-elle avec froideur. Reprends ton poste, Madame Red.

Cette dernière ne donna pas la réplique, la présence de Noire faisant sur elle toujours une forte impression. Elle salua le Capitaine rapidement. Mièvrement. Phadransie ne la lâcha du regard que lorsqu'elle fut loin d'eux-deux. Elle posa alors sa lanterne près de la porte de la coupée du Seigneur, sur un crochet prévu à cet effet. Connaissant l'espièglerie dissimulée du Capitaine Théoden pour lui avoir parlé la nuit dernière, elle ne lui laissa pas le temps d'attaquer, et lui fit comprendre au timbre de sa voix plusieurs faits : qu'elle n'était point animée d'hostilité à son égard, qu'elle n'était point ivre, et surtout, qu'elle ne le laisserait pas remporter ce second défi oral, cette fois.

- Elle vous plait, cette garce ? -elle désignait du pouce la direction prise par Red tandis que le Capitaine lui souriait.

Phadransie réajusta son cache-œil tout en contemplant son crochet dansant à quelques centimètres de la poitrine de son interlocuteur, sans pour autant le menacer :

- Vous aviez promis de l'action aujourd'hui, et j'espère qu'elle ne tardera pas à arriver. C'était vraiment une journée chiante !

Sans pour autant l'avoir voulu, elle se surprit à lui rendre son sourire. Un jour, avec de la chance, elle croiserait le fer avec ce type-là. Alors elle pourrait le battre sur un autre terrain que celui de la palabre.
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Lun 18 Avr 2016 - 0:32

Le soir vint. Et avec lui, une ombre qui recouvrit avec lenteur le ciel et chassa peu à peu le soleil. Ce fut là, alors que les vents s'étaient fait doux et que les vagues s'étaient apaisées que la Seigneur Emeraude rencontra finalement sa cible.
Sur l'horizon s'était lentement fait un point. Un point qui, en grossissant, s'était doté de mâts, de voiles grandes et blanches et d'une coque avec un nombre effrayant de ponts. Bien sûr, personne ne s'attendait à une telle rencontre ! Alors beaucoup d'hommes se reposaient, sous le couvert des ponts inférieurs. Mais quand un fusilier vint chercher Théoden dans sa cabine pour lui annoncer qu'un vaisseau arborant le Joly Roger se trouvait en vue, celui-ci accueillit la nouvelle avec un sourire.

"-Enfin, le voilà !"

Et en se levant, pour s'armer, le Capitaine fit face à l'incompréhension de son marin.

"-Capitaine ?

-Faites battre les tambours Maître Harper. Nous allons nous battre !"


~o~


Rapidement, tout le navire se mit en branle. Et comme Théoden sortait sur le pont, il eu la satisfaction de voir ses fusiliers en uniformes, courant par files de cinq le long des passavants jusqu'à leurs postes de tirs. D'autres encore, munis de caisses clairs battaient un rythme rapide, quasi frénétique pour entraîner les hommes dans leurs efforts. Et vinrent les flûtes, et les étendards. L'on hissa haut les couleurs d'un simple navire marchand. Et Théoden se jucha un moment à côté de la grande roue pour motiver ses hommes. Il fit doubler la voile et préparer l'artillerie, tant que le Seigneur n'était pas à portée de voix.

Ce fut dans ce contexte là que vint à se réveiller Phadransie. Elle dormait, elle ne dormait pas... peu importait au Lieutenant qui vint la secouer. Car l'on avait besoin de tout le monde ! Et les quartiers maîtres devaient aider à distribuer armes, munitions et courage.
Alors Noire fila droit vers le pont, et la lumière ocre de ce début de soirée. Elle eu tôt fait de réajuster Lame d'Or dans son fourreau et de piocher dans une des réserves de l'entre-pont un sabre d'abordage de bonne facture.

Quand elle eût atteint le pont central, Phadransie pu apercevoir Théoden sur le gaillard d'avant, doté d'une longue vue. Et de lui allaient et venaient des marins avec divers rapports ou en quête d'ordre. Sous son épais manteau bleuté, on pouvait distinguer la forme sévère d'un fourreau, et la garde dorée de son terrible sabre qui ne manquerait pas de servir sous peu.
Elle s'approcha, avec un calme déterminé et jeta un coup d'oeil vers ce qui ressemblait à un Man-o-war pirate.

"- Alors on y est ?"

Et Théoden, en abaissant un moment sa longue vue fit une moue perplexe. Songeuse.

"-Le Gerfault."

Il la regarda un instant avant de jeter un nouveau coup d'œil dans son instrument.

"-Qu'en dis-tu, Phadransie ?

-Que ca va merdailler un maximum.

-Je t'avais promit de l'action, hm ?

-Ho, ça n'est pas pour me déplaire, fit-elle en se tournant à demi vers lui. Je commençais à m'ennuyer ferme."

A ces mots, Théoden replia d'un coup sec sa longue vue et la confia à un Lieutenant avant de faire volte face. Et d'un pas décidé, il fit route le long du passavant surplombant la batterie principale vers la dunette. "Suis-moi." avait-il soufflé à Phadransie, qui lui emboita aussitôt le pas. Et Théoden adressa à un jeune mousse chargé de boute-feu pour les canons du pont central une accolade bienveillante avant de poursuivre.

"-Tu dois savoir que nous n'attaquons pas ce vaisseau par hasard, n'est-ce-pas ?

-Je me doute que peu de choses sont laissées au hasard, oui.

-Le Capitaine de ce navire s'appelle Frédéric de Ghäl. Il est celui qui m'a dérobée ma place au Conseil de la Confrérie à Port-Argenterie."

A ces mots, Phadransie sembla se liquéfier un instant. Et comme elle arrêta sa course, bouche bée, elle pu prendre un moment pour digérer cette révélation si soudaine. Mais Théoden ne s'était pas arrêté, alors elle dû trottiner pour le rattraper.

"- Vous étiez membre de la Confrérie ? Vous ? Un Seigneur des pirate ?"

Un instant, le Capitaine s'arrêta, à son tour. Et il sourit, avant de lui lancer un regard amusé.

"-Et l'un des meilleurs !"

Sur ses talons, alors qu'il enjambait les marches qui le séparait de la barre, Théoden entendit un rire franc, hélas bien trop vite étouffé. Et Phadransie se fendit d'un "Comme quoi !" avant de le rejoindre.

Debout à côté de la double roue de la barre, le Capitaine vérifia le cap du navire à l'aide de son compas. Il semblait préoccupé. Ou pas, à vrai dire. Il affichait juste un air féroce. Un air presque enjoué ! Partir en guerre contre un vaisseau de cette taille n'avait plus rien d'effrayant pour lui. D'autant qu'un plan venait de voir le jour dans son esprit ! Et il aurait une revanche bien méritée.
Alors quand Noire se présenta devant lui, Théoden la pointa du doigt pour capter son attention.

"-Ecoutes-moi bien. La dernière fois que j'ai croisé la route de ce vaurien, il lui aura fallu quatre autre vaisseaux pour m'envoyer contre les rochers. Là, il est seul et ne s'attend pas à me voir à la barre du Seigneur."

Il sourit.

"-Et j'ai un plan pour m'en débarrasser."

Alors Phadransie dû encore le suivre, alors qu'il traversait en largeur la poupe de son navire, en observant le pont en contrebas.

"-Qu'Est-ce que vous voulez que je fasse ?"

Alors Théoden se retourna vers elle, avec un air malicieux et posa une main vigoureuse sur son épaule.

"-Je veux que tu sois la Capitaine du Seigneur Emeraude."
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Ven 22 Avr 2016 - 20:43


Théoden nageait. Au dessus de lui résonnait la voix de Phadransie, qui tenait son rôle. Et qui le tenait diablement bien ! Dans l'obscurité ambiante, il n'y eut personne pour remarquer le Capitaine du Seigneur Emeraude se glisser dans l'eau par une écoutille de mesure sous les bouteilles du navire.
En haut se trouvait Phadransie, donc, redevenue la Noire le temps d'un forfait, d'une duperie, d'une entourloupe. Elle faisait face à Frédéric de Ghäl, le Capitaine du Gerfault qui avait par le passé trahit Théoden et envoyé son vaisseau s'abimer sur la côte. Tous deux discutaient, alors. Car l'on avait amenés bords à bords les deux bâtiments pirates et les deux commandants se faisaient face, à peine séparés par un demi jet de pierre d'eau.
Cela commença bien sûr par un échange bref de politesse. Un de ceux dont les pirates avaient le secret. L'on parla de Port-Argenterie, et l'on maudit tour à tour les Elfes Noirs qui avaient détruit leur fief et la Couronne de Ram qui avait ordonné l'occupation de leurs terres. Puis vinrent les affaires. Il était de notoriété commune, à l'Ouest, que le Capitaine de Ghäl était un fervent adepte de l'esclavage. Et si lui était particulièrement avide, Phadransie su se montrer au moins assez bonne négociatrice pour retenir toute son attention jusqu'à ce que Théoden ait pu nager jusqu'au bord opposé du Gerfault et entamé son ascension le long de sa vertigineuse muraille.
Sur le pont du Man-o-War, la majeure partie de l'équipage s'était regroupé afin de voir à quoi ressemblait celle qui, dit-on, avait su tuer Brecianne Léocadas et prendre possession de son bâtiment. Les Elfes, à bord du navire de la Reine des Eaux avaient bien sûr été soigneusement tenus hors du projet de Théoden. De sa vendetta personnelle. Alors on les tint dans leurs quartiers le temps des pourparlers.
Et finalement, il s'avèra que Phadransie n'était pas si bonne négociatrice. Que sa rhétorique était lacunière. Et Frédéric s'impatienta, menaçant de s'emparer du navire pour son propre compte. Alors le Capitaine Théoden dû presser son ascension, tenant en bandoulière le fourreau de son sabre. Un instant, il entendit au dessus de lui le raclement de lames contre des ceinturons. Par dizaines. Il devint certain que l'assaut serait proche. Et pour éviter de laisser son navire se faire pulvériser par une bordée à bout portant, Théoden se précipita.
Il déboula sur les arrières du Capitaine de Ghäl, et tira avec lenteur son sabre. Comme l'attention était rivée sur le Seigneur Emeraude, sur le point de subir une attaque, on ne fit pas attention à l'homme qui, couvert d'eau fraîche se glissa dans le dos du Commandant. D'un coup de pied soudain, dans l'arrière de son genoux droit, Théoden fit plier Frédéric brusquement devant lui. Et il se saisit promptement de ses cheveux gras de sa main gauche, sans ménagement.
Le bougre ne vit pas l'atrocité de sa mort arriver. Théoden, au sabre maudit par Astalil tint fermement sa tête et plongea d'un coup violent la pointe de son arme dans la tempe de sa victime. Si fort et si vite que l'on entendit dans le même craquement sinistre les deux parois de son crâne céder, se morceler et se déverser en un bouillon sanglant sur les planches serrées du pont.
Quand le corps du Capitaine de Ghäl vint à rouler tout entier sur le sol, Théoden leva les yeux vers l'équipage stupéfait du Gerfault. Equipage qui, poussé par l'énergie de la rancune se tourna vers le meurtrier qui venait tout juste de rengainer. Mais alors qu'il allait se faire assaillir par une foule d'hommes furieux, le Capitaine lança à Phadransie son ordre et fit volte face pour s'élancer dans le vide. Et d'un geste souple, il s'empara de sa main gauche et trancha d'un coup sec un cordage qu'il saisit dans la foulée. Ce faisant, quand il vint à passer par dessus le bastingage, sa chute fut arrêtée. Et il se trouva pendu à la vergue inférieur où était carguée la brigantine. Vergue qui, entraînée par le poids et l'élan de Théoden pivota sur son mât, de bâbord à tribord, ce qui fit l'effet d'une gigantesque balançoire.
Et un instant, avant que ses bottes ne touchent de nouveau le pont du Seigneur Emeraude, le Capitaine vit la totalité des pièces bâbord de son vaisseau faire feu. Et à travers les sabords, que Théoden avait voulu plus fins et que l'on avait gardé clos pour ne laisser craindre aucune attaque, trente-sept bouche à feu déversèrent à bout portant une violente volée de plomb et de mitrailles, joins à des copeaux de bois par miliers et d'ardentes flammes. Le pont du Gerfault fut dans l'instant couvert d'une épaisse fumée. Et comme le mât principal menaçait de s'affaisser sur bâbord, tout le bâtiment se mettait à pencher dangereusement.
Théoden roula sur le pont de son navire, derrière la misaine, juste à temps pour voir Phadransie abandonner la barre à un matelot et se lancer à l'assaut sur une passerelle de bois jetée au dessus des eaux.
Et comme elle était parmi les premières à fouler le plancher maudit du Gerfault, elle pu voir non sans un certain plaisir les ravages de la seule bordée que le Seigneur venait de cracher.
Par terre, tout n'était que tripailles, sangs et cadavres gémissants. Il ne se trouva qu'une vingtaine de retardataires, remontant de l'entrepont pour faire face aux fusiliers organisés et bien entraînés de Théoden. Eux, d'ailleurs, ne tardèrent pas à se mettre en batterie en travers du large pont. Et par rangées de trois, ils firent claquer leurs mousquets directement sur les grands escaliers montant des niveaux inférieurs. Tant et si bien que, sans perdre un seul homme, Théoden parvint à faire fléchir un monstre de bois et de métal.

Il s'avéra bien vite, lorsque Phadransie descendit vérifier la cargaison du bâtiment que le Gerfaultn'avait guère plus d'une trentaine d'esclaves fatigués encore dans ses cales. En revanche, de l'or et des bijoux, il n'en manquait pas. De quoi offrir encore de vaillantes excursions à l'équipage, bien largement !

Une fois revêtu de son manteau et de son uniforme, Théoden rejoignit ses combattants sur le pont de sa nouvelle prise. Et sous des applaudissements et des hourra, le Capitaine adressa poignées de mains et accolades à quelques marins. Et alors que l'on faisait monter les esclaves sur son navire, il eut le plaisir de voir que l'on suspendait à la grande vergue le corps inerte du chef de ces pirates.

"-Tu vois, Phadransie, fit-il, il y a eu de l'action."

Il sourit un instant à la jeune femme, sachant pertinemment qu'elle n'avait pas beaucoup eut l'occasion de faire danser son sabre. A chaque jour son nouveau tour, avec lui ! Et il sembla prendre un certain plaisir à contempler l'air renfrognée de la pirate.
Puis passèrent les marins chargés de leur nouveau butin. Et ses yeux brillèrent d'une certaine avidité.

"-Nous ferons de grandes choses avec tout cela. assura-t-il. J'espères que tu auras assez de ton seul yeux pour en contempler la totalité !"

Après quoi, il lui adressa une accolade, fit volte face et s'en retourna dans les quartiers de son ancien bras droit pour en examiner le contenu...
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Mar 26 Avr 2016 - 16:42

Ton affliction a pris la couleur d'un ciel en feu
Ta peine, tes plaies
Je me fissure, gisement d'ardoises d'apparat bleues
Mimesis de tortures, il pleut
Dans la mature, sur les étais



Dès lors que les soldats du Capitaine Théoden commencèrent à aborder le Gerfault, qui de son côté pliait la nuque sous les abois des prodigieuses bouches de feu du Seigneur Émeraude, l'histoire avait trouvé son dénouement.
Après avoir mené habilement son entreprise, le successeur de Brecianne Léocadas venait d'offrir à La Noire une opportunité bienhabile et qu'elle languissait depuis des lunes maintenant !

Du sang.

En fin de compte, elle estimait Théoden à la hauteur du Seigneur. Du Seigneur de Brecianne. Peut-être.

Phadransie frappa l'un des pirates de la pointe de son sabre, qui vint s'insinuer une voie au milieu de son abdomen avant de percer la colonne vertébrale et jaillir au milieu de ses reins en un craquement sinistre, héraut des ossements défoncés et déboîtés. La Noire n'en eut cure, et c'est avec toute la force de son bras contenue jusque dans son épaule, qu'elle retira la lame laissant le cadavre, plus qu'un pantin bouillonant et désarticulé, tomber à ses pieds. La mâchoire s'éclata contre le pont du Gerfault et le son des dents brisées nettes fut une douce mélodie à ses oreilles. Déjà, elle para deux coups qui venaient dans son dos ! A son plus grand bonheur, ses deux nouveaux adversaires ne semblaient pas être des néophytes ! Virel voulut que ceux qui se faisaient reconnaître comme étant les Lieutenants et Premier Lieutenant du Gerfault sachent pas trop mal s'illustrer une lame en bout de main ! Phadransie se servit de son crochet afin de parer une seconde fois, le troisième coup, main gauche de l'un des deux pirates, qui menaçait de lui ôter la vie ! Elle les repoussa tous deux grâce à la résistance de ses muscles et celle contenue dans ses bras ! Ils reculèrent si bien que La Noire eut même le loisir d'abandonner son sabre d'abordage et de se saisir de Lame D'Or, fidèle alliée pendante à son fourreau, au niveau de son abdomen, et d'en lécher la partie tranchante. Avec un peu trop de conviction, peut-être, car elle sentit bien vite le goût de son propre sang envahir sa bouche et flotter sous son palais.

Ca n'eut pour effet que d'exacerber sa rage et sa soif de meurtre !

Elle s'élança sur ses adversaires à l'instant où eux-deux tombaient sur elle ! Les cinq lames s'entrechoquèrent provoquant un fouillis de tintements cadencés et récursifs tous aussi violents les uns que les autres, mais qui ne devaient point s'éterniser ! Déjà, Phadransie avait creusé avec force une faille profonde d'au moins cinq centimètres en travers de la carcasse du Lieutenant du Gerfault, partant de sa hanche et remontant en ligne quasi-droite jusqu'à son épaule opposée ! La Noire jubila comme il reculait, titubant, et vit tout noir sans comprendre ce qui lui arrivait à la seconde où elle emportait grâce en soit rendu à son crochet doré, toute une partie de son visage d'un revers du geste, arcades, cartillage, peau et yeux compris ! Déjà, son sourire s'élargissait et elle commençait presque à rire, aimant faire comprendre à son adversaire restant que sa fin était toute-proche !

Elle ne vit pas le tromblon qu'il avait dégainé de sa bandoulière de cuir, et eut tout juste le temps de se jeter sur le côté lorsqu'il pressa la détente, ce qui évita à Phadransie ce jour-là de la poudre dans le corps ! Elle choisit alors de faire sauter Lame D'Or de sa main, la réceptionnant avec ses dents, et, la main ainsi libre, eut tout le loisir de placer sa fameuse technique des trois coups ! Lorsque l'écran de fumée bouillonnant hors du tromblon finement ouvragé du Second se fut dissipé, ce fut pour laisser place à la mort personnifiée ! Il ne vit plus celle qui semblait faire un avec l'air, tournoyant sur elle-même, et parvint à placer ses trois frappes mortelles. Hanche. Cœur. Thorax. Et ce fut presque finit.

Le Lieutenant leva de nouveau son tromblon une fois le choc des trois coups passés, et visa La Noire qui avait lâché Lame D'Or coincée entre ses dents, et reprenait son souffle, l'air le moins inquiété du monde. A l'instant où l'homme tombait, de la salive jaillissant en bouillon hors de ses lèvres maladivement contractées et distordues, tous ses muscles furent paralysés et il perdit définitivement le contrôle de son corps.

La Noire enfonça ses yeux au fin fond de leurs orbites d'un coup de talon remarquablement placé, qui ne se refusa pas d'emporter également, mêlant l'indécence à la jubilation, une bonne part du cartilage nasal qui se fracassa en un craquement réfractaire.

Alors seulement elle se retourna, Lame D'Or en main et prête à faire face de nouveau. Mais le pont du Gerfault subissait un grand nettoyage qui adoptait déjà une teinte purpurine. Le navire saignait ; l'écoulement de son hémorragie semblait prendre fin.

Et Phadransie n'était pas rassasiée.

~



Phadransie La Noire posa à côté d'elle, au-dessus d'une caisse de bois dont le contenu n'interressait personne, le fanal qu'elle portait à bout de main une seconde plus tôt. L'équipage du Seigneur Émeraude, un peu plus loin vers l'entrepont, avait enfin daigné fermer l’œil. Cette compagnie d'hommes et femmes de la mer, dans laquelle -Phadransie l'avait clairement entendu tout le long de la soirée !- bon nombre de chanteurs et musiciens se complaisaient visiblement, et davantage après l'entreprise de la nuit dernière, avaient eu grand mal à s'endormir après les derniers événements. Ainsi, tous -ou presque tous !- avaient veillé et festoyé jusqu'à l'aube, et chacun selon ses directives avait reprit son poste. La journée était passée, puis la nuit. Et il allait de soi, que dès le crépuscule chacun tombaient de fatigue et tous s'étaient rapidement endormis.

Sauf Phadransie.

Combien cela faisait d'heures qu'elle n'avait point fermé l’œil ? Deux jours et deux nuits, facilement. Déjà, la tête lui tournait, elle se sentait fiévreuse, ses jambes lourdes et son corps fatigué. Mais elle redoutait tant son rendez-vous nocturne avec la Reine des Mers qu'elle repoussait encore et toujours cet instant accablant qui la torturait.

Phadransie La Noire posa donc à côté d'elle, au-dessus d'une caisse de bois dont le contenu n'intéressait personne, le fanal qu'elle portait à bout de main une seconde plus tôt. Son quart se terminait. Par les dieux, elle était sobre mais tout tournait autour d'elle !
Phadransie se prit le visage dans la main et entreprit de se masser les tempes le temps de quelques secondes. Ca n'eut pour effet qu'exacerber son mal de temps.

Il fallait vraiment qu'elle dorme.

La Noire entreprit de dessangler ses ceinturons de cuir passés autour de la taille. Elle écarta fourreau et sabre, et descendit de quelques pouces le pantalon de cuir qu'elle portait.

- Morbleu. Je comprends.

Elle ignorait quand et comment, mais un éclat de bois, probablement propriété du Gerfault, large d'un demi-pouce et aussi tranchant qu'une lame s'était lové dans sa chair au niveau de la cuisse. Le sang séché avait déjà laissé sur sa peau, gouttant jusqu'à son pied, probablement, un sillage carminé. Phadransie jura en se rappelant que cet éclat indésiré était en elle depuis la veille maintenant, et qu'il valait mieux l'ôter et surtout désinfecter au plus vite la plaie. Elle n'ignorait pas qu'en mer, la moindre petite égratignure non traitée pouvait se transformer en calamité parfois fatale pour celui la portant.

Elle se saisit d'une bouteille de rhum à portée -il y avait toujours une bouteille de rhum à portée de Phadransie- et entreprit, une fois l'éclat de bois arraché, d'en verser une bonne lampée sur la meurtrissure. Elle sentit l'alcool couler le long de sa jambe, jusque dans sa botte, puis se rhabilla. Tombant de fatigue, elle ne se trouva point le courage de quitter le pont sur lequel elle s'était posée, et jugea plus utile de descendre doucement la bouteille de petit rhum.

~



Jamais auparavant Phadransie La Noire n'avait ressentie avec tant de force cette envie de protéger autrui. Il était vrai que s'allier à Léocadas arrangeait grandement ses affaires, donc l'arrangeait elle-même. Elle devait haïr Jack pour l'odieux numéro qu'il avait joué sous son œil, prenant Brecianne pour attraction, mais Jack Lissander était un pirate. Pour Phadransie, cela voulait dire qu'il servait avant tout ses intérêts. Phadransie se vantait d'en être une aussi, et en tant que telle, elle aussi servait avant tout ses intérêts.

Elle avait l'impression en cet instant que son existence se trouvait au centre d'un triangle équilatéral, dont chacun des angles pouvait être matérialisé par Ariel, Brecianne, et Jack Lissander.

Phadransie cessa de réfléchir lorsque le soleil de Lothyë, suffisamment haut sous la nue afin de répercuter ses rayons jusque dans sa pupille, l'aveugla. Moins d'une heure plus tard, trois créatures de chairs décomposées et fétides, à la démarche saccadées et aux ossements exposés vinrent la détacher du Grand Mât auquel le Capitaine l'avait liée. Sans aucune douceur, et malgré la toute-furibonderie de leur prisonnière, ils l'envoyèrent rejoindre le Capitaine Léocadas à fond de cale.

-Brecianne ?

La Pirate était allongée et comatait, la respiration déjà lointaine. Du sang, bien évidemment, constellait le sol de la cellule. Deux zombies montaient la garde. Phadransie La Noire s'approcha de l'Élue d'Ariel et tenta de la surélever légèrement. Lissander lui avait arraché presque tous ses vêtements dans un soucis de commodité, et il fut impossible pour La Noire de toucher l'Élue de la Déesse sans voir sa main virer au rouge le plus profond. La propre main, la gauche, de Brecianne ne demeurait plus qu'un lambeau indescriptible de chairs lacérées, broyées, mises à vif. La taille, ou la torture des tendons, on appelait ça. Phadransie la connaissait. Et Phadransie la savait difficile à supporter.

-Capitaine, tu ne dois pas céder comme ça. Ce n'est rien, on va s'en sortir.

Elle laissa un instant passer, puis se résigna à lâcher la question qui lui brûlait les lèvres.

-Ariel viendra te sauver..? Tu crois qu'elle se montrera au Nécromancien ?

Faiblement, Brecianne entrouvrit les paupières et parvint à souffler quelque chose. Les mots étaient si faibles et tant bas, que Phadransie dû se montrer attentive pour les comprendre. Elle y parvint cependant.

-Tu sais..son nom.
-Pardon ?
-C'est toi qui m'a..vendue à lui. Son nom..tu le connais.

Phadransie n’hésita pas longtemps. Brecianne méritait de le connaître. Elle n'avait que trop menti à cette femme qui venait d'endurer trop de maux.

-Jack Lissander.  
-Pourquoi..?
-Son offre était séduisante.

C'est la vérité, songea Phadransie. Brecianne pencha la tête sur le côté, et sembla esquisser une grimace. Phadransie reprit en tentant de maintenir sa tête, de façon plus ou moins efficace, et surtout avec plus de douceur qu'elle n'en avait jamais fait montre auparavant.

-Brecianne, je suis désolée.

C'est la vérité là-aussi, songea Phadransie en sentant sa gorge se nouer malgré elle devant la charogne vivante qu'était devenue en l'espace d'une seule nuit cette femme. Brecianne Léocasas la repoussa et retomba sur le sol, sur le dos. 

-C'est..trop tard.

Phadransie ne sut plus quoi dire. Devant elle, cette femme qui se mourrait, qui souffrait atrocement, le corps noyé dans le sang et la sueur. Qui attendait que sa Déesse vienne la sauver. Et Ariel qui ne venait pas ! Ariel qui pouvait se décider d'une seconde à une autre de lever une tempête et engloutir le navire du Nécromancien, la noyant elle-aussi, et Brecianne en même temos !

La Noire n'était pas rassurée. Elle demeurait là, presque prostrée, au bord de la peur et de la panique, incapable de détourner le regard de Brecianne et de son supplice. Son cœur s'était-il fendu à l'intérieur de sa poitrine ? Peut-être bien, après tout. Elle serra les poings, maudissant Jack Lissander. Ce qu'il avait fait là était épouvantable pour La Noire ! Jamais elle ne lui pardonnerait. Il l'avait obligé à assister à tout, tout dans ses moindres détails, ce qu'il avait fait subir à Brecianne. Et le supplice avait été long. Finalement, l'Élue d'Ariel reprit, d'une voix encore plus faible :

- Phadransie...Il ne faut...pas qu'ils...gagnent.
- Il ne gagnera pas Brecianne, je...
- Port-Ar...genterie...Les...Elfes Noirs...
- Argenterie est imprenable.
- Le Seigneur...ne doit pas..tomber entre leurs mains..

La vigueur élevée chez Phadransie par l'impact de ces mots, la haine et la détresse se mêlèrent en son âme !

- Brecianne. Tu est la Capitaine du Seigneur Émeraude ! Toi et personne d'autre ! fit-elle plus durement qu'elle l'aurait souhaité. J'emmerde les Elfes Noirs ! Personne n'aura ton navire !

Brecianne Léocadas s'agrippa alors au col de celle qui la soutenait de nouveau, mobilisant toutes ses forces afin de lui faire ses ultimes mots, avant de sombrer de nouveau, et peut-être définitivement :

- Le Seigneur...Lokhir...Jamais...ne doit être...le Capitaine.

Phadransie dû mobiliser toutes ses forces afin de ne pas fléchir. Son œil la piquait et lançait des éclairs qui auraient foudroyés sur place n'importe qui !

- Je le jure devant Ariel, si je vois un autre Capitaine que toi au gouvernail du Seigneur Émeraude, je le bute !


~




Le Capitaine Théoden avait prit fièrement le gouvernail du Seigneur Émeraude une fois faite sa victoire sur le Gerfault. Phadransie, folle de rage, folle de fatigue, et folle de rancœur, serra si fort entre ses doigts la bouteille de rhum qu'elle l'explosa, se fichant comme d'un rien des éclats de verre venant taillader sa peau ! Depuis le début, ce Théoden se foutait de sa gueule ! Il savait qu'elle était condamnée par la Grande Reine à ne jamais décrocher à bord un poste plus élevé que celui de simple officier de quart ! Il savait qu'elle ne pouvait échapper au Seigneur Émeraude même si elle le désirait de toute son âme ! Il savait qu'elle ne deviendrait jamais Capitaine de navire ! Qu'elle passerait le restant de ses jours, et jusqu'à sa chienne de mort, à le servir, lui et personne d'autre ! Théoden savait tout ça ! Et comment répondait-il à toutes ces assertions ? Par la provocation !

- ''Je veux que tu s..sois la Capitaine du Seigneur Émeraude, Phadransie'' gnagnagna !

Et quel rôle lui avait-il demandé de jouer ? Celui de la tueuse d'Élue, de la nouvelle Capitaine du Seigneur ! Et quel ennemi lui avait-il demandé d'occire ? Des pirates ! Théoden n'ignorait pas qui elle était. Et qu'avait-il fait avec le Seigneur de Brecianne ? Un putain de terrier elfique !! Et à quoi avait-il employé ce navire ? A passer la barrière de tempête pour joindre Teikoku et ramener sur le Continent des putains de morbleu de siresse de merde d'Elfes !

- Il cherche quoi au juste ce fils de pute, put..putain !

En plus Théoden ne demandait jamais. Il ordonnait. C'était donc ça. Théoden, nouveau Capitaine du Seigneur Émeraude ordonnait, et elle, obéissait. Non !

La Noire se releva, titubant de quelques pas ! Elle allait lui montrer.

Elle allait exploser la cervelle de ce fils de pute !

Elle réfléchit quelques secondes, se demandant quelle mort serait la plus adaptée à un homme de l'envergure de ce Théoden ? Sa réflexion ne fut pas longue. Théoden aurait probablement du plaisir à décéder l'épée à la main. Et elle, ne demandait rien de mieux qu'un bon duel ! Mais pas un entraînement ! Ni un duel au premier sang ! Un combat, un vrai. Une marée de sang !

Théoden savait cela, et pourtant il l'avait de nouveau narguée en écourtant le plus possible l'abordage du Gerfault. Trois pauvres ruffians ! Trois bâtards ! Voilà tout ce que Phadransie La Noire avait eu à se mettre sous le crochet après des lunes de servitudes à bord  ! Théoden ne riait-il point sous barbe tout-à-l'heure, lorsqu'il avait fait pendre à la grande vergue du man-o-war le corps inerte de son Capitaine, puis l'avait gratifiée d'un  ''Tu vois, Phadransie, il y a eu de l'action.''

- Action mon cul, ouais !

Pleine de fatigue et d'alcool, alors que le jour s'éveillait doucement sous l'aile du Levant, Phadransie La Noire sut gagner la cabine du Capitaine, sabre au côté, Lame d'Or au fourreau, et tromblon à la main. Elle leva son pistolet à trois coups devant la lourde porte de bois refermée, ultime barrière entre elle et le Capitaine du Seigneur. Je vais buter cet enculé, Brecianne.

Déjà La Noire, ivre, en avait oublié la condamnation de la Reine des Mers à son égard. Trois coups. Elle n'allait pas lui tirer une balle en pleine tête, même si il ne méritait pas mieux. Après tout, le Capitaine Théoden était un homme distrayant. Qu'il la distrait donc jusqu'au bout !

La porte s'ouvrit alors que l'aube fondait sur l'horizon, laissant apparaître un Capitaine en chemise bien blanche, le col ouvert et les mains gantées, sa redingote gris-argent coincé sous le bras, qui se trouva vite un tromblon pointé sur son front.

L'on ne saurait dire qui de La Noire ou du Capitaine demeurait le plus surpris. Des mots revinrent en tête à Phadransie : ''Nous ferons de grandes choses avec tout cela, Phadransie.'' Nous...

- Bang.

La Noire esquissa un sourire puis abaissa son tromblon avec une lenteur un rien sinistre, avant de l'accrocher de nouveau à sa place, aux boucles de ses ceinturons. Elle avait envie de tuer cet homme, de se mesurer à lui, c'était vrai. Mais maintenant qu'il se trouvait là, devant elle, de sa stature droite, et les rayons du soleil ambré transperçant au travers son fin chemisier, le col ouvert au vent comme une voile sous son gilet, et le gris curieux de ses yeux donnant sur le sien, elle en eut un haut-le-cœur. Un de ceux que l'on ressent peu de fois au cours d'une vie. Phadransie n'abaissa pas le regard, ni ne recula, mais l'horreur affiché sur son visage mêlé à cette sanglante bestialité s'effaça peu à peu sous l'ouverture de Théoden.

Et elle se surprit à lui sourire ; à lui sourire avec franchise et un brin d'amabilité.


Dernière édition par Phadransie La Noire le Mer 27 Avr 2016 - 17:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Mar 26 Avr 2016 - 23:01

"-Comme si je ne voyais pas les regards que tu jettes à Phadransie !"

Théoden faisait face depuis un moment à la jeune Phadria, dans le confort de sa cabine. L'abordage s'était terminé la veille, et le Seigneur Emeraude se trouvait en panne, voiles carguées et ancres jetées, flanc contre flanc avec la carcasse branlante du Gerfault.
Et comme il avait s'agit là d'affronter un navire tout ce qu'il y avait de plus pirate, le Capitaine avait jugé bon de s'assurer que le combat n'avait pas réveillé chez les pirates de son équipage une quelconque animosité. Sous couvert bien sûr d'un entretien sur la gestion du navire et la vie à bord !

"-Quels regards ?" sembla s'étonner la jeunee femme, qui se trouvait assise devant son bureau, face à lui.

"-Rien de bien amical, pour ce que j'en sais."

Alors qu'il prononçait ces mots, Théoden releva un instant les yeux de ce qui ressemblait fort à un épais manifeste de bord. Et comme le Capitaine se trouvait penché sur sa paperasse, en une compagnie plutôt agréable, il avait jugé bon de se départir de son épais uniforme et même d'offrir un verre de son précieux vin Oréen à Phadria.

"-Ca ne devrait pas vous surprendre. Je connais cette femme depuis une paire de Tours maintenant.

-Et apparemment elle ne t'aime pas d'avantage. Laisses-moi deviner... tu veux sa peau, hm ?

-Qui à bord ne la voudrait pas ?"

Alors, le Capitaine vint à reposer sa plume dans son encrier d'argent, prêtant une infinie précaution à ne pas effleurer ses pages fraîchement remplies avec sa chemise ample, au col ouvert, et échancré à souhait. Sa main referme soudainement son livre, après un instant. Et le clap brusque de l'ouvrage ne manque pas de faire sursauter la jeune Phadria, qui s'était faite au calme de cet entretien. Le regard de Théoden se fait ferme, alors qu'il se recule dans son fauteuil un moment pour la regarder.

"-Tous ceux qui prêtent une oreille attentive aux ordres de la Grande Reine, Phadria."

Alors, face à la pirate attention, il se lèva. Et il la domina de toute sa hauteur, son gilet serré traduisant toute la franchise de sa carrure large. Il fait un pas, puis deux et contourne son bureau.

"-Grande Reine qui exige de Phadransie qu'elle soit enchaînée sur ce vaisseau jusqu'à la fin de sa misérable existence. "

Machinalement, alors que Phadria doit se retourner sur sa chaise pour le suivre des yeux, Théoden joint ses mains dans son dos.

"-Alors tu vas te tenir, commence-t-il avec un brin de sècheresse, Ici, ce n'est plus Brecianne. Ce n'est plus Korlanos. Ce n'est plus Port-Argenterie, Kelvin ou Karak-Tur."

Alors il se retourne et la regarde sans méchanceté. Une franchise pure, claire comme l'eau d'une lagune.

"-Ici tu es à mon bord. Et à mon bord, je suis le seul à bâtir des potences. Suis-je bien clair ?"

Phadria croisa calmement les bras, sans se départir de cette fierté qui habillait habituellement ses yeux profonds. Elle hocha lentement la tête, comprenant sans l'ombre d'un doute.

"-Vous l'êtes, Capitaine."

Alors, une sorte de satisfaction se saisit de la mine de Théoden qui se prend à lui sourire le plus naturellement du monde.

"-Ne t'en fais pas. Tout comme toi, Phadransie fera un jour une erreur de trop. Et elle énervera la mauvaise personne."

Il se saisit calmement de sa redingote, après avoir passé autours de sa taille la fine ceinture d'une de ses fines lames dont il semblait faire la collection.
Phadria comprit alors qu'il était temps pour eux de se séparer et acheva de boire ce qu'il lui avait offert de ce vin sucré et rond. Elle se leva prestemment, et marcha jusqu'à sa hauteur, lentement.

"-Vous l'avez déjà vu combattre ?

-Non.

-Dans ce cas j'espère pour nous tous que cette "mauvaise personne" sera très fine bretteuse !"

Amusé, Théoden sourit de nouveau et pointa son visage, avec le bout de son index. Il se pencha vers elle, pour lui souffler un conseil.

"-Si tu veux que ce soit toi, assures-toi de manier autre chose que le bout de ferraille que je t'ai vue porter à mon arrivée sur le Seigneur !"

Après quoi, amicalement, il posa sa main derrière son épaule pour la diriger vers la sortie. Apparemment, il était temps pour le Capitaine d'exercer un peu sa lame. Et il avait bien assez à réfléchir, après cette échange. Phadria partit donc sans tarder, après avoir salué Théoden avec ce pas léger qui souvent déjà l'avait captivé. Elle passa les doubles battants de sa porte, comme une brise légère et disparu par delà la coursive qui menait à l'extérieur.
Théoden, lui, s'attarda le temps de souffler la bougie sur son bureau et se dirigea vers sa porte.

C'est là que la plus grande des surprises de sa journée se présenta. Phadransie, ivre de fatigue autant que de Rhum se tenait là. Et elle braquait ce qui ressemblait de face en gros plan à un canon de tromblon sur le visage du Capitaine. Et le sang du marin ne fit qu'un tour, lorsqu'il la vit ainsi devant ses quartiers, puant la sueur, le sang et la vinasse. Divaguait-elle ? Probablement. En fait il avait pensé à ça en premier. Elle était réputée pour sa veille constante après tout. Mais il était hors de question de laisser passer cela.
Noire sembla se réciter bien des choses dans les méandres de son esprit. Bien sûr, Théoden avait toujours le couteau à portée de main. Mais il préféra attendre un instant.

Après un instant pesant, Phadransie releva le canon de son arme, avec une lenteur admirative.

"-Bang."

Elle le raccrocha d'une façon tout à fait grossière aux ceintures cernant son corsage et lança un sourire niais à Théoden. Son air aurait pu être le plus amical du monde, le Capitaine ne l'accueillit qu'avec froideur. Et une froideur telle qu'il resta longtemps silencieux. A tel point que des gardes, inquiet de savoir ce qu'il se passait dans le couloir firent irruption derrière Phadransie.

Théoden les retint d'un signe de main et finit par sourire à son tour, l'air tout à fait ravit.

"-Phadransie ! Justement, je te cherchais." lança-t-il à l'intention des fusiliers autant que de Noire. "Nous devions discuter du dernier abordage !"

Il jeta un coup d'oeil à ses deux hommes, et l'on s'empara du tromblon, rapidement.

"-Je vous remercie messieurs, déposez cela auprès de Maître Kaer, l'armurier !"

Après quoi, nullement inquiété par Lame d'Or, Théoden s'écarta et ouvrit sa porte à Phadransie. Phadransie qui, toute stupéfaite -et sans doute aidée par l'alcool et la fatigue- ne trouva rien à répondre et se jeta d'elle même dans l'invitation mi-cordiale mi-forcée du Capitaine.

Une fois à l'intérieur, il y eut un instant de silence. Théoden ferma sa porte, calmement et libéra ses mains de sa paire de gants et de sa redingote. Il invita Phadransie à le rejoindre près de la grande table, où des plans du Gerfault étaient étalés. Il n'ignorait rien de son ivresse, et encore moins de sa fatigue. Et ce serait profitable.

Noire s'approcha, semblant songer que l'étrange Capitaine avait passé l'éponge sur son acte. Théoden écarta une des chaises de chêne de la grande table pour qu'ils puissent s'y tenir tous deux côtes à côtes. Et il sourit.

"-Ne trouves-tu pas cela magnifique ?"

Noire regarda avec un air vague la série complexe de croquis, de plans et d'évaluations des coques et mâtures. Et comme elle allait tourner la tête vers le Capitaine, pour lui demander où il venait en venir, elle reçu un vif et soudain coup en pleine trachée ! Coup que Théoden lui dispensa avec une force, et une rage sans grand précédent. Et comme la frappe lui interdit tout accès à l'oxygène, elle se prit à suffoquer, et porta main et crochet à son propre col, semblant y sentir l'étreinte implacable d'une laisse trop serrée.
L'homme à côté d'elle empoigna sans attendre ses cheveux, et la fit tomber à genoux d'un coup derrière la rotule droite. Il plaqua sa tête contre l'assise de la chaise à côté d'elle, jouissant de son impuissance et se pencha sur son visage ahurit, rougit par le manque d'air et la douleur soudaine.
Théoden, accroupit face à elle n'eût qu'à tendre la main pour se saisir de Lame d'Or. Et avec l'air le plus sinistre du monde, il la toisa, droit dans la prunelle. Il la tenait par la tignasse, et menaça son oeil intacte avec la pointe de sa propre arme.

"-A quoi penses-tu donc, Phadransie, hm ?" commence-t-il, avec une voix sèche, comme un souffle. "Que parce que la Grande Reine te veut vivante sur ce navire, tu peux tout te permettre ? Que parce que tu es ici, tu es intouchable ?"

Il souleva juste assez sa tête pour la plaquer avec force contre la chaise, de nouveau. Assez fort pour la sonner, et faire éclater son arcade !

"-Je ne crois pas que tu saches qui je suis. Tu ne sais rien de toutes ces choses dont je suis capable. Ne-me-pousses pas !"

Il approcha la pointe de l'arme de son oeil, avec lenteur. Et frappa de nouveau sa tête contre la chaise.

"-Tu n'as pas besoin de cela, pour vivre. Et après ce que tu viens de faire, RIEN ne m'empêche de te le prendre."

Théoden approcha ses lèvres de son oreille, lentement. Et alors qu'auparavant il soufflait ses mots, les chuchotait comme d'intimes sentences, sinistres, sa voix se fit soudain tonnerre. Et il hurla si fort qu'il manqua de lui crever un tympan !

"-JE-SUIS-DIEU A MON BORD, SUIS-JE CLAIR ?! ICI, IL N'Y A RIEN D'AUTRE QUE LA DEESSE QUE TU AS TRAHIE QUI PUISSE TE SAUVER ! Et crois-moi, si JAMAIS tu recommences, je te promets les mois les plus difficiles de ta chienne de vie. SUIS-JE CLAIR ?!"

Cette fois il tira son visage en arrière, avec sa main gauche et la regarda un instant. Il n'ajouta rien, si ce n'est un direct de son poing armée, en pleine face. Ce qui assomma brutalement la pirate, et la fit sombrer dans le néant de l'inconscience. Elle pu entendre un dernier juron, Théoden qui se releva et le bruit d'une lame sur une table de bois.

"-Messie...ston et Bren...ennez-la...rs de ma vue..."

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Noire
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Mer 27 Avr 2016 - 20:06

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Baudelaire



Lorsqu'elle ouvrit l’œil, Phadransie prit quelque secondes à saisir le pourquoi et le comment de sa situation actuelle. Le pourquoi lui revint assez vite en mémoire. Il était peu courant de se trouver liée au Grand Mât de la toute-hauteur du nid de pie après avoir insulté le Capitaine en le menaçant d'une arme à poudre, mais cela servait à justifier le pourquoi. Quant au reste, on parle là non moins de soucis techniques ayant impliqué qu'on la grimpe jusqu'en-haut, le Capitaine Théoden savant apparemment s'en garder comme personne, que des épaisses cordes qui maintenaient ses bras plaqués en arrière contre le mât. Autour d'elle, le vide. Au-dessus, la nue épaisse et chargée de nuages blancs que les rayons d'un soleil matinal perçaient doucement mais avec de plus en plus de force.

Dessous et tout autour d'elle, à plus de cinquante mètres, les Grand'Eaux ! Et enfin, à une quarantaine de mètres, le pont du fameux Seigneur Émeraude !

En situation normale, ça n'était point là une journée venteuse. Et pourtant ! De là où se trouvait Phadransie La Noire elle pouvait clairement sentir les courants d'air lui érafler et lui ronger le visage. Elle plissa son œil quelques secondes, espérant soulager ainsi la gêne provoquée par le vent de mer, et y parvint quelque peu. Les remous et balancement du navire qui la portait vus et ressentis du poste de vigie lui faisaient un tout-autre effet !

Heureusement, Phadransie n'était pas sujette au mal de mer. Mais c'était une toute autre douleur qui la harcelait là ! Son visage tuméfié, qu'elle pouvait deviner mais non voir, la faisait souffrir et la mettait à la gêne, ainsi que son arcade que le Capitaine Théoden avait brisé la veille en l'éclatant contre l'assise de la chaise ! Elle tenta de dégager ses bras et comprit fort rapidement que sans aide elle n'y parviendrait pas.

Le visage douloureux, les bras fort tiraillés et l'incommodité grande, elle tira encore, plus pour le besoin de se défouler que par véritable envie de s'échapper. Que lui faisait là Théoden au-juste ? Une mauvaise blague, sans nul doutes ! Elle était Phadransie La Noire, et foulait le pont du Seigneur Émeraude avant qu'il n'y pose un pied lui-même !

Alors les événements de la nuit dernière lui revinrent. Elle se mémorisa cet instant fatidique où, ivre de rhum et de fatigue, elle était allée jusque devant la cabine du Capitaine avec la ferme intention de lui décharger son trois coups un peu partout dans le corps ! Elle s'était faite avoir comme une débutante !

- D'un autre côté, murmura tout-haut La Noire, mieux vaut ça que l'inverse. Je dois être fidèle au Capitaine du Seigneur.

Aye, Théoden voulait lui donner une leçon. Sans doute allait-il la laisser ici quelques jours, peut-être une semaine, sans la nourrir, lui donnant à peine de quoi boire, puis il viendrait la libérer en exigeant de sa part des excuses. Et meeeerde.

''Ecoutez moi Capitaine, malgré tout ce qui peut se dire, malgré toutes les rumeurs, j'ai reçu des directives d'Ariel en personne. Je vous suis et vous serez fidèle tant que je marcherai sur la voie de la piraterie, et hisserai notre pavillon jusque dans les plans démoniaques si vous décidez d'y mener le Seigneur. Aller contre votre volonté signifierait ma propre perte, et en cela vous pouvez être assuré de ma plus sincère fidélité.''

C'étaient là exactement les premiers mots qu'elle avait adressé au Capitaine, alors qu'il se présentait à elle, tenue à l'isolement derrière les geôles de ce même navire, il y avait pas plus de trois mois de temps. Phadransie eut un frisson fort intense en songeant qu'elle avait bien failli s'attirer -une nouvelle fois !- les foudres de la Grande Reine !

C'est alors qu'elle aperçut un homme vêtu d'un pantalon de cuir aux plis larges, surmonté d'une redingote rouge qu'encadrait une bandoulière de cuir passant par-dessus son épaule droite. Un visage un peu rude, des joues légèrement creusées, une barbe de trois jours, mais surtout une progression dans la mature traduisant un professionnalisme qui sautait aux yeux. Ou dans un tel cas, à l’œil.

Phadransie ne dit rien tandis que l'homme se hissait jusque sur le nid de pie. Phadransie ne le lâcha point du regard, attendant le moment où il se saisirait d'une lame, n'importe laquelle et trancherait les liens. Mais, au lieu de cela, il se contenta de la nourrir, simplement. C'est quoi cette connerie encore ?

- Ecoute l'ami, je veux voir le Capitaine, lâcha-t-elle simplement, et de façon la moins agressive possible.
- Fic'lé com't'es ma pauvre t'vas avoir du mal à l'voir el Capt'ain !

Phadransie se surprit à esquisser un sourire. La Garcette. Son nom -ou plutôt surnom- lui revenait en mémoire, à présent. Elle tenta autre chose :

- Si il veut me tenir loin de l'équipage, les liens ne sont pas vraiment utiles, là. Tu peux me détacher.
- Oh boh j'sé pas moi t'sais ! I'm'dit juste d'te nourrir !
- Mais morbleu, les liens sont pas utiles. Je sais patienter ici plusieurs jours, plusieurs semaines si il le faut. Je sais me tenir, dis-le au Capitaine ! Faut qu'on parle lui et moi.
- Ordres du Cap'tain, j'suis désolé !

Phadransie avisa d'un mauvais œil l'écuelle de gruau que battait La Garcette avec une petite cuillère. Putain, si Korlanos voyait ça...

- Théoden a vraiment ordonné ça ? insista-t-elle.

L'homme face à elle, assis adossé à la balustre du nid-de-pie acquiesça du chef. Il a quelque chose derrière la tête, c'est sûr ! La Garcette se départit ensuite du tricorne noir qui ornait sa tête depuis tout ce temps et approcha la première cuillerée. Phadransie envisagea l'espace d'un quart de seconde de faire preuve de mauvaise fois et de retourner cette écuelle d'un bon coup de botte. Mais elle se ravisa, souriant même à sa propre idée. Les ordres de la Reine à ce propos avaient été forts clairs. Et ceux du nouveau Capitaine du Seigneur Émeraude également apparemment. Elle n'avait pas le choix. Et puis, d'un autre côté, elle mourrait de faim -tout juste venait-elle de s'en rendre compte- et valait mieux cela qu'un mauvais traitement de la part de Théoden. Sans compter que le goût du rhum de la veille qu'elle gardait en bouche depuis hier ne l'avait point quitté, et cela commençait à devenir incommodant. Alors elle ravala sa fierté, et se laissa nourrir.

- Tu sais pourquoi il m'a foutu ici ? Tenta la pirate entre deux cuillères.
- Oh j'sais qu'tu l'as menacé ouais !

Phadransie ne sut résister à un éminent besoin de foudroyer la Garcette du regard tout en lui faisant la réplique suivante :

- C'est un peu plus compliqué que ça en fait.
- Pour c'que j'en dis moi? commença-t-il en s'adossant au mât à côté d'elle... J'suis bien trop peu sur le pont pour m'occuper des gens d'en bas !

Phadransie avala son gruau.

-Hmm je vois.

La Garcette rit un peu, mais ça demeurait un rire franc. Puis il déboucha un fin flacon de ce qui semblait être... Phadransie analysa ça comme du rhum. Il porta la bouteille à ses lèvres, puis se mit à siffloter un air marin connu de tous, pirates y compris. L'écuelle se vida, puis le marin commença à redescendre, lentement, non sans avoir lâché à son égard un ultime :

- Gare au soleil !
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Jeu 25 Aoû 2016 - 22:23

Pratiquement une demie lune passa depuis le jour où Phadransie fut attachée en haut de son mât. En dessous d'elle, la vie sur le Seigneur Emeraude avait continué de s'écouler dans le calme. Les journées étaient rythmées par les manoeuvres courantes, les nuits par les quarts.
Théoden apparaissait régulièrement sur le pont, examinant tantôt son bord, tandis l'océan au delà. Dans son ombre trottait depuis le départ une demie douzaine d'enfants et d'adolescents, désireux de devenir à leur tours Capitaine. Alors ils étudiaient, et écoutaient avec soin le commandant de bord qui leur expliquait pourquoi leur itinéraire était courbe et non en ligne droite.

"-Voyez-vous mes jeunes élèves, nous suivons la principale route commerciale menant au Nouveau-Monde et aux Îles de Jade. Ce qui explique le nombre de bâtiments que nous avons dépassés depuis notre dernière halte sur la Verte."

Une trentaine, au bas mot. C'était là le nombre d'appareils que le Seigneur avait croisé. Bien sûr, beaucoup de ces navires étaient de simple vaisseaux de commerces ou de pêche. Mais il en était un certain nombre qui voguait encore à l'ombre du pavillon noir.

"-Suivant cet itinéraire, nous avons toutes les chances d'intercepter des pirates ou corsaires désireux de s'attaquer à d'innocents commerçants."

Ces explications, Phadransie ne les avait pas depuis son nid de pie. Cependant, elle pouvait mieux que personne assister à la véritable chasse à laquelle se livrait Théoden. Depuis le Gerfault, tous les pirates qui avaient croisé la route du Seigneur faisaient figure de barque. Aucun n'en réchappa. Pour la plupart, une simple bordée suffisait. Pour d'autres, il en fallait plus. Mais les moins chanceux furent un équipage de corsaires Ramiens qui firent l'erreur d'aborder le Seigneur Emeraude. Ceux-là durent faire face à la hargne toute particulière du Capitaine Théoden, à la tête de ses hommes.
Mais tout cela, Noire y assistait impuissante. Son seul contact avec l'équipage fut La Garcette qui lui montait un repas par jour et de l'eau deux fois. Mais toujours pas de rhum. Et surtout, toujours pas un mot du Capitaine.

Alors le temps passait. Le Seigneur traçait sa route tranquillement vers les Marches d'Acier. Ce n'est que quand l'eau se mit à geler et que les bourrasques de vent furent tranchantes comme des lames de rasoir que Phadransie fut descendue de son perchoir. Après une lune complète.
Elle avait sans nul doute été bien affaiblie par son passage au "séchoir", comme on l'avait appelé. Aussi, on l'amena en l'état dans les quartiers de Théoden qui congédia ses élèves officiers à son arrivée.

"-Phadransie !" lança-t-il sans même prendre la peine de se lever. "Ca faisait une éternité. Je gage que tes vacances t'ont permit de réfléchir à tes dernières exactions."

Il lui lance un demi sourire, laissant planer un silence et se lève finalement. Guilleret. Il ignorait de la plus belle des façons le regard lourd de haine qu'elle lui lançait.

"-Je ne dirais pas que tu m'as manqué. Mais bon, il est temps que tu mérites ta place à bord !"

Alors il lui lança à la figure ce qui avait été le manteau qu'elle portait avant de l'agresser, qu'elle n'avait pas eu le temps de récupérer avant d'être montée au séchoir.

"-Je te renvoie à la manoeuvre, avec les autres. Tu m'as prouvé être particulièrement indigne du rang que je t'ai accordé. Maître Stevens, ramenez-moi ce déchet humain sur le pont."

Il la fait emmener sans attendre d'avantage, d'un geste las de la main. Le soldat qui la tenait la libéra sur le pont avec les autres. Et un officier -du rang qu'elle aurait dû occuper- lui hurla vite de se mettre au cabestan avec d'autres, afin d'aider à relever les ancres qui avaient été jetées pour la nuit.
Phadransie serait contrainte par le fouet si nécessaire à se plier à son nouveau sort.
On la fit monter dans les haubans aussi bien que descendre dans les cales. Aucune tâche n'était trop ingrate, ni trop fatiguante. Son rhum fut remplacé par la même piquette que n'importe quel autre marin. Elle ne dîna plus à la table de Théoden, lors de dîners particuliers. Sa couche rudimentaire avait été remplacée par un hamac. Et ses armes appartenaient maintenant au vaisseau, sous clé avec les autres à l'armurerie.
Lorsque venait le combat, elle n'était plus appelée sur le pont. Théoden la savait avide de sang et de mort. Aussi s'appliquait-il tout particulièrement à l'en tenir éloignée. Il la seuvrait, comme on aurait seuvré n'importe quel alcoolique.
Le plus souvent, elle avait la charge de faire passer mèches et poudre entre les différentes pièces d'artillerie du pont inférieur. Elle ne fit pas la moindre victime pendant de longues semaines !

Néanmoins, malgré ce traitement particulier, il ne sembla pas que Théoden répudie Phadransie plus que cela. Lorsqu'il descendait parmi ses hommes, le soir venu, il la saluait comme tout un chacun. Parfois, le Capitaine lui souriait. Parfois il lui offrait une accolade. D'ailleurs, il ne reparla pas de l'incident qui avait ramené Noire à l'échelon le plus bas de la hiérarchie du Seigneur.
Aucun des hommes qui y avaient assisté non plus, d'ailleurs.
Ainsi se passa la suite du trajet. A l'approche du continent, les vaisseaux pirates qui croisaient la route du navire d'Ariel furent bientôt bien trop petits pour s'y mesurer. Tous faisaient demi tours avant d'être à portée de canon, disparaissant au loin.
L'hiver était là depuis un moment maintenant. Mais si proche de la Passe, il était difficile d'en voir les stygmates. Les arbres étaient nus c'était vrai. Mais la neige qui était apparue en plein océan se faisait rare. Les tempêtes, en revanche, ne manquaient pas. Il fut une nuit où le ciel se déchira au dessus du Seigneur et fit tomber une pluie épaisse sur le pont. Il n'y alors plus aucun abris pour les pauvres âmes qui couraient en tous sens sur ce navire. Aucun plancher assez épais, aucune voile assez cirée. Des éclairs s'étaient mis à serpenter sur les ventres des nuages, frappant parfois au hasard en pleine mer. Un vent si terrible soufflait qu'il arracha même le mantelet d'un sabord, qu'un marin tentait de refermer pour s'abriter !
Naturellement, le continent était alors encore loin. A peine une bordure dentelée posée sur l'horizon. Théoden, qui se tenait à la barre de son navire eût tôt fait d'ordonner que l'on diminue la voile au minimum, craignant que le grain n'emporte toute sa toile. A Gibbs revenait la responsabilité de faire arrimer les canons, la poudre et toute la cargaison. Malheureusement, comme souvent lors de ces tempêtes extrêmes, si courantes proches de l'équateur, il fut déjà trop tard pour une bonne partie des vivres.
Une vague soudaine, conjuguée aux vents terribles fit ployer le Seigneur. Tant et si bien qu'un marin qui tendrait sa main à travers un sabord du pont inférieur était sûr de la ramener à lui chargée de poissons ! La mâture grinça, on abandonna le grand perroquet aux eaux tumultueuses. Et le navire fut sauvée.
Au prix de six vies. Celles de ceux qui se trouvaient encore dans les haubans, lorsque la vague avait frappée. Parmi eux, deux avaient été volontaire pour trancher les cordages retenant la vergue manquante.

Le lendemain à l'aube, lorsque la mer fut retombée endormie, aussi paisible et tranquille qu'un enfant rassasié on fit donc le compte des pertes.
Six cercueils furent mis à l'eau, avec les premières lueurs du jour.

"-Une main pour le bord, une main pour soi. Mais si le navire est en danger, donnes-lui encore trois doigts. Ceux-là ont fait honneur à notre métier. Rendons leur l'hommage qu'ils méritent, et tâchons de ne pas oublier leurs sacrifices la prochaine fois que nous poserons le pied à terre."

Ce fut là le discours de Théoden, tandis que ses camarades basculaient à l'eau. Concis, suivit d'une prière et d'un instant de silence.
Après quoi, il fallut réparer. Mais c'est avec surprise que le Capitaine apprit l'état de la coque.

"-Je vous assure Capitaine !" lui avait lancé le Maître Charpentier, tout aussi perplexe "La...la coque est...intacte !"

Théoden pu le voir lui même. Pas la moindre faille, pas le moindre écart entre les membrures. Même le mantelet manquant était réapparut ! Un prodige ? Ca non. Tous le devinèrent vite. C'était là la propriété si particulière du Seigneur Emeraude. Néanmoins, il faudrait remonter une nouvelle voile, pour remplacer celle qui manquait. Ce qui était un ouvrage apparemment peu difficile à entreprendre occupa une bonne partie des hommes du bords pendant le plus clair de la matinée.
Mais avant qu'un nouveau perroquet claque au vent en haut du grand mât, une nouvelle venait de tomber sur le bureau de Théoden : Les deux tiers des réserves d'eaux avaient été souillées par les infiltrations d'eau, renversées ou détruites lorsque le Seigneur roula sur son flanc.

"-C'est mauvais Capitaine, très mauvais."

"-Tu as raison Gibbs. Il nous faut refaire ces stocks si on espère passer Kelvin sans être assoiffés."

On tira alors une carte, que tous les Lieutenants étudièrent un instant autours du Capitaine. Capitaine qui remarqua d'ailleurs la flamboyante Phadria, qui ne les interrompit que le temps de déposer un plateau de chargé de coupe d'un vin ambré et épais. Un sourire plus tard, elle était repartit.

"-Bien..." fit Théoden, songeur, en portant un de ces précieux verres à ses lèvres. "Etant donné les vents, et les réserves dont nous disposons encore le plus sage sera de descendre encore d'avantage au sud."

D'un index, il indiqua une île. Un de ces rochers abandonnés de tout, comme posés là par un dieu qui ne savait pas quoi en faire.

"-Celle-ci fera l'affaire. Nous y demeurerons le temps de refaire nos réserves d'eau potable puis nous reprendrons la route du nord. On pourra espérer être rentrés dans les Marches pour les grands banquets de l'hiver !"

Il y eut quelques rires, des signes d'approbation puis tout le monde vida son verre et se mit à l'oeuvre. Lorsque Théoden quitta la petite table qui avait été dressée juste derrière la grande roue, repliant les cartes pour les ramener dans son bureau, il croisa une nouvelle fois Phadria, qui s'était chargée de rapporter les verres vides. Tous deux se regardèrent un bref instant en silence, puis le Capitaine cala ses précieux parchemins sous son bras.

"-Tu devrais goûter à ce vin la prochaine fois Phadria." lâcha-t-il simplement en s'en allant vers l'escalier. "Je suis persuadé qu'il te plairait."

Puis il s'en fut allé, un sourire en coin.
Avant quatre heure de l'après-midi, le Seigneur faisait voile vers sa destination. Ses voiles firent le bonheur de l'équipage qui purent enfin trouver de l'ombre, sur ce pont balayé par le vent et le soleil. Un soleil tout aussi rude que la tempête qui l'avait précédé !
Au lendemain, l'île était en vue. Elle n'était pas bien grande. A peine la moitié de celle abritant Port-Argenterie, d'après le cartographe qui avait tracé la seule carte de la région dont disposait Théoden. Mais en fait d'un simple rocher, balayé par les eaux, se trouvait un semblant de paradis. Quelque chose qui fit lancer des hourras à l'équipage.

"-Très bien, votre attention à tous." appela Théoden, alors que le navire s'approchait d'une lagune pour s'y amarrer. "Je rappelle que nous sommes ici pour refaire nos réserves d'eau et de fruits frais. Avant toute chose."

Avant d'ajouter, levant un index.

"-Cela dit, ne disposant pas de carte de cette île, je vais devoir mener une expédition afin de trouver une source capable de servir nos besoins. Dix d'entre vous auront l'honneur et le plaisir de m'accompagner !" il sourit un peu "Les autres pourront tout naturellement camper sur la plage, sous la supervision des officiers."

Ce qui voulait dire en clair une paire de semaines de vacances ! Ce que l'équipage accueillit avec une joie sans borne. Après de longs mois en mer, et la tempête de la veille, ce serait plus que profitable. D'autant que quitter le vaisseau signifiait également pouvoir boire, manger et vivre en presque totale liberté. Pour peu que les armes à feu restent toutes à bord.
Il y eu quelques applaudissements, de sifflements de joie et Théoden renvoya tout le monde à son ouvrage avec un sourire. Un peu de relâchement ne serait pas de trop.

La baie dans laquelle le Seigneur Emeraude jeta l'ancre était d'une splendeur comme rarement vue auparavant. Un lagon à l'eau claire, parcourue de poissons aux couleurs affolantes et bordé de plages d'un sable fin, blanc. Le tout coiffé d'une forêt clairsemée et de palmiers courbes. Un vent frais entrait dans les terres par la passe que venait de traverser le bâtiment, faisant frémir l'eau et les feuillages. Au dessus de sa tête, Théoden vit un soleil rond, brillant seul dans le ciel. Pas de nuages. Mais des volées d'oiseaux, en rangs clairsemés, apportant leur musique dans les cimes des arbres.

Il y eut de strictes instructions pour les fusiliers à bord du Seigneur. Ceux-là auraient pour tâche d'assurer que l'alcool et la détente empêche l'équipage d'oublier sa place. Le Major Edmund Hewlett, ainsi que le Maître d'Arme et les autres officiers assureraient l'ordre.

L'équipage fut débarqué en l'espace d'une petite heure. On avait mit le Seigneur Emeraude en panne, ancres jetées et voiles carguées contre leurs vergues.
Une fois que toutes les chaloupes eurent débarqué tout le monde, un campement de fortune s'installa sur la plage. Sous des hamacs montés en tentes à l'aide de branches, ou des voiles usagées accrochées aux cocotiers, tout l'équipage s'affala dans une humeur bonne enfant. On avait débarqué les stocks d'alcool du navire, pour l'occasion et de grands feu s'allumaient un peu partout à l'orée de la forêt.
Théoden pu constater la relative lourdeur de l'air, aussitôt les premiers arbres passés. En fait d'une forêt clairsemée, l'intérieur des terres était couverte d'une jungle luxuriante, mais si épaisse que l'air n'y circulait que difficilement. Dans cette serre étouffante, le noeud autours de son cou sembla bien étouffant. Son lourd manteau lui pesait. Si il devait mener une expédition ici, il le réalisa, il devrait se débarrasser de son strict uniforme pour se la jouer... à l'ancienne.

A propos d'expédition, Théoden demanda à Hewlett de lui choisir dix marins capable pour l'accompagner. Avant la nuit, le petit groupe devrait être partit.
Tandis que le Capitaine se déshabillait sous sa tente, on lui amena la fine équipe qui composerait son expédition. Il y avait un jeune cartographe, quelques marins chargés de porter des vivres, une paire de fusiliers, un cuistot en mal d'aventure et la jeune Phadria. Tous faisaient une mine passablement dépitée. Car à l'heure où les premiers chants commençaient à s'élever de la plage, eux devraient partir pour une longue marche à travers l'épaisse jungle de l'île.
C'est après avoir enfilé une nouvelle chemise que Théoden leur annonça la nouvelle. Il avait dû se départir du gros de son équipement pour le voyage. Sa chemise ample n'était plus couverte par sa redingote et le gilet serré qui enserrait habituellement son torse était ouvert, laissant entrevoir son torse couvert d'une légère pellicule de sueur. Autours de sa taille, il avait serré un épais ruban bleuté afin de pouvoir porter une paire de ceinturons large dans lesquels il pourrait fourrer une paire de mousquets. En fait de couvre chef, il avait serré autours de sa tête un foulard brodé, qui retenait les quelques mèches de ses cheveux qui tombait sur son visage. Pour ne pas changer, son fameux sabre pendait toujours contre son flanc gauche, au bout d'un baudrier passé sur son épaule.
Gibbs, qui entra à ce moment là dans la tente le vit et eut un air surprit.

"-Des airs d'Argenterie, Capitaine." commenta-t-il simplement, avant de confier aux dix autres membres du groupe lames et mousquets pour le voyage. "Des fois qu'un sanglier menace vos vies !"

Malgré les soupires et les protestations, le départ eut lieu comme prévu. A peine quelques heures avant la tombée de la nuit. Le Capitaine en tête, la courte colonne d'aventuriers grimpa à grand renforts de râlements et de grommelements les collines surplombant la plage. Ils laissaient derrière eux la perspective d'un bon porcelet rôti et d'une barrique de rhum tiède. Les chants eurent bientôt laissé place à la musique de la jungle. Un véritable concert d'oiseaux, se déchaînant sous les cîmes des arbres. La nuit venue, le peu de lumière qui atteignait encore le sol vint à disparaître. Ce qui força ce petit monde à se munir de lanternes, et à les tenir à bout de bras.
En tête, Théoden jouait de la machète pour leur ouvrir un chemin de fortune entre les hautes herbes et les épaisses lianes.
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Mar 6 Sep 2016 - 0:00

L'amour fait comprendre à l'âme
L'univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l'infini

Hugo



« Hé McClow ! balança de son air le plus guilleret, tout sucré, Madame Red à l'homme borgne qui la précédait dans la file, lanterne à bout de bras. Notre beau Capitaine a dit d'ouvrir l’œil ! Au moins t'es sûr de ne pas te tromper !

Il fallait, bien évidemment, prendre en compte la main en porte-voix de la brunette plus le fait qu'elle venait de trompeter à travers jungle alors même qu'elle s'adressait à l'homme qui la précédait de six pouces. Il fallait se demander, en un tel cas, à combien de pouces le Capitaine Théoden se trouvait de Madame Red, en tête de file, ouvrant à coups de machette la route à suivre par la petite troupe ! Derrière le Capitaine venaient respectivement un fusilier barbu que la belle avait toujours trouvé un brin ''psychorigide'', le jeune cartographe Dylen, deux porteurs, messieurs Belmar et Jaggo, un second fusilier du nom de Gerrad, Samuel McClow un second porteur, Phadria Red puis Gurnar, fusilier, le jeune Louis, cuisinier de bord qui avait, apparement lourdement insisté pour se joindre à l'expédition -avec Phadria et le cartographe, ils demeuraient les seuls à avoir réclamé leur place ! Tous les autres ne rêvait que de flegme et de rhum sur la plage!- et enfin l'habile Trystas Stauton, que l'on jugea bon de placer en fin de file afin que le jeune Louis soit prudemment encadré.

- Mais j'obéis ! répondit presque du tac-au-tac Samuel qui s'était rapidement lié d'amitié -et peut-être un peu plus au cours de l'expédition, espérait-il- avec Madame Red. J'ai un œil qui veille et l'autre continuellement fixé sur le trou de balle de la teigne !
- T'as raison, riposta Gerrad sa lanterne à bout de bras, on sait jamais ce qui pourrait en sortir pas vrai !
- Ou y rentrer ! compléta la belle avant de partir en éclat de rire précédé par ses camarades !

Progresser dans cet enfer humide et étouffant ne parvint point à éteindre l'humeur joviale de Madame Red, les manches de sa chemise blanche retroussés à ses avant-bras hâlés, contrastant avec l'ébène de sa crinière en cascade qu'elle avait épinglé à l'empresse par-dessus sa nuque mouillée par la sueur. Elle avait dû arranger son jupon, et passer un pantalon serré à la culotte de wallone comme l'on disait, resseré au niveau de genoux, afin d'acquérir davantage de mobilité et d'aise. Sur son cou, les cercles et les courbes rouges qui étaient tatoués paraissaient onduler au fil des pas, comme si elle eût abrité sous son col une de ces petites vipère de cinq pieds de longs, rouge à anneaux noirs et blancs. Tout le monde dans ce petit groupe se serait accordé à avouer, que de toutes les armes que les dieux et la nature ont donné aux femmes afin qu'elles se défendent de la stupidité ou de la naïveté des hommes, Phadria avait reçu plus que sa part ! Ils entamèrent ainsi la montée d'une petite hutte que la chaleur et le vrombissement des moustiques et autres insectes de nuit rendirent plus difficile qu'elle n'aurait dû l'être.

- Hé McClow ! reprit la belle d'un ton chantant cette fois-ci. Tu connais ces tribus de sauvages anthropophages qui vivent à demi-nus dans la jungle d'îles comme celle-là même que nous foulons aux bottes !
- Racontars ! Histoire de bonne femme ! railla le borgne.
- Pareil, adjoignit de sa voix Gerrad. Les sauvages anthropophages ça n'existe plus ! C'est que Elye les a tous changé en goules !
- Mensonges ! riposta Phadria en faisant un semi volte-face qui manque de laisser sa lanterne percuter le nez du pauvre Gurnar ! C'est clair qu'il en existe encore ! C'est même dans ces eaux-là qu'on le plus de chances de les trouver !
- Et d'où tu sais ça, toi ?
- Je le sais, c'est tout !

Phadria reprit :

- Capitaine ! Vous savez où nous allons au fait ?

C'est que cela faisait plusieurs heures qu'ils étaient partis, en vérité ! Phadria put remarquer, non sans sourire, l'oeil clair et pénétrant que le Capitaine en tête de file levait à son encontre.

- Bien entendu !
- Rappellez-moi, on va se réapprovisionner en eau, cartographier les lieux ou chasser le cochon sauvage là ?

Ce fut un rire clair et sonore qui lui parvint cette fois-ci en réponse !

- On va chercher de l'eau !

Les deux individus demeurant trop éloignés l'un de l'autre, la discussion s'arrêta ainsi ! Phadria reprit donc de la façon la plus naturelle du monde son petit discours anthropologique et riche en philosophie !

- Ils vivent au milieu de jungle comme celle-ci, amassés dans des huttes qui leur font office de village ! Et ils sont emplis de coutumes étranges ! Par exemple, nul ne peut se marier avant qu'il n'ait jeté aux pieds de sa fiancée un crâne brûlé, d'ami ou d'ennemi, de naturel et d'étranger, n'importe de qui ! Prise dans une bataille, ou dans le lit d'un frère assassiné pendant son sommeil ! Une tête humaine est le premier présent de noces chez eux ! Un amant qui offre à la plus orgueilleuse des beautés du village un bouquet de tête carbonisé ne peut être refusé ! Les femmes portent les cranes en ornement sur leur chevelure, et ce durant toute leur vie, un peu comme les couples qui, dans certains royaumes, échangent des alliances ou des anneaux !
- Manières de sauvages, cracha Gerrad !
- Chez ces types, poursuivit Red en se penchant afin d'éviter une branche bien charnue et base, les femmes ont le droit d'avoir plusieurs maris !
- Manières de sauvages, répéta Gerrad !
- Dans les Sultanats les hommes ont bien le droit d'épouser plusieurs femmes, non ? tenta le jeune Louis en quasi bout de file.
- Exact ! approuva Phadria. Après tout qui vous dit que le roi de ces sauvages ne voudrait pas me prendre moi pour femme ?
- Par Ariel, Madame Red ! bombarda d'un air profondément choqué Samuel, ce sont des sauvages !
- Justement ! Qui dit sauvage dit homme sans loi ! Ils s'en foutent, pour eux épouser une sauvage ou une continentale c'est du pareil au même ! Faites gaffe les gars, il se peut que vos petites têtes brûlées se retrouvent bientôt toutes à mes bottes !
- Et tu règneras sur une tribu d'imbéciles qui vivent à poil dans la jungle, whaou Red ! la félicita Gurnar un sourire en coin, daignant lever un peu les yeux du croupier qui lui accaparait depuis plusieurs heures toutes pensées.
- Tous les imbéciles ne vivent pas à poil les gars, et tous les gens à poil ne sont pas des imbéciles ! Méditez-ça !
- A..Attendez. Attendez !

Tous stoppèrent alors leur pas au cri de détresse du jeune commis de cuisine, Louis.

- Bah quoi ?
- Monsieur Stauton. Il était derrière moi ! Je ne le vois plus ! Il a disparu !
- Trystas ? Bah il a dû s'arrêter pisser. Attendons-le !

Gurnar fit passer un signe de la main à McClow, qui le fit remonter jusqu'aux fusilier, puis le cartographe et enfin le Capitaine.

- C'est bizarre quand même, rumina Gurnar. Trystas se serait pas arrêté comme ça sans avertir.

Ils l’appelèrent plusieurs fois, tendant à bout de bras leurs lanternes. Finalement, la file indienne se disloqua quelque peu, et chacun alla regarder derrière un arbre, un taillis ou un buisson si l'incorrigible pisseur ne s'y trouvait pas ! Soudain, un petit sifflement retentit et atteignit Dylen, le cartographe, sur la nuque. Ce dernier l'écrasa de sa main, pensant avoir à faire à un drôle de moustique, mais il pâlit en y décrochant une petite fléchette.

- Les gars...
- Aaaaah !

Les marins Belmar et Jaggo venaient de laisser tomber à terre leurs fusils tandis que des filets de lianes tressés les soulevait de terre !

- C'est quoi ce merdier encore ! beugla Phadria tandis qu'elle levait les yeux à la recherche de naturels, mais ne vit personne !

Tout autour d'elle, d'autres marins se soulevaient de terre de même façon que les porteurs en laissant tomber à terre leur fusil, et l'on entendait un peu partout le sifflement de flechettes légères !

- Louis, baisse-toi !

Madame Red se jeta toute avant sur le jeune commis de cuisine avant qu'une de ces armes-là ne le plante ! Le garçon se retrouva bien vite piégée sous la rouge flibustière, ces yeux noisettes inquiets se perdant dans ceux-là émeraudes de Red qui le releva par la main en vitesse !

- Cours !

A plusieurs pas au-dessus de leurs têtes, leurs camarades passaient des bras et des jambes à travers les mailles feuillues en criant de ne point les abandonner à un sort cruel ! Jaillissant des fourrés, une bonne dizaine d'insulaires bondirent alors, le corps peinturluré d'hideuse façon, des os taillés en pointe perçant leurs lobes, leurs nombrils, leurs seins, leurs langues et leurs narines ! Les hommes restés à terre, ceux que les filets avaient épargnés, avaient déjà balancé au loin leur lanterne afin de se saisir de leurs sabre et de se défendre ! Madame Red repoussa l'un d'eux qui brandissait une lance à l'aspect effrayante sur sa personne, se souciant peu de taillader dans la chair ! Derrière elle, le jeune Louis demeurait désarmé et terrorisé !

- Allez ! Allez ! On reste pas là !

Voyant ses adversaires trop nombreux et leur groupe dispersé, Madame Red saisit le garçon par le poignet et s'élança en avant !

- Le Capitaine ! Où est le Capitaine bon sang !

Elle manqua alors une déclivité à travers la végétation surchauffée et chuta en avant, suivie de près par Louis ! Ce fut sur le poitrail de Théoden, en contrebas, qu'elle s'échoua ! Il l'aida à se relever lui demandant si tout allait bien.

- Pour moi, oui ! Ils sont nombreux ! Allez ! Allez ! On traîne pas ! Louis n'a pas d'armes !

Moins d'un quart de temps de sablier plus tard, le Capitaine, Louis et Madame Red, habilement dissimulés par la végétation, ventre à terre, observaient le convoi de près d'une trentaine de guerriers quasi nus tractant, ficelés à des perches qu'ils soutenaient sur leurs épaules, leurs huit camarades.

- Ah ! Tu vois ! assura en chuchotant Phadria en pressant l'avant-bras de Louis ! J'avais raison ! Ce sont bien des sauvages, morbleu !

Phadria plongea alors son regard inquiet, retrouvant tout son sérieux, dans celui gris acier du Capitaine.

- Il faut y aller ! Suivons-les !

D'un geste assuré, ce dernier retint d'une pression de la main l'élan bouillant de la jeune femme qui s'apprêtait à bondir hors de sa cache !

- Attends. Ne les suivons pas de trop près !

Phadria pretexta qu'il ne valait mieux pas qu'ils ne les perdent de vue, cela arrangerait fort mal les affaires de ''leurs hommes'' ! Mais il sembla que le Capitaine Théoden avait les moyens de retrouver aisément la piste de ces sauvages, même au travers la nuit. Ils jugèrent plus prudent, après les derniers événements, de poursuivre leur route sans lanterne. Théoden ouvrait la marche, comme de juste, sa boussole en bout de bras. Une boussole qui ne semblait pas indiquer le nord ! Mais Phadria ne prit point le temps de lui poser des questions à ce propos tant il paraissait concentré, et le jeune Louis, à deux pas derrière elle, se rongeait les ongles en gémissant à un intervalle régulier de toutes les deux minutes ''Mama Mia''. Après plus d'une heure de progression où la discrétion la plus éminente demeurait de mise, le trio parvint non loin du village des naturels.

- Louis, surveille nos arrière mon garçon ! Si quelqu'un approche, tu imites le cri de l'albatros à queue courte au décollage ! lui ordonna Phadria en déposant entre ses mains son sabre d'abordage !

Elle put ainsi progresser plus avant, rampant épaule contre épaule avec le Capitaine du Seigneur Émeraude, le souffle saccadé et son épaisse crinière roulée et tombante entre ses omoplates. A l'abri d'un fourré, ils bénéficièrent d'une vue tout-à-fait convenable sur ce qu'il se tramait en contrebas. Ce qui paraissait être un gigantesque bûcher avait été allumé, et un homme plus nu encore que les autres, coiffé d'une couronne -la plus étrange que Phadria eût vu de sa vie!- en plumes d'ara paraissait incanter en dansant une sorte de gigue qui aurait fait pâlir et se pâmer plus d'une bourgeoise Impériale ! Les marins du Seigneur Émeraude étaient présents, ficelés à des piques comme un bon chapelet de saucisses Noviennes !

- Là ! S'exclama Madame Red en pinçant malgré elle la cuisse du Capitaine ! Vous voyez ? Par Ariel, comme j'avais raison ! Les femmes, voyez ! Elles portent sur leur chevelure des crânes humains brûlés, seigneur !

Et un second détail la frappa davantage, tandis qu'elle saisissait l'un des pans de la chemise de Théoden sans détourner le regard du village de naturels !

- Ho putain ! Ils vont les faire cuire à la broche !

Elle tourna alors son visage vers celui de son compagnon.

- Comme du poulet !

Extrêmement prudents, les deux individus suivirent le chemin qui les avait mené jusqu'à leur position actuelle en sens inverse, afin d'y retrouver le pauvre Louis, terrorisé de peur qui brandissait maladroitement le sabre en implorant des ''Mamma Mia'' ! Phadria songea que le pauvre garçon devait là bien regretter ses patates et ses marmites !

- Bon, lança-t-elle avec un regard moins paniqué mais plus dur à Théoden, je propose qu'on fonce dans le tas, on en fais du gruau et on sort nos amis de là !

Elle fit remarquer que le Capitaine avait toujours ses mousquets, ainsi que son couteau, et elle demeurait en possession du sien, en plus de son sabre d'abordage que Louis venait de lui rendre. Madame Red avait déjà dégainé et s'apprêtait à charcuter comme le Capitaine posa sur son épaule une main résolue.

- Non, on se faufile jusqu'à eux à la faveur de l'obscurité, et on les détache.
- Aye. Et si ils comptent les becter avant qu'on ne parvienne à suffisamment approcher ?
- Alors tu devras m'assommer pour m'empêcher d'y aller.

Phadria trouva là quelque déplaisir évident à devoir assomer un tel individu.

- Putain, ça aurait été plus simple d'en faire de la chair à pâthé, pour ce que j'en dis, Capitaine !

Mais elle, ne tenta pas de le convaincre, et lui n'eut guère besoin d'insister afin qu'il soit écouté. D'un commun accord, ils pourvurent Louis d'une arme et lui confière la garde des allentours !

- N'oublie pas mon gars, lui siffla Phadria en s'éloignant une main sur l'épaule du Capitaine ! Si un danger nous menace tu imites le cri du goéland à queue noire à l'atterissage !

Phadria réussissait fort bien, même en un tel moment, dans ses essais de séductions de gestes, à faire bonne impression sur le Capitaine. C'était qu'aux côtés d'un tel homme, elle ne doutait point de la réussite de leur entreprise commune et forcée, et pouvait se laisser aller à quelques douces espiègleries, comme une main sur l'épaule, une autre sur la cuisse ou sur la poitrine, un encouragement susurré de lèvres savant y faire au creux de l'oreille et le tout avec l'air le plus innocent que le monde ait contenu. Ce qui la troubla plus que ce qu'elle ne troubla le Capitaine du Seigneur Émeraude fut justement le fait qu'aucun trouble ne se peignit sur son visage à lui. L'opération sut être menée sans encombres et dans les règles -si tant est qu'il y en avait !-
A quelques détails près, qui faussèrent toute la donne ! Le tohu-bohu général fut sans aucun doute le résultat incontesté soit d'un réel manque de discrétion de la part de leur duo, soit de la vigilance qui n'était point surfaite de la sentinelle qui donna l'alerte en les voyant approcher ! D'un coup d'épée prompt, Madame Red délivra ses pairs, et tout-un-chacun put vaillamment défendre sa vie à grands coups de ce qu'il avait sous la main, avant de s'élancer dans la jungle profitant de l'obscurité et la nuit sous couverture !

- La jungle ! Hola ! La jungle ! C'est votre seul espoir, regagnez le Seigneur Émeraude !

Phadria Mary Red vint à bout d'un furieux qui menaçait de lui éclater le crâne avec une masse ornée de piques en os taillés et terrassa un second sauvage en lui refaisant la façade d'un coup de couteau qui fit gicler le sang ! D'autres sauvages se jetait sur elle comme elle reculait vers la jungle à son tour, les autres membres de l'expédition, tous en vie, étant déjà loin !

- Capitaine ! Capitaine !

Elle savait le Capitaine du Seigneur Émeraude capable de délibérer en toutes circonstance, et prendre une décision qui s'impose pour mener à bien une entreprise, n'importe laquelle, dans sa préparation. Elle songea que cela serait utile qu'il en soit de même dans sa conclusion ! Elle assomma un autre bougre de la garde de son sabre et transperça le genou d'un énième qui s'affala presque sur elle en hurlant à la mort !

- Théoden ! Théoden !

Enfin, jaillissant de nulle part, il vint lui prêter main forte et tous deux purent, l'espace de quelques secondes seulement, repousser dos contre dos leur horde d'adversaires nus et inhospitaliers ! Ils se prirent finalement la main et, une fois débarrassés du plus gros de leurs ennemis qui se relevaient au sol, ou demeuraient trop sonnés ou blessés afin de le faire, ils coupèrent à travers la jungle, toujours tout droit, ils couraient comme s'ils eussent une horde de démons aux basques ! Phadria nota de cette course-poursuite que la lueur brillante au creux des yeux du Capitaine était aussi vive que celle d'un chat en pleine nuit ! Ils se serraient fort, évitant par là de s'écarter l'un l'autre et se perdre, seul chacun de leur côté, sans eau ni nourriture dans l'immensité de cette jungle ! Que serait-il arrivé si, au moment où tous deux sentaient leurs forces décliner à force de bondir au-dessus de ramures et de se pencher au-dessous de branches basses, ils n'avaient point aperçu la falaise escarpée en contrebas et le bruit de la chute d'eau qui s'y jetait !

- A trois ! lui cria Théoden. Un ! Deux !

Le jeune femme termina pour lui comme tous deux arrivaient à grande vitesse au bord du gouffre béant qu'était le précipice !

- Trois !!

Et ils bondirent. Phadria but la tasse, elle perdit le bras du Capitaine sous l'eau. Rapidement, la jeune femme regagna la surface. La fraîcheur de l'eau la surprit, mais elle l'accueillit avec une réelle sensation de délivrance ! Elle gagna la berge en toussant, priant pour que sa carcasse ne vienne point croiser sur celle d'alligator, d'anaconda ou de crocodile, et vint s'y échouer. Deux mains fermes l’agrippèrent et l'aidèrent à se hisser totalement sur la terre ferme.

- Rien de cassé ?

Phadria, à quatre pattes, cracha tout le surplus d'eau qui emplissait sa gorge brûlante et sa bouche toute affable avant de se redresser !

- Vous vérifierez ! Mais ça à l'air d'aller ! »

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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Dim 4 Juin 2017 - 0:43


C'est une poigne ferme mais amicale qui tira Phadria tout à fait hors des remous tumultueux des rapides. Ces mains, elles appartenait à un homme de grande stature, tout aussi détrempé. Mais le temps manqua à Phadria pour distinguer le visage de ce sauveur providentiel. Aussitôt la jeune femme extirpée des eaux, l'inconnu fut contraint de se retourner à l'approche d'un duo de sauvages armés de sagaies.
Ces deux là ne firent apparemment pas long feu, comme pu l'entendre la jeune femme. Après une brève lutte, leurs corps finirent par basculer dans la rivière et disparaître dans les remous, parfaitement inerte.
Une fois ses esprits recouverts, Phadria pu voir revenir vers elle celui qui n'était autre que son Capitaine, Théoden. Lui avait beau avoir reçu une flèche dans le bras, il semblait s'en sortir à merveille. Sa chemise, maintenant ouverte dans la hauteur par une grande déchirure avait servit au bandage qui enserrait maintenant son bras à nu.

"-Est-ce que tout va bien, Phadria ?" lui demanda-t-il, posant une main sur l'épaule de la jeune femme, le temps qu'elle se stabilise sur ses pieds.

"-J'ai connus de meilleurs jours bordel !" lança-t-elle en grommelant à demi, avant de sourire un peu.

Un bruit derrière Théoden l'alerta. Il grimaça et tira un sabre de sa ceinture, récupéré plus tôt sur un cadavre.

"-Bon, tu penses pouvoir te battre ?

-Si il s'agit de se frayer un chemin à travers une bande de sauvages, alors ouais !"

Un petit sourire naquit sur le visage de Théoden, amusé par l'enthousiasme de Phadria. Il lui lança sans attendre la larme courbe qu'il avait récupéré et se retourna. Tous deux faisaient face à une bonne trentaine d'indigènes peinturlurés de la tête aux pieds. Peu vêtus, mais l'air féroce, on leur devinait une agilité hors du commun et surtout -surtout !- un appétit certain pour la chair humaine, au vue de la quantité de crâne humains et d'os dont ils semblaient se servir comme parement.
Théoden, justement, après avoir consulté une dernière fois du regard Phadria porta sa main à son sabre doré et commença à tirer dessus pour l'amener hors de son fourreau. Mais son geste fut interrompu par un hurlement soudain.

A une centaine de mètres d'eux, sur les rochers d'où ils étaient tombés se dessinait la silhouette maigrelette d'un jeune homme poursuivit par une véritable troupe de cannibales.

"-C'est Louis !" s'écria Phadria, sa tension venant de s'accélérer à la vue de l'enfant qui courait entre les flèches.

Théoden fronça les sourcils, sans comprendre. "C'est qui "lui" ?" avait-il demandé, incongru.

Phadria en fut toute insurgée, le regardant un instant avec l'air contrariée. Une moue plus adorable qu'autre chose, à vrai dire. En tout cas, elle n'effrayait guère le Capitaine.

-"LOUIS, l'aide du cuistot !" rappela-t-elle.

Leur petit échange fut hélas interrompu par la solde soudaine du sort du jeune garçon. Le pauvre, rattrapé par le destin fut fauché en pleine course par une lance épineuse qui traversa de part en part son poitrail maigrichon. Le garçon poussa un cri de surprise, se figeant un instant et bascula sous les hurlements horrifiés de Phadria, dans le vide qui s'ouvrait sous ses pieds. Le corps rompu du garçon fut accueillit par trois fois par des rochers qui martelèrent ses épaules, son dos et son crâne avec force, ne laissant atterrir dans l'eau qu'un être en piteux état, se vidant de ses humeurs. Enfin...pas pour très longtemps. Car le sang eut tôt fait d'attirer les poissons carnassier nageant là, et sa carcasse disparu vite sous les eaux.
Théoden dû s'y reprendre à deux fois pour retenir la jeune Phadria, qui semblait encore espérer un geste divin en la faveur de Louis. Folie ou simple tendresse, il était trop tard pour le Capitaine de juger l'attitude de sa comparse.
Il fut néanmoins reconnaissant de la voir vite reprendre ses esprits. Après tout, ils étaient cernés ! Néanmoins, malgré les arcs qui se bandaient, les sagaies qui s'apprêtaient à voler et les casses-têtes qui allaient bientôt les marteler, Théoden eut un grand sourire, tirant avec lenteur son épée enflammée.
Les flammes, justement firent hésiter un instant les indigènes, n'ayant jamais assistés à ce genre de tours. Mais Théoden ne put retenir un large sourire. Un sourire franc. Il s'amusait comme un petit fous, pour la première fois depuis ses aventures avec Bolch, Gaunt et Kouran, des tours auparavant !

"-Allons Phadria, du courage. Cette expédition est enfin intéressante !"

Puis le combat s'engagea. Phadria pu constater avant de s'élancer que le style de Théoden n'avait rien à voir avec celui de d'habitude. Il riait, il dansait, il se moquait ! D'une main, il tenait un indigène par les cheveux, tandis qu'il en poussait un autre du pied dans l'eau. C'en était à croire qu'il était toujours à Argenterie, quelques tours en arrière !
Puis il sauta sur un rocher et frappa dans un rocher qui renversa un autre de ces bougre. Ceux qui tentaient leurs chances, et l'approchaient de trop près étaient presque sûr de recevoir un bon coup de tibia entre les cuisses, ou de finir à plat sur le dos avec la mâchoire déboîtée. Au final, c'était un joyeux bagarreur qui joutait là, près de Phadria.
Mais la lutte était inégale, et malgré tout perdue d'avance. Des fléchettes mirent fin à l'incartade et tous deux finirent face contre la roche, inertes.

~o~

"-Oui bon, j'aurais peut-être dû prendre ça avec plus de sérieux."

Théoden croisa les bras, cachant avec peine son amusement. A côté de lui, Phadria. En fait, ils étaient franchement collés, dans cette cage métallique. Assis dans l'herbe. En face d'eux se trouvait un petit feu de camps. Autours, de la forêt. Il faisait nuit noire, mais un village semblait se dessiner autours d'eux ! Beaucoup dormaient, mais il semblait que deux gardes allaient et venaient, entre les maisons, passant occasionnellement devant leur cage.
Phadria, donc, était particulièrement contrariée.

"-Oui, bon... j'avoue que la situation est un peu plus complexe que prévue." concéda avec difficulté le Capitaine, sans pour autant se défaire de son irrépressible conviction que tout ceci n'était que l'ouvrage heureux de la providence.
Après tout, il y avait bien pire que se retrouver coincer dans une cage avec Phadria Red !

"-Un peu ?" fit-elle "Seulement "un peu" ?" elle avait cette moue pincée, que Théoden ne comprit pas. Cette colère là ne l'effrayait guère. En fait, il songea tout naturellement qu'il aurait dû l'énerver plus tôt. C'est néanmoins dans un esprit de détente qu'il tâcha de détourner le sujet.

"-Oui bon... vois le bon côté de la chose, je fais connaissance avec mon équipage !"

Il jeta un regard alentours, sur les cadavres et fait une moue contrit.

"-Enfin ce qu'il en reste..." précisa-t-il avec une moue perplexe.

Encore un échec du Capitaine Théoden.

"-C'est-à-dire pas grand chose !"

Elle le surprit avec ses mots, et il releva la tête vers elle, un fin sourire s'esquissant sous sa moustache drue.

"-Le plus important, dirons-nous !

- Autant faire connaissance rapidement alors ! Parce que d'ici une bonne paire de minute, tout ce qu'il restera du fameux Capitaine Théoden sera restreint en un chapelet de saucisses boucanées et fumées sur leur lard ! Je crois même qu'il n'y aura pas assez de votre personne pour constituer un chapelet ! Une saucisse tout-au-plus. Ça doit être là que j'interviens. J'imagine."

Théoden reste un instant perplexe devant la réplique de Phadria.
Il se penche sur elle, lentement et fait mine de la renifler avec un regard instigateur. Après un léger silence il finit par poser une main sur sa joue avec une quasi tendresse. Tendresse qui ne fut palpable guère plus qu'un instant, comme le Capitaine se mit à tapoter la joue de la jeune femme, avec un sourire plus grand encore.

"-Tu ferais une fameuse saucisse !

-Heu...Non."

Peu importe comment Phadria accueillit ce trait d'esprit douteux. Il fut évident qu'il ne la conquit pas. Et comme Théoden s'en doutait, elle s'empressa de le repousser d'une main, avant de croiser les bras, l'air mutin.

"- Et pour tout vous dire Capitaine, j'ai même très soif. Donc tout Théoden que vous êtes, vous allez rapidement trouver une solution afin de nous sortir de ce pétrin dans lequel vous nous avez conduis, n'est-ce pas ?"

Théoden se redressa dans la cage, jusqu'à pouvoir se mettre à force de contorsions à genoux. Ses deux mains serrèrent les barreaux épais de la cage qui les retenais.

"-Où donc est passé ton humour, Phadria ? Tu es d'un ennui quand tu es sérieuse !"

Comme piquée par cette réplique, Phadria se redressa aussi, le toisant avec un brin de tempête dans le regard. Théoden ne prêta pas attention à ses yeux, scrutant les alentours.


"- Par la Garce ! J'ignorais, monsieur, que cela vous procurait tant de plaisir de finir en pique à brochette !" et comme il ne lui accorda pas même un regard, elle frappa son épaule d'un coup franc. Quoi que léger. "A moins que nous ne constituons que la brochette ! Je devine que vos nouveau amis fourniront la pique !"

Après un coup d'oeil curieux vers Phadria, Théoden tourna de nouveau la tête vers les huttes à l'extérieur, et flatta sa moustache.

"-Ils doivent encore en être à se demander si nous sommes envoyés par leurs esprits ou si nous sommes nous même les dits esprits."

Il sourit et retourna s'asseoir au fond de la cage.

"-Par ailleurs, il est drôlement tard. Même eux ne mangent pas à cette heure. On a tout le temps dont on a besoin pour trouver un plan !

-Vraiment ?"

Phadria eut un sourire (il était temps.) !

"-Je vous trouve bien sûr de vous Capitaine !"

Il roule des yeux vers elle, avec un fin sourire.

"-Allons Phadria. On peut me tuer, mais ne m'insultes pas. "

Il écarte alors les bras, théâtral à souhait malgré l'étroitesse de leur cage.

"-Allons qui suis-je ?

-Pour l'instant un idiot dans une cage, monsieur."

Théoden poussa un léger soupire, coupé -à nouveau dans son élan- par Phadria.

"-Ce n'est pas ce que j'attendais."

Alors il la regarde et pose une main sur l'épaule de la jeune femme.

"-Très bien, Phadria, si tu penses pouvoir faire mieux il va falloir faire rapidement tes preuves.

- Je m'en remets toute-entière a votre hardiesse !" lança-t-elle avec la voix de celle qui jouait son meilleur tour "Montrez-moi un peu ce dont le Capitaine Théoden du Seigneur Émeraude est capable !"

Théoden haussa un sourcil, la regardant avec un air perplexe.

"-Peut-être bien, mais en attendant tu devrais te reposer."

Et comme Phadria semblait protester, Théoden lui jeta un regard sévère. Elle n'eût guère le temps de s'en étonner, comme le Capitaine lui souffla en plein visage une poudre fort odorante. Elle sombra en quelques instants, fort pénibles, dans un sommeil sans rêve.


~o~


Lorsqu'elle revint à elle, Phadria pu d'abord voir le ciel. Un ciel dégagé, cerné d'un feuillage épais et paisible. Elle ? Elle était allongée, balottée de droite à gauche dans les bras d'un homme couvert de sang. Son ouïe lui porta le clapotis paisible de l'eau. La côte ?Des oiseaux, elle en entendit de nouveau. Mais rien de plus, comme elle s'endormait de nouveau.

Ce fut le crépitement d'un feu qui la ramena à elle. Ca et l'odeur forte d'un graillon tout proche. La nuit était tombée, depuis peu, mais on apercevait déjà la lune. Elle se vit allongée sur une couche d'herbe et de feuilles de palmes.
Dos à elle, un peu plus loin se trouvait son sauveur, qui s'affairait auprès du feu sans un regard en arrière.
Puis il se leva, et Phadria pu le suivre du regard jusqu'à ce qu'il atteigne une berge. Mais pas de plage, juste un lac. Quelque part perdu en forêt. Théoden s'y agenouilla et ôta sa chemise, qu'il jeta avec négligence à côté de lui. Après un léger instant à se contempler dans le reflet du lac, son dos luisant sous la lune, Théoden entreprit de se laver de ce qui le couvrait. Pas de la sueur, pas de la saleté. Mais du sang. Et en grande quantité. Il lava sa tête, trempa ses cheveux et ses mains, mais finit par abdiquer. Il se releva, ôta ses bottes et laissa tomber les quelques affaires qu'il n'avait pas laissé auprès du feu. Après quoi, le Capitaine s'en alla marcher jusqu'à ce que l'eau dévore sa taille, peu à peu. Il disparut ainsi totalement, jusqu'à ne plus laisser la moindre trace.

Dans le fond, Théoden voulait juste se laisser suspendre quelques temps dans les remous paisibles du lac. Que l'eau le berce et lui fasse oublier, ou le saisisse et l'entraîne, jusqu'à ce que le monde l'oublie.
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Phadria Red
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MessageSujet: Re: [Flashback] Destins bafoués et lames croisées.   Dim 4 Juin 2017 - 13:51

J’ai vu l’esprit humain libre, et le cœur de l’homme
Esclave ; et j’ai voulu l’affranchir à son tour,
Et j’ai tâché de mettre en liberté l’amour.

Hugo



"Certains de ces ruffians-ci sont d'une si grande coquinerie qu'il n'est pas possible de la taire !" prétextait Becky, la proue en trognon, dodelinant sur la chaise de bois qui la soutenait, quelque part à Port-Argenterie.

À l'époque.

"Et certains sont d'une si grande valeur qu'il n'est pas possible de les ignorer !" avait répondu Red en croquant à pleine dent dans la pomme au creux de sa main.



À l'époque. Port-Argenterie. Phadria Red ouvrit un œil, puis deux. Elle se sentait étrangement apathique. La jeune femme se redressa sur les coudes, prenant le temps de détailler le paysage autour d'elle. Et tandis que se portaient à son regard les rameaux environnants, la berge, le lac, le ciel, la lune pleine et les étoiles, elle recouvrit peu-à-peu ses sens. Sa tête lui semblait déjà moins lourde que la seconde précédente, et les souvenirs lui revinrent. L'escale sur cette étrange île non répertoriée. Les cannibales. Le Seigneur Émeraude. Noire.

"C'est qui, lui ?"

Le jeune Louis ! Et le Capitaine Theoden !

Elle se souvint de leurs dernières péripéties, la course-poursuite à travers la jungle, l'échauffourée inégale, la cage. Phadria remarqua les feuilles de palmiers qui servaient à la soutenir. Alors, son regard partit tout de suite à la recherche de l'homme qui venait sans doute de lui sauver la vie.

Elle se corrigea aussitôt. C'était lui qui les avait foutu -tous deux !- dans cet imbroglio cannibalesque ! Donc c'était tout-à-fait normal que ça soit lui qui les en sorte ! Mais comment ce diable d'homme s'y était-il pris ?

La lune pleine étincelait dans le ciel, tant et si bien que Phadria pouvait distinguer chaque feuille, chaque ramure, chaque brin d'herbe, chaque branche du paysage qui l'entourait ! En terme de branche, il y en avait une en particulier, une vieille branche, qui l'intriguait et sur laquelle son regard n'arrivait pas à se poser ! Puis elle la vit ! Une tête jaillit de l'eau, comme un diable d'un chapeau de prestidigitateur !

« Je devrais être surprise...?

On était à des lieues du Capitaine de vaisseau calé contre la lisse de la dunette puis adossé contre son bureau, compas et règle en main, penché sur le livre et les cartes, à viser et viser encore le soleil et les étoiles.

Phadria remarqua le sang qui suintait au niveau de son mollet. Une écorchure. Elle prit enfin compte qu'elle était couverte de mille et une petites écorchures sur les jambes, les épaules et les bras, et que certaines d'entres elles saignaient encore. Bien sûr, aucune douleur, simplement les délicats souvenirs de leur dernière entreprise commune avec Theoden ! Pour une fille qui venait d'Argenterie, asile le plus fleur de la truanderie et de la friponnerie, ce genre de maux étaient tout-à-fait secondaires ! Comme aimait à le dire son amie Becky :

"C'est que couenne de lard ou balle de tabac ! L'important est de rester de bonne mine !"

Phadria Red approuva mentalement, puis se leva. L'herbe était fraîche sous ses pieds nus, froide. Elle n'oubliait pas que la terre était de l'ennemi. Dos à elle, son sauveur de marin -qui semblait avoir tout d'un parfait flibustier depuis qu'il avait ôté son tricorne pour poser le pied sur cette île !- ne l'avait pas aperçue. La jeune femme enjamba le feu mourant sur ses rouettes, semblant veiller sur les affaires personnelles du Capitaine. Baudrier. Fourreau. Bottes. Chemise -qui faisait plus état de lambeau sanguinolent qu'autre chose, et même pour dix mille écus Phadria Red ne se serait abaissée à endosser un jour un tel chiffon !- Elle s'adossa dos contre un vieux filao qui traînait là, bras croisés, sa crinière en bataille cascadant en foison jusqu'à son encolure, sourire en coin, et lâcha à l'attention du Capitaine, lui damant le pion avant que le premier "salut" franchisse le seuil de ses lèvres :

- Valeur, ruse et témérité doivent être mis en usage en cette occasion. Je reconnais votre valeur. Et j'approuve votre ruse. En revanche pour ce qui est de la témérité...

Elle haussa un sourcil, l'air piquant.

- Dois-je vous considérer comme téméraire de garder votre pantalon pour prendre un bain ? Il n'y a rien de plus désagréable que lutiner dans des vieilles sapes mouillées !

Alors il lui tourna le dos, simplement, prenant le temps d'essorer sa longue chevelure entre ses doigts.

-Rien à voir avec la témérité Phadria. Mais dans ces îles, il est d'usage de se couvrir pour se protéger des poissons parasites.

Phadria, piquée au vif, s'avança vers la berge.

- Vous avez peur des poissons ? Je l'ignorai !

Theoden la regarda, avec un sourire. Le premier depuis qu'elle venait d'ouvrir les yeux ! Ce diable la aime se faire désirer !

-Il serait dommage d’échapper aux cannibales pour finir rongé de l'intérieur par des parasites. Ne trouves tu pas ?
- Je vous trouve extrêmement prévoyant. Pour un homme qui a failli nous faire tuer !
-Suis-je supposé m'excuser ? clama-t-il, le regard haut et la figure contrariée.

Il croisa alors les bras.

-Ce n'est pas très avisé d'accabler de la sorte celui qui t'a sauvé.

Phadria ouvrit alors la bouche pour riposter, dissimulant le sourire que lui inspirait son compagnon par un air vif et piquant.

- Et moi je n'ai pas pour habitude de m'endormir au beau milieu de fiers-à-bras anthropophages ! Vous m'avez droguée !
- C'était à peine de quoi t'assoupir. lui objecta Theoden en sortant de l'eau pour s'approcher d'elle, sans paraître gêné le moins du monde de sa quasi nudité.
- Et bien ça m'a assoupie !
- Et nous voila libres !

Il vint s'accouder sur le tronc, à côté d'elle.

- Tout n'est il pas parfait ?

Phadria siffla un "mmh" entre ses dents, avant de se tourner totalement vers Theoden, son visage à quelques centimètres du sien. Il savait au moins flatter la situation ! Elle choisir de le frustrer en s'asseyant sur l'herbe, creusant de nouveau la distance entre son regard et le sien.

- Comment vous avez fais ?

L'homme lui répondit par un clin d’œil, venant s'asseoir près d'elle.

- Un magicien ne révèle jamais les secrets de ses tours, avança-t-il avant de s'épanouir en un rire franc !

Phadria ne s'avoua pas vaincue, et le repoussa du plat de la main sur le poitrail.

- Mais vous n'êtes pas magicien, fit-elle judicieusement remarquer en haussant un sourcil à son égard !

Theoden la laissa faire, se trouvant rapidement allongé dans l'herbe.

-Ah non ? Que suis je alors ?

Il croisa ses bras sous sa tête encore dégoulinante, laissant la lumière ondoyante du feu de camp ciseler les moindres reliefs de son torse. Muscles, os, cicatrices... Phadria centra de nouveau son regard sur celui de l'homme qui lui faisait face. Elle inclina brièvement la tête, à peine ce qu'il fallait pour être jolie sans en perdre son aplomb. La peau lisse et mouillée de Theoden à travers la terre froide appelait le coup d’œil. Elle vint murmurer, à quelques pouces de son oreille :

- Je l'ignore. Mais maintenant, je sais que vous étiez un pirate.

Theoden rouvrit un œil, surprit.

- Voyez vous cela ?

La nuit à côté d'elle, le feu de camp derrière, Phadria ne répondit pas à sa pique.

- Ma première intention, dit-elle en se perchant un peu plus sur son compagnon, était de me baigner.

Il ouvrir alors le second œil. Phadria considéra sa prise établie et prit cela comme une petite victoire en soi. Elle enroula le torse de Theoden avec son bras avant d'approcher ses lèvres des siennes, une petite étoile malicieuse dans le regard.

- Mais vous aviez raison. Les poissons parasites peuvent être très dangereux. »

Et elle l'embrassa. Du bout des doigts, elle sécha la surface de peau encore suintante de son Capitaine. Lorsqu'elle retira ses lèvres, doucement, elle vit la lumière de lune croiser dans la prunelle grise de Theoden. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit d'autre qui l'énerverait, elle plongea toute entière sur lui, retroussant le bas de son jupon établi à la friponne, et recommença.

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Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main
Et fais-moi des serments que tu rompras demain
Et pleurons jusqu'au jour.
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